‹ Mélanges philosophiques (1897-1900) [microform]Chapitre 48 sur 52 · ET LES · texte numérisé non relu

ET LES

Sommaire : La question du transformisme et spécialement du transformisme spiritualistc et chrétien. Le transtormismc en effet, n'intéresse pas d'abord ia foi, mais plutôt la science et surtout la métaphysique. — Objet de cette étude.

I Le transformisme, dans son fond, est inconciliable avec les principes de la métaphysique, en particulier le principe de causalité : il implique la négation même des espèces. — Seules les perfections accidentelles admettent des degrés et en nombre indéfini. — Un mot de la transformation passive; elle est étrangère au transformisme. — Autre remarque sur la continuité des formes accidentelles. — La science expérimentale ne peut m établir, ni réfuter péremptoirement le transformisme : les essences ne sont pas de son objet.

II. Services très grands que la science expérimentale rend néanmoins à la métaphysique. — Preuves expérimentales qui sont défavorables au transformisme : pas d'exemple de transformation d'espèce, etc , etc. — Raisons particulières que faisait valoir Agassiz. - Objections des transformistes et réponses.

III. Le transformisme appliqué à la formation du corps de l'homme : il est réfuté par les raisons précédentes. — Caractères spécifiques du corps humain. — Raisons particulières qui s'opposent à ce que le corps humain soit le produit de l'évolution. — Conclusion. Attitude à garder par le philosophe chrétien.

La question du transformisme, qui a été si vivement agitée pendant la seconde moitié de ce siècle, paraît être autant que jamais un sujet de division entre savants et philosophes; et l'on ne prévoit pas que l'une ou l'autre des

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solutions contradictoires qu'elle comporte doive prévaloir définitivement parmi les penseurs du siècle prochain Ce n est pas que la vraie solution nous semble douteuse quan aufond;lom delà. Nous voudrions, au contraire, tout en tenant compte des diverses opinions contemporaines montrerquela thèsede la stabilité des espèces, pr "j dans sa general.té, reste au-dessus de toute atteinte.

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m.sme tel qu ,1 est professé encore ou tenu pour fort probable par nombre de spirituaiistes, et nullement du transformisme panthéiste ou athée, dit encore évolutionnisme absolu, qui n excepte de la loi de transformation ni 1 ame n. Dieu. Le transformisme spiritualiste, disons même chrétien, est aussi ancien que l'autre, qu'il n'a cessé dac compagner; et cette coexistence prouve déjà très bien que 1 hypothèse transformiste, contenue dans certaines limites n est nullement contraire par elle-même aux vérités de là 01 Les controverses ardentes dont le transformisme a été 1 objet ne sont donc point, directement du moins, des controverses religieuses, mais plutôt des controverses scientifiques, voire même métaphysiques. C'est-à-dire que le premier adversaire que le transformisme doive combattre, ce n est pas la foi catholique, mais plutôt la science expérimentale et mieux encore la métaphysique. Peut-être ne I a-t-on pas assez observé jusqu'ici.

Plusieurs écrivains catholiques, en effet, om combattu les prétentions des transformistes en se plaçant sur le terrain de a révélation plutôt que sur celui de la science et de la philosophie; et ce fut, comme on l'a dit, « une faute de tactique » (,) Mais ces écrivains, qui furent peut-être assez excusables ou imparfaitement compris, ne se rencontrent guère aujourd'hui. Une autre méthode a prévalu, qui consiste a ne résister au transformisme que sur le terrain de Inobservation scientifique, en lui abandonnant tout le champ de la probabilité et de la métaphysique. On déclare, par

(■) De Kirwan, Où en esl l évolutionnisme ?

exemple, que l'hypothèse de la transformation des espèces est très belle et très probable en elle-même et qu'il serait par conséquent fort juste d'y adhérer, si les faits observés le permettaient (i). Il nous paraît, au contraire, que le premier et le dernier mot sur le fond même du transformisme appartiennent à la métaphysique. Quelque important que soit ici le rôle de la science, il n'est pourtant que secondaire: elle confirme et permet d'étendre admirablement, il est vrai, les conclusions de la métaphysique, mais sans pouvoir néanmoins les établir par elle-même ; elle prépare ou

