SUR L'HISTOIRE UB LA. PHILOSOPHIE
]îeu de pareilles convulsions. En effet on n'y trouve aucune accusation d'empoisonnement^ peu d'assassinats proprement dits, aucun cas bien avéré d'exécution secrète. Si cependant l'on peut prouver quelques crimes de cette nature , la vérité de l'histoire exige qu'on en fournisse les preuves ; mais ceux qui les affirment sans preuves, doivent être considérés comme calomniant leur siècle, et semblent douter des progrfès que l'humanité a faits viBrs la civilisation.
Mais pour en revenir à Machiavel, la discussion qui s'établit sur l'intention qui le dirigea dans la composition du Prince , a terni le mérite de ses discours sur Tite Live. M. Stewart ne leur accorde que de faibles éloges. Dire, quils ont fourni des lumières à Vécole de Montesquieu est une louange insuffisante. Nous les considérons comme les premières ébauches d'une science nouvelle , nous voulons parler de la philosophie de l'histoire; et sous ce rapport^ ils témoignent hautement en faveur des progrès de la raison. Cf^st.pour cela que Bacon en fait l'éloge, a La )) forme de style la plus convenable à cette » espèce de négociation est celle que Machia* » vel a choisie sagement et à propos pour la » politique^ notamment dans son discours
go CONSIDERATIONS
» sur l'Histoire; car la science qui se fonde » sur les faits ^ et selon nous^ sur les faits par- }) ticuliers , ne manque jamais d'offrir des u faits nouveaux; et produit plus d'effet sur » la pratique quand le discours accompagne » l'exemple, que lorsque Tezemple reste isolé )> sans être l'objet d*un discours, y* Il est bon d'observer que le secrétaire florentin est le seul écrivain moderne qui soit nomme dans cette partie du de augmentis scieniiarum , qui a rapport à la science civile. L'apologie que fit Albéric de Gentilis de la moralité du Prince a souvent été, et certes doit être regardée comme un beau témoignage en faveur de ce livre , surtout si nous considérons que Fauteur naquit vingt ans après la mort de Machiavel et fut élevé près de Florence. Il est assez singulier que le passage suivant n'ait jamais été cité. <c A la connaissance de l'his- » toire, dit Albéric, on doit ajouter cette » partie de la philosophie qui traite de la » morale et de la politique; car ce qui donne » de la vie à l'histoire, c'est l'explication des i) causes, des actions et des paroles des hom- M mes^ et des évènemens qui arrivent. Et » sous ce rapport, je ne crains pas de nom- » mer Nicolas Machiavel comme le meilleur » des écrivains dans ses bonnes observations » surTiieLive : il est Thistorien que je cher-
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>i che^ puisqu'il lit l'histoire, non pas en }> grammairien, mais en philosophe. (i)>> Ce passage est extrait du Livre des ambassades dédié à sir Philippe Sidney, à qui Jordan Bruno, qui pendant long*temps avait reçu asile dans sa maison, et Pavait quitté au sujet d'une querelle avec Greville, avait aussi dédié deux ouvrages. Nos lecteurs savent que , quelques années après , Bruno fut brûlé vif à Rome, « afin, pour me servir des termes » atroces de Gaspard Scioppius qui applau- » dissait k cette barbarie, qu'il puisse racon- » ter dans les mondes qu'il a imaginés, com* » ment les Romains traitent les blasphéma- » teurs. » Il est naturel de trouver sir Sîdney le protecteur des savans exilés, mais ce qui donne un nouveau lustre à sa renommée, c'est qu'il ait ouvert sa maison aux sophistes les plus extravagans et les plus inintelligibles, du moment où les principes de la justice étaient violés dans leur personne , lui qui n'avait aucun respect pour leurs écrits.
Nous ne nous rappelons pas l'argument employé par M, Stewart contre la théorie mo-
(i) Alb, Gent. de Lcgat. Lib. III, C. Q. Lond. i585. In lecllone hîsioricâ non grainmatizet , sed pbllosophetur.
^U COUSlDàRATIONS
dernc de VutilUé^ qu'il attribue à Buchanam.
