‹ Mélanges philosophiquesChapitre 54 sur 88 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

ALEXINUS.

Alexinus avait pour patrie Élis*, ville du Péloponèse, Ηλεῖος ἀνήρ, Suivant l'expression de Diogène de Laërte. Il fut, toujours au rapport du même historien*, l’un des disciples et des successeurs d’Eubulide, μεταξὺ δὲ ἄλλων ὄντων τῆς Ἐὐδουλίδου διαδοχῆς Αλεξῖνος ἐγένετο, et il paraît avoir puisé à cette école une ardeur immodérée de l’éristique, qui, d'après les témoignages réunis de Diogène de Laërte” et d’Hésychius", lui valut le surnom de Ἐλεγξῖνος, jeu de mot qu'il est impossible de faire passer dans notre langue, et la qualification de φιλονεικότατος. Cicéron, en ses Questions académiques", le mentionne avec

1 Élis, et non Élée, comme on l’a écrit quelquefois. — Hésychius applique aussi à Alexinus l’épithète de Ἡλεῖος, et Vossius ( de Historiis græcis, |. T, c. 8) l'appelle Ælexinus Eliensis.

3 L. IT, in Euclid.

8. Voici le texte de Diogène de Laërte, 1. IT, in Euclid. : Ἀλεξῖνος, ἀνὴρ φιλονειχότατος, διὸ χαὶ Ἐλεγξῖνος ἐπεχλήθη.-

* Voici le texte d’'Hésychius : ἀλεξῖνος ὁ Ἡλεῖος, διὰ τὸ φιλονειχότατος εἶναι, ἐλεγξῖνος ἐπεχλήθη.

s LIT.

Stilpou et Diodore parmi les philosophes éristiques : « Âtque habebam molestos vobis, sed « minutos, Stilponem, Diodorum, atque Alexi- « num, quorum sunt contorta et aculeata quæ- « dam sophismata. Sic enim appellantur {allaces « conclusiunculæ.» Aristoclès, dans Eusèbe, le qualifie d’éristique, ἀλεξίνου τοῦ ἐριστιχοῦ.

De même qu'Eubulide fut contemporain et ennemi d’Aristote, de même nous rencontrons dans Alexinus un contemporain et un adversaire de Zénon le stoïcien. Vossius* l’atteste en ces termes : « Alexinus Eliensis infestus erat Ze- « noni. » Diogène de Laërte”* dit non moins positivement qu'Alexinus écrivit contre le chef du Portique, γέγραφε δὲ πρὸς Ζήνωνα. De cette polémique contre Zénon il n’est resté qu’un argument rapporté par Sextus de Mytilène, en son traité πρὸς τοὺς μαθηματίκους". « Alexinus, » dit Sextus, « attaque Zénon en ces termes : Être poëte « et grammairien vaut mieux que n'être ni l’un « πὶ l'autre; et cultiver les autres arts vaut

1 Preæpar. evare., XV, 2.

? De historis Græcis, 1. I, c. 8.

3 L. IT in Euclid.

ὁ Ado. phys., IX. ἀλλ᾽ ὅγε Αλεξῖνος τῷ Ζήνωνε παρέθαλε τρόπῳ τῷδε" τὸ ποιητιχὸν τοῦ μὴ ποιητικοῦ χαὶ τὸ γραμματιχὸν τοῦ μὴ γραμματικοῦ χρεῖττόν ἐστι, καὶ τὸ κατὰ τὰς ἄλλας τέχνας θεωρούμενον χρεῖττόν ἐστι τοῦ μὴ τοιούτον " οὐδὲ ἐν δὲ χόσμον χρεῖττόν ἐστι" ποιητιχὸν ἀρὰ καὶ γραμματιχόν ἐστιν ὃ κόσμος.

