LA VIE ET LA ÉCRITS DE JAMES BEATTIE
PHILOSOPHE ÉCOSSAIS
Dans la monographie que nous nous sommes proposé de composer, nous aurons beaucoup moins à parler de la vie privée ou publique de Beattie que de ses écrits : car cette vie, si riche en travaux poétiques et philosophiques, n'offre aucun de ces événements, qui peuvent quelquefois contribuer à la célébrité, mais qui contribuent bien rarement au bonheur. Cette existence, si égale et si calme, s'écoula tout entière entre les sérieux devoirs de l’enseinement public et les douces affections de la famille : modeste et heureuse destinée, que le sage seul sait apprécier, et que l’on méconnaiït trop souvent pour lui préférer la vie tourmentée de l’ambitieux.
James Beattie naquit le 25 octobre 1735 à Lawrencekirk en Ecosse, dans le comté de Kincardine. Son père était un simple fermier. Beattie n'était âgé que de sept ans quand il le perdit, et il eut pour tuteur son frère aîné David. Ses premières études furent dirigées par un maitre,
nommé Milne, bon grammairien, mais doué d'assez peu de goût littéraire pour préférer Ovide à Virgile. Α l’âge de neuf ans, James Beattie entra comme élève au collége Mareschal, à Aberdeen, où il obtint la première des bourses fondées dans le but de favoriser l'éducation classique d’enfants appartenant À des familles peu aisées. Il y étudia le grec sous la direction du principal, Thomas Blackewell, auteur de Recherches sur la vie et les écrits d'Homère, de Lettres sur la Mythologie, et de Mémoires sur la cour d'Auguste. Un autre professeur, auquel le jeune Beattie s'attacha particulièrement, fut Alexandre Gérard, auteur du Génie et de l'évidence du Christianisme, sujet traité plus tard en France avec tant d'éclat par Châteaubriand, et de quelques autres ouvrages encore, parmi lesquels on cite des Essais sur le goût et le Génie, et deux volumes de Sermons. À l'inverse de ce qu’on avait remarqué chez Reid, et de ce que, plus tard, on put remarquer chez Dugald-Stewart, Beattie ne fit aucun progrès sérieux dans l'étude des mathématiques : ses goûts le portaient ailleurs. Ce n'est pas qu'il ne satisfit exactement à la tâche que son professeur lui imposait ; mais, cette tâche une fois accom: plie, il retournait avec empressement à ses chères études littéraires et poétiques.
En 1753, après avoir parcouru le cercle entier des études classiques, James Beattie prit le grade de maître-ès-arts, grade correspondant, ou peu s’en faut, à notre baccalauréat-ès-lettres. 1] était alors âgé de dix-huit ans; et, comme ses études étaient finies, il retourna à Lawrencekirk. Mais qu'allait-il faire? et quelle profession pourrait-il embrasser? Un emploi de maître d'école étant venu à vaquer cette
année-là même dans la paroisse de Fordoun, voisine de celle de Lawrencekirk, il le demanda et l'obtint en août 1763. Cette profession d’instituteur, honorable partout, est particulièrement honorée en Ecosse. Aussi n'est-il pas tres-rare de la voir confiée à des hommes ayant fait, comme Beattie, de solides et brillantes études, et qui cependant ne dédaignent pas d'enseigner à de jeunes enfants les principes de la grammaire, les éléments du calcul et les premières notions d'histoire. Dans ces modestes fonctions, au consciencieux accomplissement desquelles il sut, nous ne dirons pas abaisser, mais approprier sa capacité supérieure, James Beattie ne tarda pas à mériter l'attention et l'estime de quelques hommes honorables appartenant aux rangs supérieurs de la société, particulièrement Lord Gardenstown et Lord Monboddo. De ce séjour à Fordoun date la composition de plusieurs pièces de vers, dont nous aurons a parler plus loin, et qu’il fit insérer dans un journal littéraire d'Edimbourg, intitulé : The Scot Magazine. Elles y parurent sous de simples initiales, et quelques-unes avec l'indication du lieu d'où elles étaient écrites, Ces petits poèmes attirèrent d'autant plus vivement l'attention, qu'ils étaient datés d’un village à peine connu sur la carte des Royaumes-Unis.
