Id. ,1. I
12 ÉCOLE DE MÊGARE.
demment Hermodore n’a voulu parler que d’un seul voyage.
Les écrits d’'Euclide (dontaucun fragment, sauf une maxime d’un caractère tout à la fois ontoalogique et moral, et que nous retrouverons en son lieu, n’est venu jusqu’à nous), se composaient de six dialogues. Διαλόγους δὲ συνέγραψεν ἕξ, dit l’historien de la philosophie ancienne ἡ; et, en même temps, 1l nous en donne les titres : Λαμπρίαν; Αἰσίχνην , Φοίνικα ,, Kpiruva, Αλκιβιάϑην, Ἐρωτικόν. Cette forme dialogique est précisément celle-la même qu’un autre disciple de Socrate, contemporain d'Euclide, mais bien autrement célèbre que le Mégarien, donna aussi à ses écrits; et l’on peut même remarquer que les titres de quelques uns d'entre les dialogues d’Euclide se retrouvent aussi chez Platon *. Cette similitude de forme entre les écrits de Platon et les écrits d’Euclide était un résultat de la discipline socratique qui leur avait été commune à tous deux. Dans ses enseignements vis-à-vis de ses disciples, comme dans sa polémique contre ses adversaires, Socrate évitait ces longs développements dans lesquels excellaient Protagoras, Gorgias et généralement les sophistes, et usait de préférence d’un dialogue vif, coupé, rapide, qui permettait
1 Diog. L., in Euclid.
Σ Le Criüton. — L’Alcibiade.
EUCLIDE. 13 d’opposer à chaque proposition une réplique immédiate ‘. Ce fut à son école que Platon et Euclide puisérent tous deux cette méthode dialogique qu'ils imposèrent à leurs écrits. Quant au sujet de chacun des six dialogues composés par Euclide, nous sommes à cet égard dans la plus complète ignorance ; et Diogeène de Laërte, qui nous en a transmis les titres, ne noùs apprènd absolument rien sur leur contenu. Tout ce qu'il est permis de conjecturer , c'est qu'une dialectique contentieuse et subtile, dans le goût de celle des derniers Éléates, dominait dans les écrits d'Euclide. On sait que Diogène de Sinope, par un Jeu de mots que nous ne saurions faire
! Entre autres preuves décisives de cette assertion, nous pouvons citer un passage du Protagoras de Platon. Hippias, lan des interlocuteurs, essayant une conciliation entre les deux adversaires, Protagoras et Socrate, s'exprime en ces termes : « Je vous conjure et je vous conseille, Protagoras « et Socrate, de passer un accord ensemble, vous soumet- « tant à nous comme à des arbitres qui vous rapprocheront « équitablement. Toi, Socrate, n’exige point cette forme « exacte du dialogue qui réduit tout à sa dernière brièveté, « si Protagoras ne l’a point pour agréable ; mais accorde « quelque liberté au discours, et lâche-lui un peu la bride, « pour qu’il se montre avec plus de grâce et de majesté, Et « toi, Protagoras, ne déploie point toutes tes voiles , et ne “ va pas, t’abandonnant au vent favorable, gagner la pleine « mer de l’éloquence jusqu’à perdre la terre de vue ; mais « prenez l’un et l’autre un milieu entre les deux extrêmes.»
passer dans notre langue, disait χολή (la bile) Εὐχλείδου au lieu de σχολή (l’école) Εὐκλείδου. On connaît aussi ces Silles de Timon où Euclide obtient sa part de l’amère critique qu'il déverse sur tous les dialecticiens : « Je n’ai nul souci de « tous ces diseurs de rien, ni de leurs pareils, « nul souci de Phédon, ni de ce disputeur d’'Eu- « clide qui souffle aux Mégariens la rage de la « dispute ". » Enfin, on sait l’horoscope philosophique que lui tira un jour Socrate, lorsque, le voyant adonné tout entier à l’éristique : « Eu- « clide» , lui dit-il, « tu es fait pour vivre avec « des sophistes , et non avec des hommes *. » En quoi consistait donc la dialectique d'Euclide, et sur quels principes reposait-elle ? Elle dut assurément tenir une grande place en ses écrits, une plus grande encore en ses enseignements. Mais aujourd’hui toutes les données qu'il nous est possible de recueillir à cet égard se réduisent à quelques indications très-laconiques de Diogène de Laërte , que les commentateurs uous paraissent avoir rendues plus obscures en
Ἐὐχλείδου Μεγαρεῦσιν ὃς ἔμθαλε λύσσαν ἐρίσμου. 2 Σωκράτης ὁρῶν Εὐχλείδην ἐσπουδάχοτα περὶ τοὺς ἐριστίκους λόγους ὦ Εὐκλείδη, ἔφη, σοφισταῖς μὲν δυνήσῃ χρῆσθαι, ἀνθρώποις γε οὐδάμως. (Diog. L., |. T1, ἐπ Enuclid.)