(.) Voir, par exemple, la Revue thomiste, sept. 189Q, article de \1. de K... : Ou en est V évolutionnisme ? « Cette théorie.'dit l'auteur parait plus cotiforme à la sagesse divine... Que tous ces types se soient formes en vertu d'une loi générale décrétée à l'origine et vouue par Dieu, cela semble infiniment probable... La possibilité d'une loi dévolution par une suite de filiations apportant chacune un léger changement organique à la précédente, peut sans doute s'établir rationnellement... . L'auteur n'en combat pas moins le transformisme sur le terrain scientifique. - De même M. de Nadaillac • j L évolution ne sera vraiment inattaquable, dit-il, que quand on aura démontre comment, par quel processus elle opère. Jusque-là, elle restera une perpétuelle et, j'en conviens volontiers, une séduisante hypothèse. . (Z. homme et le singe, p. 24). M. l'abbé Farges ne se

prononce pas non plus pour l'impossibilité métaphysique du transformisme. M. labbeGuibertest bien plus favorable encore à cette hypothèse. Quant au Père Leroy O. P. il en est l'un des partisans les plus argents, et il a ete plus ou moins encouragé dans cette voie par le P. Monsabreet M. de Lapparent. Même disposition favorable au transformisme chez le P. Zahm {l'Evolution et te dogme), qui pense quel avenir est promis au transformisme. Il regaVde la question, semble-t-il, comme en dehors de la métaphysique : « N'est-il pas étrange, lisons-nous dans son ouvrage, qu'il y ait encore parmi nous des gens qui tirent si peu de profit des leçons du passé, et qui persistent dans la frivole entreprise de résoudre parla métaphysique des problenies dont la solution, d'après leur nature même, ne peut être demandée qu aux méthodes expérimentales de l'induction ?>, (I, p. 23) -Mais le même auteur déclare ailleurs (II, p. ,88) que la science expérimentale ne peut rien nous dire sur l'origine de la vie, pas plus

?,"!,!"'■ °T"^ ''f '" """y^'^' "' " "'«"o^de pas aux conclusions de hL,^!!», r À- f S^"«'"^"°n spontanée une valeur absolument démonstrative. Ailleurs encore (p. ii3), il reconnaît très bien que la métaphysique et la science doivent s'associer : « Une véritable philo-

vmhLf r'r"'?"'"'"^" P°""''^ «î"^ '°"1"''' y a parfaite synthèse entre les inductions de la science d'un côté et les déductions de la métaphysique de 1 autre »,

LE TKAXSFORMiSMfc:

achevé 1 œuvre de la métaphysique en circonscrivant tous es groupes d'êtres vivants, en mieux déterminant sinon toutes les espèces, du moins un plus grand nombre. Se étude a pour objet principal de le montrer.

Nous affirmons d'abord que le transformisme ou k- svsteme de la transformation des espèces, pris dans sa généralité est absolument inconciliable avec les principes de la metaphys.que. en particulier le principe de causalité, e qu .1 ne trouve même que là sa réfutation directe et péremnto.re. Il est incontestable, en effet, pour peu que Ion observe sérieusement es règnes de la nature, sans recourir d'ailleurs aux moyens d'exploration scientifique, comme la dissection et 1 examen au microscope, il est incontestable qu'il y a un assez grand nombre d'espèces de plus en plus parfaites

Assurementlevertébrédiffèrespécirtquementdumillusque du ver. de 1 éponge et leur est supérieur: le genre de vie les propriétés, l'organisme, l'instinct, tout en témoigné surabondamment. Et, parmi les vertébrés, il y a certainement des groupes d'essence différente et ascendante, depuis les poissons jusqu'aux mammifères. A moins de nier les essences et par conséquent tout l'objet de la métaphysique et la métaphysique elle-même, il faut bien reconnaître que ces animaux ont des natures ou essences; et, à moins de ne tenir aucun compte de l'observation commune d'ailleurs la plus sérieuse, ,1 faut bien reconnaître que ces natures sont différentes et graduées de quelque manière. On pourrait laire valoir des considérations analogues pour démontrer qu 11 y a un bon nombre d'espèces proprement dites et plus ou moins parfaites les unes que les autres dans le règne végétal. Mais le règne animal mérite de nous occuper davantage.