Chez les moralistes modernes TuUlUé signifie toujours rintérét de tous. Chez Buchanam et chez tous les écrivains, avant le xvin* siècle, ce mot veut dire utilité privée, et a besoin d'une épithète plus étendue pour recevoir une signification différente. Mais puisque nous parlons de Buchanam , nous exprimerons le regret que M. Stewart ait exclu de sou plan l'histoire des questions qui se rapportent aux principes et aux formes du gouvernement, questions dont l'ensemble forme le principal sujet de ce qu'on peut raisonnablement appeler philosophie politique. Aucun écrivain n'était à même de se harsarder sur cette mer orageuse plus facilement que M, Stewart.
Certes, la sévérité de son caractère philosophique l'aurait plutôt calmé, qu'il n'aurait été excité par sa turbulence. Les sciences morales et politiques sont incomplètes à moins qu'on ne les lie avec l'histoire des opinions politiques. Elles sont le lien, qui bien qu'inobservé, unit toujours les discussions morales les plus abstruses aux sentimens et aux affaires des hommes. Hobbes écrivit sa philosophie morale pour son système politique, qui à son tour fut basé sur l'état de son pays et de son temps. Il en est de même de Locke; chaque partie de ses ouvrages a plus ou moins de
SUR l'histoirr de la philosophie. C)3 rapport avec les circonstances de son siècle. Si on n'en tient pas compte, il est difficile de saisir l'esprit ou d'apprécier le mérite de cet homme excellent. Si M. Stewart ne nous avait pas refusé le plaisir de voir ce sujet traité par lui, nous aurions eu ce qui manque dans rhistoire de la philosophie, un exacte récit des Monarchomisies du seizième siècle, dont une des écoles méprisait les rois afin d'élever le pape, et dont l'autre imposait, avec beaucoup d'esprit , sinon avec une philosophie rigoureuse, des limites au pouvoir civil et prétendait justifier la résistance à la tyrannie. Dans cette dernière classe^ se trouvaient Buchanam^ Athusen et Hubert Languet ami de Philippe Sidney. Ce qui prouve que les partisans de chaque espèce de liberté philosophique, religieuse ou civile, trouvaient en lui un généreux protecteur.
Les nombreux innovateurs italiens qui vécurent dans ce siècle, tels que Yelesio, Patritius^ Pomponatius, Campanellius méritent d'être cités comme preuve que la révolte contre Âristote et les écoles avait déjà eu lieu près d'un siècle avant Bacon , à qui nous sommes moins redevables du zèle de-Finsurrection que de la sagesse de la réforme. Mais comme nous avons sous les yeux un des ou-
vrages les plus rares de Poroponatiiis , nous ferons connaître en peu de mots son singulier contenu. Il s'agit d'un traité sur les enchaniemens ou sur les effets étonnons des causes purement naturelles (i). C'est une théorie philosophique d'alchimie ) de magie, d'astrologie, de lart de deviner, du don des miracles et des prophéties. Les faits qui attestent leur existence lui paraissent trop nombreux et trop bien prouvés, pour pouvoir être raisonnablement rejetés. Mais comme d'un autre côté, il exclut tout agent surnaturel soit en bien , soit en mal, il rapporte ces phénomènes à l'action des causes physiques qu'il pense n'avoir pas. été observées exactement. Les corps célestes dont les révolutions influent sur les choses terrestres, peuvent aussi, selon lui, être considérés comme influençant la constitution du corps et de l'esprit de l'homme ; il est possible que leur influence soit plus forte au moment de la naissance; mais ils doivent en exercer une également très-considérable à certains moments de la vie. Les individus qui sont vivement affectés par ces agens, doivent naturellement acquérir la fa*
(t) Poinponatius de IiTcanrat. Basil. lS56. — Trente ans après la mort de l*aiiteur.
