‹ Melanges philologiques. [microform]Chapitre 2 sur 4 · II · texte numérisé non relu

II

savants philologues déclarent qu'on puisse regarder comme démontrée l'or/^tnc récente de la prononciation sifllante du c devante et i. Je n'en citerai qu'un témoignage, et je choisis justement celui-là, parce que, d'ailleurs, il serait impossible de réunir les matériaux d'une discussion approfondie avec plus de soin qu'il n'a été fait ici. Voici comment Corssen s'exprime (Aussprachc, 1. p. -iS). « Bisher hatsichalso ergeben, dassc vor folgcndem e und i bis in das scchste und siebente Jabrhundcrt, bis in die Zeit nach derEinwandrung der Longobarden nach Italien, noch wie k gelautct bat. Allerdings folgt daraus nicht, dass es diesen Laut ùberall und in allen Wôrtern Solange gewahrt bat; aber vonallen Beispielen, die fur die assibilirte Aussprachc des c vor e und i im Spiitlateiniscben beigebracbt worden sind, das heisst von Schreibweisen, die c durch s oder z {Iz, te) wiedergcbcn, wie sisternae, paze, Tzitane, Bincentce, ist doch keines mit Sicherheit friiher als im scchslen Jahrhundert nach Cbristus erweislich.» Et après avoir donné une longue liste de mots tirés des inscriptions funéraires dans les catacombes de Rome, il continue : « Niemals ist in diesen IJrkunden c vor c und i durch ^, t"C, c oder as wiedergegebcn. Daraus folgt aiso, d.iss bis in das siehente .l.ihrhundcrt nach Cbristus die Assibilation jenes Lautes nur vereinzelt in der Volkssprache oder in Provinzialdialekten eingetreten soin kann, dass also die gebildeten Rômernoch im Zeitalter des Exarchats und der Longobarden die Namen ibrer grossen Vorfahiien Kaesar, Kikero aussprachen. » Voilà donc une affaire réglée ; je regrette seulement de ne pas être de force à m'y rendre tout bonnement. Car cet : «Allordings folgt daraus nicht, etc.,» laisse encore bien de l'espace à des considérations ultérieures, et quant aux exemples d'assibilation non équivoques , nous sommes en

mesure d'en fournir, sinon un nombre fort considérable, du moins une certaine quantité d'une importance absolue. Ils sont évidemment d'un temps plus ou moins éloigné de l'époque classique. Comment serait-il possible autrement ? Cependant qu'il en faudrait avoir de plus anciens, qu'on n'en a finalement pas, voilà, pour nos critiques, des dogmes qui n'admettent pas de discussion. Corssen lui-même néglige aisément aussi bien le Sesarion dans une inscription égyptienne à Nicopolis de l'an 199}, que l'intcitamento àAriciadu V« siècle, voyant, dans le premier, une transformation égyptienne, dans le second, une erreur du sculpteur. Les mots dans lesquels l'orthographe s provientd'une mutilation de«c lui paraissent sans valeur, parce que le même changement s'opère devant a et it; par exemple en : sarpere, surpiculus, supare, comme les ss en : quissant. Des formes telles que : tzerta, intzerta, ne sont pas même discutées, quoique Schuchardt (I. p. 163) n'ait pas peur de dresser un long inventaire de cassibilés devant un simple i ou e, tout en l'accompagnant de certaines critiques. Voici ces mots : cetaes (Or. 2620, de Vérone), Ceverianus, fesit, cimul,Ciria, Bincentce , cygostaten , erycissceptro , paze , Tzucinus et Tzutzintilles, Tzitane, zeterorum, cathezizatur. D'autres, comme : mutuisedibus pour mutuis caidibus, considerunt pour conciderunt, exitus pour excilus , lui paraissent sans importance. Cependant la possibilité de telles erreurs resterait encore à discuter, même si le temps de la conception en amoindrissait la portée. Sans nous préoccuper, pour le moment, de ces sortes de preuves, toujours, nous l'avouons, de douteuse allure, sans en tirer des résultats, ni pour, ni contre un usage classique, demandons plutôt, avant toute chose, si l'on a des témoignages histo-

' Revue archéol., T. X, PI. 18, 1, 3.

riqucs qui prouvent que le c n'était pas toujours en latin sifflant, qu'il faille aller chercher une période à part, où, par des motifs quelconques, cette prononciation fut inlrodiiite, et s'établit dorénavant sans s'effacer. Moi pour ma part, je ne vois pas de trace d'un tel témoignage.

L'alphabet romain nous est connu. Nous en avons d'authentiques échantillons, tracés par la main des gamins, qui, en allant à leur gymnase «CUM DISCENTES», s'exerçaient en gribouillant leurs leçons sur le bas des maisons de Pompéi. On y voit sans aucune exception les lettres c, g, /,-, q, le c en plusieurs formes, le {/ une fois presque comme le c (JN" 2521), une autre fois dans une forme tout-à-fail singulière (N" 2517) '. L'élude de ces alphabets n'est, certes, pas sans un plaisant intérêt, surtout parce que les savants étudiants du sévère latiniste n'ont pas oublié de nous léguer aussi quelques copies de l'alphabet grec (PI. XII), tel qu'ils le maniaient à leur école. J'avoue qu'on sent mieux le souflle vivant de la prononciation latine dans ces gribouillages de mains enfantines, que dans l'éblouissante érudition, qui ramasse de toute part ses arguments nébuleux pour éteindre la llamme originale d'une langue ancienne, et cela au bénéfice d'une idée préconçue. En tous cas, rien (le plus instructif que ces graffiti. D'ailleurs, l'histoire vient à notre aide, quand nous les apprécions. Nous savons que l'usage de ces lettres n'a pas toujours été le même, que chacune en a eu son développement, naturellement conforme à la marche des événements qui influençaient le langage romain en général. Ainsi, à l'origine, le c tient dans l'alphabet romain la place du y grec, du g des autres alphabets qui descendaient en ligne droite du phénicien, et il était en ofl'ot chez les Latins anciennement en usage pour le g,

' Corp. [nscr. T. IV, p. 164-166, et la planche 40.

introduit plus tard' sous l'influence des éléments étrangers ci mis à la place du 'Ç grec, tandis que le k se trouvait toujours dans l'alphabet, correspondant au kappa grec, comme le g au koppa phénicien, on le sait, en disparition chez les Grecs. De là les orthographes connues de C, Cn. pour Gains, Gnaeus, donlQuintilien (I, 7, 28.) nous parle; de là les inscriptions de médailles : OGVLNIVS pour Ogulnius, » et celles de la Colonne Rostrale de Duilius, ces formes dont le retouchenient du texte n'a pas effacé l'originalité: Leciones, macistratus, cartaciniensis, pucnando, cessit. N'étaitce qu'un jeu d'une épellation erronée? On pourrait le penser, parce que le g existe sur le sarcophage de Scipion Barbatus; mais non, les anciens eux-mêmes discutèrent la formation de quadringenti de centum, de triginta et tricesimus, viginti et vicesimus, et nous devons croire qu'il y avait une transition naturelle de l'un de ces sons à l'autre, que le c romain de tout temps avait dans sa prononciation quelque rapport avec le g, sans que le g l'eût pu remplacer partout et absolument. Nous rencontrons donc, non-seulement dans une inscription de Sulmo, patrie d'Ovide, SVOIS CNATOIS, mais encore ^ dans les graffiti de Pompéi, aussi bien le g mal placé pour le c en agratus, egloge. G., Gn., Pagatus, que le c pour le g (sive prisce, sive scribendi ncclegentia, dit Zangemeister, p. 257.) en Aucustiana, camus, cenialis, centius, Cranius, incuine, li(n)cc.

