‹ Mélanges philosophiquesChapitre 8 sur 88 · L. IL · texte numérisé non relu

L. IL

ANAXIMANDRE. 69 mène et d'Héraclite, admettent un principe unique, lequel, par l'action d’une puissance qui lui est inhérente, s’est transformé en tout ce qui existe. Non, tel n'est pas le système d’Anaximandre. Ce qu’il appelle l'infini, ἄπειρον, n'est autre chose, au rapport d’Aristote ‘, qu'une sorte de chaos primitif, en d’autres termes, un mélange (μίγμα) d’un nombre indéterminé de principes élémentaires. Eh bien ! en vertu d’un mouvement nécessaire, il s’est opéré entre Îles principes élémentaires, dont l’ensemble ou plutôt la confusion constituait le chaos primitif, un dégagement qui a eu pour résultat la séparation mutuelle d'éléments de nature similaire. Plusieurs passages de Simplicius peuvent être invoqués pour établir incontestablement le point dont il s’agit. « Ce n’est point, dit Simplicius *, par la trans- « formation d’un premier principe qu’Anaxi- « mandre explique la génération des choses, « mais bien par la séparation des contraires, « grâce au mouvement éternel. Οὐτος δὲ οὐχ

: Métaph., L. ΧΗ, C. 2.

ὁ Phys., fol. 6, b.

LR ’ - , 1 , “- 7?

Et ailleurs ‘ : « Théophraste estime qu'en ce

point il y a conformité entre l'opinion d’Anaximandre et celle d’Anaxagore; car ce philosophe dit qu'un dégagement s'étant opéré au sein de l'infini, les éléments de même nature se portèrent les uns vers les autres, et qu'ainsi, par l’agglomération de parcelles similaires, se constituèrent l’or, et la terre, et toutes les autres choses: ce qui ne veut pas dire qu’elles arrivèrent à l’existence, puisqu'elles existaient déjà dans leurs éléments. Καὶ ταύτά φησιν ὁ Θεοφράστος παραπλησίως τῷ ᾿Αναξιμάνδρῳ λέγειν τὸν Ἀναξαγόραν" ἐκεῖνος γάρ φησιν ἐν τῇ διαχρίσει τοῦ ἄπειρου τὰ συγγένη φέρεσθαι. πρὸς ἄλληλα, χαὶ ὅτι ἐν τῷ πάντι χρύσος ἦν γενέσθαι χρύσον, ὅτι ὃς γῆ γῆν, ὁμοιως δὲ καὶ τῶν ἄλλων εχάστον, ὡς οὐ γινομένων, ἄλλ᾽ ὑπαρχόντων

[résulte évidemment de ces différentstextes

qu'Anaximandre suppose au sein de l'infini,

| Phys., fol. 6, ἢ.

* À ces deux textes de Simplicius, on peut joindre encore

ANAXIMANDRE. 71 un mouvement nécessaire qui eut pour effet de dégager les uns d'avec les autres les éléments de nature différente et de déterminer l’agrégation des principes similaires. C'est ainsi que s'opéra l’arrangement et l’organisation des diverses parties de la nature matérielle. Les astres, le ciel, la terre, ce nombre infini de mondes qui peuplent l’immensité de l’espace, tout résulta de ce travail de dégagement déterminé au sein du chaos primitif par la vertu d'un mouvement dont l'origine et la fin se perdent également dans l'éternité. Eusèbe, qui en sa Préparation évangélique, avait recueilli la tradition de la doctrine d’Anaximandre, nous décrit ainsi les phases successives de ce développement cosmique. « Anaxi- « mandre (dit-il), pose l'infini comme principe « des choses et comme contenant en soi la « cause de toute génération et de toute des- « truction. C’est du sein de l'infini qu'il prétend « que se dégagent les astres, les cieux et tous

ce passage de Saint-Augustin : Non enim ex und re, sicut Thales, sed ex suis propriis principiis quasque res nasci putavit, (De Civit. D. VII, 3.)