Les documents qu'il nous est possible de rencontrer dans les biographies de Beattie, publiées, la première par sir William Forbes, laquelle comprend un certain nombre de lettres de ce philosophe, la seconde par un anonyme qui ne se désigne que par deux simples initiales, À, C., mises en tête d’un recueil où sont réunies les œuvres poétiques (the poetical Works) de James Beattie et de Wil-
liam Collins (4), ces documents, dis-je, nous apprennent que Beattie ne resta que quelques années, probablement de 4753 à 1757, à la tête de l’école de Fordoun. L'église d'Ecosse était alors, comme elle l’est encore aujourd’hui, Ja ressource d’un grand nombre de jeunes gens instruits. Beattie songea à s’y faire une position modeste, mais indépendante. À cet effet, il retourna passer tout un hiver au collége Mareschal (Marischal college), où 1] suivit les lecons du docteur Pollock de ce même collége, en même temps qu'il suivait aussi celles de John Lumden, professeur au collége du Roi (King's college), dans cette même ville d'Aberdeen. Mais, au moment où, préparé par l’enseignement de ces savants maîtres, il allait entrer dans les fonctions ecclésiastiques, une chaire vint à vaquer, en 1757, à l’école de grammaire latine instituée à Aberdeen. Cette école, fondation communale, était dirigée par un recteur, ou maître principal, head master, ayant sous ses ordres trois autres maîtres, subordinate masters, le tout sous le patronage des magistrats de la ville, qui nommaient les professeurs, et réglaient leurs choix d'après le résultat d’un sévère examen de la capacité des candidats, fait par une commission de professeurs de l’université d’Aberdeen. Beattie obtint la place vacante. Il rentrait ainsi dans la carrière de l’enseignement, si conforme à ses goûts; il y rentrait, dans une position moins humble que celle qu’il avait occupée à l'école de Fordoun, et qui, à son tour, -devait faire place à des fonctions plus élevées encore.
(1) London, 1893, printed by T. Davison, Whitefriars, 1 vol. in-16.
Ce fut dans la première année de son séjour comme professeur à l’école de grammaire d'Aberdeen que Beattie, sur l'invitation qui lui en fut faite par ses amis, se détermiva à publier en un recueil la plus grande partie des poésies qu’il avait fait autrefois insérer dans le the Scot Magazine; et auxquelles il ajouta plusieurs pièces nouvelles. Une souscription pour la publication de ces pièces fut ouverte en 4760, et elles parurent en 1764 tout à la fois à Londres et à Edimbourg. Ceite édition est devenue très-rare. Elle est la seule publiée par l’auteur, « car (dit M. Suard dans l'article Beattie, qu'il ἃ composé pour la Biographie universelle), quoique, en publiant ce recueil, Beattie eût fait un choix parmi les poésies composées dans sa jeunesse , cependant, lorsque son esprit se fût müri et son talent perfectionné, il rougit de l’imperfection de ses premiersessais, à tel point, que, non content de les re-. trancher dans les éditions suivantes de ses œuvres, il passa sa vie à tâcher d'en effacer le souvenir. Il n’en parla: jamais à son fils, et son fils crut devoir, par égard, ne jamais avouer qu'il les connût. » Le jugement porté par le même biographe sur ces memes poésies est favorable à Beattie, et. montre qu’à l'inverse de ce qui arrive le plus fréquemment, la postérité s'est montrée moins sévère à l'égard de cet écrivain qu'il ne l’a été envers lui-même. « Ce recueil, ajoute en effet M. Suard, annonce un goût sain, de l'esprit, du talent, de la sensibilité, quoique sans une grande chaleur d'imagination. On y trouve des images heureuses tirées du spectacle de la nature, et une dispo-
sition d'esprit philosophique. Ses vers passent pour harmonieux ; ses traductions sont élégantes et fidèles. »