' Comp. l'alphabet étrusque de Bomarzo (Mommsen, Unterital. Dial., p. 6-7). La coexistence de c et de A; sur des vases de Cività vecchia (p. 18), sur la Cista PraenesUna Macolnia pour Magulnia (p. 28), sont des indices de l'usage établi en 300 de Rome, et il ne disparut que vers la fln du V siècle.

* Si elles existent contre l'avis d'Eckhel, D. N. v. 74.

' Voir sur ce SUOIS CNATOIS Mommsen, p. 364 et pi. XV, ainsi que Huschke, Zu den altital. Dial. p. 863 suiv.

Nous savons aussi que le fc, à une époque dont nous tâcherons de suite de nous rendre compte, a été étouffé dans l'alphabet, et qu'on ne le conservait que pour certains mots, tels que : Kaeso, kalendsp, Karthago, karus, kaput, Kaere, Volkanus. Il fut donc remplacé dans certains cas par c, dans d'autres par ç, variété qui n'a rien d'étonnant là où l'on ne craignait pas d'écrire aussi : cotidie, cocus, cas, pour quotidie, coquus, quas. Il faut, sans doute, croire qu'il y a eu des raisons pour cette abolition d'une lettre qui avait existé dès le commencement et qui continuait à exister toujours. Mais cette raison était-elle dans l'uniformité avec laquelle on aurait prononcé le c, le 7, le A:? Quoique hors d'usage, le k reparaît dans les Inscriptions, constamment et à toute époque, à côté du c, par ex. dans le mystérieux AAIKCBBIN, suivi du monogramme de Christ (AUard, Rome souterraine, p. 384-.), dans le nom de Kiprianus (p. 285.), dans Kor., n" 2584, et Cor., n° 2635 des graffiti de Pompéi, dans Ikaro à côté de unicu, n" 2369, et occllap, n" 1093. Et pourquoi pas? Le nom de Sixte s'écrit dans les catacombes tantôt Sancte Svste, tantôt SCS XVSTVS, et, concernant une inconstance pareille, je veux parler de l'orthographe Anavis, Cœcilis, Clodis, Ragonis, Remis, etc., comme TAIS, KA^TPisiï, AnEPis:, NOTMKNis, Ritschl en constitue un véritable archaïsme, Mommsen la croit introduite par l'imitation du grec'. Cette confusion ne nous enseigne qu'une chose, c'est que, si c et ^ se louchent sans se confondre, k et c et 9 pouvaient subir exactement le même sort.

Or, tout observateur des principes linguistiques connaît cette loi organique de la prononciation selon laquelle, comme nous l'avons dit plus haut, le son guttural se modifie par la

> De decl. lat. recond. qiiaestio epigraphica (Bonn, 1861), cl Corp. Inscript, latin., T. I. p. 210. Comp. Allard, Rome souterraine, p. 189.

voyelle avec laquelle il est prononcé. Personne n'a de doute sur l'application de cette loi dans les lanjrues vivantes. On change l'intonation du g en français selon les voyelles, longues ou brèves, ouvertes ou fermées, en : gagné, guêpe, germer, gisser, gii; en italien, en: giorno, gatto, giro, Gerusalemme; en espagnol, en: gesto, girar, ganar, figurar; on dit en allemand le k différemment en : Kalb et Kind, le ch en: nach, Naclit, nocb, nicht, mâchtig; et avec une mobilité inimitable, toutes les langues sémitiques varient leur échelle infiniment plus riche de sons gutturaux. La langue latine ne fait pas seule exception à cette loi '. Les grammairiens romains ont été d'accord à l'appliquer à l'orthographe en statuant qu'il fallait écrire k devant a, c devant t, q devant u. Il nous suffît de rappeler ici le passage de Marius Victorinus que Max Mûller a cité avec tant d'à propos, The Academy, 1871 p. 565. Ce grammairien déclare expressément que les Romains prononçaient avec un «rictus» différent le c, le k et le g, et c'est ce rictus particulier du c que Capella, 111 p. 58, veut caractériser par sa description : « molaribus super linguae extroma appulsis cxprimitur. » Ainsi le témoignage de l'histoire vient confirmer la théorie, et je demande, en face d'un témoignage aussi clair, quel motif ferons-nous valoir pour effacer ce différent rictus des lettres c, k et q, si nous voulons reproduire les sons antiques? La modeste expression du plus célèbre des linguistes contemporains: «The guttural contact is palpably sbifted from place to place », s'appuie inébranlablement sur les témoignages de l'antiquité, parmi lesquels celui de Terentianus Maurus est, dans toute son obscurité, d'une clarté absolue. U chante :

' Lect. on the Science of Language, II, p. 105. Briicke, Physiologie und Systematik der Sprachlaute, p. 44.

« Quia qui locus est primitus unde exoritur C, Quascunque deinceps libeat jugare voces, Mutare necesse est sonititm quidem supremum, Refert nihilum, K prior an Q siet, an C. »

Malgré cette différence constante entre les trois lettres, je le sais bien, les Romains ont supprimé, à une époque donnée, la distinction orthographique du c et du k, et il y en a eu qui discutèrent la proposition de supprimer aussi le q. Mais ces tentatives sont-elles issues d'un essor de perspicacité linguistique? Sont-elles plus scientifiques que les principes qui dictaient en 650 un quaimento pour cœmento (MalTei, p. 171.)? Voulait-on en effet ne pas rendre un son guttural quelconque, mais donner une transcription précise de la lettre c •, quand, nonobstant ces tentatives de régler l'orthographe, on employait sans règle, l'une pour l'autre, les gutturales? Nous n'y voyons que des tâtonnements plus ou moins aveugles d'un esprit qui s'égare, fort éloigné de la tendance consciente de conserver fidèlement les sons caractéristiques, et nous n'hésiterions pas à mettre ces tentatives à peu prés sur le même niveau que représentera chez nous l'essai ingénieux de publier une « Lehrer-Zeitung», rédigée dans l'orthographe simplifiée au gré des maîtres de nos écoles primaires.

Nous avons ici une question d'histoire d'orthographe. Pour marcher solidement au devant de la discussion, il faut peser la valeur d'une telle particularité. Quand ce changement s'est-il opéré? Ce temps est-il significatif pour le but dans lequel il a été tenté? Pourquoi l'a-t-on introduit? Jusqu'à quel point prouvera-t-il une identité des sons qu'on

' Diez s'obstine, dans la Gramm., p. 250, à ne pas reconnaître cette tendance d'indiquer seulement le son guttural, et pourtant il rend témoignage à l'incertitude qui plane sur l'histoire de l'assibilation ! Schuchardt, p. 164 suiv., en donne les preuves.

s'est plu de substituer, dans l'écriture, les uns aux autres? Ne traitons pas ces questions à la légère, pour ne pas nous rabattre à des déclamations sans sel, à enjoliver, comme Faust le disait, des vétilles humaines.

