A PROPOS I.E L'OUVRAGE DE M. BERTRAND
m,sde toute nouveauté en pédagogie; - \,s misolognes on contempteurs de la raison et delà science; 30 les hommes pratiques. Aux misonéistes il répond que s'a the^ie tru un retour aux traditions du moven â^xf. ., a^ marque Universités, alors que le triviumTt'lTua r irm'iS::: eplan d'enseignement universellementsuivi. Mai^il oublie da.outer que l'enseignement des sept arts libéraux au moyen âge, ne tarda pas à être couronné par le plus' be" enseignement philosophique et théologique que le monde ait jamais vu et qui nous explique les merveilles .T^ot genre de ces siècles de foi. M. Bertrand lui-même ne emarque.t-il pas qu'il manquaitaux théoriciens de" d" çat on, pendant la Révolution, et à Condorcet en particu-
Z:Z ^'irf,?^'°" ^- -•— ^ ce qui expliq'ue leur insuccès. Or elle ne manquait point à nos scolastiques du x.iio siècle, bien qu'elle lût susceptible des plus grand développements. ^ giciuus
Aux misologues M. Bertrand répond en insistant sur légalité devant la science. Mais, parmi les misolo ues mystiques et dilettanti, il confond des personnages q^'u on est étonne de voir réunis : un Pascal, qui déprimait noZ ra.son humaine et s'en rapportait à la foi ; un Renan an\ sacrifiait pour ainsi dire toute l'humanité comme u'n'vi troupeau a un petit nombre d'intelligences d'élite un Brunetiere, qui a eu grand tort, aux yeu'x de M. Betr'and"
les ni c'hrét ' '^"^"^^^"^^ ^^ '^ --nce. Il critique auss
es neo-chretiens, qui opposent la croyance à la science et
es nouveaux disciples de Kant, qui se flattent de esoudre
toutes les difficultés avec la morale du devoir. Il trou v"
mc.ne occasion de faire leur procès aux occultistes et aux
Mais, en les lisant sérieusement, on voit bien vite qu'elles
ne nous atteignent pas; car nous cultivons égalernent la
ehgionet la science; et si nous blâmons celle-ci, c'est
Zltfa '7T ""f"^"^ ""^-''''- N°- '^ blâmon surtout, quand elle veut se borner aux connaissances purement naturelles et créer néanmoins une morale et une socio-
L ENSEIGNEMENT INTÉGRAL
logie. Cette tentative de nos savants positivistes est monstrueuse et ne pourrait aaiener, si la nation s'y engageait, que des catastrophes. Et malheureusenient il paraît bien que c'est un peu l'illusion de M. Bertrand. Aussi, malgré ses intentions généreuseset démocratiques, déplorons-nous la tendance de son ouvrage.
Que répondra-t-il, en eflet, en troisième lieu, aux /zomvies pratiques qui lui objecteraient que l'enseignement tel qu'il le conçoit et l'organise manque de science religieuse? Il dira : « Notre enseignement n'est ni matérialiste, ni athée, il est laïque » (p. 2o3). Au fond, il fait l'éloge du laïcisme et tient peur l'aUVanchissement des dogmes. Or nous savons aujourd'hui par l'expérience, si nous avions pu l'ignorer jusque-là, comme aussi par l'aveu même de nos adversaires les plus éclairés et les plus sincères, où conduit cette prétendue neutralité. Le laïcisme qui la couvre se change peu à peu, parfois même très vite, en un cléricalisme à rebours, celui de la Loge et des autres sectes.
Avec trop de raison, ensuite, il montre que son projet n'est pas aussi impraticable qu'on le prétend. Il en appelle aux c( premières expérimentations », et il donne comme exemples : V Association polytechnique, qui date de iS3o et publie un Bulletin mensuel ; V Association philotechnique^ issue elle aussi d'une révolution (1848) et qui estplus exclusivement professionnelle ; la Société positiviste; les Cours municipaux; la Lis^ue de renseignement, tic. Il y aurait peu à faire, ajoute-t-il, pour organiser tout cela en «concile œcume'nique et laïque ». Bref, si nous interprétons bien sa pensée, l'Etat n'aurait qu'à faire siennes, à généraliser et à imposer toutes ces méthodes et entreprises d'enseignement.