Nous avons sous les yeux, au moment où nous écrivons ces lignes, un petit volume publié à Londres en 1883, sous ce titre Œuvres poétiques de Beattie (4), the poetteal Works of Beattie. Outre les: pièces que. publia. Boattie en 1774, ce recueil contient encore celles qu'il composa et publia depuis. Ces pièces peuvent se distribuer.en deux classes. Dans la première viennent prendre place celles qui ne consistent qu'en une simple traduction, .à ‘savoir : A0 l'ode d'Anacréon, qui .commente jiar œs mMnts: παρά τὴν σκίην, Βαθύλλε — 20 la x° oda.duisecond livre d'Horace: Recdiùs vives, Lieini. +- 3°,La:xim® ade du. troisièms.livre du mème poète : ὁ fons Blandusiæ. — &° Lecommencement du premier chant de Lucrèce, c'est-à-dire l’invocation à Vénus : Æneadum genitrix (v. 4-45).— 5° les dix Egloques ou pastorales de Virgile. — 6° enfin, la Pygmæogerano-Machia, ayans pour:second titre : the battle af the pygmies and cranes, c'est-à-dire la bataille des Pyg- -mées et des rues, iraduite.en 1762 .du latin d'Addison. Dans la seconde partie viennent se ranger un certain nombre de pièces: originales, dont nous allons donner les titres, en y joignant, quand il y aura:lieu, quelques sommaires indications, sauf à revenir plus tard sur plusieurs d’entre elles. Nous mentionnons ici.-cés poésies dans l'ordre que leur assigne l'édition de Londres de 1823, dont noua-parlions tout à l’heure : | |
1° Le Ménestrel (the Minstrel), poème en deux chants ;
2 Ode à lu paix (ode to peace);
(1) Voyez la précédente note.
8° Le triomphe de la mélancolie (the triumph of melancholy ;
&° Üneépitaphe(epitaph), que Beattie avaitcomposée pour être mise sur sa tombe. Elle se compose de quatrs stauces, dont chacune ἃ quatre vers. En voici la première stance : . 4 Les soucis de la. vie mortelle se sont dissipés; mon âme a brisé son enveloppe d'argile ; elle est heurause dans un séjour où l'inquiétude et.le doute ne la troublent plus, et où l'espérance n'est plus trompeuse (4). » |
ὅν Une autro .épitaphe (epitaph), portant la date du 4° movermbre 1757, et qui fut gravée sur la pierre d'un tombeau du cimetière de Lethnet, dans le comté d’Angus. Ce tombeau était celui de deux jeunes gens, du nom de Leitch, qui s'étaient noyés en traversant la rivière appelée Southesk.
6° Une Élégie (Elegy);
7° Un songe (Song), imité du morceau de Sbakspeare : « Blow, blow, thou Winter Wind, ete. » — « Sous, souffle, vent d'hiver. »
& Une petite pièce, intitulée Solitude (Retirement), et portant la date de 1758;
9° Une seconde Élégie (Elegy), portant cetts même date :
40° Ode à l'espérance (Ode to Hope);
44° Une fable iatitulée : Les Lsèvres (1he hares);
42° Une troisième épitaphe (epitaph), pour un monument élevé par un gentleman à la mémoire de sa femme :
(1) Escaped the gloom of mortel life, a soul Here leaves its mouldering tenement of clay, Safe, where no cares their whelming billows roll, No doubts bewilder, and no hopes betray. Ὁ
« Adieu, ma bien-aimée, toi chez qui un esprit céleste se trouvait uni à la vertu, et la force à la douceur... (4). »
13° Une ode sur le jour de naissance de lord H*** {Qde on lord ΗΠ ἢ ς (birth-day) ;
44° Trois stances adressées à la très-honorable lady . Charlotte Gordon (to the right hon. lady Charlotte Gordon);
-15° Une petite pièce de vers intitulée : l’Ermate (the Hermit) ;
16° Une pièce, portant la date de 1765, sur le projet d’un monument à ériger, à l’abbaye de Westminster, à la mémoire d’un défunt auteur (Churchill) (On the report of a monument lo be erected in Westminster abbey io the memory of a late author (Churchill) ;
47° Une pièce intitulée : Le Jugement de Paris (the judment of Paris), publié en 4765;
48° Enfin, une fable écrite en 1757, et publiée pour la première fois en 1766, sous ce titre : Le Loup et les Bergers (the wolf and shepherds).
