ARCHÉLAUS
d'eux, mais inégalement® servi par les organes, de telle sorte que toute la différence d’un être à un autre fût un simple résultat de la conformation corporelle? Nous n'’ignorons pas combien il importe d'être sobre de conjectures dans l'exposition de doctrines anciennes, sur lesquelles nous ne possédons plus aujourd’hui que des témoignages incomplets. Toutefois, cette hypothèse, si elle n’est pas absolument vraie, nous paraît au moins très soutenable. Toujours est-il que cette adoption du νοῦς, héritage recueilli par Archélaüs de la doctrine d’Anaxagore, son maître, répand sur ce système une sotte de spiritualisme, qu’il faut avoir soin de ne pas méconnaître, sous peine de fausser le véritable caractère de la philosophie d’Archélaüs. Le νοῦς d’Archélaus est aux animaux et à l'homme ce que le νοῦς d'Anaxagore est à la nature entière, un principe moteur et régulateur. La philosophie ionienne finit donc par le théisme et 16 spiritualisme, puisque, avec Anaxagore, elle reconnaît un Dieu au-dessus de la nature, et, avec Archélaüs, une ame dans les animaux-et
ARCHÉLAUS. 261 dans l'homme. Derniers produits de l’Ionisme, les doctrines d'Artaxagore et d’Archélaüs préparent en plusieurs points celles de Socrate et de Platon, et portent en elles les germes de tous les progrès à venir.
Indépendamnient de ses travaux cosmogoniques, Archélaüs paraît s'être occupé d’astronomie et de physique ; et Diogène de Laérte. rapporte quelques-unes de ses opinions relatives à l’une et à l’autre dé ces deux sciences. Ainsi il disait que le tout est infini, τὸ πᾶν ἄπειρον, et que le ‘soleil est le plus grand de tous les astres; ce qui n’est vrai que pär rapport aux astres qui composent notre système solaire. Il disait éncore que la voix est un effet de la percussion de l’air; que la mer occupe les cavités formées :par.la terre, é’est-à-dire les vallées. [lfallait bien qu’Archélaüs s’adonnât spécialement à l’étude de la nature, puisqu'il fut surnommé # physicien, ἐκλήθη. φύσελος . Suivant Diogène.de.Laërte; ἢ ÿ .eùt-une aûtre raison encore à ce surnom : c'est:que:la phi-
‘ Diog. de L.
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losophie naturelle s’éteigait avec lui pour faire place à la philosophie morale mise au monde par Socrate, ἔληξεν ἐν αὐτῷ ἡ φναίχη φιλοσοφία, Σωχράτοὺς τὴν ηθικὴν εἰσαγαγόντος. Néanmoins Archélaus paraît n’être pas demeuré étranger à la philosophie morale, et Divgène de Laërté nousa conservé de lui une maxime relative à l’origine de l’idée de juste et d’injuste : τὸ δέκαιον εἶναι καὶ τὸ ais por οὐ φύσει ἀλλὰ νόμῷ, maxime d’un sens très ambigu, susceptible, à notre avis, de deux interprétations entièrement opposées l’une à l'autre, et qui peut signifier, pu que la source de l’idée de juste et d’injuste est ailleurs que dans la nature matérielle, c'est-à-dire , apparemment,. dans Ja loi morale, ou,que la distinction admise entre le bien et le mal ne vient.pas de la nature, mais seulement des lois, ce quitiendrait à faire decette distinction quel que chose de purement factice. Diogène de Laérte ajoute d’ailleurs que les lois, le beau et le bien avaient fait plus d’une fois. la matière des discours et des-entretiens d’Archélaüs, καὶ γὰρ περὶ νόμων πεφιλοσόφηχε, καὶ χαλῶν, καὲ δικαίων, ET
que Socrate, ayant recu de lui les premiers
ARCHÉLAUS. 263 germes de la science morale, ne fit que les développer, et passa ainsi pour en être le créateur, παρ᾽ οὗ λαθὼν Σωχράτης τῷ αὐξῆσαι ele τὸ εὖ-ρεῖν υπελήφθη.. | |
Archélaus avait eu pour maître Anaxagoré de Clazomène. « Anaxagère, dit Eusèbe, eut trois « disciples ; Périclèsa, Euripide et -Archélaus. « Ce dernier succéda, dans la ville de Lamp- «saque, à son maître Anaxagore , et ensuite « étant venu à Athènes, il y continua son en- « seignément, et réunit autour de lui un très « grand nombre de disciples athéniens , par- « mi lesquels Socrate‘ .» Archélaüs vint donc de Lampsaque à Athènes quelque temps après Ja mort d’Anaxagore; aucun dpute sur ce point. Mais quelque chose de plus contesté, c’est de savoir s’il était né à Athènes, et s'il ne faisait qu'y rstaurner après l'avoir quittée sur les traces de $on maître proserit, ou s’il avait pris naissance eh Iünié;, à Milet, cette antique pa-
Ργωραγαῖ. Evang., L. X, C. 1.