Quant à l'époque où cette orthographe uniforme pour les deux ou les trois lettres c, k, q, a pris place chez les Romains, nous n'aurions qu'à reproduire les exposés si sobres et si clairs, dans lesquels Bramhach (Neugestaltung der lat. Orthographie, p. 17 suiv. et p. 218 suiv.) a raconté cette histoire. Il fixe comme période où les Romains commençaient à réfléchir à la forme de leur langue, à établir des théories, l'an 514 de Rome, soit 240 avant notre ère, et il nomme l'orthographe établie sous les premiers empereurs le résultat des théories diverses, avancées par les hommes lettrés. 11 y a là quelques faits frappants. Ainsi César surveillait avec un soin extrême la correction orthographique de ses décrets. «Ut naute scopulum, disait-il, sicfugiendum est insolens atque infrequens verbum '». Le premier maître d'école, Spurius Carvilius Ruga, commença par introduire la gutturale média g », au commencement du VI^^ siècle. Ennius, au milieu du même siècle, doubla les consonnes, Accius, les voyelles; et celui-ci distingua c et ^, écrivant le dernier devant v : qvam, qosa, pcqvnia, et laissant à l'a le k, à Vi le c ^. Les innovations d'.Accius n'ont pas été durables. Lucilius versa sa verve satirique sur les théories du célèbre grammairien relatives aux voyelles, sans toucher à celle sur le q. La fixation de l'orthographe romaine date de la période de 54 à 200 après J.-C. Dans ce

' Le g existant sur le sarcophage de L. Scipio Barbatus en 456 et sur l'as de Luceria avant 485, Carvilius n'est pas l'inventeur de cette lettre. Plutarque, Quaest. Rom., p. 277, D.

' Macrob. Saturn., I, 5,

• Voir Ritschl, Rheinisches Muséum fiir Philologie, XVI, p. 613.

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temps, on ne cherche plus les moyens de compléter les signes, on réunit, on examine les résultats, on cherche la règle pour enchaîner le libre élan de l'individualité. C'est le temps préparatoire pour les travaux des grammairiens classiques, qui, dans la période de 200 à 600, formulaient définitivement les lois de l'orthographe, restée dès lors sans changement. Je ne saurais me passer de transcrire ce que Bram. bacli dilde cette époque: « Wenn vvir die Leistungen der Grammatiker vom dritten bis sechslen Jahrhundert ûberscliauen, sozeigtsich ein bcdeutender Rùckschritt im Umfange des Wissens. Dagegen weisl die Sprachbildung, welche durch die Autoritatcn Donat und Priscian vertrelen wird, einen Stillstand auf, welcher den lebendigen Lautwandlungen des vierten, fiinflen und sechsten Jahrhunderls nicht mchr in allen Theilen entspricht. Die Formenlehre, wic sie durch die Grammatiker des ersten und zweiten Jahrhunderls gebildet worden war, krystallisirte sich ; sie scliied sich seit dem vierten Jahrhundert von der lebendigen Sprache ab, indem die Volkssprache in den verschiedencn Theilen des rômischcn Reiches eigone Wege der Fortentwicklung einschlug. Die Scliulgrammatik repriisentirte bis zum siebenten Jahrhundert die Sprache der Gebildeten, und nur wcnigc Abhandlungen, wie die iiber die Aspiration und ùbcr die Buchslaben B, V, zeugen von dem Einllusse der modernen Lautwandlungen auf die Schriftspraclio.»

Nous sommes préparés à bien écouler ce que les grammairiens de cette époque nous diront. Je ne leur demande ici que leurs informations sur la question spéciale que nous traitons, sur le remplacement du k par c. Le premier témoin pour ce remplacement est Scaurus ». Voici comment il s'exprime : «.K quidam supervacuam esse lilteram iudica-

' Brambach, Die Verwandtschaft der I,aute K, C, G, p. 208 suiv.

verunl, quoniam vice illius fungi c satis possel, sed retenta est, ut quidam putant, quoniam notas quasdam significarel, ut Kaesonem, ut kaput et kalumniam et kalendas; hac tamen antiqui in connexione syllabai'um ibi tanlum utebantur, ubi a littera subjungenda erat.» Y a-t-il là une trace d'hypothèse qui identifie les sons de c et A? N'est-ce pas plutôt le contraire dont on tenait compte en affectant une pareille substitution? Car cette tendance surpassait de beaucoup l'échange du cet du k; suivant l'exemple de Varron, on excluait aussi le q et le h du nombre des lettres à écrire. El suivez de prés les expressions de tous les grammairiens dont Brambach a réuni les déclarations p. 209 à 215; et dites ce que vous pensez de ces quidam qui font ici la loi. Qui sont-ils? Quelle était leur capacité, leur compétence, leur autorité? Il faudrait violenter l'antiquité pour baser une opinion relative à des nuances de prononciation sur de telles expressions. Les anciens grammairiens, eussent-ils été des linguistes accomplis, et nous connaissons leur force par les essais d'étymologie dont Varron a défiguré son livre De lingua lalina, ne sauraient signaler ainsi un son vibrant dans la voix qui parle. Ils discutent bien des manières d'écrire presque sténographiqucs, si bne peut s'écrire pour bene, dcimus pour decimus, cra pour cera, knus pour kanus. Mais avaient-ils l'oreille pour toutes les nuances de son ? Et les confusions dans lesquelles ils se perdent, n'exigent-elles pas que nous supposions les nuances, existant dans la vie, mais se troublant devant leur esprit peu exercé à concevoir de telles finesses? Scaurus le dit bien : « Nam non fuerunt tam imperiti antiqui, ut k servarent, si aliam litteram idem sonantem habuissent.» Or, les anciens aussi bien que les modernes ont conservé le k, preuve de ce qu'ils n'avaient pas, dans leur alphabet, de lettre qui aurait

donné le même son. L'orthogr.iphe latine, tout en laissant à la vive voix le soin d'articuler nettement les différentes nuances, se fixait arbitrairement, pour éviter toute variation, par les usages, par la mode, par des goijts individuels, en un mot , par le degré de culture de ceux qui parlaient. Nous faisons aujourd'hui tous la même chose, et, plus une langue est riche, plus elle sera fatalement poussée à signaler à l'œil vaguement ce qu'elle ne peut exprimer avec une netteté absolue. Voudra-t-on effacer cette énergie de vie pour établir une prononciation imaginaire, dans laquelle on ensevelirait la forme classique du langage qu'on a créée par ses théories?

Il faut cependant supposer que les Romains savaient pourquoi ils remplaçaient le k parc. Quintilien (I, 1, 10.) déclare que le k est inutile : «quum sit c, quae ad omnes vopales vim suam perferat. » Voilà ce qui est spécieux, sans nous expliquer quoi que ce soit , sans ôter à cette vis du c le son qui pouvait se modifier, tantôt en sifflante, tantôt en gutturale. Nous n'oublions pas l'histoire de ces lettres. La période classique du latin présente déjà les formes gobius, grabatus, gummi, pour les grecques qui s'écrivent par k ', les classiques remplacent leur nec otium par negotium, le grec Zakynthos par Saguntum. Le moyen-àge est inépuisable en modifications de cette sorte. Les Italiens ont gardé presque partout le c latin, les Espagnols le remplacent par g. Rapports et différences s'y font sentir d'euxmêmes. Cette inclination naturelle du c vers le g est si sûre que Probus la caractérise expressément en disant: «Veterum consuetudine scribitur.» Les anciens Romains avaient donc un son à part pour le c, un son qui n'est pas égal à k,

' Comp., enilalien, Gaëta, en français, glas, gras. Diez.Gramm., I, p. 244.

parce qu'il inclinait vers le g. Comment pouvaient-ils remplacer l'un par l'autre? Les grammairiens reconnaissent •que g est un son différent de leurs c et k, et néanmoins ils les ont substitués l'un à l'autre. Scaurus discute un gaunacen à côté de caunacen, un gamelum à côté de camclum, et pour ce second mot, l'origine sémitique nous prouve l'originalité du son g. Si Caper est assez prudent pour demander qu'on écrive nongenti, et non, noncenti, et si Agroecius en tire la distinction de triœni comme distributif de Iriccnti, et de trigeni de triginta, nous n'avons qu'à les écouter, et le reste de leurs élucubrations pénibles ne cbangera rien à ce résultat établi: ils aspirent h simplifier l'orthographe, et l'histoire des peuples nous garantit la justesse de l'observation qui date l'orthograpbe simplifiée d'une langue de l'époque où la force vitale de cette langue commence à pâlir.