Et c'est ce qu'il ferait en adoptantle plan esquissé ensuite à grands traits par M. Bertrand. Toute commune importante (2 ou 3ooo en France) serait pourvue d'un institut et d'un collège où serait donné l'enseignement intégral : ces établissements seraient ouverts à tous et il n'y aurait pas d'internat.
On réserverait les études grecques et latines à un petit
A PROPOS DE l'ouvrage DE M. BERTRAND 345
nombre d'établissements ou lycées; elles continueraient à contribuer à la formation du personnel enseignant. Celuici serait nommé par l'Etat. Radicale serait la réforme, quoi qu'en dise l'auteur : « D'un trait de plume, tiré sans hésitation, quoique non sans émotion, nous supprimons tous nos Collèges d'enseignement secondaire, toutes nos Ecoles primaires supérieures, la moitié de nos Ecoles normales d'Instituteurs, le tiers de nos Lycées. Cette hétacombe fait frémir : qu'on n'oublie pas que transformer n'est pas détruire et que la mesure, moins radicale qu'on ne croît, est plus nécessaire qu'on ne l'avoue » (p. 239).
Suit une critique des établissements officiels que nous n'avons^ pas à contester, avec une attaque inexcusable contre renseignement congréganiste et en particulier l'enseignement des Jésuites : « Nos Collèges n'ont que le tort de ressembler à la monture de Roland. Leur passé fut honorable, glorieux même; leur présent, c'est la situation du grain de froment entre deux meules. L'Etat par une savante concurrence qu'il se fait à lui-même tue les uns par une Ecole primaire supérieure, les autres par un nouveau Lycée. Avec peu de ressources, peu de professeurs, ils sont forcés de faire, par un vrai tour deforce, toutceque fait le Lyce'e; il y a une disproportion navrante entre la pénurie dont ils .soulfrentet l'ambition des programmes qu'ils subissent. Delà huitième à la philosophie le nombre des élèves va s'égrenant le long du chemin : le professeur de philosophie est parfois réduit au tête-à-tête. Cela se voit aussi dans tel Lycée qui fut il y a peu d'années un collège : le principal a été remplacé par un proviseur et un économe, mais ce baptême a été sans vertu et le nombre des « unités », comme disent les principaux et les proviseurs, n'a pas sensiblement varié. Nous mourons d'abondance stérile et de luxe inutilec'est la misère en habit noir. La lutte, disons-le, entre l'Etat et les Jésuites, par le nombre, par le luxe des établissements, est une lutte où ceux-ci ont toujours le dessus : SI Dieu est patient parce qu'il est éternel, ils sont forts, ils sont tenaces parce qu'ils ont le nerf de toute guerre : l'Lr-' gent. Disons-le en passant : ce qu'une école congréganiste
^4^ l'enseignement ittégral
fabriquera toujours le plus aisément, c'est un bachelier ,, (pp. 239-240). — Userait vraiment tropfacilede répondreà ces dernières attaques,que nous préférons qualifier de sim pies boutades. Nous demanderions alors à l'auteur si les congreganistes puisent chaque année deux cents millions dans le Trésor public, sans parler de bien d'autres avan tages réservés à leurs émules. Nous lui demanderions encore par qui sont rédigés les programmes de baccalaureat et si, par hasard, les rédacteurs de ces programmes et les membres des jurys d'examen ne seraient que des jésuites en robe courte.
Nous citerons, en l'abrégeant, la description enthousiaste du Temple idéal de l'humanité. Elle est empruntée ,u pemtre Chenavard, mais l'auteur la fait sienne comme traduisant assez bien ses plus hautes espérances : « J'ai sous les yeux, dit-il, une lettre de P. Chenavard, qui fut de nos jours un grand peintre d'idées et un grand architecte d'idéal I soumet à un ami (M. Hirsch, architecte de la ville de Lyon) un projet de temple civil et civique qu'il décrit comme s',1 Teût contemplé en pierre ou en marbre, avec une originale éloquence : « Elever un Temple à l'idéal civil
« serait à la fois accomplir un devoir moral, un acte de recon- « naissance nationale et une nécessité républicaine Cela « relèverait virilement les cœurs et contribuerait puissam- « inentàcréerun nouvel Art dont nous avonsgrand besoin « (1 Art sort toujours du Temple) en concentrant et en « magnifiant le sentiment le plus universel qui soit parmi « les hommes, l'admiration pour les morts illustres qui « auraient ainsi, non une religion mais un culte, lequel « serait entretenu, exalté par de nombreuses conférences « dans des chaires d'un caractère tout nouveau. Ces tem- « pies devraient s'élever dans toutes les villes, dans toutes « les paroisses, partout, comme les Eglises, sans leur « porter nulle atteinte, puisqu'ils seraient tous laïques. « Ce serait le vrai moyen d'opérer la réelle séparation des « Eglises et de l'Etat. Il y a là une noble besogne offerte à « une nouvelle architecture, qui redeviendrait un art « vivant...
