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modernes» après avoir longtemps affecté d'ignorer la révélation et les sciences théologiques qui en naissent, devaient montrer désormais plus de liberté d'esprit et moins de partie pris. C'est sans doute pour pratiquer ce conseil, que lui-même emprunte quelques-uns de nos textes sacrés le plus souvent cités en ces matières. Il les emprunte non comme des autorités mais comme des formules philosophiques. Voyons donc s'il les a convenablement interprétés.
« Ces textes, dit-il, expriment toutes les sortes de rapports que Dieu peut soutenir avec le monde. Le St «utov exprime la cause efficiente^ TeÇ aÛToO la cause matérielle (1), IVtç aÙTdv la cause ^na/e. Enfin un autre mot de saint Paul si célèbre : In Deo pivimuSj movemur et sumuSj exprime ce que l'on peut appeler la cause immanente (?) ». Que le lecteur ne réclame pas outre mesure contre les expressions que nous avons nous-même signalées par quelques points; car Fauteur les corrigera plus ou moins par la suite.
Et d'abord Dieu est la cause efficiente du monde. Ici Paul Janet expose la vraie doctrine à l'encontre de Schelling et d'Hamiiton, qui ont regardé la notion d'absolu comme inconciliable avec celle de causalité; en sorte que, d'après eux, Dieu cesserait d'être absolu s'il devenait cause, s'il produisait un effet, parce qu'il deviendrait alors relatif à son effet ; sans compter, ajoute-t-on, qu'en devenant cause. Dieu passerait de la puissance à l'acte, ce qui est contradictoire encore avec la notion d'absolu. On sait que ces objections sont proposées et résolues dans tous nos manuels de théologie et de philosophie ; mais elles n'en restent pas moins la pierre d'achoppement perpétuelle de la plupart de nos panthéistes. Or Paul Janet n'est point dupe de ces sophismes et les résout très bien : « On peut se demander, dit-il, si le terme d'absolu suppose en réalité l'exclusion de toute espèce de rapport, s'il n'exclut pas seulement le rapport de dépendance : car ce n'est pas d'être en rapport avec quelque chose qui constitue le relatif; c'est d'être dans un rapport de dépendance, c'est-à-dire d'avoir une condition antérieure. Autre chose est subir
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une condition^ autre chose être la condition de quelque chose. L^inconditîonné (selon l'expression d'Hamihon) est ce qui n'a pas de condition, mais non pas ce qui n'est pas une condition ; il peut être un conditionnant sans ^e un conditionné. De ce que l'inconditionné est la condition du conditionné, il ne devient pas par lui-même le conditionné. De même la causalité, en tant que production du relatif et du fini» n'implique pas nécessairement un changement d'état dans Tabsolu. Il peut rester tout entier ce qu'il est, après comme avant. C'est une doctrine que les Alexandrins ont solidement établie. Le caractère propre de la cause n'est pas d'être augmentée ou diminuée par la produaion de l'effet : la notion en est satisfaite pourvu que l'effet ne puisse être que par l'action de la cause. Ainsi le changement est du côté de l'effet sans être du côté de la cause. Elle n'a donc rien de contradictoire avec l'absolu » (p. 1 24). On voit par là qu'il tombe d'accord avec les scolastiques lorsque ceux-ci démontrent que la notion de cause efficiente n'entraîne essentiellement avec elle aucune passivité, ni par conséquent aucune dépendance. Une cause purement telle ne passe donc point de la puissance à l'aae, mais elle est un acte pur. C'est ce qu'explique très bien, par exemple, le Père de Régnon, dans sa Métaphysique des causes ^ où il commente ces aphorismes scolastiques : // n* est pas néces^ saire que le moteur soit mû [Non necesseestmovens moveri)j c'est-à-dire que la cause change en agissant. «.En effet, poursuit-il, si Ton reste dans le concept formel de la cause, on y voit bien le principe du changement en un autre, mais on n'y trouve pas le principe du changement en soi-même ; on y voit bien une activité, mais on n'y trouve pas une passivité. Donc de ce qu'une cause agisse, on ne peut pas en déduire qu'elle change en agissant; d'où cette première conclusion admise de toutes les écoles : On conçoit qu'une cause agisse sans qu^elle change. « Une cause, dit Scot, tf peut produire immédiatement et par elle-même quelque « effet nouveau, sans aucune nouveauté en elle-même. » Le P. de Régnon tire ensuite cette seconde conclusion : Aucune cause ne change par le fait même de son action. Tout
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cela est contenu déjà, pour qui sait bien Tentendre, dans le principe : Ontne quod movetur ab alto mopetuv. Le P. de Régnon ajoute à son commentaire un beau texte de S. Irénée exposant la même doctrine: elle n'intéresse pas moins les bases de la théologie sacrée que celles de la théologie naturelle ou théodicée.