Loin donc de reconnaître que cette histoire de l'orthographe c pour k fournirait une preuve de l'identité dans la prononciation des deux lettres, nous y voyons, tenant compte de la manière dont le g et le ç ont compliqué cette évolution ', un témoignage irrécusable ^pourla diversité des sons, quelque grande, quelque petite qu'elle fût, et s'il y a eu certains Romains, des hommes d'ailleurs de toute autorité, qui s'efforçaient d'éteindre pour la vue cette diversité, ontils pu faire pénétrer leurs idées particulières dans la substance même de la langue latine? Il y a des dialectes romanes qui, comme celui de Logoduro, rendent le c sous les mêmes conditions, tantôt par ch, tantôt par 2: chanter,

' Dans les inscriptions de Falisca (Faleria) , interprétées par Iluschke (Zii den altital. Dial., p. 821 suiv.), le c remplace le g en cavia, le q en cuando , et se trouve renversée pour des noms de femnaes en càpour cavia, et en cesula, p. 825.

chera, chiga et zegu, zertu, zibu '. Et quant aux Romains eux-mêmes, n'avaienl-ils pas aussi deux prononciations du g selon qu'il fût suivi de e ou de <r? * Une orthographe une fois généralement établie aurait sans doute eu la puissance de mutiler, à pas lents, aussi les sons de la langue, si celleci était arrivée à s'altérer ou à se décomposer. Ainsi on écrit en allemand : in die Schanze schlagen, en rendant, sans y penser, le français chance. Mais l'orthographe m, co, eu, pour ka, ko, ku, a-t-elle exercé cette influence sur la langue latine?

Tout porte à croire que les Romains distinguaient, avec une grande précision et avec une mâle netteté, surtout les consonnes en prononçant leur idiome, puisque dans les consonnes, comme dans le squelette d'un corps animé, se révélait la véritable physionomie, le génie de leur langue. Nous n'avons qu'à relire ce que Ilerzog en a dit »: « Nur sind es nicht sowohl die Forderungen eines schônen Rhythmus, als vielmehr die eines nachdrûcklichen, logisch beslimmten und stark in die Ohren fallenden Tons, welche in Form und syntaktischer Ordnung wirken. Vergleichen wir oskisch saabtum, Pupdiis, pruffed, upsed mit lateinisch sanctum, Pupidiis, probavit, operavit, umbrisch rehte, pihaclu, benust, benuso, mit recte, piaculum, venerit, venerunt, so leuchtet ein, wie viel inehr rhetorischen Charakter die lateinischen Formen haben, und wieder Unterschied eben besteht in der volleren Wahrung der Integrilàt des Consonantismus, beziehungsweise in- und auslautender Sylben.» Nous rencontrons dès le début de l'histoire romaine les trois consonnes fortement articulées k, celq. Leur dif-

' Diez, Gram. der roman. Sprachen, I, p 254.

' Corssen, I, p. 92.

• Bildiingsgeschichte der griech. und lat. Sprache, p. 151.

férence naturelle est fixée par les différentes voyelles avec lesquelles originairement elles s'énonçaient. Merkel (Physiologie der menschl. Sprache, 1862) ne reconnaît pas cette différence. Les quelques remarques queSteinthal lui oppose (Zur Physiologie der Sprache, dans sa Zeitschr. fur Vôlkerpsychologie, Vol. v, p. 89), montrent ses erreurs. Puis, en se modifiant avec le temps, en analogie avec la transformation de l'ombrien ahtud en un latin agito, comme toute la langue latine, soit par l'influence des arts et de la culture étrusque ou grecque, soit, plus pleinement, par le développement de la rhétorique publique à Rome, ces nuances primitives s'approchaient l'une de l'autre sans s'éteindre, et le manque de critique vraiment linguistique pouvait ainsi s'égarer à effacer enfin "pour la vue de fines nuances qui restaient arrêtées pour l'oreille. Nous appuyons ce résultat finalement sur trois considérations, en premier lieu sur la confusion, dans l'usage romain, de ti et ci devant une voyelle; en second lieu, sur l'existence du son assibilé du c, aussi bien dans les langues italiques en dehors du cercle latin, que dans les langues romanes après la chute de l'empire; enfin, sur l'analogie évidente des racines latines' avec la forme sanscrite, analogie déterminée par la place qu'occupe le latin sur l'échelle des idiomes indo-européens.

Si, à une certaine époque de l'histoire, on a confondu en parlant et en écrivant les lettres t et c suivies d'un i et quelque autre voyelle, et nous allons voir si en effet on l'a fait, nous devons nous demander comment ces deux sons pouvaient-ils se confondre? Et remarquez bien, la question, qitand que celte confusion ait eu lieu, ne changerienà cette nécessité de l'expliquer. Elle a eu heu une fois, aussi bien devant ia, io, ic, ii, iu, donc li, ci devant une voyelle, que même sans voyelle. Gela suffit, comment y est-on arrivé?

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Max MûUer ' répond de la manière la plus simple: Ti peut naturellement, dit- il, devenir par l'assibilation tsi, mais si ci est égal à ki, et que ki ne devient pas tsrÂi, les deux sons ne peuvent jamais se rencontrer, quelle qu'en soit la dégénération, et aucun Romain, ni en Italie, ni en Afrique, aurait pu exprimer renuntiatio par renunciacio, si le c n'avait pas eu un son sifflant, qui, en s'altérant, descendait naturellement à la sibilante. Voilà un fait capital, et dès lors nous comprenons la minutie scrupuleuse, avec laquelle les historiographes d'entre les latinistes modernes se sont donné carrière à constater l'histoire de cette identification, d'un siècle à l'autre, ainsi que la divergence des résultats, auxquels ils sont arrivés définitivement. Des voix de haute autorité sont d'accord à déclarer qu'aucune confusion de ci et de ti (di) ne se rencontre avant le Y""* siècle, et que H s'est assihilé plutôt que ci ^ D'autres ne cachent pas que l'assibilation des deux lettres doit avoir pris place très-tôt, puisque les traces en remontent aux plus anciens documents *. Là sans doute intervient la règle des grammairiens qui dans la prononciation sans assibilation de li devant une voyelle marque une faute *. Corssen en voit en viciens, Iricienspourvicentiens, tricentiens,enAcherunsia,llortensius, Leucesie, Valesium (Krit. Beitràge, p.469 suiv.). Que l'assibilation de ti depuis le II""' siècle de notre ère était générale, voilà ce qui est aujourd'hui devenu une sorte d'axiome

' The Academy, II, p. 148. Celte altération dans la physiologie des sons est constatée par Schleicher, Zur vergl.Spracheng., p. 145 Corap. Schuchardt, I, p. 150.

* Corssen, I, p. 50 suiv., et Rrambach, p. 210 suiv.

' Diez, Gram. der roman. Sprachen, I, p. 252.

