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« tude qu'Anaxagore entra le premier dans cette voie. Avant lui, Hermotime de Clazo-
« mène paraît l’avoir soupçonnée :. »
Le passage que venons de citer est emprunté à la Métaphysique d’Aristote. Il nous serait facile de puiser dans les autres écrits du même philosophe des témoignages analogues. Pour nous arrêter. entre autres, à un passage décisif, nous citerons ces mots empruntés à sa Physique Le « Φήσι γὰρ Αναξαγόῤας" ὁμοῦ τῶν πάντων ὄντων « καὲ ἠρεμούντων τὸ ἄπειρον χρόνον, κίνησιν ἐμποιῆσαι τὸν « νοῦν καὶ διακρῖναι Anaxagore dit : Tout étant « resté confondu et immobile pendant une
: Métaph., L. 1, C. 3 (trad. de M, Cousin).
Phys., L. I, C. 8.
ANAXAGORB. 241 «-durée indéterminée, l'esprit vint apporter « à toutes cheses le mouvement ét l'ordie. »
Diogène de Laërte, en sa-vie-d’Anaxagore, attribue:au philosophe de Clazomèné la même pensée et presque dans'les même termes :
« πρῶτος τῇ ὑλῇ͵ νοῦν ἐπέστησεν, ἀρξάμενος οὕτω κοῦ συγ- € γράμματος" πάντα χρήμάτα ἦν ὁμοῦ, εἶτα νοῦς ἔλθων « αὐτα διέκύσμησε. ». + Anaxagore fut le premier « quià la matière ajouta l'esprit ; ileommença «son lisre.en ces mots: tqut-était confondu; « l'esprit vint et ordonna toutes chases. x
Proclus, en,son commentaire sur le Timée de Platon, nous représente tous les prédacesseurs d'Anaxagore comme des hommes endormis et 48 philpsophe. seul éveillé pour voir et pour moatrer à l'univers la vraie cause de toutes chosgs : « Αναξριγόραρ δοκβῖ χαθευδόντων τὸν. νοῦν πρῶ- « τὸν αὕτιον ζῶν γεγνεμένων, ἐδαῦν. » . ...
Enfin Cicéron, dans son: traité de Vaturd Deorum : : « Primus ammum rerum descriptio- « nem οἱ madum; mentis. infnitæ vi ac ratione « designari ac confici voluit.» Et, dans ses pre-
miéres Acadëémiques ὁ : « Anatagoräs mate- « riam infinitam, sed ex ed particulas , similes « inter se, minulas, eas primüm confusas, « posteë in ordinem adductas à mente divind.» À ces différents textes, nous pouvons en ajouter de plus précieux encore qui appartiennent à Anaxagore lui-même, et qui nous ont été conservés par Simpliciüs. Dans l’un* de ces textes, Anaxagore établit formeltement la distinction de l'Esprit d'avec la matière, du νοῦς d'avec l’ensemble des ehoses, et se soustrait ainsi à toute accüsation de panthéisme; et-en même temps il pose le νοῦς comme premier moteur, déniant ainsi ἃ la matière la faculté de se mouvoir par une force inhérente à elle-même’: Erte fipéaro ὁ νοῦς κινεῖν, ἀπὸ’ τοῦ κινομένου πάντος ἀπεχρίνετο. « ΑὉ Moment οὐ l'Esprit « commença ἃ imprimer le mouvement, il se « distinguait de l’ensémble auquel 'ce mou- « vement étaft irhprimé. » Dans un ‘second de ces mêmés fragments, Anaxagore établit
'L, II, C. 37 * Voir aux notes le fragm, 18.
l'immensité et l’omniprésence du νοῦς : « L'Es- « prit, à titne d'être par excellence, est où « sont toutes cheses, au sein de l’ensemble, « au sein de l'alliance et du dégagement ‘;»
et de même que dans le fragment précédemment cité, il se séparait nettement de toute espèce de panthéisme, de même, dans le fragment actuel, il répudie cette doctrine adoptée et propagée par plusieurs Éléates, qui, prenant le contre-pied du panthéisme, tend à faire. de Dieu une unité abstraite et isolée, qu'elle relègue dans une région où l’hypothèse sgule peut atteindre, et qu’une sage métaphysique, docile aux. lois de la méthode expérimentale, ÿe refusera toujours à aborder.
