‹ Mélanges philosophiquesChapitre 17 sur 88 · ΒΙΟΟΔΝΕ D'APOLLONIE · texte numérisé non relu

ΒΙΟΟΔΝΕ D'APOLLONIE

par condensation ou raréfaction, de même aussi, par ‘raréfaction ou condensation , tout y retourne: de telle sorte que, entame le dit Diogène d’Apollonie dans Diogène de Laërte, rien ne sort du néant et rien n’y rentre, οὐδὲν ἐν τοῦ μὴ ὄντος γίνεσθαι, οὐδὲ εἰς τὸ μὴ ὃν φθείρεσθαι '« Au sein de cette série indéfinie de transformations qui convertissent l'élément générateur en mille chosesdiverses, ou quiramenent toutes ces choses à la forme primitive de l’élément générateur, la substance primordiale qui subit toutes ces modifieations constitue un tout qui est et demeure infini, tandis que le caractère de fini s'attache aux fermes variables et transitoires de la succession desquelles résulient les phénomènes de ce monde : Διογένης τὸ μὲν πᾶν ἄπειρον, τον δὲ κόσμον ξεπεράσθᾳι *. » Le point de départ de la cosmogonie de Diagène ‘étant ainsi déterminé d'après des témoigoages irréfragables, il nous reste, toujours d’après les mêmes autorités, à suivre

* Ibid. s Plut, de Placit, philos., 1.

cette cosmogonie dans ses développements.

Lorsque, par l'effgt de la condensation et de la rargfaction, qui sont elles-mêmes un résultat du mouvément, l'air, substance primordiale, se fut converti en eau, en terre et en feu, le mouvement contiauant à agir sur ces divers corps, transformations de l'élément primitif, leur densité relative détermina la place que prit chacun d'eux dans l’ensemble des choses. Les molécules de terre et d’eau occupèérent la partie inférieure; les molécules d'air et de feu les plages supérieures. En d'autres termes, les corps les plus lourds constituèrent, par leur assemblage, la terre et l’eau ; les plus légers gagnèrent les régions célestes, et, de leur agrégation, résultèrent les astres et le soleil. C’est ce qui résulte du témoignage d'Eusèbe, qui, dansun passage ‘,

? Prœpar. evang., L. 1, C. 8: Διογένης ὁ Ἀπολλωνιάτης ἄερα ὑφίσταται στοιχεῖον. κοσμοποιεῖ δὲ οὕτως" ὅτι τοῦ παντὸς κινουμενον, και ἧ μὲν ἀραιον, ᾧ δὲ πύχνον γινομενον, ὅπον συνεχυρήσε τὸ πύκνον, συστροφὴν ποιῆσαι, καὶ οὕτω τὰ λοιπὰ, κατὰ τὸν αὐτὸν λόγον, τὰ χουφότατα, τὴν ἄνω τάξιν

dont nos précédentes lignes ne sont qu’une traduction, expose la manière dont Diogène d’Apollonie conçoit la formation du monde, οὕτως Διογένης ὁ Απολλωνιάτης xécuorout. Les choses étant ainsi distribuées, leur ensemble renferme en son sein une multitude de variétés qui, chacune, trouvent leur raison d'être dans quelque qualité de l'être primitif. En d’autres termes, l'air, substance primordiale et génératrice, possédant suivant les temps et les lieux, différentes propriétés, et n'étant ni constamment, ni partout, égal à lui-même quant au degré de chaleur, d'humidité, de mouvement, il en résulte, en un nombre indéfini, autant de différénces analogues dans les êtres auxquels il donne lieu, différences qui n'affectent pas seulement les phénomènes corporels, mais encore les phénomènes intimes et intellectuels ἢ; car, ainsi qu'il a été

ἢ Kai πολλαὲ ετεροιώσεις ἔνεισι καὶ ἡδονης καὲ χροιῆς ἄπειροι (Simplic. phys., L. I, fol. 33, a). — Remarquez ici que le mot ἡδονῆς désigne les qualités internes, et χροεῆς les qualités externes. Ces deux mêmes mots sont pris dans

DIOGÈNE D'APOLLONIE. 181 vu précédemment, l'air, dans la cosmogonie de Diogène, n'est pas seulement substance matérielle, σῶμα, mais encore substance intelligente, πολλὰ side. Simplicius, dans un passage qui, en vertu des raisons apportées plus haut ‘, nous paraît être un texte même de Diogène, explique ainsi ces différences, tant internes qu'externes qui, dans les êtres dérivés, sont déterminées par les diverses qualités de l'être primitif. « Rien (est-il dit dans le pas- « sage dont il s'agit) n’est absolument sem- « blable à une autre chose. L'air lui-même, « ainsi que la pensée, ne sont point partout et « toujours égaux à eux-mêmes. L'air, en effet, « revêt bien des qualités diverses; il est ou « plus chaud ou plus froid, ou plus humide « ou plus sec, ou plus calme ou plus agité; «enfin, il y a en lui un nombre indéfini de

e les mêmes acceptions dans un fragment d’Anaxagore, conservé aussi par Simplicius. On peut croire qu'à l'époque de Diogène et d’Anaxagore, la langue philosophique ne possédait encore que fort peu de termes généraux.