26 ARCHÉLAUS.
trie de Thalès, d’Anaximandre et d'Anaximène. Îci, les opinions se combattent, Simplicius, s'appuyant sur. le témoignage de Théophraste, assigne Athènes pour ἔδυ natal à Archélaüs. Diogène de Laërte, biographe des philosophes anciens et historien de leurs doctrines , laïsse la question indééise, en disant qu'Archélaüs était soît d'Athènes, soit'de Milet, « Αρχελάος, Aünvatoc ; à ᾿Μελήσιος. ». On: voit que c'est.un point. difficile à résoudre. Quoi qu'il en soit, et qu’Archélaüs ft né à Milet ou à Athènes, son nom, en touté hypothèse, nous paraît pouvoir être rangé. parmi-ceux des philosophes ioniens. En effet, ne fut-il pas disciple d’Anaxagore ?'Ne suivit-il: pas en Îonie son maître exilé? Ne succéda:t-il pas à Anaxagore dans l'école de Lampsaque, et ne transféra-t-il pas ensuite à Athènes cette même école? De plus; dans la série des philosophes loniens, malgré l’absence d'unité de doctrines, on peut constater une succession non interrompue de maîtres et de disciples, depuis Thalès jusques et y compris Archélaüs. C'est ce qu’établit très lucidement DiogènedeLaërte,
ARCHÉLAUS. Ὁ 265 lérsque, dans son Zntroductien :( κροίμων γ᾽, il rattache les uns aux autres, par un ken de succession continue , Thalés, Anaximandre.
Anaximène, Anaxagore οἱ Archélaüs « Θαλοῦ « μὲν γὰρ ᾿Αναξίμανδρος, οὗ Ἀναξιμένης, 05 Αναξαγόρας, « οὗ ᾿ἈΑρχῆϊκος » Né à Athènes, ou né à Milet, Archélaüs est done, dans Y'uneet l'autre hypothèse, un philosophe ionien. Maintenant, ajouterons-nous âvee Diogène de Laërte, qu'il fut le premier qui transporta d'Ionje à Athènes, la philosophie naturelle? « πρῶτος ἐκ τῆς Ἰονίας « τὴν φυσικὴν φιλοσοφίαν μετήγαγεν Αθηναξε, » Non, àssurément. Car 1] est universéllement reconhu que ce fut à Anaxagore qu'appartint ce rôle; et‘le témoignage de Clément d’Alexandrie ne laisse aucun doute en -ce point lorsqu'il dit « qu'à Anaximène succéda Anaxagore ; « que celui-ci apporta d'Ionie à Athènes la « philosophie, ‘et qu'il eut pour successeur n Archélaüs, ᾿Αναξαγόρας μετήγαγεν ἀπὸ τῆς ovins € Αθηναζε τὴν διατριβήν: τοῦτου διεδέχετο ᾿Αρχέλαος. » Diogène de Laëérte a donc erré en ce point, en attribuant à Archélaüs ce qui ne convient qu'à Anaxagore. Archélaüs enseigna, il est vrai, à
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Athènes ; mais il ne fit qu'y continuer l’école qu'y avait fondée avant lui Anaxagore, école temporairement transférée à Lampsaque pendant que grondait la persécution aacerdotale. Elève d'un illustre maître, Archélaus eut un: disciple plus iustre encore dans la personne de Socrate. On sait par. les témoignages de Platon ‘ et de Xénophen * quel avait été d’abord le goût de Socrate pour les recherches physiques. Eh bien! n'est-ce pas à l'école d'Anaxagore et d'Archelaus qu'il avait puisé cette ardeur pour la philosophie naturelle? Et cet amour plus vif ençore que Socrate porta ensuite aux spéeulations morales, croiton qu'il n’en devait rien aux léçons de 568 maîtres? Sans doute son propre instinct l'y portait; et il obéissait en ceci tout à. la fois à l'esprit du temps et à sa propre nature. Mais enfin, n’avait-il pas fréquemment assisté aux entretiens. d'Archélaüs sur les lois, le beau et le bien ; et n’avait-il pas dû y puiser un ardent
᾿ ὁ Apologie.
ARCHÉLAUS. 267 désir de voir clair en ces questions sur lesquelles reposent l’ordre intellectuel, moral et social? Par ce point donc, le mouvement socratique, qui devait un jour avoir de si grands résultats, trouva dans la philosophie ivnienne sa première impulsion; et peut-être est-il permis de dire, sans tomber en exagération aucune, que, mère déjà de toutes les philosophies qui avaient rempli l’espace de ces deux premiers siècles ‘, l’Ionie eut encore le glorieux privilège de voir les germes sortis de son sein prendre racine sur le sol attique, et y produire du développement de leur sève vigoureuse cet arbre immense dont Socrate est le tronc, et dont Platon, Aristote, Épicure, Zénon, et toutes les sectes antiques sont les rameaux.
* De 600 à 400.