LV
nous environne. Seulement, il y suppose des bassins, dont la partie eoncave est tournée vers nous, et qui servent de récipient à des évaporations qui y forment des flammes que nous appelons astres. Les flammes qui forment le soleil sont, plus que toutes les autres, pures et vives; car les autres astres étant plus éloignés de la terre, leur chaleur et leur lumière ont moins d'intensité. La lune est très près de la terre; mais l’espace où elle est située n'est point parfaitement pur. Quant au soleil, il est dans un espace transparent et limpide, et à une distance raisonnable de la terre; et c’est pourquoi il possède plus de chaleur et de lumière. La grandeur réelle du soleil équivaut à sa grandeur apparente, ὁ ἥλιος ἔστι τὸ μεγεθος οἷος φαίνεται. Les éclipses de soleil et de lune viennent de ce que les bassins qui forment ces astres se tournent du côté qui nous est opposé ; et les phases mensuelles de la lune tiennent à ce que le bassin qui la forme possède un mouvement graduel de rotation sur lui-même. Les jours et les nuits, les mois, les saisons, les années, les vents et
HÉRACLITE. 149 autres phénomènes de cet ordre, ont leurs causes dans les différences des évaporations. L’évaporation pure, venant à s’enflammer dans le cercle du soleil, produit le jour ; l'évaporation contraire lui succëde et amène la nuit.
La chaleur augmentée par la lumière des évaporations pures produit l'été; au contraire.
l'évaporation obscure augmente le froid et amène l'hiver. Héraclite explique d’une manière analogue plusieurs autres phénomènes astronomiques et metéorolegiques.
Parmi les fragments qui nous restent des écrits d'Héraclite, tout n'est pas exclusivement relatif à la philosophie naturelle. La philosophie morale, ainsi que nous croyons l'avoir suffisamment établi au commencement de ce mémoire, d’après des textes de Sextus de Mytilène et sur-tout de Diogène de Laérte, ne fut pas étrangère aux travaux du philosophe d’Éphèse ; et dans ce second ordre de spéculations, comme dans le premier.
il s'offre tout à la fois plusieurs textes" à
τ Voir le Poësis philosophica d'Henry Estienne, et Diogène de Laërte,
citer et plusieurs témoignages à invoquer.
Indépendamment de quelques apophthegmes relatifs soit à la politique, soit à la morale sociale ou individuelle, et qui trouveront leur place plus loin, Héraclite paraît avoir dirigé quelques-unes de ses investigations sur la légitimite de nos puissances intellectuelles et sur la valeur et la portée des moyens de coninaître départis à l’homme. « Héräclite, dit « Sextus de Mytilène ‘, nous regarde comme « pourvus de deux instruments pour atteindre « à la vérité, à savoir : les sens et la raison, « αἰσθησει καί λογῳ. À l'exemple des philoso- « phes mentionnés plus haut (ces philosophes « sont Parménide et Empédocle), il estime « que le témoignage de sens n'est pas digne « de foi (ἄπιστον), et il pose la raison comme « criterium unique. Il répudie le témoignage « des sens en ces termes : Kuxoi μάρτυρες ἀνθρὼ"
« ποισιν ὄφθαλμοι καί ὦτα θαρθαρονς ψνχας ἐχόντῶν ". Ce
. Advers. Mathem., lib. VII. — Nous reproduisons (pag. 154-155) le texte grec, et nous nous attachons ici à en donner une traduction très exacte.