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culte de produire des effets qui paraissent surnaturels aux autres hommes. Selon lui, tous les talens et toutes les vertus résultent de la disposition des élémens qui composent notre corps , qui à son tour est gouverné par Faction des sphères célestes. Celui qui connaît Tinfluence de ces mêmes corps , peut prévoir l'avenir parce que ce dernier leur est subordonné , et peut acquérir les facultés extraor* dinaires qu'ils donnent. II avait pour opinion que l'astrologie était parfaitement conforme à la raison et à lexpérience, et cet ingénieux péripatéticien ne doute pas qu'un homme puisse transformer ses semblables en loup ou en cochon. Ces folies méritent d^étre citées comme un exemple de cette pernicieuse flexibilité de l'imagination qui résulte de toutes les généralités portées à Textréme, et que le même homme peut allier avec le scepticisme le plus hardi et la crédulité la plus enfantine. On ne peut se réconcilier avec de pareilles abstractions que parce qu elles ne signifient rien.
M. Stewart a«t-il saisi le trait caractéristique qui fait que Montaigne occupe une place dans l'histoire de la philosophie? certainement il ne la doit pas à ses découvertes, car il n'en a fait aucune j ni à la justesse de ses opinions, que Ton a pu souvent mettre en question, ni
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à régoïsrae dramatique avec lequel il èe peiiït lui-même dans un style facile mais hardi qui appartient à une langue plus pittoresque et plus nerveuse que le français moderne. Ce sont là de grandes qualités^ sans doute, mais qui ne constituent point son mérite philosophique. Cependant, comme philosophe^ il a une couleur originale ; de même que Machiavel fut le premier qui discuta de graves questions dans une langue moderne, et qui créa la philosophie de l'histoire , de même Montaigne est le premier écrivain marquant qui ait philosophé^ dans sa propre langue^ sur les intérêts ordinaires des hommes, et sur ce qui fait la matière de nos conversations et de nos méditations habituelles. Les sujets qui sont plus spécialement traités dans ses essais , se rapportent aux conditions imposées par la nature à chaque espèce de talent, à Tefficacité de Téducation, au mérite des langues savantes, aux usages de la société, aux passions qui agitent la vie privée^ aux coutumes singulières des différentes nations. Depuis Socrate jusqu'à Plutarque , de pareils sujets furent souvent traités. Mais Montaigne fut évidemment, dans les temps modernes^ le fondateur d'une philosophie populaire. La meilleure l)reuve qu'il régnait des inquiétudes à Tavèiiement de Henri ÏV. c'est que rhabitation de
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Montaigne était le seul château appartenant à un gentilhomme français qui ne fut pas fortifié. La trivialité de ses anecdotes doit, sans doute être imputée au peu d'éducation que les gentils-hommes avaient alors; mais on peut aussi Tattribuer à ce défaut d'écrire dans une langue vivante qui était encore dans l'enfance. Les auteurs ne s'étaient pas aperçus que leur latin barbare, dont la grossièreté était d'autant moins évidente que cette langue n'était point usitée , aurait quelque chose de choquant dans notre propre langue ; et d ailleurs le latin n'était point entendu par les femmes dont les hommes les plus gros-* siers cherchent à méns^er la délicatesse.
