‹ Mélanges philosophiquesChapitre 29 sur 88 · ÉCOLE DE ΜΕΘΑΒΕ · texte numérisé non relu

ÉCOLE DE ΜΕΘΑΒΕ

témoignage d’Aulu-Gelle touchant la fréquentation de l’école de Socrate par Euclide, est d’ailleurs confirmé par celui de Cicéron : Sacratis discipulus Euclides'; par celui de Platon, qui, d’abord au début de son Théététe”, dit positivement qu'Euclide venait fréquemment de Mégare à Athènes pour entendre Socrate, et qui, de plus, en son Phédon’, le met au nombre de ceux d’entre les disciples de Socrate qui assistérent à la mort du maître; enfin par celui de Diogène de Laërte', qui met Euolide avec Platon,

dire Socratem consueverat , posiquam id decretum sanxerunt, sub noctem, priusquam adveperasceret, tuuica longa muliebri indutus, et pallio versicolore amictus , et caput et ora velatus, e domo sua Megaris Athenas ad Socratem commeabat, ut vel noctis reliquo tempore consiliorum sermonumque ejus fieret particeps, rursusque sub lucem millia passuum paulo amplius viginti, eadem veste illa tectus, redibat. » ( Noct. attic., 1. VE, ς. 10.)

1 Acad., 11, 42.

? Platon, au début du Théétète, fait ainsi parler Euclide : « Toutes les fois que j'allais à Athènes, j’interrogeais « Socrate sur les choses qui m’étaient échappées. » Il s’agit ici des prédictions de Socrate sur Théétète.

8. Échécrate : Ÿ avait-il des étrangers ? — Phédon : Oui, Cimmias de Thèbes, Cébès et Phédonde; et de Mégare, Euclide et Terpsion. |

᾿ Τῶν μὲν διαδεξαμένων αὐτόν, τῶν λεγομένων Σωχρατίχων,. οἱ χορυφαιότατοι μὲν Πλάτων, Ξενοφῶν, Ἀντισθένης, τῶν δὲ pE— βουμένων δέκα οἱ διασημότατοι τέσσαρες Αἰσχίνης, Φαίδων, Εὐ-χλείδης, ἀριστίππος.. (Diog. L., ên Socrat.)

Xénophon, Antisthèue, Eschine, Phédon et Aristippe au nombre des plus illustres Socratiques.

Lorsqu’arrivèrent la condamnation et la mort de Socrate, ses disciples, et parmi eux, Platon, se réfugièrent à Mépare, et furent reçus chez Euclide qui, suivant toutes les probabilités, avait déjà, depuis plusieurs années, ouvert et fondé cette école qui, après lui, fut dirigée par Ichthyas, et plus tard par Stilpon. Quel fut le motif de cette fuite? Apparemment la persécution qui du maître menaçait de s'étendre aux disciples. Or, quels avaient été les persécuteurs de Socrate ? Les beaux esprits du temps, dont ce philosophe avait si fréquemment blessé l’orgueil ; le parti sacerdotal, dont il avait attaqué les superstitions en annonçant à ses disciples un Dieu unique devant lequel s’évanouissaient les mensonges du polythéisme ; enfin le parti démagogique, contre les fureurs et les injustices duquel Socrate s'était fréquemment élevé. Après avoir triomphé du maître par un jugement solennel et une condamnation capitale, la persécution dut attaquer ou, du moins, menacer les hommes qui avaient assisté aux enseignements de Socrate, et recueilli ἃ son lit de mort cet admirable testament philosophique que Platon a consigné dans le Phédon. Voila quelle fut la véritable cause de la fuite des Socratiques à Mégare et du séjour qu'ils y firent.

L'ancien disciple de Socrate, celui qui avait si longtemps partagé avec eux les enseignements du maître, les y accueillit. Ce fut chez Euelide qu'ils cherchèrent et trouvérent un asile. Hermodore, dans Diogène de Laërte, le dit positivemenl, πρὸς τοῦτόν φησιν ὁ Ἑρμόδωρος ἀφικέσθαι Πλάτωνα , καὶ τοὺς λοιποὺς φιλοσόφους, μετὰ τὴν ὠμότητα τῶν τυράννων '. Seulement, dans ce texte de Diogène, il est une chose dont on a peine à se rendre compte. Quels étaient ces tyrans devant lesquels fuyaient les Socratiques? Étaient-ce les Trente, ainsi que le conjecture un critique allemand*? Mais une telle supposition ne pourrait se faire que moyennant un anachronisme; et voici les raisons historiques qui le démontrent. L'établissement des trente tyrans remonte à la prise d'Athènes par Lysandre, et ces trente ty-

1 Diog. L., l. IT, ên Euclid. '

? Ce critique est M. Deycks, qui ἃ composé sur l’école de Mégare un travail d’érudition très-consciencieux, bierr qu’il nous paraisse voir bien à tort, dans Platon et dans Aristote, nombre d’allusions au mégarisme , dans maints passages où le mégarisme est lein d’être suffisamment indiqué. Voici, du reste, cette partie du texte de M. Deycks, qui se rapporte à l’émigration des Socratiques : « Cum « deinde, Socrate mortuo, Megaris esset, reliquos Socrati- « cos atque ipsum Platonem , trigenta tyrannorum metu, « ad eum affluxisse ferunt. Ita Hermodorus apud Diog. Laert., 11, 106. » (De Megaricorum doctrina ejusque apud

llatonem et Aristotelem vestigiis scripsil Férdinandus Deycks. Bonuæ,apud Weberum, 1827.)

