Préface des Esquisses, part. IV
2. Nouveaux mélanges. Mémoire sur la distinction de la Psychologie
de la Physiologie.
mais c’est la question fondamentale, celle du scepticisme. Toutes les fois qu’un homme adhère à une proposition, si l’on remonte au principe de sa conviction, on trouve toujours qu’elle repose sur le témoignage d’une ou plusieurs de ses facultés : autorité qui vient se résoudre elle-même dans celle de l'intelligence, et qui serait tout à fait nulle, si l’intelligence n'était pas constituée de manière à réfléchir les choses telles qu’elles sont. Mais qui nous démontre que telle est la constitution de l'intelligence ἢ « Non-seulement, dit Jouffroy ‘, nous n’avons pas cette démonstration, mais il est impossible que nous l'ayons. En effet, nous ne pouvons rien démontrer qu'avec notre intelligence, or notre intelligence ne peut être reçue à démontrer la véracité de notre intelligence ; car, pour croire à la démonstration, il faudrait admettre en principe ce que la démonstration aurait pour but de prouver, la véracité de notre intelligence : ce qui serait un cercle vicieux. » Que sortirait-il logiquement d’une telle théorie, si l’on en déduisait rigoureusement les conséquences ? Évidemment un scepticisme universel, absolu, irremédiable, à l'atteinte duquel n’échapperaient ni la croyance en Dieu, ni la croyance au monde matériel , ni même la croyance en notre propre existence ; on aboutirait, en un mot, à un véritable nihilisme. Heureusement qu’en fait l'intelligence croit, d’une foi invincible , à sa propre véracité, et ne se laisse point ébranler dans cette croyance par les arguments de la philosophie sceptique. C’est, au reste, ce que confesse Jouffroy lui-même, lorsque, distinguant entre la théorie et la pratique, il reconnaît que l’homme, et le sceptique comme tous les autres, est invinciblement dé-