EN PARTICULIER DE L ORIGINE DU POUVOIR I
séquent elle était de droit divin, instituée directement par Dieu; mais c'est là une opinion isolée, absolument inexacte et qui n'a été défendue par aucun catholique de marque, ni par Bossuet, qui, en dépit de son culte pour la monarchie absolue, se rallie plutôt à la théorie de Suarez, ni par J. de Maistre, qui se contente de mettre vivement en relief Taclion providentielle dans l'établissement de la souveraineté... » (p. 193.)
Ce que l'auteur ajoute sur le sacre des rois achèvera de nous livrer toute sa pensée : « Je croirais volontiers, avec un canoniste remarquable de nos jours (Bouix), que dans la persuasion du moyen âge, attestée par les vieux rituels encore exempts de toute interpolation et de toute correction intéressée des légistes, le prince tenait, soit de l'élection, soit de l'hérédité, un droit initial à posséder la souveraineté, mais qu'il ne recevait que par le sacre le droit complet à son plein exercice : avant l'accomplissement de ce rite, il avait, pour nous servir d'une formule juridique, le fus ad rem^ mais non le jus in re » (p. igS).
Autres opinions. — Bien d'autres opinions de l'auteur sur ces difficiles questions de morale sociale méritent d'être relevées. Il admet le droit à l'insurrection dans certainscas et à certaines conditions qu'il détermine très sagement (p. 212).
Il se déclare le partisan du ^référendum professionnel et même communal^ mais il estime que le « référendum politique appliqué à un grand Etat est une dangereuse chimère » (p. 236).
Les questions suivantes sont moins controversées et moins brûlantes. L'auteur critique Montesquieu pour avoir plus ou moins méconnu l'unité dans la souveraineté en divisant le pouvoir. Il justifie la peine de mort. Il estime qu'un bon régime de la presse est à peu près impossible aujourd'hui (276).
Au sujet de la liberté d'enseignement^ il déclare qu'en principe tout homme a le droit de communiquer la vérité {p. 280) ; il reconnaît simultanément et harmonise entre eux le droit des parents, celui de l'Etat et celui de l'Eglise.
îS QUESTIONS MORALES ET SOCIALES
Contrairement à Costa-Rossetti et aux Pères de la Civîltà^ il pense que l'Etat peut, dans certainns cas, rendre renseignement obligatoire. Mais il répudie l'école neutre : l'enseignement confessionnel est le seul possible et légitime. Au sujet des rapportsde l'Eglise et des Etats, relevons une longue réfutation du libéralisme (p. 328-349}.
En ce qui concerne les relations internationales, il ramène à sa juste valeur le principe de non-intervention. Il stigmatise ainsi la politique contemporaine : « Force est bien de l'avouer, la politique contemporaine internationale est homicide, voleuse, menteuse, et elle viole effrontément ces préceptes du Décalogue qui forment le fondement du droit des gens : Homicide point ne seraSy etc. Il me semble que le spectacle de pareils brigandages déguisés sous la pompe de beaux noms devraient rendre plus modestes les tenants du droit nouveau, Bluntschli et les autres » (p. 372-3). II relève l'erreur de Montesquieu qui permet de faire la guerre à un voisin par le seul motif qu'il est puissant et en voie de progrès et d'agrandissement (p. 373).
Il répond aux allégations de Bluntschli qui a osé écrire ces lignes : « Les chrétiens étaient encore enclins, au moyen âge, à considérer les non-chrétiens comme des êtres sans droit aucun, et les papes ont généreusement accordé aux rois le droit de soumettre à leur domination toutes les nations ou Etats non chrétiens » (p. 376). Pour répondre à cette odieuse accusation, Tauteur n'a qu'à résumer l'enseignement des meilleurs docteurs, Bannez en particulier, qui traitèrent ces sortes de questions, lorsqu'elles se posèrent si impérieusement à la suite de la découverte du nouveau monde. La doctrine si humaine et si juste que l'Eglise proposa dès l'origine, n'a été que trop méconnue, depuis lors, par la plupart des Européens qui se sont répandus dans les diverses parties du monde.
Encore au sujet de la guerre, l'auteur observe que toutes les conditions de légitimité se trouvent réunies et au plus haut degré dans les croisades; il constate aussi que les droits des belligérants sont très vagues en simple droit naturel, mais qu'ils ont été déjà bien limités par l'Eglise et