« les mondes qui remplissent l’immensité. La « génération et la destruction sont attribuées « par lui à un mouvement circulaire et in- « hérent à l’infinité des choses. Il dit que la « terre est de forme cylindrique, et que sa pro- « fondeur est le tiers de sa largeur. Il ajoute « qu’un dégagement s’opéra, lors de la forma- « tion de ce monde, entre les principes éternels « du chaud et du froid, et qu’une sorte de « sphère ignée se répandit autour de l’air qui « enveloppe la terre, comme l'écorce autour de « l'arbre. Qu'ensuite cette sphère s'étant rom- « pue sur plusieurs points, et s'étant brisée en « plusieurs fragments circulaires, il en résulta « le soleil, la lune et les astres. Il dit encore que « dans l'origine, l’homme naquit d'animaux « d’une forme différente de la sienne. Ce qui « avait fait naître en lui cette opinion, c’est « qu’il avait remarqué que les autres animaux « ne tardent pas à pourvoir eux-mêmes à leur « subsistance, au lieu que l’homme a, pendant «bien long -temps, besoin d'être nourri; « qu'ainsi dans l’origine il n'avait pu vivre « sous la forme qui est aujourd'hui la sieñne.

« Telle est la doctrine d’Anaximandre ‘. »

Un passage de Plutarque * sur la formation des premiers animaux, peut venir compléter la description retracée par Eusèbe. Les pre-

Ἢ Θαλῆτα πρῶτον πάντὠών φασιν ἀρχὴν τῶν ὅλων ὑποστήσασθαι τὸ ὕδωρ. ᾿εξ αὐτου γὰρ εἶναι τὰ πάντα, χαι ἐις αὐτὸ χωρειν. μὲϑ᾽ ὅν Αναξιμανδρον θάλητος ἑταῖρον γενόμενον, τὸ ἄπειρον φαναι τὴν πᾶσαν αἰτίαν ἔχειν τῶν τὸν παντός γενέσεως τε καὶ φρθορᾶς. ἐξ οὗ δή φησι τούς τε οὐράνους ἀποχεκρίσθαι καὶ καθόλου τούς ἅπαντας ἀπείρους ὄντας κόσμους. Arepnvaro δὲ τὴν φθοραν γίνεσθαι, καί πολύ πρότεβὸν τὴν γένεσιν, ἐξ ἀπείρον αἰώνος ανακυχλουμένων ἀπάντων αὐτῶν" ὑπάρχειν δέ φησι τῷ μέν χήματι τὴν γῆν κυλινδροειδῆ, ἔχειν δὲ τοσοῦτον ύαθος ὅσον ἄν sin τρίτον πρὸς τὸ πλάτος. φησί ds τὸ ἐκ τῦυ αἰδίον γόνιμον θερμούτε και ψυχροὺ, κατὰ τὴν γένεσιν τοῦδε τοῦ χόσμου ἀποχριθῆναι, καὶ τινα ἐκ τούτου φλόγος σφαιῥαν περιφνῆναι τῷ περὶ τὴν γῆν ἄερι, ως τῷ δένδρῳ φλοίον. ἧς τινος ἀπορραγείσης, καὶ εἰς τινας ἀποχλασθείσης κύχλους, ὑποστηναᾶι τὸν ἥλιον, xœi τὴν σελήνην, καὲ τοὺς ἀστερας" Ἔτι φησὶν ὅτι κατ ἀρχάς ἐξ ἀλλοείδων ζώων ὁ ἀνθρώπος ἐγεννήθη" ἐκ τὸν τὰ μὲν ἄλλα δί ἑαύτων τάχν νέμεσθαι, μόνον δὲ τὸν ἄνθρωπον πολυχρονίον δεῖσθαι τιθηνησέοις. διὸ χαὶ κατ ἀρχάς οὐχ ἄν ποτε τοιούτον ὄντα διαξζωθηναι. Ταῦτα μὲν οὖν ὁ ἀναξίμανδρας. (Eusèbe,

Præp. evang. L. I, 6, 8.) + Plut, De placit., 5, 19.

miers animaux, dit Anaximandre, prirent « naissance dans l’élément humide ; ils étaient « recouverts d’une sorte d’écorce épineuse.