prétendant [68 expliquer. L’unedeces indications est relative au mode de polémique adopté par Euclide dans la discussion. L'autre a un caractère plus népatif que positif, en ce sens qu’elle a trait à un mode de raisonnement que répudiait notre philosophe. Voici , dureste, l’un et l’autre de ces deux passages :
— Ταῖς ἀποδείξεσιν ἐνίστατο où κατὰ λήμματα, ἀλλὰ κατ᾽ ἐπιφορᾶν.
— Καί τὸν διὰ mapabolñs λόγον ἄνηρει, λέγων; ἤτοι ἐξ ὁμοίων αὐτῶν ἢ ἐξ ἀνομοίων συνίστασθαι. Και εἰ μὲν ἐξ ὁμοίων, περὶ αὐτὰ δεῖν μᾶλλον ἢ οἷς ὁμοῖά ἐστιν, ἀναστρέφεσθαι" εἰ ὃ ἐξ ἀνομοίων , παρέλκειν τὴν παράθεσιν.
Le sens du second de ces deux textes nous paraît parfaitement clair. Euclide répudiait le raisonnement par analogie, τὸν διὰ παραβολῆς λόγον, et 1] en donnait pour raison qu'un tel procédé repose soit sur des similitudes réelles, soit sur des similitudes fausses; qu’ainsi, dans le premier cas, il valait mieux un raisonnement direct, et que, dans le second , le raisonnement était vicieux. Qu'’une telle répudiation du raisonnement par, analogie füt réellement dans l’esprit de la dialectique éléatique , à laquelle la dialectique mégarique paraît avoir beaucoup emprunté, c’est ce qui serait, à l'heure qu'ilest, d’une vérification très-difficile. Mais, ce que nous
pouvous affirmer en toute assurance, contrairement à l'opinion d’un savant critique ‘, c'est qu’elle n’était nullement dans l'esprit de la dia lectique socratique, et qu'ainsi, sur ce point spécial , il s’en fallait beaucoup qu'Euclide demeurûât fidèle à la méthode de son maître. Dans ses entretiens avec ses disciples, comme aussi daus ses discussions avec les sophistes, Socrate, soit pour mieux faire comprendre sa pensée, soit pour arriver à une réfutation plus décisive , avait constainment recours au procédé de comparaison et d’analogie, ainsi qu’en font foi les écrits de Xénophon et de Platon. En ce point donc, c’est-à-dire par le rejet du raisonnement par analogie, ὁ διὰ παραθολῆς λόγος, le fondateur de l’école de Mégare s’écartait de la méthode socratique.
᾿ς Peut-être Enclide demeurait-il plus fidèle à cette méthode dans l’adoption de l’autre procédé dont parle Diogène de Laërte , et qui consistait à attaquer l'argumentation de l'adversaire moins par les prémisses que par les conséquences, c’estàa-dire d’une manière indirecte : ταῖς ἀποδείξεσιν
1 Nous voulons parler de M. Deycks. Voici comment il s’énonce à cet égard à la page 36 de la dissertation dont le titre a été donné plus haut : « Euclides non rerum si- « militudines, sed res ipsas demonstrandas : id quod So- “« craticnm simul et Parmeuideum in oculos incurrit. »
EUCLIDE. 41 ἐνίστατο οὐ κατὰ λήμματα, ἀλλὰ κατ ἐπιφοράν. C’est ce qu’il importe de rechercher.