2 Stobée, au titre περὲ ἀφροσύνης, mentionne ἐᾷ même pen-
qui revient à dire qu'il n'appartient qu’à des
intelligences barbares d'ajouter foi à des « sens dépourvus de raison. Îl pose la raison « comme [8 seul juge de la vérité, non telle « ou telle raison individuelle, mais la raïîson « universelle et divine , τὸν κοινὸν καὶ θεῖον λόγόν᾽ « Maintenant quelle est cette raison univer- « selle et divine? C'est ce qu'il faut expliquer « en peu de mots : Héraclite regarde le mi- « lieu dans lequel nous vivons et qui nous
enveloppe comme contenant en soi la rai- « s0n et la sagesse. Dans l’état de veille, nous « attirons à nous-par l’aspiration cette raison « divine, et nous devenons ainsi intelligents. « Dans l’état de sommeil, au contraire, nous « perdons ce que nous avons acquis, pour « redevenir encore raisonnables au retour de « l’état dé veille !; car, dans l’état de som-
sée d'Héraclite en ces termes : « xaxoi γίνονται ὑφθαλμοὶ καὶ α ὦτα ἀφρώνων ἀνθρώπων ψνχὰς δαρδαρους ἐχόντων. »
‘ Plutarque prête ἃ Héraclite une pensée analogue, ᾿0Γ8qu'il lui fait dire qu’ «il y a un monde commun pour ceux « qui veillent, tandis que le sommeil crée pour chacun de
1459 RÉRACLITE.
meil , l'obstruction des sens intercepte toute espèce de commerce entre notre ame et l'ame universelle, et, par le fait de cette séparation , notre esprit perd la puissance qu'il avait acquise. À l'état de veille, au contraire, les sens, qui sont comme les fenêtres de l'ame, venant à se rouvrir, permettent à cette ame d'entrer en communion avec l’ame ambiante, avec l’ame universelle , et par le fait de cette communion, nous redevenons raisonnables. De même que des charbons s’allument ou s’éteignent, suivant qu'on les approche ou non du feu, de même cette parcelle de l’ame universelle qui est venue animer notre corps, devient à-peu-près privée de raison par la séparation ; χατὰ- τὸν χωρισμὸν ἄλογος, tandis que, par la communication qu'établissent kés canaux des sens , elle redevient semblable à l’ame universelle, ὁμοιοσδὴς τῷ ὅλῳ. Or, c’est précisé-
« nous un monde particulier. Ο Ἡράκλειτός φησι τοῖς ἐγρὴ -
« ἕκαστον εἰς ἴδιον ἀπαδστρέφεσθαι. D (Ρέμί. de. Superst. 3.)
HÉRACLITE. 198 ment ceite raison universelle et divine.
avec laquelle il nous faut entrer en communion pour devenir raisonnables, qu’Héraclite pose comme le criterium de la vérité. D'où il suit que ce qui paraît vrai au jugement de tous, c’est la raison universelle et divine; tandis que les conceptions de la raison individuelle n’apportent en elles rien de certain, et cela, par la cause contraire... Et, après avoir parfaitement montré que c'est moyennant communion avec la raison divine que nous faisons et savons toutes choses, Héraclite ajoute :
C'est pourquoi il faut se confier à la raison générale. Toutes les fois que nous nous mettons en communion avec elle, nous sommes dans le vrai, et dans le faux, au contraire, toutes les fois que nous nous abandonnons à notre sens individuel. Διὸ δεῖ ἔπεσται τῶ ξυνῷ. Διὸ καθ᾽ ὅτι αὑτοῦ τῆς μνήμης κινωνησωμεν, ἀληϑεύο- L μεν" ἅ δὲ ἂν ἰδιάσωμεν, ψευδόμεθα.
‘ Ainsi (ajoute Sextus-Empiricus ) Héraclite, dans le texte qui vient d’être cité, pose très évidemment la raison générale comme
