DE PAUL JANET
pas supposer que Dieu, étant Têtre infini, ait pu, sans se diminuer lui-mêmei sans amoindrir son essence incorruptibie, sacrifier une partie de son être pour lui donner une existence distincte? Lamennais, dans son Esquisse (Pune philosophie f a proposé cette solution, renouvelée des gnostiques, et un autre philosophe de nos jours, M. Ravaisson, a adopté cette solution. Il nous semble, quant à nous, qu'il est inutile de se représenter ainsi sous forme matérielle l'acte suprême par lequel Dieu ou Tabsolu fait apparaître une existence nouvelle distincte de la sienne propre. Sans doute, par cela même que Dieu crée, c'est-àdire donne l'être, comme il est le seul être, il est évident que c'est bien dans l'infini, c'est-à-dire en lui-même, qu'il puise la force par laquelle il donne l'être; et, par rapporta la nature et au monde, commencera exister d'une manière distincte, au lieu de rester à jamais enveloppés dans une sphère purement idéale, c'est bien là sans doute venir de Dieu, è^ aÙToB, participer à son être-, et la prépositio eÇ représente bien ce rapport. Mais faut-il aller plus loin ? Faut-il se représenter Dieu comme taillant dans sa propre étofie le fond matériel qui deviendra le monde? C'est là une conception quelque peu matérialiste et qui n'ajoute aucune clarté au dogme de la création ex ttihilo. Sans doute. Dieu est dans le monde; il est le fond (!), le soutien du monde ; il l'est tout entier, et non par un petit morceau de son être; on peut même dire, si l'on veut, que Dieu en est la substance (!), le monde ne pouvant se soutenir sans lui; mais c'est une substance qui peut se passer du monde, et qui reste profondément distincte et indépendante de son phénomène {p. 128) » — Nous soulignons ce dernier mol. — Evidemment, Dieu ne peut être dit d'aucune manière le fond ou la substance du monde, qui est bien autre chose que son phénomène; autrement Dieu dépendrait du monde, ce qui n'est pas possible : on nous l'a fon bien démontré tout à l'heure.
Vainement Paul Janet cherche-t*il à justifier toute sa pensée en montrant que Dieu est immanent au monde. Sans doute Dieu est intimement présent dans le monde : il est
partout par son essence, par sa présence et par sa puissance ; il connaît en particulier, conserve et perfectionne les créatures raisonnables infiniment mieux quelles ne se connaissent, se conservent et se perfectionnent elles-mêmes, car Pêtre créé ne peut se suffire absolument pour quoi que ce soit. Mais on ne peut dire d'aucune manière que ta divinité, avec rinfiniy est intrinsèque à la nature ou à la substance des êtres créés. Et non seulement l'être divin ou infini est essentiellement différent de Têtre créé, mais encore il est transcendant par rapport à lui, il n'a rien de commun avec lui. Car il est le seul qui existe par son essence même, il est le seul qui soit l'être même et absolument. Ainsi la transcendance de Dieu s*accorde très bien avec sa présence intime dans les créatures. Cest même cette transcendance qui exige cette présence intime de même que cette distinction. Maintenant si Ton veut donner à la présence intime de Dieu dans les créatures le nom dVmmanence^ telles formules employées par Paul Janet seront correctes. Mais il ne paraît pas assez que ce soit le seul sens qu'il ait en vue dans les passages que nous avons cités.
Néanmoins, telles que nous avons essayé de les faire connaître au lecteur, les doctrines professées en dernier lieu par Paul Janet sur les rapports de Dieu et du monde, paraissent plus vraies et plus complètes que celles qu'il avait exprimées auparavant et jusque dans son étude critique sur M. Vacherot. Dans celle-ci, qui ne date que d'une quinzaine d*années/ est proposée la doctrine du panenthéisme^ autre forme de V immanence àivïn^ dans le monde. L'auteur y insiste aussi sur la faculté qu'aurait Vhomme de saisir l'infini et par conséquent Dieu par la conscience. L'infini serait contenu de quelque manière dans notre pensée, dans notre raison, dans notre libre arbitre, où nous pourrions l'atteindre par la réflexion philosophique. Cest comme une réminiscence de la théorie de la raison impersonnelle, professée par Cousin et son école, mais de diverses manières en différents temps. Et il y a cette dififérence importante entre cette prétention et celle des ontologistes que, d'après
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ceux-ci. Dieu est un objet immédiat de la râ2>07i, tandis que d'après les éclectiques dont nous parlons. Dieu serait un objet de conscience. Or la conscience est subjective ; el)e ne porte que sur le moi et ses modifications. De là un danger particulier de panthéisme.
Mais Ton ne trouve rien de tel dans la leçon que nous avons essayé d'analyser, après laquelle l'auteur a pu poursuivre encore pendant plusieurs années le cours de ses méditations. Et nous sommes persuadé que la vérité n'a cessé de l'attirer et de le captiver davantage à mesure qu'il approchait du seuil de l'éternité.
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