' Pompeius, In libr. Donat. de barbar., p. 424. II dit (au V" siècle): «Kit hoc vitium; quotiescunque enim post *i vel di syllabam sequitur vocalis, illud ti vol di in sibilum vertendum est. »

chez nos critiques. Celle de ci doit, selon eux, être beaucoup plus récente (Schuchardt, I, p. 162), parce que: 4" il y a moins d'exemples de cette prononciation dans nos monuments, et 2° la prononciation italienne ne s'y est pas rattachée. Consentius,Pompeius, Isidore parlent de l'émission de H comme zi ou z, ils ne font aucune mention d'un tel son pour ci. Je ne veux pas m'informer de ce qu'on appelle ainsi d'anciens documents , je n'insisterai pas non plus sur ce qui va de soi, c'est-à-dire qu'on n'avait pas de raison d'accentuer une prononciation zi pourd, si c était toujours sifflante; je demande tout iïonnement: La différence entre ti et ci était-elle maintenue, oui ou non, sous les 'premiers empereurs? Et pour la réponse, nous ne passerons pas par toutes les péripéties des recherches de nos critiques ; les plus sévères d'entre eux sont fatalement entraînés à ébranler les plus solides fondements qu'ils viennent de poser. Corssen n'a pas hésité à dresser toute une liste de noms propres qui se retrouvent dans des inscriptions, écrits tantôt par c, tantôt par t. La voici : Larcins, Lacia, Marcius, Aucius, Mucius, Accius, Cacius, Siccius, Abucius, Minucius, Caiacius, Munacius, Neracius, Veracia, Yolcacius. Qui se serait attendu à voir expliquer cette différence par l'existence d'une double dérivation de ces noms? Comme si l'usage populaire à Rome s'était dirigé, quant aux noms, d'après les règles de quelque recherche étymologique ! La même racine donne plutôt lieu à plusieurs formes, comme Valesius et Valerius, Quintus et Quinctius. Nous aurons beau promulguer des lois suivant lesquelles les Romains auraient dû procéder, la question restera ouverte de savoir si jamais ils se sont conformés à de telles lois. On tient à cette différence du son, motivée par l'origine àes mots, on croit être sîir deceque les Romains ont, suivant l'étymologie, toujours

écrit et prononcé par ci les mots : condicio, dicio, solacium, Albucius, Marcianus, et par H : contiu, convilium, induliae, nuntius, otium et negotium, setius, suspitio, Sabbatius, Martialis, Lucretius, Quintius, Agatius. Pourtant une inscription de l'époque de Septime Sévère donne pour Adiabenicus Azabenicus •, et cette orthographe n'est pas sans analogie, ni en osque, ni en grec. Si l'on veut négliger un tel document, on peut bien tirer du silence des grammairiens, relativement à la nécessité de distinguer ces sons, la preuve de ce que, dans les anciens temps, il n'y eût pas encore à craindre quelque confusion, et que celle-ci n'ait envahi la langue romaine que plus tard ; et puis, il est aisé de constater que des temps des premiers empereurs les inscriptions n'en offrent « so gut wie keine Zeugnisse. » Quelle expression louche ! Hiibner reconnaît deux courants, deux formations parallèles, l'une par c, l'autre par t, et il croit pouvoir les distinguer d'après l'origine ethnographique des monuments ^ Cependant il mentionne ingénument la formule officielle des Magistri vicorum, qui en 136 après .l.-C, donnent à un quartier de Rome le nom de Vicus mundidei. Ces messieurs auraient bien dû consulter nos philologues pour savoir qu'avant le V'"'= siècle il fallait écrire nmndiliei. Ou bien, avaient-ils quelque affectation pour la diction africaine, à laquelle on attribue le collaclilio d'une inscription, Or. 1^\^, les terminaciones, defeniciones de Med-

' Hiibner, Neue Jahrb. fiirclass. Philologie, LXXVII. p. 351.

« La liste des mois se trouve dressée, Corssen, I, p. 63. Schuehardl, I, p. 264. Brambach, p, 218. La difficulté à constater exactement les leçons des inscriptions , a laissé sur ce point bien de l'incertitude (comp. Munro, The Academy, II, p. 255 et 323), elles formes : patritius. tribunitia, autrefois lues sur le Marbre d'Ancyra, ont aujourd'hui fait place à de plus correctes, dans les Res gestSB divi Augusli de Mouimsen.

jana sous Alexandre Sévère (230), le disposidones, le slacio, etc. En dehors des inscriptions, les documents écrits varient entre les formes : perdicio, racio, iusticia, milicia, nequicia, eciam, écrites tantôt parc, tantôt par t, quelquefois par z (onzias pouruncias de l'an 515, tandis qu'à Arezzo au Vl""^ siècle se trouve dans un manuscrit gothique unkja), et dans les transcriptions grecques par t, par tZ et quelquefois par t: irpÉTio, irpedivTia, et de l'autre côté par jc, p. ex. : yE^ejcetavei pour Geniciani,rp£>ieiw etc. Depuis leVIII™^ siècle le champ est plus libre ; on ne redoute plus même l'influence germanique sur le latin pour expliquer les sons romains qui se transforment dans les langues romanes! Voilà pour le ti dans ses rapports avec ci. Et après cela, croirons-nous que ci n'était assibilé que très-tard? Corssen enseigne gravement que, sans doute, sur le fond des langues italiques l'assibilation du c devant i est constatée par les dialectes ombriens et volsques *. Ensuite il passe à la latinité récente, et y reconnaît des orthographes telles que provinsia, felissiosa , Luziœ et Urbilcius. Fait curieux! L'assibilation avant et après ; entre les deux termes, fut-elle donc abrogée? Depuis quand est-ce là la marche des langues? Il faut bien avoir une certaine aversion contre de telles formes pour arriver à la distinction par laquelle Corssen s'imagine d'ôter toute difficulté, qui se dresse contre son hypothèse, la distinction entre les mots appellatifs et les noms propres, ou celle du langage des « Gebildeten » , en opposition avec les « Volkssprachen » . Tout cela est ici arbitraire. Je ne m'ar-

» Ces dialectes offrent pour l'assibilation de ti une analogie bien frappante, si le nom de Voltio à Falisca (Huschke, Zu den altital. Dial., p. 835) est en Orabrie Voisins, 0. Millier, Etrusker, I, p. 437. Corssen donne du reste pour l'assibilation de li les exemples : conibifiançiust, purtinçiust, I, p. 63.

rête pas à réfuter de pareilles distinctions. Pour ce qui est des noms propres et des noms appellatifs, L. Tobier en a fort bien esquissé les rapports et les différences dans Lazarus et Steinthal, Zeitschr. fur Vôlkerpsychologie und Sprachwiss. 1806, vol. IV, p. 68-77. Quanta séparer d'une façon orthographique le dire des gens du peuple de ce qui à Rome était estimé comme langage du beau monde, j'avoue de me trouver trop peu édifié du premier pour m'y aventurer, malgré que, outre le parfum que Plaute et les Inscriptions provinciales en exhalent, les graffiti de Pompéi m'aient bien souvent charmé par leurs gentilles aberrations de la diction classique. A un moment donné les deux sons se sont confondus dans la vie romaine, l'histoire le montre. Sans cela, je n'indique qu'un cas, le français n'aurait pu faire espèce de species, et espace de spatium. La confusion a donc été possible, et elle a, quelque part, eu lieu. Les dates n'y changent rien, ni les lieux. C'est sur le terrain de la langue latine elle-même que la confusion s'est opérée, qu'elle doit être comprise et expliquée. Max Mûller nous en a déjà indiqué le chemin.