Aihsi,.dans la doctrine d'Anatagore, point de monde sans Dieu, mais aussi point de Dieu sans monde. Le-moande. et Dieu sont l’un et l'autre admis et poses par lui à titre d'êtres coexistants, rhais distincts, et de telle sprte toutefois, que,. nonobstant cette distinction, Dieu pénètre toutes choses, soit présent par-
» Voir aux Notes, fragm. 24 . :
tout, et qu'aidsi, sur chaque point de l’ensemble, il y'ait une .incessante relation entre le monde et Dieu. Enfin un.troisième. fragment, que nous allons citer en entier, est relatif. à la nature et aux attributs du νοῦς:
Chaqué chose ( dit.Anaxagore ).participe de la nature du tout. Mais PEsprit.est infini, libre, sans mélange, et ne relève que de lui-même; car si l'Esprit relevait d'autre chose que -de lui-même, et:-qu'ilne füt pas libre de tout mélange, il participerait dé la nature de toutes choses j'car; aënsi qué déjà il a été dit, tout est dans tout Dansrun semblable mélange, il trouverait obsturle, et ne pourrait dominer ‘comme s'il était pur de tout alliage. ἢ] est, de tous les êtres, le. plus subtil et le plus:pur:; il ἃ l'intelligence de toutes choses et une puissahce immense.
"Foutes choses qui existent, petites et gran-
des, sont soumises à l'Edprit. Le mouxemeat universél était dans sa dépendance, et c'est de lui que ce mouvement'émane; et dans ce mouvement, il y a eu dès l’origine jusqu'à nos jours, et il-y aura-de nos.jours
ἈΝΑΚΑΘΌΒΈΑ 240 vers l’avenir, progression indéfinie. ᾧς, qui est mêlé, ce qui est dissous, tout tombe « sous le regard de LEsprit. Tout ce qui de- « vait-être, tout ce qui a $té. tout ce qui est, tout ce qui sera, c'est. l'Esprit ‘qui a tout ré- « glé. C'est. de: lui qu'émane :ce mouvement « circulaise -qui.entraîne les astres, le soleil, « la lune, ainsi que.l’air'et l’éthgr, ces deux « Ékménts éternellement distincts de l’en- « semble des -choses.: Grâge,à ce mouvement circulaire, .le Jéger s’gst séparé du dense, le «. chaud du fraid. 16 sec, de, l' oies, la Ju-
mière, des ténèbres ‘. »
Il résulte de ces divers textes réunis, qu à côté de. l'élément matériel, Anaxagore admit le premierdans la Cosmogonie, un élément spiritugl,. le νοῦς. De plus, comme fait observer Aristote *, i] sépare avec une précision parfaite, φανέρως, les, attributs de l'Esprit d'avec .peux de Lx matière, en établissant que l'essence du νοῦς .est,.:staple, : ayjoûv, ,an$ MÉLANGE. Am, pure, καβαρεόν, japant en 801 la connpissance.et
: Voir aux notes, le fragm. 8; : De Animd, L. 1,C, 8.
2h6 ANAXAGORE.