Mais revenons à Paul Janet. Après avoir expliqué le rapport d'effet à cause efficiente entre le monde et Pabsolu, il critique avec raison le rapport de mode à substance, mats sans répudier assez la doctrine spinosiste^ pour laquelle il a montré dans plusieurs de ses écrits trop de complaisance : « Dira-t-on que le rapport de Dieu et du monde n'est pas le rapport de la cause à l'effet, mais le rap* port du mode à la substance? Je réponds que, bien loin de diminuer par là la relativité de l'absolu, on ne ferait au contraire que l'augmenter. En effet, le mode est bien plus intime à la substance que l'effet à la cause... Que Dieu soit la substance du monde, c'est une question (?!) ; mais ce n'est pas de l'idée d absolu considérée dans son intégrité que Ton conclura que Dieu est substance et non pas cause; il serait au contraire, à ce titre, beaucoup moins absolu. » (p. 125).
Suit une démonstration parfaite de la liberté du Créateur. Nous sommes donc bien loin de Terreur de Cousin prononçant, en véritable disciple de Schelling et d'Hegel, qu' a un Dieu sans monde est aussi incompréhensible qu'on monde sans Dieu ». Paul Janet regarde cette proposition comme la formule la plus précise et la plus profonde du panthéisme. Mais il ne l'en réfute pas moins péremptoirement : « Ce que nous devons retenir de la thèse de Schelling, écrit-il, c'est que si nous appliquons à l'absolu la notion de causalité (et cela est nécessaire), nous devons en retrancher tout ce qui marque la dépendance, et non seulement la dépendance à Tégard de quelque chose d'an* térieur, mais la dépendance à l'égard de son effet. Il est d'abord de toute évidence que l'absolu ne dépend de rien d'antérieur et n'est soumis à aucune condition; car il ne serait pas absolu... Mais plus important encore à considérer
est le rapport d*inddpendance de la cause à Tégard de son effet. Examinons de plus près ce rapport. Dire que la cause est indépendante de son effet, c'est dire que l'effet ne lui est pas essentiel, qu'il ne fait pas partie de la compréhension de sa cause, en un mot qu'il n'est pas nécessaire. Dire que l'effet est nécessaire à la cause, c'est dire que la cause n'est entière qu'à ta condition de produire son effet. Le chêne n'est chêne qu'en tant qu'il produit des glands. L'homme n'est homme qu'en tant qu'il parle. Dans cette hypothèse, le relatif faisant partie de l'absolu, c'est l'absolu qui devient relatif, qui non seulement se manifeste, mais encore se complète par le relatif. Si donc l'absolu doit être absolument absolu; si Dieu, pour l'appeler de son vrai nom, doit être vraiment Dieu, c'est à la condition d'être indépendant de son effet, de pouvoir exister sans son effet, à la condition d'être une cause libre. Car une cause libre est précisément une cause indépendante de son effet, et qui n'est pas prédéterminée par Teffet. Tel est le caractère de la cause suprême. Elle n'est telle qu'à la condition d'être libre, non seulement libre de cette indépendance que Spinosa attribue à Dieu à l'égard de ce qui précède, mais de cette indépendance que nous avons dite à l'égard de ce qui suit; à cette condition seule le relatif est vraiment relatif, et l'absolu véritablement absolu » (p. 126).
Malheureusement la suite donne lieu à de graves réserves; tout au moins elle pêche par des équivoques dangereuses. Nous avons déjà vu que Paul Janet semble dire que Dieu est la cause matérielle du monde. Sans doute il repousse le sens le plus grossier de cette formule; il répudie également l'interprétation qu'en donnait Lamennais et celle de M. Ravaisson ; mais le sens auquel il paraît se rallier ne saurait satisfaire complètement. On en jugera : « Ce terme (ex nihilo) ne signifie rien, dit-il, ou il signifie création sans matière préexistante. En effet. Dieu étant le seul être, il ne peut y avoir d'autres êtres que lui, avec lesquels, comme matière, il aurait fait le monde. Mais l'expression ex nihilo exclut-elle nécessairement l'idée que Dieu ait fait le monde de sa propre substance ? Ne peut-on