154 HÉRACGLITE.
« criterium dù vrai L’universalité d'une « croyance lui paraît entraîner avec elle la « certitude, puisqu'une telle croyance est le « produit de la raison universelle. Quant aux « produits de la raison individuelle, Héraclite « les regarde comme faux, τὰ μὲν κοινῆ φησι φαι--
Ο περ ἴσον ὗν, τῶν δαρβάρων ἔστι ψόχων ταῖς ἀλύγοες αἰσθήσεσι πιστεύειν. Τὸ νδὸ λόγον, κριτὴν τῆς ἀλῳρθεέως ἀπο-φαίνεται οὐ τὸν ὁποιονδηποτε, αλλὰ τὸν χοινόν xmi θεῖον. Τίς δ᾽ ἔστι" οὗτος συντόμως ὑποδειχτέον, ᾿Αρέσκει γὰρ τῷ φυσίχῳ τὸ περιέχον ἡμᾶς λογικόν τε ὅν καὶ φρενῆρες. Τοῦτον δὴ οὖν τὸν θεῖον λόγον καθ᾽ Ἡράκλειτον δι᾿ ἀναπνοῆς σπάσαντες, νοεροι γινόμεθα᾽ καὶ ἐν μὲν ὕπνοις ληθαῖοι, κατὰ δὲ ἔγερσιν πάλιν ἔμφρονες. ἐν γε τοῖς ὕπνοις μυσάντων τῶν αἰσθη-τικῶν πόρῶν, χωριζξεται τῆς πρὸς To περεἶχον συμφυίας ὁ ἐν
HÉRAGLITE. 155
Cette doctrine d’Héraclite, relative au criterium de la vérité, devait être renouvelée en
οἷονει τινος ῥίζης" χωρισθέις τε ἀποδαλλει ἦν πρότερον εἶχε μνημονέχην δυνάμεν" ἐν δὲ ἐγρεγορόσι πάλιν διὰ τῶν αἰσθητιχῶν πόρων, ὥσπερ διά τινων θυρίδων προσχυψας, χαὶ τῳ περιέχοντι συμδαλών, λογικὴν ἐνδνεται δυνάμιν. Ovrip οὖν τρόπον οἱ ἄνθρακες πλησιάσαντες τῷ πυρὶ, κατά ἀλλιὼσιν διάπυροι γίνονται, χωρισθέντες δὲ σδέννυνται" οὕτω καὶ ἡ ἐπιξενωθεῖσα τοῖς ἡμέτεροις σώμασιν ἀπὸ τοῦ περιέχοντος μοῖρα, χατὰ μὲν τὸν χωρισμον χεδὺν ἄλογος γίνεται, κατὰ δὲ τὴν διὰ τῶν πλείστων πόρῶν συμφυσιν ὁμφιοσδὴς τῷ ὅλω καθίσταται. Τοῦτον δὴ τὸν κοινὸν λόγον καὶ θεῖον, χαὲ οὗ κατὰ μετοχὴν γινόμεθα λογιχοι, κριτήριον ἀληθείας φησὶν ὁ Ηραχλειτος ὅθεν τὸ μὲν κοινῃ πᾶσι φαινόμενον, τοῦτο εἶναι πιςτόν᾽ τῷ κοινῷ γὰρ καὶ θείω λόγῳ λαμόανεται τὸ δὲ τινι μονῳ προσπιπτον, ἄπιστον ὑπαρχειν, διὰ τὴν ἑναντίαν αἵἷτιαν. «... Διὰ τούτων γε ῥητῶς παραστήσας ὅτι κατα μετοχὴν τοῦ θείου λόγον πάντα πράττομεν τε καὶ νοουμεν, ὀλίγα προδιεθὼν͵ ἐπιφερει"
Νῦν γέ ῥητότατα καὶ ἐν τούτοις τὸν χοινόν λόγον χρετήριον ἀποφαίνεται. Καὶ τὰ μὲν χοινῇ φησι φαινόμενα, πιστα, ὡς ἂν τῷ κρινῳ χρινόμενα λόγῳ, τὰ δὲ xar ἰδιαν, ἑχάστῳ,
ψευδῆ. (Sextus-Empiric., adv. Malhem., L. VIL.)