Nous sommes surpris d'entendre souvent répéter dans ce discours, que la célébrité ^dé
Bacon se répandit lentement dans son pays aussi bien qu'à l'étranger. Il faut distinguer entré sa célébrité et sa philosophie. Il est dans Tordre naturel des choses, que l'esprit philosophique qui l'animait se soit propagé lentement, et que sa méthode d^nvestigation se soit introduite plus lentement encore dai^s la pratique; car, comme l'observe d*Alerabert, sa philosophie était trop sage pour étonner ; il ne fit point Secte- Mais nous ne pouvons
C)8 cocrsiDéa/kTioss
croire que sa célébrité ne se soit pas aussitôt établie , et que sous tous les rapports , son génie n'ait pas été connu et révéré. Nous avons vu que le doute que Harvey avait élevé sut le mérite de la philosophie de Bacon, fut traité de bizarrerie par ses contemporains. Le silence d'Hakewell mérite peu d'attention. Dans son ouvrage, il soutient des questions rebattues dans les écoles j comme de savoir, par exempie, si le monde marche vers sa décadence, si les femmes sont égales aux hommes , etc. Pour soutenir cette dispute, il s*appuie de tous les argumens théologiques , historiques et philosophiques que son imagination pouvait inventer, ou que sa mémoire pouvait lui fournir. Et comme c'était un ingénieur disputeur, il établit quelques raisonnemens analogues aux principes de Bacon , qui se trouvent confondus avec ses autres principes , sans avoir aucun rapport avec les lois qui établissent les progrès des sciences et de la société. M. Stewart pense que la célébrité de Bacon s'établit au moment où la société royale fut fondée. La société philosophique qui devint royale à l'époque de la restauration, commença à tenir ses assemblées au début de la guerre civile, qui eut lieu quelques années après la mort de Bacon. Entre ces deux époques il y eut peu
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d'écrivains célèbres. A cet égard , M. Stewart s'en rapporte lui-même à l'opinion de sir Ke* nelm Digby , et cite le beau panégyrique sur l'éloquence de Bacon, et le touchant tribut qu'offrait à sa réputation Ben Johnson, qui^ sans le moindre doute, est l'écrivain le plus recommandable de ce temps, et qu'on nous représenta comme l'un des auteurs de la traduction latine de Touvrage sur Vaçancement de la science. Il faut aussi remarquer que Johnson parle de l'ouvrage lé plus épineux de Bacon ) le Nopum organwn qu^il considère, comme ayani oupert la bonne route à toutes les sciences (i). JsLiaes Howell, auteur épistolaire célèbre, a faituû récit de la mort de Bacon,
(i) Ces passages sont une nouvelle preuve de la fausseté des îtoputations lancées contre Ben Johnson que Ton accusait d^avoîr été jaloux de la gloire de Bacon : calomnies , qui enfin ont été réfutées dans Pexcellenie préface de Tédition donnée par M. Giffard. Cette préface contient une preuve très-remarquable du danger qu'il y a à se fier à des preuves douteuses. Dans tous les recueils anglais qui Ont été publiés depuis 5o' ans, en y comprenant ceux qui maintenant sortent des 'presses, on rapporte une phtase dans laquelle on établit un parallèle entre les belles qualités de Shakespeare et les vices odieux de Johnson^ comme disant partie du portrait que Drummond de Hav^thomden trace de Ben. Cette sentence né se trouve point dans le portrait désobligeant de Drummond. Elle fut d'abord consignée dans un ouvrage intitulé : Vie du Poète Cibber, qui est dû à un nommé Shiell*
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dans lequel il lui prodigue les plus grands éloges et s'exprime ainsi : C'était un homme doué d'un profond savoir j né pour le salut de la science et que je regarde comme le plus éloquent qui soit né dans cette tle. Sir Henri Watton qui était un des hommes les plus accomplis de ce temps^ écrivit une épitaphe où Bacon est appelé la lumière des sciences ; donnant à entendre par là que son mérite philosophique le distingua plus que sa nais* saoce et sa position sociale. François Ôsborn, qui ramassait des anecdotes littéraires, espèces de faits qui font si bien connaître Popinion générale, parle souvent de Bacon; et entr'autres particularités curieuses, il nous fait connaître avec quel esprit il tenait une conversation. « Ma mémoire ne me fournit aucun » exemple plus marquant en ce genre, que » celui de lord Bacon, qui possédait à un si » haut degré le talent de bien dire, que ses ^ moindre conversations méritaient d'être » écrites , ainsi qu'on l'a déjà remarqué. Ses 9 premiers brouillons n'exigeaient que peu » de travail pour devenir parfaits. Il parlait à » chacun le langage qu'il pouvait entendre.