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« Ah ! n'est-ce pas une honte pour nous, laïques, de « n'avoir rien osé que de tristes tombeaux isolés, de chiches « statues grelottantes dans le vide, pour honorer tant de « génies sublimes qui sont les pères de la civilisation, l'hon- « neur de l'humanité, les modèles des gens de bien et de « bonne volonté, tandis que nous voyons de tous côtés « s'écouler les millions à flots pressés, pour élever de pro- « digieux édifices à Pierre et à Paul, à Sulpice et à Nizier ! « ah ! ingrats, ah ! aveugles que nous sommes!
« Et remarquez que nous sommes seuls à être à ce point « intimidés par je ne sais quel fantôme clérical qui ne serait « qu'une om.bre, si l'on marchait résolument sur lui, d'au- « tant que l'on ne veut que les empêcher de briser nos « statues, de renverser nos chaires, si nous voulons les « loger aussi bien que les leurs. Les Anglais ont depuis « longtemps logé Shakespeare, Milton, Pope, Pittà West- « minster... Il nous faut de nouveaux saints... » (pp. 455 et suiv.)
Il est clair, après cela, que l'imagination exaltée et plus ou moins égarée du peintre est ici d'accord avec la pensée laïcisée du philosophe pour pousser vers une sorte de culte de l'humanité, renouvelé de celui qui a été proposé par Aug. Comte dans la religion positive. Et c'est bien là, en effet, l'aboutissant inévitable d'un enseignement prétendu intégral, mais dépouillé en réalité de toute doctrine catholique et même de toute pensée vraiment religieuse. Le christianisme a créé la civilisation présente et valu à la France en particulier toutes ses gloires nationales. iSIais on l'oublie avec ingratitude et l'on prétend conserver tous les fruits et toutes les fleurs de cette civilisation en coupant les racines qui les nourrissent et l'arbre même vingt fois séculaire qui n'a cessé de les porter. On fait ainsi le jeu de la secte maçonnique et des pires ennemis de la foi.
Ceux-ci se sont transmis de siècle en siècle un héritage de haine. Elle les aveugle au point qu'ils méconnaissent tous les droits naturels et toutes les libertés les plus sacrées : droit de l'Eglise, qui a reçu la divine mission d'enseigner toutes les nations ; droit des pères de famille,
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à qui nul ne peut arracher la juridiction sur leurs propres enfants; droit des associations honnêtes et formées librement ; droit de toute personne qui a la science et désire la la répandre. C'est en vain qu'on nous opposerait ici les prérogatives de TÉtat ; car elles doivent s'harmoniser avec les autres droits légitimes, parallèles ou même supérieurs. La mission particulière de surveillance et de protection qui lui incombe, ne devrait jamais s'exercer d'une manière tyrannique pour ceux qui en sont l'objet : ils sont appelés à en bénéficier et non pas à en souffrir.
Tout sacrifiera l'Etat, qu'il s'incarne dans un despote ou dans une assemblée non moins despotique, c'est revenir au paganisme. C'est même tenter de descendre plus bas encore, car le paganisme n'était pas dépourvu de l'idée religieuse, encore si puissante, alors même qu'elle était obscurcie. C'est donc à sa perte que court la France, à la la suite de législateurs et de maîtres athées. Voilà pourquoi l'Kglise qui a reçu la mission de la sauver ne cessera de combattre et en particulier d'enseigner, dut-elle descendre dans les catacombes. Ses enfants reprendront, s'il le faut, le chemm du Calvaire; mais il restera toujours assez de maîtres chrétiens pour transmettre à des générations meilleures et plus heureuses les paroles de la vie éternelle.