« Avec le temps, ils s’élevèrent vers une région « plus sèche et leur écorce se brisa ; mais ils « ne vécurent que peu de temps. Αναξίμανδρος « ἐν ὑγρῶ γεννηθῆναι τὰ πρῶτα Lou, φλοιδις περιεχόμενα « ἀχανθώδεσι'" προδαινούσης δὲ τῆς ἡλικῖας ἀποδαίνειν ἐπὶ « τὸ ξηρότερον καὶ περιρηγνυμένον τοῦ φλοῖου ἐπ ὄλιγον « χρόνον μεταδίωναι. » Maintenant, parmi ces premiers animaux, l’homme avait-il sa place; et s’il l'avait, était-ce sous sa forme actuelle ? Le passage d'Eusèbe, précédemment cité, résout la question négativement ; et ce passage trouve sa confirmation dans un texte d’'Origène, où il est dit qu’Anaximandre jugeait que les hommes avaient existé d’abord sous la forme de poissons, et qu'ils n'avaient habité la terre que lorsqu'ils étaient devenus en état de se pourvoir à eux-mêmes. « Ἐν eyôver ἐγγενέσθαι « πρῶτον ἀνϑ)ιρώπους ἀποφαίνεται {Ἀναξιμανδρος Ἰ. Καὶ

! Orig., L. I.

Telles furent les tentatives d’Anaximandre pour expliquer l’origine et la formation des choses. Assurément son point de départ n’est pas celui de Thalès ; mais dans les développements de sa doctrine cosmogonique, se rencontrent quelques réminiscences du système de son devancier. Chez Anaximandre, comme chez Thalès, c’est dans le principe humide que prennent naissance les premiers animaux, ἐν ὑγρῷ γεννηθῆναι τὰ πρῶτα ξῶα ". Une conséquence directe de cette doctrine, c’est que, parmi ces premiers animaux, l’homme n’étaitpas encore.

Aussi, Anaximandrele considère-t-il, au moins sous sa forme actuelle, comme un produit ultérieur, distinguant ainsi dans l’organisation de la nature, des phases successives dont chacune amenait avec elle un nouveau progrès. Anticipant à une distance de plus de deux mille ans sur les conjectures de la science moderne, le philosophe de Milet avait aussi, dans ce mystérieux passé où se perd l’origine des choses, entrevu une succession d’époques

: Plut, De placit., 5, 19.

qui, à travers une série de formations de plus en plus progressives, aboutissaient à celle de l’homme, le maître et le roi de cette terre.

Quant aux raisons auxquelles Anaximandre attribuait cette ultériorité. comme elles sont relatées tout à la fois par Eusèbe et par Origène, il faut bien croire qu’elles ont été réellement apportées par Anaximandre. Toutefois, il est peut-être permis aussi de supposer que l'ami de Thalès, Θαλήτος κοινήτης, comme dit Eusèbe, préparé par la doctrine de son maître à considérer la terre comme ayant été primitivement une masse fangeuse, un mélange d'éléments froids, humides et aqueux, n’a regardé l’apparition de l’homme, sous sa forme actuelle, comme possible qu'après que l’action solaire eut desséché cet immense marais, et que d’autres causes encore, réunies à celle-là, eurent fait de la terre un séjour où l’homme pût habiter, vivre et se nourrir.