L'accueil fait à celles d’entre ces poésies que Beattie, ainsi que nous [6 disions plus haut, publia en 4764, fut des plus flatteurs. Les recueils littéraires de l’époque donnèrent des extraits de l’Ode à la paix et du Triomphe de da mélancolie. Beattie fut comparé à Gray, qu’il paraissait ‘avoir surtout choisi pour modèle; enfin, sa réputation s'en accrut tellement, que ses amis s’employèrent à lui faire obtenir des fonctions d'un ordre plus élevé que celles qu'il :
(1) Farewell, my best-beloved, whose havenly mind Genius with virtue, strength with softness join'd.
remplissait en qualité de professeur à l'école de grammaire d'Aberdeen, et, une vacance étant survenue dans cette même ville au collége Mareschal, ils y obtinrent pour lui le titre de professeur de philosophie. Il y avait alors, et il ya encore aujourd'hui à Aberdeen deux colléges : l'un collége du Roi (King's College); l'autre, le collége Mareschal (Marischal college). Ce sont deux fondations différentes, qui ont chacune leurs revenus et leurs priviléges, et qui offrent l’une et l'autre aux étudiants un cours d'études complet. Le collége Mareschal tire son nom de celui de son fondateur en 4593. Le titre de lord Mareschal était héréditaire dans une noble famille d'Écosse, celle des . comtes de Keith. Un membre de cette famille fonda en 1593 à Aberdeen l'établissement qui fut appelé Marischal College, et c'est à cette même famille qu'appartenait ce milord Mareschal dont il est fait mention dans la dernière partie des Confessions de J.-J. Rousseau. Le Collége du Roï était plus ancien que le Collége Mareschal. Reïd, avant de passer à l’université de Glascow comme successeur d'Adam Smith, avait été, de 4751 à 1763, professeur de philosophie morale au King's College d'Aberdeen. ἢ occupait donc encore cette chaire en 1761, à l’époque où Beattie fut nommé au Collège Mareschal, et les deux célébres professeurs de philosophie passèrent ainsi deux ans dans la même ville, mais dans des établissements distincts. Les quatre derniers prédécesseurs de Beattie, dans la chaire de philosophie morale qu’il venait occuper au Collége Mareschal, avaient été, en remontant le cours des ages, William Duncan, son prédécesseur immédiat ; Alexandre Gérard, que nous avons déjà mentionné plus
haut; David Fordyce; enfin Georges Turnbul], qui, professeur en 1721, c'est-à-dire quarante ans avant l’avénement de Beattie à cette même chaire, y avait eu Reïd pour élève, et avait publié sons le titre de Principes de philosophie morale, ou Recherches sur le sage et bon gouvernement du monde moral (Principles of moral philosophy, an inquiry into the wise and gooû gover- ᾿ς mment of the moral world), un ouvrage qui fut longtemps classique dans l’université d'Aberdéen. Dans cette université, ainsi que dans celle de Saint-André, l'usage avait fongtemps prévalu (et, à côté de quelques inconvéniénts, il pouvait avoir aussi plusieurs avantages) que chaque professeur parcourût avec ses élèves le cercle entier des études. Le cours supérieur était de trois années, et avait successivement pour objet les mathématiques, la philosophie naturelle, la logique, la philosophie morale, la métaphysique. Cet ‘usage, qui exigeait de la part des professeurs des connaissances très-variées, ἃ subsisté jusqu'en 4800 au King's College, maïs seulement jusqu'en 4760 au Marischal College : 1] cessait donc ΑὟ exister au moment même où Beattie y prenait place parmi les professeurs. Le titre qu'il y recut fut, ainsi que nous l'avons dit déjà, celui de professeur de philosophie morale. Son enseignement embrassait à la fois la morale et la logique. Sa promotion avait été soudaine, et, en quelque sorte inattendue; mais, ainsi que le fait observer un de ses biographes anglais, il était déjà, en une certaine mesure, préparé à cette nouvelle tâche par ses lectures'et par ses méditations. Telle fut l'application de Beattie aux travaux rendus nécessaires par ses nouvelles fonctions, que, dans