Observons d’abord que deux méthodes s’offrent au dialecticien pour combattre un raisonnement proposé. Il peut d’abord, et c’est ici la méthode directe, s'attaquer aux prémisses, en démontrer la fausseté, et, par là, le vice de la conclusion à laquelle elles aboutissent. Il peut ensuite, et c’est la méthode indirecte, s’attaquer ἃ la conclusion, en démontrer l’absurdité, et la rejeter sur les prémisses sur lesquelles cette conclusion se base. Il y a dans ce second procédé quelque chose de plus laborieux et de plus savant. C'est la manière de Socrate, de qui on peut dire ce que Diogène de Laërte dit d'Euclide : Ταῖς ἀποδείξεσιν ἐνίστατο où κατὰ λήμματα, ἀλλὰ κατ ἐπιφοράν᾽. Il résulte, en effet, des mémoires de
1 Le sens de ce passage de Diogène sur Euclide a été controversé. Le critique allemaud déjà mentionné, M. Deycks, entre à ce sujet dans de longs détails de définitions qui nous paraissent répandre bien plus de jour sur la question. Voici les conclusions auxquelles 1] aboutit : « Quibus omnibus me quidem fateor adductum ut Aldo- « brandini probem hujusce loci interpretationem : Æ4rgu- « mentorum conclusiones non sumptionibus sed conclusio- « ribus refellendis oppugnabat. Quanquam acutissimas « contra eam à Gassendio ( De log., ce. 3, p. 40) et Bœlio « ({π lex. V. Euclide) rationes proferri concedo. Censent « enim Euclidem , in refellendis adversariis, non sumptio- « nibus sed perpetua conclusionum serie, quarum altera
Xénophon et des dialogues de Platon, où leur
maître est introduit comme interlocuteur , que
Socrate, dans ses entretiens et ses discussions,
au lieu de s'attaquer directement à un principe
faux , préférait, par des questions habilement posées, et par des déductions insensiblement amenées, faire sortir d'un tel principe toutes les conséquences qu'il recélait, de telle sorte qu'il
pt ensuite, par l’absurdité flagrante des conclusions, condamner et renverser le principe d'où elles découlaient logiquement. Et, pour citer ici un exemple entre mille , n’est-ce pas là le procédé qu'il met en œuvre dans le 7'héétète, lorsque, entreprenant de combattre connexement cette définition de la science donnée par Théétète : La science n'est que sensation, et cette thèse posée par Protagoras, que l’homme est la mesure de toutes choses, il commence, non par contredire directement ces deux assertions qui,
malgré la diversité de la forme, équivalent, quant au fond, l'une à l'autre, mais par en faire sortir
« semper ex altera penderet, esse usum ; quas cum accu- « mularet semper, rationibus ita eos obruisse ut respon- « dere non possent. » Cette opinion de Bayle et de Gassendi, citée par M. Deycks, nous paraît reposer sur une interprétativn vicieuse du texte grec. Notre interprétation, à nous, se rapproche de celle d’Aldobrandin , adoptée par le critique allemand, et se trouve tout à fait conforme à celle de Ritter.
EUCLIDE. 19 les conséquences naturelles qu'elles recélent. Or, quelles sont ces conséquences, etde quelle nature ? Les voici, sommairement exposées, mais telles, au fond , que les déduit Socrate du principe de Théétète et de celui de Protagoras : 4° Si la sensation est la science, et que l’homme, en tant qu'être sentant, soit la mesure de toutes choses, pourquoi les animaux, à titre d’être sentants, ne seraient-ils pas, aussi bien que l’homme, juges de l'existence ou de la non-existence des choses ? 2° Si la sensation est la science, les opinions que chacun se forme à l’occasion de ses sensations sont toujours vraies, et alors toutes les opinions, même les plus contradictoires entre elles, sont également vraies. 89 81 la sensation est la science, il n’y a science que des choses présentes, puisque
Ja sensation est bornée à l'instant actuel, et la mémoire n’est plus le fondement d’aucune certitude, etc. Ces propositions, et autres analogues, que Socrate tire du même principe, portent en elles-mêmes leur réfutation, et le philosophe accable alors le principe de toute l’absurdité des conséquences qui s’en tirent légitimement. Ce procédé dialectique, dont nous venons d’emprunter un exemple au T'héétète de Platon, était très familier à Socrate; il passa du maître aux disciples, et c’est, à n’en pas douter, ce procédé qu'attribue Diogène de Laërte à Euclide dans ce
texte : Ταῖς ἀποδείξεσιν ἐνίστατο où κατὰ λήμματα, ἀλλὰ κατ᾽ ἐπιφοράν. Voila donc les deux procédés principaux sur lesquels reposait la dialectique d'Euclide. Le premier consistait en un raisonnement direct et dans le rejet de toute analogie ; le second consistait à attaquer l'argumentation de l'adversaire non par les prémisses, mais par les conséquences. Ce dernier était un procédé tout socratique; l’autre , au contraire, n'offrait rien que d’opposé à la manière de Socrate. Ce sont là les bases de la dialectique d'Euclide. Elles nous ont été conservées, mais nous n’avons rien des développements, probablement assez considérables, dont l’ensemble de cette dialectique se constituait.
