‹ Mélanges philosophiquesChapitre 32 sur 42 · DERNËRES IDÉES DE PAUL JANET · texte numérisé non relu

DERNËRES IDÉES DE PAUL JANET

SoMMAiRs : Mort de M. Paul Janet* — Ses vues sur les rapports de Dieu et du monde : trois textes sacrés employés comme formules de solution. — Dieu cause efficiente du monde: l'absolu et la causalité. Celle-ci D*inclut par elle-même aucune passivité. Aphoriames scolastlques. — Critique du rapport de mode à substance appliqué au monde et à Dku. — Démooitration de la liberté absolue du Créateur. — Dieu ne peut être d'aucune manière la matière ou le fond ou la substance du monde. — Immanence et transcendance. — Quelques idées précédentes de M. Paul Janet. — Conclusion.

L'un des représentants les plus considérables de la philosophie contemporaine, en particulier de celle qui a occupé la plupart des chaires officielles en France dans le courant de ce siècle qui s'achève, M. Paul Janet, professeur à la Sorbonne et membre de llnstitut, vient de mourir, après une vie toute remplie par les labeurs de l'enseignement et de nombreux travaux. Nous ne chercherons pas ici à caractériser de nouveau ses idées philosophiques ni à les critiquer d'une manière générale : c'est ce que nous avons essayé de faire ailleurs (Histoire de la philosophie et parti" culièrement de la philosophie contemporaine). Nous voudrions seulement aujourd'hui attirer l'attention des lecteurs qui s'intéressent au mouvement philosophique et religieux sur les dernières opinions du philosophe en ce qui concerne les rappons de Dieu et du monde.

Cette question est des plus graves. Débattue dans tous les temps entre les philosophes chrétiens et leurs adversaires, elle conserve de nos jours toute son actualité. Elle fut traitée par Paul Janet dans un de ses derniers cours de la Sorbonne (1888- 1894), qui ont été publiés sous ce titre : Principes de métaphysique et de psychologie ^ leçons professées à la faculté des lettres de Paris (2 vol. in-8). Ce cours est postérieur à l'étude critique sur Vacherot, qui termine cependant le second volume, où elle prend place dans l'Appendice. Ce n'est donc pas dans cette étude critique, mais plutôt, croyons-nous, dans le cours que nous venons de signaler, qu'il faut chercher la dernière pensée de Paul Janet. Or il paraît qu'elle n*a cessé de se rapprocher sur ce point, comme sur plusieurs autres, des doctrines catholiques. Il est mSme à espérer que les divergences, quelque graves qu'elles puissent paraître encore dans certaines formules, tiennent moins au fond qu'à la forme, au désir de l'auteur de maintenir certaines expressions qu'il avait avancées et qui lui étaient chères, mais qu'il avait dépouillées peu à peu de leur sens panthéistique. On en jugera par l'étude suivante.

Dès le début de sa leçon sur les rapports de Dieu et du monde, Paul Janet annonce qu*il tentera de résoudre le problème au moyen de trois textes fameux empruntés à nos Ecritures. Le premier est celui de l'Evangile de S. Jean : Omniaper ipsumfacta sunt et sine ipso factum est nihil quodfactum est-^^itirçoLii aitov eYéveTO,xalx(5ptçaÛTOISèYéveTooû86V 6 Y^T^ve (i, 3). Le deuxième est de S. Paul, dans son épître aux Romains : Quoniam ex ipso et per ipsum et in ipso sunt omnia — eÇ «OtoB xa( 81 «utàv xal elç owxév xi icàvxa (xi, 36). Le troisième est de S. Paul encore: In ipso vivimus^ movemur et sumus {Act.^ xvii, 28). Ce n'est pas certes qu'il fonde son enseignement sur aucune autorité théologique ou philosophique. Mais Paul Janet avait atténué sensiblement son rationalisme dans les derniers temps. On se rappelle peutêtre l'une de ses études où il insistait sur l'utilité pour les philosophes et surtout pour les métaphysiciens de con« naître les doctrines théologiques. Selon lui^ les philosophes

Page 1