C'est ce chemin que va justifier une observation attentive (les principes, sur la hase desquels la langue des Romains s'est transformée en langues romanes *. Si les Romains n'a-

' Nous employons ces termes, sans nous cacher qu'il y aurait quelque inconvénient à ne pas tenir ici compte des opinions qui poursuivent les origines des langues romanes plutôt dans l'ancien gaulois. Au moment où je corrige mes épreuves, paraît le livre de M. A. Granier de Cassagnac, Histoire des origines de la langue française (Paris, Firmin Didot, 1873), riche en intéressantes apercpplions de phénomènes historiques, mais dénué de profondeur en fuit de connaissances linguisliques. L'auteur adopte et complète les idées de Dom PaulPe/ron et Dom Jacques Martin. Croyant le français original, il tâche de prouver que le gaulois résista à la domination romaine, pour prendre, à l'arrivée des barbares, le nom de langue

.■•^;-:-'' sauvaient pas de sifflante c, organiquement rangée dans leur alphabet, les langues romanes d'où auraient-elles pris ce son? Tons les idiomes influencés directement du latin offrent cette distinction de son pour la même lettre c écrite, le ç devant c et i, le k devant a, o, u. On s'écrie avec emphase que devant e et i les langues romanes ont partout perdu le son guttural. Mais je demande: L'ont-ils jamais eu? Le latin le leur avait-il réellement apporté? Les langues de l'ouest ont toujours la sibilante c (l'espagnol z, le provençal tz ou s, le français s ou z, nonobstant la loi de permutation des gutturales qui vient s'y mêler) ', les langues de l'est la palatale c. Il mérite bien d'être accentué ici que l'une ou l'autre de ces langues tient avec acharnement à sa naissance latine, et qu'elle sait s'en vanter, en rapportant ses origines au cœur même de la vie. romaine. Telle est la langue des Valaques. Ecoutons cette pièce de vers que Vaillant 2, dans sa description de la Roumanie, rapporte

romane. Celte langue était parlée par les illtltrés, elle était distincte du latin et repose sur un système philologique opposé au lalin. S'il en est ainsi, on s'attendrait à une critique des restes de la langue gauloise que nous possédons en dehors des patois romans, dont M. Granier de Cnssagnac se sert avec beaucoup d'adresse pour ses démonstrations. Mais ces lettres écrites n'entrent guère dans le cadre des considérations de l'auteur. Combien des mots gaulois que les anciens nous signalent expressément comme tels, saurions-nous retrouveren français? Quelques-uns, sans doute, comme yws^Mtomc, lieue, terre glaise, verveine, etc. Il y a là un champ trf's-vaste pour des recherches ultérieures, et nous désirons qu'il soit bientôt soigneusement labouré. Pour nous, nous pouvons en faire abstraction quand il s'agit de la prononciation du c. Car. puisqu'on a su nier l'existence de la sifflante ç en gaulois, nous serions arrêtés, la trouvant en français, devant le même problème. En effet, les langues romanes l'ont dans les mots dont l'origine est gauloise, aussi bien que dans ceux qui proviennent du latin.

' Diez, I, p. 249-252.

* Voir Le Tour du Monde, 1868, l (De Paris à Bucharest, par Lancelot), p. 297 suiv.

comme révélant les progrès rapides de la poésie et le retour de la langue à ses origines latines :

Némul t'éri Moldavi de unde derad'a

Din fera Italii tôt oraul se cred'à

Flacù antèiu, apoi Traian au adus pe aice

Pre strenios'i qiiestor t'éri de ncmu eu ferice;

Resadil au l'érilor hotarole tôle

Pre senme que staù in veci à se vedè pote

Sei cù vit'a questi nom, fera romanesca

Implut nu Ârdialul s'i Moldavenesca

Semnele staù de se vid do deusul fâcute

Turul Severinulùi se cnsla'ii vremi multe.

Le peuple, qui revendique si fièrement l'origine romaine, voit en Fiaccus, puis en Trajan, les fondateurs de sa nationalité, de son bonheur et, cela va sans dire, de sa langue. En effet, c'était. sous Trajan que les Daces reçurent le droit de province romaine. Eutrope rapporte (VIII, 6) : « Traianus victa Dacia ex toto orbe Romano infmitas eo copias hominum transtulerat ad agros et urbes colendas. » Aurélien céda en 272 la Dacie aux Goths, et en transporta une partie de la population en Mésie. Nous avons donc là des dates précises sur l'origine des deux dialectes valaques S et nous devons supposer que les éléments latins de ces dialectes nous rendent fidèlement le génie romain '. Nous aurons à dire la même chose sur la langue de l'ancienne Rhélie, qui, lorsque le pays tomba entre les mains des Germains,

' Siilzer, Geschichle des Iransnlpinischen Dakiens, p. 40. Deux mots seulement : tzenterimu répond à cœmeterium, otzel à acetum, vinge à vinceic.

• Voir : La Société littérairn de Bucarest et l'orthographe de la langue roumaine, par M. Kmili' Picot, dans la Revue de linguistiqui', T. H, 1 (juillet 1868), p. 78 suiv. Les deux c roumains se distinguent clairement dans le mot chciulà, bonnet de peau de mouton; ils deviennent méconnaissables par les lettres cyrilliennes.

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se réfugia dans les montagnes des Grisons, et dans ses deux dialectes s'appelle encore fièrement « antiquissim lungaeg da l'aulta Rhselia » '. Mais je me borne au français. Voici quelques observations qui ne manqueront pas de trait pour éclaircir notre question :

1° Le g français ne provient jamais de la sifflante c en latin, mais toujours de la gutturale : gras, seigle, narguer, aigu, église, et pour réunir les deux sons en un mot, cigogne. Qu'on compare avec cette formation l'origine de égal, aigle, en aequus, aquila ^

2" Le s français provient du c sifilé latin en sangle, oiseau, souris, plaisir, loisir, voisin. Si nous rencontrons là, d'un côté, le mot cuisine qui vient de coquina, et, de l'autre, pour sciuriolus le français écureuil, comme écueil, écuelie, de scopulus et de scutella, nous n'avons que des exceptions qui prouvent la règle ^. Car quoique le g de fragea devienne fraise, et le ch de brachium, bras, jamais le k latin n'a été remplacé par le s français, et les ss latins donnent toux, roux, comme les c qui modifient la voyelle,

' Comp. Planta, Das altc Rhœtien, p. 218-219. Les noms rhétiens qu'il y citp comme romanisés sont fort instructifs.

* Depuis que, surtout par les travaux de Diez, la grammaire française a commencé à être une science, on s'est occupé avec zèle à classer les observations de faits pour comprendre la formation des mots. Dans la Suisse Romande ces travaux sont popularisés par plusieurs essais de M. Cyprien Ayer. Nous renvoyons avec plaisir à ses articles: De la permutation des lettres dans la dérivation française, insérés dans Y Emulation de Fribourg, T. III (Consonnes gutturales, p, 313 et suiv.). 1854 et 1855.

• Le changement du latin se initial en esc, puis en ec, provient de la difficulté que les Romains amollis de la décadence éprouvaient à prononcer les se, sm, sp, st initiaux; « ils y ajoutèrent de bonne heure un i, qui facilitait l'émission de cette consonne composée en la dédoublant. » Brachet, Dict. étymol., p. 216. Le bas-latin connaît un squiurioliis, d'oii l'anglais squirrel, reproduction exacte du grec uxioupo;.

voix, noix, paix, dix. De olium vient oisif, de calceare chausser», comme génisse, paroisse, à côté de fournaise, raisin. Savoir, anciennement sçavoir, descend de scire, comme scire, sciscere de secare. '

3" Aussi le t français tire son origine du c sifflé en flétrir, croître, paître, exactement comme le z le remplace en lézard, onze, douze, treize.

4" ç français est tantôt c en latin, ciel, décéder, face % facile, acide, tantôt un simple s, cidre, sauce (salsa), foncé (fonds), tantôt un dental assibilé, le t devant i: place, noces, gracieux, grâce. Le plus marquant de tous les exemples serait ici ce, si l'explication de ce mot par ecce istum * était sûre.