EUCLIDE. 9 raus n'étaient autre chose que trente archontes créés par le général lacédémonien. Or, la date précise de la prise d'Athènes et de l'établissement des Zrente par Lysandre est l'an 404 avant notre ére. En 403, ils furent chassés par Thrasybule, après un despotisme de huit mois, au rapport de Xénophon, et remplacés par les Dix. En 402, les Dix, à leur tour, sont déposés, la forme démocratique rétablie, et une amnistie proclamée par Thrasybule. Or, la mort de Socrate n'eut heu ni en 404, ni même en 402, mais bien en 400 avarit notre ère. Les tyrans dont les Socratiques, au rapport de Diogène de Laërte, fuyaient la cruauté, δείσαντες ὠμότητα, ne pouvaient donc être ni les rente ni même les 721. Il n'est pas impossible, après tout, que Diogène de Laërte ait commis un anachronisme. Il se peut aussi, bien qu'avec moins de probabilité, que, par le mot τυράννων, cet historien de la philosophie entende les membres du nouveau gouvernement démocratique qui venait d’être rétabli en 402, lesquels devaient être les ennemis naturels des Socratiques, partisans, ainsi que leur maître, de l’ancienne oligarchie établie en 411 par Pisandre et Alcibiade'. Au reste, quelle qu’ait pu être 1 Dans cette oligarchie, les assemblées du peuple avaient

été remplacées par une assemblée de seulement cinq mille citoyens.

l'erreur ou l'opinion de Diogène à cet égard, il demeure évident que la véritable cause de la fuite des Socratiques à Mégare fut la crainte d’une persécution de la part de ceux qui avaient mis à mort le maître de Xénophon, de Platon et d'Euclide.

A l'époque où eut lieu cette fuite à Mépare, Euclide était-il déjà chef de l’école? La chose, sans pouvoir être authentiquement établie, est infiniment probable. Ce qu'il y a de certain, c'est que, pendant ce séjour des Socratiques à Mégare, quelque court qu’il püt être, Platon put prendre une connaissance assez exacte des opinions philosophiques d’Euclide, lesquelles, d’ailleurs, antérieurement à ce séjour, ne devaient pas être complétement ignorées de lui, grâce aux fréquents voyages d'Euclide à Athènes auprès de Socrate. Une réponse affirmalive , pourvu qu'elle soit faite et entendue dans les véritables limites où elle doit l'être, est donc la seule qui puisse légitimement être apportée à cette question si souvent controversée : Platon eut-il Euclide pour maître ? Oui , assurément, Euclide doit-être compté, avec Socrate, avec Cratyle, avec Hermogène, avec Théodore, avec Philolaüs, avec Euryte ‘, parmi les maîtres de

* Consulter, sur ces divers points, la Biographie de Platon, par Diogène de Laërte, 1. ΠῚ

Platon. Mais, encore une fois, les relations philosophiques qui s’établirent entre ces deux disciples de Socrate furent plutôt fortuites que récherehées par Platon, déterminées qu'elles furent par une fréquentation commune de l'école de Socrate, et par le séjour à Mépare à la suite de la mort du maître. Quant à l'opinion de certains critiques qui, d’après un texte de Diogène de Laërte, en sa biographie de Platon, paraissent croire à un second voyage de Platon auprès d'Euclide, elle ne saurait être raisonnablement soutenue. En effet, que dit ce texte ? que, d’après le récit d'Hermodore, Platon , à l’âge de vingthuit ans, se rendit à Mégare auprès d’Euclide avec quelques autres Socratiques, ἔπειτα γενόμενος ὀχτώ καὶ εἴχοσιν ἐτῶν, κατάφησιν Ἕρμωϑδόρος, εἰς Me— yapa ὑπεχώρησεν᾽. Or, si l’on rapproche ce texte de celui que nous avons précédemment emprunté à la biographie d’Euclide par le même Diogène”, et qui est ainsi conçu : πρὸς τοῦτον (EbxAsida) φησὶν ὁ Ἑρμόδωρος ἀφικέσθαι Πλάτωνα, καὶ τοὺς λοίπους φιλοσόφους, μετὰ τὴν ὠμότητα τῶν τυράννων; Il sera aisé de s’apercevoir que, dans la biographie de Platon, comme dans celle d'Euclide, le témoignage de Diogène de Laërie ne se fonde que sur celui d’Hermodore, invoqué ainsi deux fois, et qu'évi-

1 Diog. L., 1. LE, n Plat.

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