l'espace de quelques années, il fut en état non-seulement de professer un cours complet de morale et de logique, mais encore de préparer pour l'impression plusieurs ou-. vrages qui: vivront, et dont nous aurons bientôt occasion de parler. Disons, dès à présent, que, dès 176B, Beaitie publia le petit poème: mtitulé le Jugement de Pris. Sous une forme poétique, cet ouvrage (car Beattie ne concevait pas la poésie autrement) a un but Rioral, qui est de prouver que ‘la vertu: seule. est capable de nous donner une récompense adéquate à notre nature tout entière, au lieu que la’ poursuite des-objets que se propose l'ambition ou la sensualité ne peut nous apporter qu'une satisfaction très-Incomplète. Toutefois, l'accueil fait par 1e publie à ce nouveau poème paraît n'avoir pas été des plus favorables ; et, quoiqu'il l’ait ajouté à une neuvelle édition de ses poésies en 1766, Beattie se refusa dorénavant à ce qu'il fût -réimprimé. À cette édition de 1766:il'ajouta une pièce de vers sur le projet {ta/4), d'ériger à Churchill un monument dans l’abbaye de Westminster. Ge Charles Churchil}, né en 4731 dans la ville de Westminster, derenue aujourd'hoi l’un des quartiers de Londres, à l'ouest de la Cité, et sur la rive droite de la Tamise, avait été ministre dans une ‘paroisse de Londres. C'était un poète satirique, qui, après avoir mené une vie fort dissipée, était mort jeune en 4764, . en laissant, pour principales compositions, le Revenant ; la Rosciade, satire à l'adresse des comédiens; la Famine, autre satire à l'adresse des Écossais, ouvrages qui, réunis à quelques autres compositions du même auteur, ont été, en 4804, publiés en deux volumes, avec des nôtes expli- . catives. Or, c'est à un tel poète, à un tel homme, qu'il
s'agissait d'élever un monument dans l'abbaye de Westminster, sépulture ordinaire des rois et des grands hommes, et la pièce de vers de Beattie a pour objet de montrer combien peu Churchill était digne d'un tel honneur. Dans une lettre, où se peint cette âme si droite et si pure, et qu'il adresse, datée d'Aberdeen, janvier 1765, à une personne de qualité, avec qui il entretenait ce genre de relations qui, au xvim° siècle, en Angleterre comme en France, étaient si fréquentes, et si honorables de part et d'autre, entre l’homme de lettres et le grand seigneur, et qui faisaiént un jour dire à Voltaire dans une réunion : « Nous sommes ici tous princes ou tous poètes », dans cetle lettre, dis-je, Beattie explique, avec sa candeur habituelle, qui n'exclut pas une véritable fermeté de caractère, quels sentiments l'ont guidé en cetle circonstance et quels motifs l'ont fait agir : « Si j'ai, dit-il, composé les vers suivants, « ce n'est dans le but, ni de satisfaire un ressentiment per- « sonnel, ni de servir les intérêts d'une coterie, ni de me « recommander moi-même à la protection de qui que. ce « soit : car alors je serais inexcusable. S’attaquer à la « mémoire d'un mort par des considérations intéressées, « ou par méchanceté, est une très-mauvaise action (enor- « mily), que personne ne déteste plus que moi. Les motifs: « qui m'ont guidé en composant ces vers sont d'une na- « ture toute différente. C'est sur quoi il ne restera aucun « doute à tout lecteur intelligent qui les parcourra avec « attention, et qui voudra bien en même temps s’en rap- « porter à mon propre témoignage. Mes motifs procèdent « du sincère désir de rendre service à mon pays et à la « cause de la vérité et de la vertu. Je n'ai jamais aimé les
PR