ALEXINUS. 99

« mieuxr que ne les cultiver pas. Or, rien « n'est supérieur au monde, donc, il faut que « le monde (κόσμος) soit poëte et grammairien. » A travers l'obscurité de cet argument, il est possible de conjecturer qu'Alexinus s’en servait pour pousser Zénon à une conséquence absurde, consistant à attribuer au monde (χύσμος) la pratique des arts, telle que, par exemple, la poésie, en vertu de ce principe posé par le chef du stoïcisme, que le monde est doué d'une vie parfaite. Cet argument", ou, si l’on veut, ce sophisme, est tout ce qui nous reste d’Alexinus. Diogène de Laërte rapporte * qu’indépendamment de sa polémique contre Zénon, Alexinus avait composé d’autres écrits, et notamment contre l'historien Éphore, γέγραφε δὲ οὐ μόνον πρὸς Ζήνωνα, ἀλλὰ καὶ ἄλλα βιόλία, καὶ πρὸς ἔφορον

1 On rencontre dans Cicéron (de Natura Deorum, II, 9) le développement de ce même argument : « Zeno ita con- « cludit: Quod ratione utitur melius est quam id quod ra- « fione non utitur. Nihil autem mundo melius. Ratione « igitur mundus utitur. Hoc si placet, jam effcies ut « mundus optime librum legere videatur. Zenonis enim vestigiis hoc modo rationem poteris concludere : Quod « litteratum est, id est melius quam quod non est lüttera- « tum. Nihil autem mundo melius. Litteratus est igütur « mundus. Isio modo etiam disertus , et quidem mathema- « ticus, musicus,omni denique doctrina eruditus, postremo « philosophus erit mundus. »

51,11, ἐπ Euclid.

τὸν ἱστοριογράφον. Vossius ‘ rend le inême témoignage en ces termes : « Neque ad Zenonem 50- « lummodo, sed etiam ad Ephorum historicum « libros misit. » 1] paraît même, à l'exemple de son maître Eubulide, avoir écrit contre Aristote, si l’on en croit le témoignage du péripatéticien Aristoclès dans Eusèbe *. Hermippus, dans Diogène de Laërte’, rapporte qu'il vint d’Élis à Olympie pour y établir une école de philosophie, et que, ses disciples lui ayant demandé pourquoi il s’arrêtait en ce lieu, il répondit qu'il voulait y fonder une école qui serait nommée Olympique. Mais ses disciples désertérent cette école, à cause de la disette qui régnait dans cet endroit et de l’insalubrité de l'air qui altérait leur santé. Alexinus continua pourtant d'y demeurer avec un serviteur. Un jour qu'il se baignait dans le fleuve Alphée, une pointe de roseau lui fit une grave blessure dont il mourut ‘.

Disciple et successeur d’Eubulide, d’après le

1 De Historüs græcis, 1. 1, ς. 8.

ἢ Καταγέλαστα δ᾽ εἰκότως εἶναι φαιή τις ἂν χαὶ τὰ ἀπομνημο-νεύματα τὰ ἀλεξένου τοῦ ἐριστικοῦ. Ποιεῖ γὰρ ἀλέξανδρον παῖδα διαλεγόμενον τῷ πατρὶ Φιλίππῳ, καὶ διαπτύοντα μὲν τοὺς τοῦ Ἀριστοτέλους λόγους, ἀποδεχόμενον δὲ Νικαγόραν τὸν Ἑρμῆν ἐπιχληθέντα (Præp. evang., XV, 2).

81, ΠῚ, ἐπ Euchd.

" Diog. L., tbid.

ALEXINUS. 101 . témoignage de Diogène de Laërte, déja invoqué plus haut, τῆς Ευθδουλίδου διαδοχῆς ἀλεξῖνος ‘9 adversaire et par conséquent contemporain de Zénon, ainsi qu'il résulte de cet autre texte du même historien”, γέγραφε πρὸς Ζήνωνα, Alexinus dut fleurir vers l’an 300 de l’ére chrétienne; et son nom est un de ceux qui viennent clore la liste des philosophes mégariques, que nous avons vue ouverte par Euclide.

1 L. IT, in Euctid.

2 Ibid.

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