5° Une chose qui frappe, c'est que le français c// remplace avec une variation de voyelle le son du latin m : cheval, chef, chien, chose, chou, tandis que devant o cl w la gutturale reste. On sait que pour un grand nombre de mots les formes m et c/je existent, l'une à côté de l'autre. Campagne et Champagne, cavalier et chevalier, paraissent d'abord comme formes dialectiques, et se fixent plus tard avec des sens particuliers '. Comme à la fin des mots le ch remplace le son cia et hei (perche [pertica], pistache, comp. chêne de quercinum), l'échelle : franc, franche et France ", gagne un

' Chevalet, Histoire de la form. de la langue franc., H, p. 103.

' Ascoli, p. 273, 3.

^ De faciès, expliqué par Schleicher, Deutsche Sprache, p. 56.

' Chevalet, vol III, p. 181.

' Le Picard dit larchin pour larcin. Le patois normand affecte ce son. Comp. Ampère, Hist. de laform. delà langue franc., p. 241. Que ce ch n'est pas /ranc, c'est prouvé par Burguy. Gram., I, p. 35.

* « Francia, ce mot, dans les cartes géographiques de l'Europe, au IV"" siècle, est inscrit au nord des embouchures du Rhin.» Augustin Thierry, Lettres sur l'histoire de France, II, p. 543. — Ampère parle, p. 243, des anciens: rechevoir, chi, merchi.

singulier intérêt. Mentionnons encore : chiche, farouche, mordache, moustache, formes pleines de lumière quand on les compare à la transition de ciccus en chicane, chicot, chiquet.

6" Nous ne voulons pas passer sous silence enfin, que les paysans à l'enlour de Paris prononcent la gutturale à la place de la dentale, disant amiquié pour amitié, tout comme les Grecs rendent, au contraire, le sanscrit k par t en Te, TOI (Bopp, Gram. comp. I, p. 138), Teccape; (quatuor), TCÉvTe (quinque), ou que les dialectes populaires de Rome, les enfants proféraient c pour l, g pour d, selon Quinlilien, I, H, 5. Schuchardt (I, p. 158,) a recueilli un certain nombre d'analogies d'autres langues.

Il n'y a donc pas de doute sur la nécessité de supposer que le français , au moment où en se formant il mélangea son fond gaulois avec du latin, trouva le c sifflant dans cet idiome. Mais, nous l'avons dit, on y parle d'une dégénération préalable dans le domaine de la langue latine ellemême. Qu'on veuille me dire quand et comment cette dégénération a pris. place. Aussi loin que nous pouvons poursuivre les traces des éléments constitutifs de l'ancien latin, partout se rencontre une certaine assibilation du c, suivi des voyelles e et i. Les dialectes de l'ancienne- Italie en font foi. Dans la Calabrie une langue indo-germanique était répandue, distincte sous bien des rapports de la famille italique, et cependant se rapprochant, sous d'autres, du romain, le dialecte messapien. Le c n'y existe pas; là où il parait en latin sifflé, il est représenté dans les inscriptions messapiennes par s ou par z. Max Schmidt (dans Kulin, Zeitschrift, 1871) en a réuni les exemples. Le plus frappant en est le nom de la famille des Decii qui s'y trouve sous la forme de Dasioi (Liv. XXI, 44), forme à laquelle se rap-

portent aussi le Medella Dasmi de Canosa (687 de Rome) et le Dazimos (Dazimas, Dazomas) des tables d'Héraclea ' .

Les Ombriens avaient la même assibilation, le ci romain y paraît tantôt comme ci (çj) et si (sj), tantôt comme s, et ti devient également si (sj) et s'écrit souvent ci (çj), ou comme ç. Toute incertitude est exclue ici, car les Ombriens se servaient d'une lettre particulière pour distinguer du son k cette transformation, delà lettre b ^ Nous apprécierons des formes telles que : çesna, iseçetes, fa(;ia, proseçetis, deçe, desenduf, Sançie (Sansie), vestiçio (vestisia, vestisa), pase, quand nous réllécbissons à la différence établie entre kurnaoe, devant e, et curnak (lat. cornix) ou kurnako. La fluctuation entre puprike et puprise , et les formes Naharce , Tuscer, laissent entrevoir, soit un certain vague dans la prononciation, soit un laisser-aller dans l'orthographe, si la prononciation était la même. La combinaison de çl (struhrla , tiçlu , kurçlasiu) répond peutêtre au sanscrit çr.

Les Osqiies, dans les riches restes qu'ils nous ont laissés de leur vie agitée, n'ont aucune trace de cette sifflante, tous les c latins étant des k en osque, par ex. PK pour Pacius', Paquius, Viinikiis, llerukina, Viskinis, Juvkiiui (de Juv, lat. .lupiter*), Kenzslur; ils écrivent aussi pour le q kv, comme kvaisslur, kvirinis. Nous devrions avoir oublié l'histoire de leur pays pour ne pas présumer une influence très-large d'éléments grecs sur la civilisation osque. Il suffit d'observer encore aujourd'hui le costume et les

' Mitmmsen. Untorital. Dialekte p. 71-72 H p. 80-81.

' Momrasen, p. 22, «explique ceUe forme. Lepsiiis. Inscr. l'mbr. p. 156. .\iifrecht-Kircliho(T, Die umbr. Sprachdenkm. II. 25, 40, 51.

' Eiideris, OskischeFormenlehre, p. 11-19.

* Dans la môme formation les Ombriens disent Kastruçiio. Enderis, p. XXIII. 3.

mœurs des indigènes qui peuplent les villes dont nous tirons les restes les plus considérables de monuments osques, pour reconnaître cette origine. La tenuis k des autres dialectes italiques est assujettie, chez les Osques, à des transformations qui ne pourront qu'approuver une prononciation variée du c en latin. Non-seulement k devient g en dégelas, Gutta (Cotta), mais l'un et l'autre se perdent dans la faible h : Mahius, Pahius, ehtrad, saahtum *. D'ailleurs la forme osque Bansae témoigne pour l'assibilation de H aussi dans ce dialecte.

D'autant plus rapprochées de Rome se montrent les quelques bribes du dialecte volsque que nous possédons. Le comique Titinius doit avoir dit, dans une de ses pièces romaines (togatae) : «Qui obsce etvolsce fabulantur, nam latine nesciunt. » On voit donc que ces langues se parlaient, cas échéant, à la même occasion. Le caractère spécifique du volsque le rapporte trés-étroitement au dialecte des Ombriens. Nous rencontrons là une forme décisive, fasia pour faciat, sur un bronze de Velletri. Les Sabins aussi nous donnent pour le latin cena leur scensa* bien à propos.

Je sais bien que ces dialectes ne sauraient prouver que la langue latine ait conservé les mêmes intonations; je sais qu'on pourrait se demander pourquoi les Romains, s'ils avaient une sifflante c, n'auraient pas gardé le signe particulier que les Ombriens avaient pour ce son, ou n'auraient pas inventé une marque diacritique quelconque, eux qui, lorsqu'ils introduisaient le g, savaient le caractériser d'une manière si significative en ajoutant au Cson crochet droit G. La réponse me serait impossible. Mais qui expliquera tout ce que l'évolution historique d'une langue produit en fait

• Mommsen. p. 223.