* Voir plus haut la note commencant ainsi : ces trois fragments de Simplicius.

« variétés et de degrés, tant en ce qui touche « les qualités intérhes que les qualités exté- « rieures. L’ame de tous les animaux est une « mêtne chose, à savoir, un air plus chaud « que l’air extérieur, au sein duquel nous « vivons, mais en même temps, un air plus « froid que celui qui constitue la substance du « soleil. Toutefois, le dégré de chaleur n’est « pas le même pour l'ame detous les animaux; « il ne l’est pas même pour les ames des hom- « mes; partout il diffère. Cette différence n’est ‘« pas grande, il est vrai, mais elle est suf- « fisante pour empêcher toute équivalence.

« C'est dè là que provient la diversité des êtres « vivants, diversité qui porte tout à la fois sur « leur forme extérieure, sur leurs habitudes «et sur leur intelligence ‘. + Ce téxtte, em-

Ÿ Μετέχει dé οὐδὲ ἕν ὁμοίως τό ἕτερον τῷ ἑτέρω, ἀλλὰ πολλοὶ τρύποι καὶ αὐτοῦ τοῦ ἁέρος χαὶ τῆς νοησεως εἴσιν. ἔστι γὰρ πολύτροπος καὶ θερμότερος καὶ γνχρότερος, καὶ ξερότερος χαὶ ὑγρότερος, καὶ στασιμώτερος καὶ ὀξντερὴν κίνησιν ἔχων, χαὶ ἄλλαι mode φτεροιώσιεις ἔνεισι καὶ ἡδόνης

DIOGÈNE D'APOLLONIE. 183 prunté à Simplicius, est tres explicite. C'est des diverses qualités de l'air que résultent les diversités tant externes qu'internes qui ἀέterminent la distinction des espèces et des individus; car, à titre de substance matérielle , l'air est le principe des corps; à titre de substance intelligente, il est le principe des ames et de la pensée. Aussi, pour expliquer la pensée en nous, Diogène, au rapport d’Aristote et de Plutarque", suppose que l'air se répand avec le sang par tout le corps, ἑφέξης δειχνύσιν ὅτι νσήσεις γίνονται τοῦ ἀέρος σὺν τῷ ἀιματι τὸ ὅλον. σῶμα κχαταλαμθάνοντος διὰ τῶν φλέβδῶν, et qu’ainsi le éœur est le point central tout-àla-fois de la vie et de la pensée, Διογένης τὸ τῆς

ἔστιν, ἀὴρ θερμάτερος τοῦ ἔξω, ἐν ᾧ ἔσμεν, τοῦ pevro παρὰ τῷ ἡλίῳ πολλὸν ψυχρότερος" ὅμοιονδὲ rouro τὸ θερμὸν οὐδενος τῶν ξώων ἔστιν, ἐπεὶ οὐδὲ τῶν ἀνθρὠπῶν, ἀλλὰ διαφερει, μεγα μὲν οὐ, ἀλλ’ ὥστε παραπλήσια εἶναι, οὐ μεντοι ατρεχεως γε ὅμοιον γε ὄν. ἅτε οὖν πολυτρόπου ἐνούσης τῆς ἐτεροιωσίως, πολύτροπα καὶ τὰ ζῶα, και πόλλα, χαι οὔτε ἰδεαν ἀλλήλοις ἐοικότα, οὔτε διάεταν, οὔτε νόησιν, ὑπὸ τοῦ πλήθους τῶν ἐτεροιωσίων. (Simplic., phys., fol. 38, ἃ).

* Arist. de histor. animal, — Plut. de placit, h, 5.

18ἢ DIOGÈNE D'APOLLONIE.

