‹ Mélanges philosophiques (1897-1900) [microform]Chapitre 15 sur 52 · partie · texte numérisé non relu

partie

L'espace et le temps nous sont présentés comme étant les premières catégories, ce qui est inexact. Car, même au point de vue de l'expérience sensible, la substance corporelle est connu avant l'espace et le temps, qui en résultent et paraissent ensuite la contenir.

Nous ne disons rien des hypothèses d'une quatrième dimension et d'un quatrième temps, auxquelles l'auteur se montre trop favorable, en paraissant vouloir faire rentrer les idées de temps et d'espace dans celle de nombre. Mais il est plus grave de vouloir ramener « la coordination causale » à celles qui résultent simplement des rapports de temps et de lieu. L'auteur n'en écrit pas moins cet aveu significatif: « La coordination concrète laisse toujours partiellement hors de ses cadres le terme dont dépendent tous les autres. Traduisons : l'ordre des créatures suppose toujours le principe ou le terme dont dépendent tous les autres. Mais l'auteur n'en ajoute pas moins ces paroles injustifiables : « Il n'y a pas lieu — pour le dire en passant— de poser le problème traditionnel de l'origine du monde. Ce problème n'aurait de raison d'être que si l'on devait se placer tout d'abord en plein néant... » (p. i6). — Qu'est-ce à dire et nous plaçons-nous en plein néant pour prouver l'existence de Dieu? Nous partons, au contraire, du fait indéniable de l'existence de quelque chose : le contingent suppose le nécessaire. A un autre point de vue et en partant pour ainsi dire du néant, nous pourrions dire avec Bossuet : Qu'un moment rien ne soit et éternellement rien ne sera. Mais puisque l'auteur est nominaliste et rejette en somme toute métaphysique, il doit écarter le problème du théisme.

Il fait plus et pèche contre toute logique, en prétendant que l'idée de Dieu est contradictoire : « La pensée, dit-il, reste déconcertée en présence de cet être de nature contradictoire et pour la conception duquel il n'est point d'attitude convenable. A la fois concret et universel, achevé et infini, d'ordre théorique et d'ordre pratique, objet de coor-

dination et indépendant de toute coordination, il nous sollicite et nous de'courage à la fois, et, en définitive, il est une cause de trouble pour notre vie intellectuelle (!). » — Inutile de réfuter de nouveau ici les vieilles erreurs qui se pressent dans ces quelques lignes : l'idée de Dieu qui s'impose à l'esprit et l'éclairc de si haut regardée comme une cause de trouble intellectuel! l'existence concrète de Dieu opposée à la connaissance abstraite que nous en avons et a sa causalité universelle, sa perfection opposée à son infinité, etc. ! Ce sont bien là tous les préjugés du panthéisme. Aussi, l'auteur écrit-il : « Le panthéisme élémentaire marque un progrès sur le théisme traditionnel. » Toutefois, ce n'est pas le panthéisme qu'il préfère, ni même le rationalisme qiialitatifou quantitatif, mais plutôt le phénoménisme, qui ramène tout, l'objet comme le sujet, à des faits de conscience. Et encore le phénoménisme n'est-il qu'une étape dans la voie indéfinie de la spéculation philosophique.

Page 1