le principe du mouvement pour tous les êtres. τό τε γινώσχειυ καὶ τὸ κινεῖν καὶ κινῆσαι τὸ πᾶν. Toutefois, et malgré cette divérsité des attributs dé la mâtière et de FEsprit ei ingénieusement discertiéé par ÂAn#xagore et si lucidement constatée par Aristote, il est pourtant un attribut’ qu’Anaxagore regarde comme commun ἃ l'uné et à l’autre de ces deux natures; et cet attribut, c’est l'éternité. Or, que suit-il de là? C'est que la matière étint coéternelle A l'Esprit. Dieu n’est pas créateur, mais deulemént ordonnateur. L'idée dé la création ést une idée toute chrétienne, qu’il ñe faut pas cliercher dans la philosophie grecque, pas même dans Platon, qui pourtant semble avoir, en plus d'un püint, pressentti le christianisme. Le Dieu d'Anaxagore n’est donc pas une intelligence créatrice, mais séulémeñt ne intelligence otdonnatrice et motrice. 4} suit, en effet, des textes d’Aristote , ‘de ‘Diogëne de ‘Laërte, d'Anaxagôre lui-même, précédervmient cités, que, dans l’originé, tüut étaità l'état de ehaos et d'immobilité, πάντα μουν «ἠρεμούντων πάντων, état qui se prolongea pendant une ἀμκόε. in-
| ANAXAGORE. 247 définie, ἄπειρον. χρόνον» jusqu’à ce que l'Esprit, vint imprimer à l'ensémble dés choses le mouvement, κίνησιν ipragioa γοῦν, lequel amena le dégagement mutuel des éléments jusque-là confondus, πᾶν τοῦτο διεκρίθη, et, par une conséquence de ce dégagement , l’ordre et l’harmorile, πάντα διεχόαμησε. Or, d’un Dieu moteur et ofdonnateur du monde physique, tel que nous le trouvons chez Anaxagore, à un Dieu providenee du moñde moral, tel-qu'i nous apparaît chez Platon "; l'intervalle est considerable, et.eet intervalle, c'est au progrès des âges qu'il appartient de le combler. Toutefois. si Anaxagore n’a pas déterminé les attributs moraux .:.de l'intelligence suprême avec la ménte précisiob que æs'attribuis métaphysiques, d-saible ay moinsen avoireu l'intention quand: il a:écait, au rapport d’Aristaie ". que ἐθ' νοῦς eat le principe: du beau et du bien, ᾿Ανβξαγόραν πρλλαχρῦ τὰ métier ἐοῦ καλῶς καὲ, ὀρθωξ τὸν νοῦν͵ ya N'est-ce pas là, en une certaine mesure, une sorte de pressentiment de cette pro-
Voir nôétamhreñt le T'émée.
τι 4 De Antind,L. 4, C. 2.
vidence que Platon, dans son Fimée, devait un jour appeler le Dieu-bon ?
Anaxagore apparut à une époque où; conformément aux.lois qui gouvernent l'esprit humain , les investigations scientifiques éevaient de ptéférence se porter sur le mende:materiel, ses. phéramènes, ses iprapriétés, son origine et sa forniation. À l'example dè Thales, d'Anaximandre:; d'Anaximènt, d'Héraclite., il se livra:sur-tout à, l'étwde:de la philosaphie naturelle, Toutefais, au milieu de ses préoceupitions physiques et cotmogoniques, le philasophe de; Clazomèné, ne. demeura point étranger aux spéculations :dé.la philaswphie morale, Nous venens de voir. qu'il mérite d'être appelé lecréateur de la Théodicée. Ajoutons mainténant qu'il fut; avec Hérhclite, le fondatéuw de la logique.-En’effet le problème 46:14 véracité. de: nos facultés intellectuelles et de la légitimité de nosconnaissances sernble avoir aîtiré son dttention, et, chose qui peut et. doit paraître étrange chez un philosophe adonné aux recherches physiques. et.casmagoniques, Anaxagore paraît. avoir résolu. ce-pro-
blême dans un sens plus-éléatique qu’ivnien, en disant que le témoignage des sens me pouvait'en aucune façon nous conduire. à la-certitude, et en posant la saison come le criteriuin unique du vrai. « Anaxagore, 16 savant « physicien (dit Séxtus-Empiricus), reproche « aux sens leur irnperfection, et. prétent que «.leyrfaiblesse est pour nousunobstacle àjuger « de la vérité des choses. Il apporte en:preuve « de l'infidélité des.sens l'exemple du chan- « gement des couleurs. Car, dit-il, si nous + pranôns deux liquides colorés, l'un woir, « l'autre: blanc, et qu'enauite nous veRions à « verser l'un dans l’autre goutte à goutte, la « vue ne porwra discerner ces insensibles « changements. Ausai, Anaxagore admet- « il camraunérhent la. raison comme crite- « rium. ‘ ν
εἰ γὰρ δύο λάδοίμεν χρώματα, μηλάν καὶ χευχὸν, "sit εχ
. Gette sorte de scepticisme en -matière de perception extérieure est encore attestée chez Ânaxagore par Cicéron en:ses “cudémiques ".