plusieurs de ses points principaux, plus de deux mille ans après lui, au XIX.° siècle et en France, par l’école théocratique, en opposition aux doctrines de l'école cartésienne, qui avait adopté pour criterium l'évidence, c’està-dire la décision de la raison individuelle. En Grècemême, dans la période philosophique postérieure à Socrate , elle trouva des partisans dans le stoicisme, et, en dehors du stoicisme , elle eut pour propagateur Œnésidème de Gnosse. « Œnésidème, dit Sextus ‘, admet « une différence entre les jugements. Les uns « sont le produit de la raison générale, et ils « sont vrais ; les autres le produit de la raison « individuelle , et ils sont faux. » Ce n’est pas, du reste , la seule similitude qui existe entre la doctrine d’'Héraclite et celle d'Œnésidème; et, sans vouloir exagérer ici les analogies, on ne saurait méconnaître entre ces deux philo-
᾿ Οἱμὲν περὶ τὸν Αἰνησίδημον λέγουσι τινὰ τῶν φαινομένων διαφοράν' καὶ φασι τούτων τὰ μὲν κοίνως φαίνεσθαι, τὰ δε ἰδίως τινὲ: ὧν ἀληθῆ μὲν εἶναι τὰ κοίνως πᾶσι φαινόμενά. ψευδῆ δὲ τὰ μὴ τοιαῦτα. (Sext-Empiric., adv. Mathem., lib. VII. )
HÉRACLITE. 457 sophes plus d’un point de contact. Au rapport de Sextus, historien de la secte empirique, Œnésidème, le père et le chef de cette école, avait coutume de dire que la doctrine sceptique est une introduction à la philosophie d'Héraclite ‘. Toutefois , Sextus n'accepte point pour sa part cette sorte de parenté ni de filiation entre les deux doctrines. « Pour « moi, dit-il, je ne sais si la doctrine scepti- « que n'est pas plus contraire que conforme à « la philosophie d’Héraclite ; car un philoso- « phe sceptique traite de décisions téméraires « toutes les choses qu'Héraclite prétend éta- « blir dogmatiquement. Il n'accepte pas les « assertions d’'Héraclite, relativement aux em- « brâsements périodiques du monde; il n’ac- « cepte pas davantage l'opinion dogmatique- « ment émise par Héraclite, qu'il se trouve « dans le même sujet des qualités contraires « les unes aux autres. En un mot, à chaque
‘Hyp. Pyrrh., L.1, C. 29. ἐπεὶ δὴ οἱ περὶ τὸν "Auwnotδήμον ἐλεγον εἶναι τὴν oxemrixnv ἐγώγην ἐπὶ τὴν Ἡραχλει-
158 HÉRACLITS.
« dogme d’'Héraclite, il répond, en se riant « de la témérité dogmatique de ce phileso- « phe : Je ne comprends pas ceci; je ne définis «rien , disposition d'esprit en opposition « avec les doctrines d’Héraclite. Or, il est ab- « surde de dire qu’une doctrine qui est cen- « traire à une autre, en est une introduction. « Il est donc absurde de dire que la doctrine « sceptique est une sorte d'introduction à la « philosophie d'Héraclite *. »
Pour achever la tâche que nous avons entreprise , il resterait à mentionner quelques opinions d’Héraclite qui n'ont une liaison bien intime et bien directe, ni entreelles, ni avec celles que nous avons exposées jusqu'ici, et qu’il serait peut-être hien difficile, à l’état de dislocation où nous possédons ce qui nous reste de ses écrits, de rattacher à un ensemble systématique. Telles sont les pensées suivantes :
€ Αὐη ψύχη gopurarn, καὶ ἀρίστη * « L’ame sèche
‘ Hyp. Pyrrk., L 1, C. 29.
3 Stob. ex tilulo περὶ σωφροσύνης
«est la meilleure. » Apparemment parce qu'elle se rapprocke le plus de ja nature du feu , principe par excellence.
« AvaË οὐ τὸ μαντεῖον ἔστι τὸ ἐν Δελφοῖς, οὗτε λεγει, οὔτε
κρύπτει, ἀλλά σημαίνει". Le Dieu dont l’oracle est à Delphes ne révèle clairement ni ne tient cachées les choses qu’on lui demande , mais il les indique. »
« Σἰόυλλα μαινομένῳ στόματι ἀγελαστα καὶ ἀκαλλώ-πιστὰ καὶ ἀμύριστα φθεγγομένη) χιλίων ἐτῶν ἐξιχνεῖται τῇ φωνῆ δεὰ τὸν 6sov " La sibylle parle d’inspiration, sans jamais sourire, sans ornement ni ordre dans le discours, et sa parole, guidée par le Dieu , peut embrasser l’espace de
‘mille années. »
« Βλάξ ἄνθρωπος ἐπε πάντε λόγῳ φελεῖ ἐπτοῆσθαι 5. L'homme faible 2-eoutume de s'effrayer de toute espège de discours. »
Telles sont encore les maximes suivantes,
‘ Plutarch.