Or, il est insoutenable, en métaphysique, qu'une espèce inférieure puisse produire comme cause génératrice une

espèce supérieure; car, la cause génératrice étant vraiment la cause principale, ne peut donner un effet qui la surpasse essentiellement : le moins ne donne pas le plus On a essayé de dire, pour établir la possibilité métaphysique du transformisme, que les générateurs ne sont que des causes instrumentales. Mais cette opinion ne résiste pas à l'examen et nous ne croyons pas que personne la soutienne aujourd'hui. On dit plutôt que Dieu peut donner a un être inférieur la vertu d'engendrer un être supérieur- Il aurait pu déposer ainsi dans le premier être vivant une nionère si l'on veut, une vertu de production et d'évolution .jui aurait donné à la longue et successivement, à travers des milliards de générations, toutes les espèces fossiles .teintes et toutes les espèces actuellemem vivantes. Mais cette hypothèse est insoutenable en métaphysique, car Dieu ne peut donner à un être que la vertu qu'exige ou du moins que comporte ou permet son essence. Il ne peut donner à une pierre la vertu de végéter, ni à une plante celle de sentir, ni à une brute celle de raisonner. S'il donnait a cette pierre, à cette plante, à cette brute ces vertus supérieures, il les transformerait substantiellement en réalité • telle propriété, en effet, emporte telle nature. Et si toute chose, dans les règnes de la nature, avait ainsi la vertu immédiate ou médiate de végéter, de sentir et de raisonner tous les êtres de ce monde seraient de même nature et de même espèce, au fond : ils ne différeraient qu'accidentellement par le développement plus ou moins marqué auquel ils seraient parvenus présentement.

Et citait bien ce que soutenait Leibniz dans sa Monadotogte. Toutes ses monades ont, au fond, même naturetoutes vivent; et la dernière, celle dont l'appétition et la perception sont le plus obscures, peut devenirâme humaine par l'effet d'un simple développement accidentel : pas de transformations substantielles, mais de simples modifîcat'ons; pas de générations proprement dites, mais des »refonnattoiis. Voilà donc où aboutit logiquement la thèse du

transformisme : à la négation des espèces et, par conséquent, Jes différences essentielles entre les êtres de la nature

Disons donc plutôt que les espèces ou essences sont immuables et qu'elles ne peuvent se transformer. Que Ion ne parle pas non plus de « degrés d'essence », grâce aux quels une espèce inférieure deviendrait graduellement 1 égale des supérieures. Admettre des degrés dans l'essence c est encore la nier : elle est indivisible, elle est telle ou elle n est pas.

Sans doute, les perfections accessoires et autres formes accidentelles admettent une infinité de degrés. Que de manières diflérentes, par exemple, d'être homme et de l'être toujours plus parfaitement! Ces perfections peuvent se transmettre d'une façon purement virtuelle à travers une foule de générations. Telle race qui aura végété longtemps sur un sol ingrat ou parmi d'autres circonstances défavorables, pourra se développer ensuite merveilleusement ht c'est ainsi que l'espèce humaine, alors même que nous la considérons dans ses races ou variétés les plus dégradées, conserve une puissance étonnante de rétablissement et de progrès. Mais il n'y a là que des virtualités et des développements qui ne sauraient dépasser la nature même. Admettre que celle-ci a changé de cette manière et s'est transformée en une autre, c'est la nier.

Pour mieux dégager encore la doctrine de l'immutabilité des espèces de tout ce qui lui est étranger, il est bon de remarquer deux choses. Et d'abord cette réfutation metaphysique du transformisme n'exclut point ce que l'on a appelé la transformation passive. Il est clair, en effet, que Dieu peut se servir d'une espèce inférieure pour produire (nous ne disons pas créer, car le terme serait moins exact) une espèce supérieure; il s'en servirait alors comme d'une cause matérielle, non pas en ajoutant à cette espèce inférieure de simples qualités supérieures — hypothèse que nous avons écartée plus haut - mais en la transformant substantiellement par sa vertu divine. Nous voyons, dans la nature, que les sucs de la terre sont transformés en feuilles, en tiges verdoyantes, en blé, qui devient du pain, et que celui-ci est changé en la chair même de l'homme. Comment cela? C'est sous l'action très efficace de la nature