De même que, dans la formation des choses, certaines époques ont précédé l'apparition de l’homme et la constitution de la masse terrestre telle qu’elle est aujourd’hui, de même aussi

ANAXIMANDRE. 77 d’autres époques cosmogoniques suivront, qui amèneront avec elles de nouveaux caractères, de nouvelles combinaisons, et probablement d’autres races d'êtres vivants, ou tout au moins de nouvelles transformations chez celles qui existent. Anaximandre conçoit, en effet, que l’action continue du mouvement éternel doive amener dans l'univers une série indefinie de modifications, lesquelles toutefois n’altérent pas la nature primitive du tout, mais varient seulement la combinaison des parties dont ce tout se compose, τά μεν μέρη μεταθάλλειν, τό δε πᾶν ἄμεταθλητόν εἶναι ". En vertu de cet éternel mouvement, il s'opère, au sein des élements qui constituent l’infinité des choses, un incessant travail de génération et de destruction, d’où résultent sans cesse de nouvelles transformations de cet univers. C’est ce qu’établit le passage suivant de Simplicius * : «Ceux « qui, comme Anaximandre, ont supposé un « nombre infini de mondes, ont conjecturé

" ! Diog. Laert.

3 Phys,, fol. 257, Ὁ.

« en même temps pour ces mondes une al- « ternative éternelle de formation et de dis- « solution. Οἱ μὲν γὰρ ἀπειρούς τῷ πλῆθει τοὺς χόσ- € μους ὑποθέμενοι, ὡς οἱ περὶ ᾿Αναξίμανδρον, γινομένους « αὕτους καὲ φθειρομένονς ὕπεθηντο ἐπ᾿ ἄπειρον, »

Une sorte de fatalité semble, dans le système d'Anaximandre, présider au mouvement éternel qui agite la masse infinie ; et aux modifications successives. résultat de cemouvement. Nous ne trouvons chez Anaximandre ni l'action. de ce τωῶς moteur et ordonnateur, de ce Dieu distinct de la matière, et supérieur à elle, que devait un jour concevoir Anaxagore, ni même la présence de cette ame du monde, que Thalès avait envisagée comme diffuse dans toutes les parties de l'univers, et mêlée à l’ensemble des choses matérielles, τῷ ὅλῳ ψύχην μιγῆναι. Aussi, à la différence de la doctrine d’Anaxagore, qui est fondée sur le théisme:; à la différence de la doctrine de Thalès, qui repose sur le panthéisme ; la cosmogonie d’Anaximandre porte tous les caractères de l’athéisme, ou si l’on voulait y voir du pan-

théisme, il faudrait bien reconnaître qu'il ne

ANAXIMANDRE. 79 peut s’agir ici que d'un panthéisme tout matérialiste, et entièrement opposé à celui de Thalès, où se rencontrent des signes de spiritualisme; en d’autres termes, et pour nous servir ici d’une comparaison qui nous paraît propre à jeter quelque jour sur notre pensée, nous serions tentés de voir entre la doctrine de Thalès et celle d’Anaximandre, une difiérence assez analogue à celle qui existe entre le panthéisme de Spinoza et le naturalisme de Lamettrie. Anaximandre n’admet pas, comme Thalès, une ame répandue au sein du tout, τῷ ὁλῷ ψύχην μιγῆναι. Un passage d'Eusèbe, emprunté à Plutarque, en offre la preuve évidente. Plutarque et Eusèbe, entre autres reproches qu'ils adressent à Anaximandre, le blâment de n’avoir point admis un être dont la puissance puisse suppléer au défaut d'activité de la matière : « Car, disent ces deux écri- « vains, Anaximandre supprime toute cause « efficiente. En effet, l'infini n'est, après tout, « que la matière : or, la matière ne peut rien « produire, si l’on n’admet pas en mêmetemps « un être qui soit cause agissante. Apapruve