1 Clem. Alex. Strom., 5.
3 Plutarch.
1600 RÉRACEITÉ.
qui ont trait plus spécialement à la philosophie morale, politique et sociale :
« Υδριν χρὴ σδεννύειν μᾶλλον À πυρχαίην !. Il faut
‘éteindre l’orgueil avec plus de soin qu’un
incendie. »
« Σωφρονεῖν ἀρετὴ μεγιστή" xœc copen ἀληθεὰα λέγειν και
ποιεῖν", Etre sage est une très grande vertu,
et la sagesse consiste à conformer ses paroles et ses actions à la vérité. »
Ν Led [4 LA « Ανθρωποισι πᾶσι μέτεστι γιγνώσχειν ἑαύτους και
᾿σώφρονειν ὅ. 1] appartient à tous les hommes
de se connaître soi-même et de posséder la sagesse. »
« Avôpéoroç γίνεσθαι ὁχοσα θέλουσιν οὖν ἄμεινον *. Le mieux pour les hommes n'est pas de voir se réaliser tout ce qu'ils veulent. »
« Mevez τοὺς ἀποθνήσκοντας ὅσα οὖν ἐλπονται οὐδε
« δοχεουσιν ὅ. La mort nous réserve bien des
: Diog. de L.
2 Stob. ex titulo περὶ φρονησέως.
ὃ Stob. ex titulo περὶ σωφροσύνης.
4 Stob, ex titulo περὲ φρονησέως.
5 Theodoret.
RARACLITE. 161
« choses que nous ne pouvons ni prévoir ni « conjectarer. » . .
. 4 Maxscder χρη vov δέμαν ὑπὲρ. ταῦ νόμαν ὅχως ὑπὲρ « τείχεος" Un peuple doit combattre pour ses «+ lois. comme pout sès murailles. »
« Εἴναι du τὸ αφφόκ, ἐπίστασθαί γνόμην, re οἴη εγχυ-- « δερνήσεε πάντοω διὰ πάντων *. Ἡ n’y ἃ qu’une seule « sagesse, c’est de comprendre la pensée qui « doit gouverner toutes choses en tout point. »
Le livre d'Héraclite fut écrit en prose ionienne. L'absence de tout caractère métrique et l'usage du dialecte ionien y sont suflisamment attestés par les fragments qui nous restent de ce philosophe. Ses ouvrages paraissent, du reste, avoir été écrits en un style très obscur. Théophraste, au rapport de Diogène, prétendait que l'obscurité des écrits d'Héraclite provenait de sa mélancolie , ὑπὸ τῆς μελαγχολίας. Néanmoins, toujours au rapport de Diogène , l'opinion la plus générale était qu'Héraclite avait écrit son livre en un style
, Diog. de L., L. IX, C. 1.
.Diog. de L., L. IX, C. 1.
très obscur, afin qu’il ne fût pas profané par le vulgaire, et qu'il ne fût compris que de ceux qui seraient capables de profiter de ses leçons. Dans cette dernière hypothèse , l’obscurité d'Héraclite résultait d’un parti pris chezce philosophe de ne serendre intelligible qu’à ses disciples. C'est ainsi que paraît l’avoir envisagé Cicéron, quand il met dans la bouche de l’académicien Cotta' ces paroles adressées à l’épicurien Velléius : « Meque tu « me celas, ut Pythagoras. solebat alienos , nec « consulto dicis occulte tanquäm Heraclitus:. »
Au reste, calculée ou non, il fallait hien que. l'obscurité l'emportât de beaucoup sur la lucidité dans les écrits d’Héraclite, puisque.
l’épithète de σχοτεινός resta attachée à son nom. Ainsi, Aristote, dans un passage déjà cité plus haut ὁ ἃ Αὐτό de τοῦτο χαὶ τὸ παρὰ τῷ σκοτείνῳ Ἡρακλείτῳ λεγόμενον *, C'est là cequ’a dit l’obscur Héraclite.»
Le même, Aristote, dans un passage de sa
Rhétorique ἢ : « Il est difficile de se reconnai-
* De nat. Deor., lib. 1, cap. 26.
. De mundo, C. 5.