ψύχως ἡγεμόνιχον τίθησιν ἐν τῇ ἁἀρτηρεάκῃ χοιλιᾷ τῆς χαρδίας, ἥτις ἔςτι καὶ πνενματίχη. L’ame, dans l’homme et dans les amimaux, est donc l'air: et l'air étant tout à la fois le plus subtil d’entre les éléments et le principe de toutes choses , il s'ensuit pour l’ame la double propriété de connaître et de mouvoir; de connaître, puisqu’à titre d’air elle est principe et possède aussi la notion de tout le reste; de mouvoir, puisqu’à titre d'air encore elle est le plus subtil des êtres. C’est ainsi, du moins, qu'Aristote entend et interprète la doctrine du philosophe d’Apollonie : « Διογένης δ᾽ ὥσπερ καὶ ἕτεροί τινες ἀέρα τοῦτον οἰάθεις πάντων λεπτομέρεστατον εἶναι καὶ ἀρχὴν, καὶ διὰ τοῦτο γινώσνειν τε χαὶ κινεῖν τὴν ψυχὴν, ἧ μὲν πρώτον ἔστι χαὶ ἐκ τούτου τά λοιπὰ γιγνώαχειν, 9 δὲ λεπτομερέστατον κινητικόν εἶναι ". Ὁ

De cet ensemble de considérations , que résulte-t-il pour le caractère général de la cosmogonie de Diogène ? C’est que l’ame universelle , en d’autres termes, le principe vital qui préside à l'existence de toutes choses, c’est

l'air. L'air est le principe des phénomènes in-

‘ De animd, 1, 2.

DIOGÈNE D'APOLLONIE. 185 tellectuels comme des phénomènesphysiques, en vertu de sa double nature de substance intelligente et de substance corporelle. Ames et corps, dans les hommes, dans les animaux, dans la nature entière, ne sont autre chose que l'air diversement modifié. Et Diogène croyait avoir trouvé dans les phénomènes de la vie des preuves de son assertion. Car, comme il le dit dans Simplicius 3, « L'homme « et les autres animaux qui respirent , vivent « d'air, et l’air constitue leur ame et leur pen- « séc, et si la respiration cesse, la vie et la « pensée cessent du même coup. ᾿Ανθρωπος γὰρ « καὶ τὰ ἄλλα ζῶα ἀναπνεοντα ξωεῖ τῳ ἀερι; και τοῦτο αὖa τοῖς και ψυχὴ ἔστι και νοήσις. καὶ ἐὰν τοῦτο απαλλαχθῆ, « ἀπορνήσχει, καὶ ἡ νοήσις ἀπολείπει.» Et cette même pensée 86 trouve encore attribuée à Diogène par Aristote, en son Histoire des animauz :

« Diogène établit, dit Aristote, que la se- « mence animale contient de l'air, et que la « pensée se forme par la circulation de l'air «avec le sang par tout le corps à travers les

ΠῚ Phys., fol, 89, b,

186 THOGÈNE D'APOLLONIE, « veines. Διογενὴς δεέκνυσιν ὅτι καὶ τὸ σπεῤμα τῶν ζῶον “ πνευματῶδες ἔστι, καὶ νοησεις γίνονται τοῦ ἀτρος σύν «τῷ ἀιματι τὸ ὅλον σῶμα καταλάμδένοντος διὰ τῶν « φλέθων. Ὁ

Telles furent, dans leur ensemble, et autant qu’il nous est possible de les retracer aujourd'hwi, les doctrines de Diogène. Grâce à Simplicius, à qui hous sommes redevables de la conservation de plusieurs fragments de ce philosophe, cette doctrine n'a pas péri tout entière. Dépourvue d'originalité, du moins en ce qui touche au principe qu'élle pose comme fondamental, puisque ce principe avait été adopté et proposé déjà par un autre lonien , elle constitua du moins un savant développement du système d’Anaximène.

On ignore si Diogène d'Apollonie composa plusieurs ouvrages. Simplicius avait vu son livre de la Nature, κερὶ φυσέως, titre commun à la plupart des premiers traités composés par les philosophes anciens. C'est à ce livre probablement qu'appartenait la phrase citée par Diogène de Laërte, qui qualifie notre philosophe de savant et éloquent écrivain, ανὴρ

DIOGÈNE D'APOLLONIE. 187 φυσικὸς, καὶ ἄγαν ἐλλόγιμος. « Diogène d’Apollonie, dit cet historien, avait écrit un livre qui commençait par ces mots : « L'homme « qui veut établir une doctrine doit, à mon «avis , partir d’un principe incontestable, «énoncé en un langage simple et grave.»

a'Apx δὲ αὐτο τοῦ συγγράμματος ἧδε. Λόγον πάντος € ἀρχόμενον δοχεῖ μοι χρεὸν τἶναι τὴν ἀρχὴν ἀναμφισθή--

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