vivante, végétal ou être humain, que cette transformation s opère : la transformation est donc active du côté de l'être qui vit en s'assimilant ainsi la matière; et elle est passive du côté de celle-ci. Or, ce que la nature vivante fait chaque jour, a plus forte raison Dieu le peut-il et lui-même seul a pu le faire à l'origine. Il a tiré la première plante de la matière inorganique : pourquoi n'aurait-il pas produit de la même manière les espèces supérieures au moyen des espèces inférieures? Il peut faire des enfants d'Abraham, nous dit l'Lcriture, avec des pierres du chemin. Il peut donc faire le corps de l'homme avec le corps de l'animal. Rien ne s'y oppose métaphysiquement. Seulement la science pourra peut-être nous dire si cette origine des choses, qui seraient sorties ainsi les unes des autres sous l'action spéciale de Dieu, est la plus naturelle, celle qui mérite le mieux dètre supposée. Et en ce qui concerne l'origine du corps de l'homme, la foi aussi pourra nous fournir quelque lumière.

Mais de toutes ces transformations dont Dieu seul serait l'auteur principal et immédiat, on ne saurait rien conclure de favorable au transformisme; car il suppose que les espèces inférieures ont la vertu de se transformer ellesmêmes en espèces supérieures, immédiatement ou à travers une longue série de générations. Or, les principes de la métaphysique excluent précisénient cette transformation active de la matière, si on veut l'appeler ainsi par opposiuon à l'autre, qui ne serait qnt passive.

Nous remarquerons, en second lieu, qu'en établissant la thèse de l'immutabilité des espèces et par conséquent de la discontinuité des essences, nous ne prétendons point que la même discontinuité existe entre les formes accidentelles La continuité des formes accidentelles ne paraît nullement impossible : c'est-à-dire que des choses d'espèces différentes peuvent se ressembler beaucoup, à les considérer superficiellement, au lieu que des choses de même espèce peuvent ollrir certains contrastes frappants.il ne faut donc pas juger de la nature des choses par leurs formes transitoires ou exceptionnelles, mais par leurs formes définitives et nor-

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maies. C'est ainsi qu'on juge de l'espèce d'un animal par la forme de l'animal adulte, sans s'arrêter aux formes embryon naires, sans tenir compte non plus des monstruosités ou autres cas exceptionnels. Un type se dégage de l'ensemble des formes de l'espèce; et c'est ce type seulement qui est nettement distinct des autres. Car, entre deux espèces voisines, il peut y avoir une infinité de formes accidentelles intermédiaires, si bien que chacune de ces espèces, à ne l-, considérer ainsi que dans tels ou tels de ses accidents, se reliera à l'autre par des degrés insensibles.

En fait, certains naturalistes avaient prétendu que, dans la vie embryonnaire et fœtale, tous les animaux supérieurs passaient exactement par les types inférieurs, disons plutôt par certaines formes accidentelles des espèces inférieures Cette prétention a été réfutée; mais, fût-elle justifiée, elle ne saurait nous émouvoir.

On sait aussi que les transformistes s'attachent à montrer que les formes de toutes les espèces actuellement vivantes ou fossiles se succèdent graduellement et mC-me d'une façon continue depuis les plus inférieures jusqu'aux plus parfaites. Mais leur entreprise est à peine ébauchée et il ne paraît point qu'elle doive jamais réussir. On trouve, il est vrai, des groupes assez compacts et plus ou moins bien reliés entre eux par certains intermédiaires; m;iis on constate en maints endroits d'immenses lacunes, des vides béants qu'il paraît impossible de combler. C'est ce qui fait comparer par M. Spencer les espèces animales, telles que les présentent nos classifications, aux constellations du ciel, entre lesquelles s'ouvrent des abîmes insondables. Supposons néanmoins que les espérances des transformistes se réalisent un jour : ils auront démontré la continuité des formes accidentelles des espèces animales (forme extérieure, forme de chaque organe en particulier, etc ) depuis la moiière jusqu'au singe et à l'homme, mais ils n'auront point établi leur thèse; car la continuité des formes accidentelles ne prouve point celle des espèces ou des essences.