La pénurie de documents se fait sentir bien davantage encore en ce qui concerne les autres parties de la philosophie d’Euclide. À côté de sa dialectique, qui paraît chez lui, comme chez tous ses successeurs , avoir constitué le côté principal de ses travaux, le fondateur de l’école de Mépare semble avoir voulu , sur les traces de ses divers maîtres, les éléates et Socrate, établir une doctrine participant tout à la fois des caractères de l’ontologie et de ceux de la morale. Pour l'intelligence de ce point, quelques explications préliminaires sont indispensables.
D'une part, et sur le terrain de l’ontologie,
la question de l’étre avait été diversement résolue par les écoles antérieures au mégarisme. Il n’est pas de notre sujet d’entrer dans l'énumération de tous ces systèmes , dont Platon, en son dialogue du Sophiste ou de l'Étre, a tracé une admirable esquisse. Qu'il nous suffise ici, pour la question qui nous occupe, de mentionner spécialement la doctrine des éléates. Or, quelle était cette doctrine ? Elle se trouve énoncée tout entière dans un passage de Diogène de Laërte, en sa biographie de Mélissus, ce disciple de Parménide. « Mélissus (dit l'historien de la philoso- « phie ancienne) regardait le tout comme infini, « immutable, immobile, un, identique à lui- « même et plein : E δόκει καὶ αὐτῷ τὸ πᾶν ἄπειρον « εἶναι, καὶ ἀναλλοίωτον, καὶ ἀκίνητον, καὶ ἕν ὅμοιον « ἑαυτῷ, καὶ πλῆρες *. » Remarquous ici la qualification de ἕν attachée au ro πᾶν. Or, qu'est-ce que ce ro πᾶν, ce tout infini, immutable, immobile, identique à lui-même et plein, sinon l'être ? L’être est donc un dans la doctrine des éléates. Et ce passage de Diogène de Laërte peut être confirmé par un passage de Platon emprunté au dialogue du Sopliste ou de l’étre. Platon parle de philosophes qui prétendent que « le tout est «un, que l'unité seule existe, que ce quon
1 Diog. L., 1 IX, ὧι Melise.
22 ÊCOLE DE MÉGARE.