• Paul, ep., p. 338. Festus dit cœsha, p. 209.

mr.

de bizarreries orthographiques? Et puisque les différents éléments, qui se groupent en un mot, pour exprimer une certaine idée, ne sont pas ramassés par hasard, mais suivant les lois de la nature de cette idée, l'extérieur d'un mot peut suffire à rendre claire sa prononciation là où ces lois ne sont pas encore troublées par des règles d'une fausse science *. Les voyelles sont là, a, o, u, pour assurer à la consonne c son son guttural ; là où elle est suivie de e et î, elle est, sans autre marque diacritique, une sifflante. Y a-t-il dans l'histoire de la civilisation romaine quelqu'élément qui aurait pu détruire cette intonation, si réellement elle a existé dés l'origine de la langue latine? Voici venir le moment où il faut élargir l'horizon pour préciser notre fixation des détails par une vue d'ensemble. On ne peut pas discuter les changements de sons et de lettres dans le giron d'une langue sans les comparer avec les changements analogues de langue en langue, surtout de celles qui la touchent par une parenté étroite. Le latin a une place nettement déterminée dans l'ensemble des langues aryennes. Ce qui le caractérise le plus, c'est cette analogie explicite avec le sanscrit dont nous avons déjà fait mention. 11 vaudrait la peine do dessiner aussi dans les détails ses rapports avec les langues celtiques et germaniques. Mais pour celles-ci les idiomes modernes qui en sont descendus, se serrent naturellement autour de nous, quand nous allons juger le latin, et, nous l'avons dit, ils ne peuvent (|ue justifier notre supposition qu'en efl'el les Romains prononçaient le ce et le à avec une sorte d'assibilation, inimitable peut-être, mais foncièrement distincte du son

' Il suffira (le rappeler ici les remarques de Wolf sur les deux sons du or en grec. De orthograph. quibusdam graecis (Kleine Schriften), I, p. 5(îl. Pourquoi n'a-t-on pas appris, par ces remarques, comment il faut jug(u- aussi la mulliplicité des sons dans l'alphabet romain?

guttural k. Comment le sanscrit se place-t-il à l'égard de cette prononciation? Les anciens grammairiens indigènes ont distingué, par trois signes différents, trois différentes sifflantes. Ces signés différents en empêchent toute confusion avec les gutturales ou avec les palatales. Parmi ces trois sifflantes nous trouvons une qui répond exactement au c latin devant e et i. Nos éminents linguistes sont unanimes à appuyer l'ancienne doctrine des grammairiens indigènes, d'après laquelle la sifflante ç est une altération sanscrite d'un ancien k dans l'aryen primitif, et que les langues de l'Europe se sont tout naturellement prêtées à propager cette différence, en reproduisant, l'une, le son ç là où l'autre a le son k. 11 doit nous suffire de renvoyer pour la détermination de cette loi même à la Grammaire comparée de Bopp, vol. I, p. 64-63, et pour le riche trésor de phénomènes linguistiques qui en découlent, aux collections savamment critiques d'Ascoli, dans ses Leçons sur la phonologie comparée du sanscrit, du grec et du latin (trad. de Bazzigher et Schweizer-Sidler), vol. I, §§ 8-21. Nous n'aurons, pour ne pas écrire un volume, qu'une chose à faire, c'est de composer un tableau de quelques racines et de quelques formations, où la sifflante sanscrite se rencontre avec le c dans les racines latines, et nous montre, sans théories chimériques, que les Romains avaient en effet le même son que les habitants de l'ancienne Inde, qu'ils l'indiquent par les voyelles dont ils font suivre la consonne c, et que là où les Latins ont altéré la sifflante sanscrite, la gutturale, indiquée par les voyelles a, o ou «, ou les consonnes qui la suivent, a pris place en force d'une énergie intrinsèque, qui, en modifiant la tendance du mot, en a modifié aussi la forme, mais qui, à son tour, rentre dans l'analogie avec l'aryen primitif. Nous tenons à y ajouter quelques comparaisons, d'un côté avec le zend et les autres dialectes iraniens, de

/-■^sj^n-

l'autre, d'abord avec les langues germaniques et celtiques, puis avec les langues slaves, enfin avec cette riche variété d'idiomes grecs , dont si souvent, dans cette discussion, on s'est servi mal à propos pour fixer des lois là où le grec ne peut avoir aucune autorité. C'est le champ où nous aimerions recueillir la moisson la plus riche, et où il nous suffira de ne ramasser que quelques fleurettes. Nous terminerons alors en jetant un coup d'œil dans l'organisme de la langue latine elle-même. Certes, nous ne redouterions pas d'appliquer le scalpel avec toute sagacité pour découvrir dans ce cadavre idéal, çà et là, les restes d'une veine qui palpitait une fois, et qui dans sa mort encore nous rend témoignage de la flamme qu'elle a vu brûler. Mais là aussi un seul, un fugitif regard.

Les trois sons qui se sont partagé en sanscrit le k primitif de l'aryen, k,* k' et ç, ont conservé les traces de leur origine dans la manière dont ils se confondent, tantôt dans ^'étymologie, tantôt dans la flexion. De même qu'en ak' à côté d'ankas {o-^'mi;), ark', d'arkas (éclair), uk', d'aukas (domicile), çuk', de çaukas (tristesse), sik', de saikas (arrosement), se trouve l'échange de k' et k, ç elk alternent en car (dirumpere, xeîpw), çirna et kar, kart, en çram, çra-, mas et klanta, klamas (fatigue), nie (nox) et nak, et dans la flexion plus généralement: darç (^èpxofiai) et adraksit, diç (^ei<cvup), diça et dik, naç (périr) et le fut. nanksjati. C'est en analogie avec cet échange de sons dans l'intérieur du sanscrit, que se sont réfléchis les rapports des lettres A, A' et ç aussi en latin. Et voilà la base organique de la divergence des sons du k et du c romains.

' Les ouvrages de linguistique ne font pas souvent gémir nos presses. Je suis donc forcé de me contenter de transcriptions à peu près exactes. Qu'on excuse ce manque de précision dans celte partie de notre opuscule. D'ailleurs sapienti sat.

Voici quelKjues exemples de ces rapports :

K (lat. K).

K' (lat. K).

kart

crates

kartari culter krttis cortex

k'akra xûxXo; k'andras candidus

kupas

Tjrp

kravis

kruras

skand

nak

daks

cupa

corpus

caro

cruentus

scandere

nox

dex-ter

ruk' vak' park'

luc-eo

voc-are

plec-to

çatam

çad

açus

daça

diç

naç

naç

Çi

Ç (lat. C).

centum CiÇ-didi

oc-ior

decem

dicere

noceo

nancisor

ciere

çrad

çra

cru

çraunis çvan

açris

çashpa ciBspes

credo cremare clueo (celeber) cl unis canis

(xûb)v)

ocris' (acies) kalaças calic-s paçus pecus

Ce tableau n'est-il pas d'une éloquence décisive? Rédigé d'aventure, il parlera pour lui-même. Je n'aurai qu'à ajouter que dans la flexion sanscrite du verbe le ç se change devant s en k, et dans les substantifs aussi à la fin des mots, p. ex. darç, aor. adraksit et drk (vision] ; diç, daiksjati, et dik (direction); naç (nanciscor), nak et naks. Car ce changement servira à expliquer pourquoi en latin la sifflante n'existe plus, quand c est suivi d'une consonne. Si le son k' ne s'est pas conservé, le /c et le ç reparaissent en latin et se croisent dans l'évolution historique de la langue. Ainsi le redoublement de k se fait en sanscrit par A' (kar [creo] parf. k'akara, intens. k'arkar), et c'est ce même principe d'après lequel cecini descend de cano.

La sifflante palatale se rencontre en zetid non-seulement pour le ç sanscrit, en dasa, sata, pasa, mais elle remplace souvent le s ordinaire devant t, k et n, p. ex. stâro, étoiles, staumi, je loue, asti, il est, snà, purifier, et cela suivant une disposition à aspirer cette consonne {s dentale

' Festus écrit: Ocrem antiqui, ut Ateius philologus in libro glosseiiiatoruin refert, monteni confragosura vorabant. Voir les citations de l'édition d'O. Millier, p. 181, a.

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