« Le sage, dit Cicéren, se réglera sur les ap- « parences pour agir ou ne pas agir, et ἢ} « trouvera la neige blanehé, sans être aussi «difficile qu'Anaxagore qui le aïait, et qui, de « plus, soutenait qu’elle ne lui paraissait « même pas blanche, puisque l’eau, dont « elle n’est qu’une condensation, est noire.
« Hujus modi igitur visie consilia vapit ragendi «. aut non agendi, faciliorque erit ut'aibamesse « mivem probet quèm erat Anaxageras, qui id « non modo ità esse negabat, sed sibi, quid sci- « ret aquum nigram esse, undè tlla concreta « esset, ne: videri quidem. »
‘Ces textes de Cicéronet deSextus, auxquels nous pourrions joindre le fragment suivant
θατέρου εἰς θάτερον tata σταγόνα παρεγχέοιρμεν, οὐ δυνήσεται ἡ ὄψις διαχρίνειν τὰς παρδ μικρὸν μετάδολας... ὥστε ὁ μὲν ᾿Αναξαγόρας χοίνως τὸν λόγον ἔφη χριτήριον εἷναι. D (Sextus-Empiric., ads. Mathem., L. 7).
LE Il, CG ὃ. -
ANAXAGORE. 261 d'Anaxagoré ki-mêmé, conservé par Simpli- CIS : Ὑπὸ kphupérètne ᾿αὐπῶν : σύ Buvatoë ἐσμὲν κρίνειν τἀληθεφ"; « à cause de leut [αἰ δ] 586 (de nos sens) « ΠΟΘ né‘somines . pas en état de discerner « le.vrai »ices'itextes réunis, disons-nous, né décèterit pas seulement chez Anaxägore, tout physicien et-tout. bonién. qu'il soit, une tendance formelle vers cet idéaliéme qui, dans l'antiquité, eut pour représentants les plus absolus Parménide et. Zénon, :et, dans Y’âge moderne ; Berkeley: 119: dénotent encre ‘un incontestable. progrès dans l'esprit philosephique, en ce sens que la logique vient réclamer et commence à prendre Ja place qui lui est due dans les investigations scientifiques. Avec Thalès, Anaximandre, Anaximène, la philosophie avait été exclusivement la science de la nature matérielle. Avec Pythagore et son école, les mathématiques et la morale étaient venues par un premier progrès, s'ajouter à l'astronomie, à la cosmogonie et à la physique générale. Avec Héraclite et Anaxagore, com-
: Voir, aux notes, le fragm. 25.
252 ANAKAGORE.
mence à.s’agiter le problème de la légitimité de la connaissance ; en d’autres termes; par un.progrès ultérieur, : ka logique: ceñnmence à poindre. Avec :Anaxagore, enfin, un nouveau ramegu vient de:rcroîtee sur.l'arbre: de la science, et la Théodicéera fait ss. première apparition, Vienne: maintenant. Soerate, et. il trouvera. -constitués: tous les éléments de.ila philosophie morales il.ne Jui restera qu'àles recueillir et à .les développer , ot’ ainsi se trouvera réalisée. cette. pensée de Diogène:de Laërte τὰ ἐκ τοῦ αὐξῆσαι ite ξὸ εὑρεῖν ὑπελήφθη. » :
‘Ensa Bioyraphie d'hrchélats.
3 ᾿ , .- ὃ it ΐ “ : -, ι
ARCHÉLALS. 253