« appelle étre et ce qu'on appelle unité est une « même chose exprimée par deux noms. » Et bien que le nom des éléates ne se trouve point accolé à ce passage dans le texte du Sophiste, uéanmoins 11 n'est pas douteux que c'est bien des éléates que Platon veut parler, attendu que dans l’une des pages qui précèdent immédiatement cet endroit du texte, Platon vient de mettre dans la bouche de l’Étranger d’Élée, l’interlocuteur de Théétète, les paroles suivantes : « Notre « école d'Élée, à partir de Xénophane, ramène « dans ses fables ce qu’on appelle le tout, τὸ πᾶν, « à une substance unique. »
Voila pour la question ontologique. D'autre part, et sur le terrain de la morale, des solutions non moins diverses avaient été apportées, jusqu’à l'époque du mégarisme, à la question du bien moral, de la vertu. Et, pour mentionner spécialement ici celle qu'il nous importe surtout de connaître, comme pouvant mieux qu'aucune autre répandre quelque lumière sur le côté moral de la philosophie d'Euclide, nous signalerons les deux grandes doctrines, l’une de la pluralité, l'autre de l'unité, appliquées ici à la vertu, comme nous venons de 165 rencontrer appliquées à l’érre, celle-là se personnifiant surtout dans Protagoras, celle-ci dans Socrate. Protagoras prétendait (et nous retrouvons la trace de cette opinion du so-
EUCLIDF, 23 phiste dans le dialogue de Platon qui porte son nom) que c’est de l’ensemble des vertus particulières que résulte la vertu. Socrate, au contraire‘, entrepend de prouver l'unité réelle de la vertu, malgré la diversité de ses manifestations, comme, par exemple, dans la science, la justice, la tempérance, la sainteté. Or, l’on saisit aisément, ce nous semble, l’opposition mutuelle de ces deux doctrines. Dans cette dernière, le bien en soi, le devoir, considéré absolument, préexiste aux diverses espèces de vertus, et c’est de lui que celles-ci empruntent leur existence et leur caractère; tandis que, dans l’autre, la vertu n’est en quelque sorte qu'une dénomination générique, une appellation commune de la justice, de la science, de la sainteté, et n’a plus ainsi qu'une unité purement nominale. Gette différence est immense, et, sans aucun doute, la vérité est ici du côté de Socrate contre le philosophe d'Abdère; car il n’est pas vrai de dire, comme le fait Protagoras, que la sagesse, la tempérance, le courage, la justice et la sainteté, ne sont pas les noms d'une même chose, et que chacun d’eux est imposé à une chose particulière; il faut dire, au contraire, avec le maître de Platon, que « la Justice est sainte, que la sainteté est
1 Vs” le Protagoras de Platon.
« juste , que la justice est la même chose que la « sainteté ou ce qui lui ressemble le plus, et que « rien n’approche de la justice plus que la sain- « teté, ou de la sainteté plus que la justice. »
Telles étaient, d’une part, sur la question de l’étre, d’autre part, sur la question du bien moral ou de la vertu, les principales dissidences à l’époque où apparut le mégarisme. Que fit cette école, ou plutôt le chef de cette école ? Il écarta, sur le premier point, l'opinion des abdéritains et l'opiion des pythagoricens, qui devait, en ce même temps, être adoptée par Platon, pour s'attacher à la doctrine de l’éléatisme, à savoir que « l'unt- « vers est un, que l’unité seule existe, qu'ainsi « ce qu’on appelle étre, c'est ce qu’on appelle « unité, en se servant ainsi de deux noms pour « exprimer la même chose. » Sur le second point, il écarta l’opinion de Protagoras, favorable à la pluralité, pour adopter celle de Socrate, laquelle consacrait l'unité fondamentale de la vertu sous la variété de ses manifestations. Les textes que nous allons citer ne peuvent laisser de doute sur aucun des deux points dont il s’agit.
Voici d'abord un texte de Diogène de Laërte qui s'applique directement à Euclide :
dote νοῦν, καὶ τὰ λοιπά. Τὰ δ᾽ ἀντικείμενα τῷ ἀγαθῷ
ἀνήρει, μὴ εἶναι φάσκων'. Euclide posait le bien comme étant un, et l'appelait de noms divers : tantôt Sagesse, tantôt Dieu, d’autres fois Esprit, et autres dénominations analogues. Le contraire du bien, il lui refusait l'existence, en le qualifiant de non-être. »
Nous rencontrons chez le même Diogène’, dans la biographie d’Ariston, un autre texte qui, bien que concernant les mégariques en général, n’en doit pas moins être considéré comme confirmatif de celui-là. Il est ainsi conçu : « ἀρετάς τε οὔτε πολλὰς εἰσήγεν, ὡς ὁ Ζήνων, οὔτε μίαν πολλοῖς ὀνόμασι καλουμένην, ὡς οἱ Μεγαρικοί. Ariston re reconnaît ri plusieurs vertus, comme Zénon, πὶ une seule appelée de divers noms, comme les Mégariques. »
Un troisième texte peut être emprunté à Cicéron, qui diten ses Académiques * : « Megarici, qui id bonum solum esse dicebant , quod esset unum, et simile, et semper. Les mégariques, qui donnaient le nom de bien à cela seul qui était un, ct identique, et durable. »
Enfin, aux textes précités, on peut en joindre un d’Aristote qui s'applique bien évidemment aux mégariques et à Euclide, bien qu'ils n’y
1 Diog. L., 1. IT, in Euclid.