€ οὖν τὴν μέν ὕλην ἀποφαινόμενος, το de ποιοῦν αἴτιον € ἄναιρων. To γὰρ ἄπειρον οὐδέν ἄλλο ἡ ὕλη ἔστιν. OÙ ὃν- « νάται δε ἡ ὕλη εἶναι ἑνεργεία, ἐὰν μὴ To ποιοῦν ὑποθηταε'. Indépendamment du témoignage de Plutarque et d’Eusèbe, celui d’Aristote nous apprend également qu’en dehors de l'äxepov, Anaxi- . mandre n’admet rien de divin. L'ärspoy possède le caractère de divinité implicitement à ceux d’immortalité et d’incorruptibilité : Kai τοῦτὸ εἶναι τὸ θεῖον, ἀθανατὸν yup καὶ ἀνόλεθρον, ὥσπερ φήσιν ὁ ᾿Αναξίμανδρος *. Essaierait-on de soutenir que par 1᾿ ἄπειρον Anaximandre entend tout à la fois la matière et l’esprit, le monde et l’ame du monde, et qu'il le fait ainsi équivaloir au ψύχην τὼ ὀλῶ μιγῆναι de Thalès? Mais d’abord aucun passage, soit de Diogène, soit d’Aristote, soit de Simplicius, soitde Cicéron, nejustifierait une semblable conjecture ; et, d’autre part, cette même conjecture serait péremptoirement démentie par l'autorité de Plutarque et d'Eu-

‘Eusèbe, Præp. evang., L. XIV, C, 14, De philosophorum sententiis; ex Plutarchi libro quem de philosophorum decretis ad res physicas pertinentibus conscripsit,

* Phys. L. IN, C. 4.

ANAXIMANDRE. 81 sèbe, qui tous deux accusent Anaximandre de n'avoir admis à côté de l'infini matériel aucun être doué de puissance active, et d’avoir ainsi supprimé la cause efficiente, ἀμκρέανοι ἀναιρων τὸ ποιοῦν αἴτιον, La cosmogonie d'Anaximandre est donc bien évidemment matérialiste.

À l'exemple de Thalès, Anaximandre s’occupa d'astronomie. C'est ce qui est attesté par plusieurs témoignages, et entre autres par celui d’Eusèbe, qui dit en sa Préparation évangélique * : «Thalès de Milet fut le premier d’en- « tre les Grecs qui s’occupa de philosophie « naturelle, du cours et des éclipses de soleil, « des phases de la lune, ainsi que de l'équi- « noxe. Aussi devint-il très célèbre par toute « la Grèce. Thalès eut pour disciple Anaxi- « mandre, fils de Praxias, Milésien comme « son maître. Anaximandre fut le premier qui « construisit des gnomons, instruments pro- « pres à apprécier le cours du soleil, ainsi que « la succession des années, des saisons et des

« équinoxes. Θαλῆς ὁ Μιλήσιος, φυσικός πρῶτος E λλήνων

« γεγώνως, περι τρόπων ἡλίου χαὲ ἐχλειψέως, καὶ φωτίσμων € σελήνης, χαὲ ἰσημὴρίας διειλέχθη. Ἐγένετο δ᾽ ὁ ἄνηρ a ἐπισημότατος εν τοῖς Ἑλλήσι. Θαλοῦ δὲ ἄκουστης « ᾿Αναξίμανδρος, πραξιάδου μὲν παὶς, γενος δὲ χαὶ αὗτος «a. Ἡδιλήσιος .-Οὕτος πρῶτος γνώμονας χατεςχευασι πρὸς διαγ- « νωσιν τρόπων τὲ ἠλίου, καὶ χρόνων, χαὲ ὡρῶν, καὶ ἰσημερίας. s Letémoignage d'Eusèbe, ence point, est confirmé par celui de Diogène de Laërte, qui, se fondant sur le récit de Favorinus, dit qu’Anaximandre inventa le style des cadrans solaires , et le mit sur ceux de Lacédémone ; qu'il fit aussi des instruments pour marquer les solstices et les équinoxes; qu’il décrivit le premier le périmètre de la terre et de la mer, et construisit la sphère. « Εὑρε δὲ χαὶ γνώμονα « πρώτος, καὶ ἐστῆσεν ἐπὲ τών σχιοθηρων ἐν Λαχεδαίμονι, a κατά φησι Φαδωρῖνος ἐν παντοδαπῆῇ ἱςτορίᾳ, τροπάς τε χαὶ « ἱςημερίας σημαίνοντα. χαὲ ὠροσχόπια κχατεσχεύοισε" « καὶ γῆς χαὲ θαλασσης περιμέτρον πρωτος ἔγραψεν" ἄλλὰ « καὶ σφαῖραν κατεσχενασε. D Le soleil lui paraît une masse composée du feu le plus pur, καθαρότατον πῦρ !, et qui égale en volume celle de laterre,

‘ Diog. L.

