‹ Mélanges philosophiquesChapitre 10 sur 88 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Iz ne faut pas confondre le philosophe Anaximène avec deux autres écrivains du même : nom, l’un erateur, l’autre historien. Ceux-ci furent l’un et l’autre de Lampsaque. Anaximène le philosophe naquit à Milet, patrie de Thalès et d’Anaximandre. Il eut pour père Eurystrate. Ses maîtres furent Anaximandre, et, au dire de quelques-uns, Parménide ‘. Suivant Apollodore, dans Diogèse de Laërte, Anaximène naquit dans le cours dela soixantetroisième olympiade, et mourut l’année de la prise de Sardes par Cyrus. Mais il y ἃ évidemment iciune grave erreur de calcul; car, d’une

* Diog. de Laërte.

part, la première année de la soixante-troisième olympiade correspond à l’année 598,

et d'autre part, l’époque de là prise de Sardes correspond à l’année 538 avant notre ère; de telle sorte que l’époque de la mort de notre philosophe serait antérieure à celle de sa naissance. Nous aimons mieux adopter en ce point l'opinion de Ménage, qui fait naître Anaximène en 554, c’est-à-dire la quatrième année de la cinquante-sixième olympiade, et celle de Tennemann, qui place la mort de ce philosophe en Ja première année de la soixante-dixième olympiade, c'est-à-dire l’an 500 avant J.-C. ; de telle sorte que dans ce calcul, l’existence d’Anaximène aurait été d'environ cinquante-

quatre ans *.

+ Diogène de Laërte cite deux lettres écrites par Anaximène à Pythagore. δὲ ces lettres étaient authentiques, il s'ensuivrait qu'Anaximène fut 16 contemporain du chef de l'école de Crotone. Mais l'authenticité de ces deux lettres a été contestée par le savant cr itique Fabricius. Au reste, que ces lettres soiént authentiques ou apocryphes, il n’en est pas moins iéertait que llépinion d'Apollodore, tellé qu'elle est rapportée dans Diogène de Laërte sur l'époque de la nais-

sance et de la mort d'Anaximène, est erronée. \

ANAXIMÈNE. 99 Bien que disciple d’Anaximandre , Anaximène ne fut pas plus fidèle à la doctrine cpsmogonique de son maître que ce dernier ne l'avait été à celle de Thalès. Anaximhndre, renonçant à l'hypothèse neptunienne de Thalès, avait posé, comme principe des choses, l'infini, ἄπειρον, sujet au changement quant à ses formes, restant perpétuellement le même quant au fond ; en d’autres termes , un nombre indéterminé d'éléments tous éternels ct constamment identiques à eux-mêmes, mais pouvant donner lieu , par leurs diverses combinaisons, à une série indéfinie de modifications. Anaximène , abandonnant à son tour cette doctrine qu’Anaxagore devait réhabiliter plus tard, se rapproche du système de Phérécyde et de celui de Thalès, en reconnaissant un principe unique. Seulement, ce n’est plus la terre ni l’eau, mais un élément plus subtil , l'air, qu'Anaximène considère comme principe générateur. Nous avons én ce point un nombre imposant de témoignages que nous allons produire successivement.

En premier lieu , Aristote, au premier livre

de sa Métaphysique ‘, en mentionnant les divers principes admis par les divers philosophes, cite Anaximëne et Diogène comme ayant l’un et l’autre adopté l’air à titre d'élément premier et de principe des corps simples 5: Αναξιμενῆς δὲ ἀερα καὶ Διογενης πρότερον ὕδατος καὶ μάλιστ᾽ ἀρχὴν τιθέασι τῶν ἀπλῶν σωμάτων.

Sextus-Empiricus , en ses hypotyposes pyrrhoniennes *, dans le chapitre intitulé : des Principes matériels, dit qu’Anaximèné regardait l'air comme le principe de toutes choses, τῶν ὅλων ἀρχὴν ἀέρα.

Le même historien , dans son Traité contre les Dogmatiques 5. πρὸς τοὺς μαθηματίχους, Wnentionne Anaximène au nombre de ceux qui ont adopté un principe unique ; et bientôt il détermine plus précisément sa pensée, en ajoutant que , pour Anaximène, ce principe est l'air.

« Un principe unique à tout ce qui existe est « admis par Hippasus, par Anaximène et par « Thalès. Ce principe , source de tout ce qui

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