Si ces raisonnements paraissent justes, on conviendra maintenant de ce qui était affirmé plus haut, savoir, que la

science expérimentale ne peut ni établir ni réfuter péremp toirement le transformisme. ^ ^'

Elle ne peut l'établir. Car, alors même qu'elle parviendrait à constater par l'examen des fossiles que toutes les espèces se sont succédé insensiblement depuis les plus sm.ples (tasqu'aux plus parfaites, elle ne pourrait en con! dure que la cause efficiente principale de ce progrès était contenue dans les espèces inférieures; elle 'ne'pour a démontrer que l'Auteur de la nature n'est pas intervenu directement a tous les points décisifs de cette évolution L homme actuel, serait-,1 le témoin de cette transformation de la vie qu ,1 ne pourrait pas davantage se prononcer sur la ventable catase génératrice. Celle-ci est nécessairement cachée mvistble. Imaginons un tnstant la formation du corps d Adam et son animation par l'âme intelligente, nous ne percevons que le côté expérimental de cette création merveilleuse, dont la cause principale est complètement nvisible. Eh bien, de même, la transformation visible de la matière en toutes les espèces vivantes, aussi graduée et aussi lente qu'on la suppose, ne nous laisserait point voir la cause véritable de ce progrès et ne démontrerait point parconsequent, l'hypothèse transformiste

-Mais nous ajoutons aussitôt que la science expérimentale :ie peut pas non plus la réfuter. Car on peut toujours supposer qu a des époques antérieures ou dans des circonstances autres que celles qui sont accessibles à nos observations la matière a pu s'organiser en être vivant et donner successivement toutes les espèces. Le transformisme reste donc une hypo hese qu on ne peut réfuter expérimentalement d'une manière absolue. Il en est d'elle comme de l'hypothèse de 1 unue de la matière. Nous ne sommes point parvenus .encore à dériver les corps simples d'un mêtL élérent primitif, 1 hydrogène par exemple ou mieux encore l'éther- et cependant les sciences physiques et chimiques disposent'de moyens beaucoup plus puissants que les sciences biologiques. Nous pouvons, en effet, dans nos laboratoires, décomposer et recomposer les corps de mille manières, les soumettre a une chaleur intense, à des pressions énor^^s!

à des froids plus rigoureux que ceux des espaces célestes; nous liquéfions tous les gaz et nous vaporisons les solidesnous composons des corps que la nature n'offre pas et nous créons, pour ainsi dire, des espèces. Vains efforts! nous n'arrivons pas à tirer les corps simples d'un même corps primitif. Cependant, Thypothèse de l'unité de la matière n'est point pour cela réfutée. Ainsi en est-il du transformisme : impossible de l'expérimenter et impossible de le réfuter.

C'est que les questions de composition substantielle, de nature, d'essence, d'espèce, échappent à la science expérimentale; elle s'arrête forcément aux causes secondes, sensibles et plus ou moins prochaines : les autres sont l'objet de la philosophie et en particulier de la métaphysique. Et ceci nous explique, pour une bonne part du moins, le désaccord des savants touchant le transformisme (i). En somme, cette question n'est pas de leur domaine direct et ils ne peuvent la trancher qu'en s'érigeant en métaphysiciens. Certes, c'est bien leur droit, car la philosophie est ouverte à tous, et plut à Dieu que chacun s\qppliquât à philosopher, dans le meilleur sens de ce mot ! Mais, alors, que les savants n'invoquent plus leur compétence spéciale dans les sciences de la nature ; car elle ne peut suppléer d'aucune manière l'esprit philosophique. Au reste les savants hostiles au transformisme, même mitigé, ne sont pas moins nombreux ni moins célèbres que leurs adversaires; et les raisons scientifiques sur lesquelles ils s'appuient non seulement neutralisent facilement toutes les raisons contraires, mais encore elles méritent la plus grande attention de la part du métaphysicien.

(i) « Je suis convaincu, dit M. Delage, qu'on est ou qu'on n'est pas transformiste, non pour des raisons tire'es de l'histoire naturelle, mais en raison d'opinions philosophiques. » Cité par M. de Nadaillac. {L'homme et le singe, II, p. 60.)

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