AN&XIMANDRE. 83 οὐκ ἐλάττωνα τῆς γῆς. Quant à la lune, Anaximandre la -regarde comme n'étant pas lumineuse par elle-même, τὴν τε σελήνην ψενδοφκῇ ‘, et comme empruntant sa lumiére du soleil, ἀπὸ ἡλίον φωτιξεσθαι. Enfin il envisage la terre comme un corps de figure régulière, cylindrique*, suivant Eusèbe , ainsi qu'il résulte d’un passage de la Préparation à l'Évangile, cité plus haut; sphérique, au contraire, suivant Diogène de Laërte, σφαιροειδῆ. La terre paraît être à Anaximandre le point central de l’univers, μέσην τὴν γῆν κεῖςθαι, χέντρον ταξιν ἐπέχονσαν, οὖσαν σφαιροειδὴ 5, opinion parfaitement conforme autémoignage dessens, mais démentie par la raison, et qui servit de base à la plupart des systèmes astronomiques de l’antiquité, si on en excepte peut-être celui des Pythagoriciens. Onattribueencore à Anaximandre la découverte de l’obliquité de l’écliptique, ainsi qu’il résulte de ces mots de Pline :

! Diog. L. |

s On sait que telle fut aussi l'opinion de Xénophane. Peutêtre, au reste, Eusèbe at-il pris ici l'opinion de Xénophane poar celle d'Anaximandre.

3 Diog. L.

δὴ ANAXIMANDRE.

« Obliquitatem rodiaci intellexisse, hoc estrerum « fontem aperuisse, Anavèmandrus Milesiustra- «. ditur primus, olympiade quinquagesimä octa- « vd. » Toutefois, la forme un peu dubitative dont l’historien latin revêt sa pensée semble irdiquer moins une certitude qu'une simple probabilité en ce qui concerne Îa réalité de cette découverte astronomique d’Anaximandre. Enfin on attribue à Anaximandre les premières cartes géographiques. Mais, ainsi que l’a fait observer Bailly ‘, il s'agirait de savoir si c'est réellement une invention qui appartient à Anaximandre, ou s’il eut connaissance des cartes égyptiennes, bien antérieures à lui, puisqu'elles furent dressées sous Sésostris *, c'est-à-dire, suivant les calculs de Fréret ὅ,

* Hist. de l’Astron. anc.

+ Ce fait, dit Bailly, nous est fourni par Apollonius de Rhodes, en son poème des Argonautes (ch. IV, v. 272) où il dit que la diversité des chemins, les limites de la terre et de la mer avaient été marquées sur des colonnes de la ville d'Œa, en Colchide, par un conquérant égyptien. Or, ce conquérant égyptien, c'est évidemment Sésostris, qui, dans sa grande expédition, avait en effet soumis la Colchide.

3 Défens. de la chronol., p. 242-248.

ANAXIMANDRE. δῦ vers l’an 4570 avant notre ère. Quant à ce que Pline ‘raconte du tremblement de terre prédit par Anaximandre, et qui renversa Lacédémone, nous croyons, avec Bailly, que cette prédiction doit être mise au rang des fables populaires; car, ainsi que le dit le savant astronome, indépendamment de ce qu’une pareille prédiction est difficile, si elle n’est pas impossible, ce désastre arriva la quatrième année de la soixante-dix-septième olympiade, c'est-à-dire à une époque où Anaximandre n'aurait pas eu moins de cent quarante-un ans.

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