» Je l'ai entendu parler à un seigneur de >» campagne, de £iucons, et de chiens, dans » les termes les plus convenables, et une » autre fois je l'ai vu entretenir pendant long-
SUR L HISTOIRE DE Lk PQILOSOPHIE. lOI
» temps un chirurgien de Londres de choses 9 relatives à sa profession. Il passait facilement » du sujet le phis futile aux questions les » plus abstraites , sans jamais fatiguer ses au - )> diteurs , qui étaient aussi affligés lorsqu'il » finissait que lorsque quelqu'un venait l'in- » terrompre. Toutes ce» qualités le rendaient » à la fois précieux et nécessaire aux conseils » du prince. Lorsqu'on le consultait *sur les » contributions , les monopoles , le com« » merce^ etc., il traitait tous ces sujets avec » la plus grande facilité^ et en cela déjouait » le comte de Middlesex qui était né et avait y> été élevé dans les affaires. » Bien qu'Osborn ne fut pas contemporain de Bacon , il écrivit en suivant les traditions des auteurs y et ou fut si loin àe mépriser le principal ouvrage, de cet homme célèbre qu'il reçut les honneurs d'une violente critique. « Ils auraient traité Tavan- » cernent de la science de Bacon , dit p.sboni , » comme un ouvrage impertinent et hérétique, » si ce n'avait été la crainte invincible de la » forçç des jugemens contraires qui vinrent à » son secours d au-delà, des miers. Dans un au-^ » tre endroit, il nous dit que la reine Eli3abeth, » avait été prévenue coi>tre Ruleigh , parce » qt^'il s'était écarté de la route battue des B écoles, ce qui était, à la fois contraire à j> rhqnneur de DiexK et de son père, dont la
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9 foi (s'il en eût jamais) reposait sur la théo- 9 lagie de l'école. Elisabeth le réprimanda sur » ce ppint; et par la suite on Tappela toujours » athée ^ en signe de reproche, bien qu'il fût » connu pour adorer sincèrement Dieu et sa » providence. Le célèbre Bacon fut en butte » au même reproche, jusqu^au moment où 9 l'étranger lui décerna un poids dé gloire car f paUr de contre - balancer cette imputa- 9 lion. 9
D'après les observations d'Osborn , on peut affirmer que la réputation de Bacon se répandit promptement au*delà du continent. Gassendi qualifiait sa réforme d'entreprise héroïque. Les traductions latines des ouvrages de Bacon eurent plusieurs éditions en Hollande et en Allemagne, avant la fin du siècle, et on leur accorda des éloges, qui adressés à tout autre, paraîtraient exagérés. On voit dans le$ lettres de Grotius quelle estime avaient pour lui les écrivains les plus recommandables. Et nous savons qu'en France, où il ne jouit de quelque célébrité qu'après la publication de l'Encyclopédie , Tabbé Gallois dans un des premiers numéros du premier journal litté* raire, parle de lui comme nous le ferions maintenant. On doit apouer que cet illustre chancelier est un de ceux qui ont le plus con*
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tribué à Vaçancemeni de la science (Journal des Savans^ 8 mars 1666). Ce passage qui fut publié dans rannée même de la fondation de TAcadémie royale des sciences prouve qu'en France comme en Angleterre, les hommes livrés à la philosophie expérimentale, considéraient alors Bacon comme leur maître.
Vingt ans avant PEncyclopédie, Voltaire appela Bacon le père de la philosophie eapiriïhentale , tout en blâmant la partialité de ses contemporains qui placent Fliistoire de Henri VU au même niveau que Thuanus.
Thomas, dans son éloge de Descarted, avance que ce dernier ne lut jamais Bacon, et cette assertion excite la surprise et le doute de M. Stewart. a Quelques auteurs même assu- » rent, dit Thomas , que Descartes n'a jamais » lu les ouvrages de Bacon, et il nous dit lui- 9 méme^ dans une de ses lettres, qu'il lisait » ceux de Galilée à une époque plus avancée. » Il est évident d'après ce passage, tout incroyable qu'il paraisse, que Thomas en composait son éloge de Descartes, n'avait pas daigné examiner soit les lettres (i) de ce grand philosophe, soit l'histoire de sa vie écrite par Baillet (a), sources où il aurait pu puiser ks
( Paris , i663u {%) Paris , 1691 .
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renseignemens les plus positifs et les plus authentiques sur ses travaux et Thistoire de sa vie. c^ Descartes était à Paris ^ dit Baillet en » 1626, quelques années avant la publicay» tion de son traité de philosophie, lorsqu'il j» reçut la nouvelle de la mort de Bacon (1). n Cette nouvelle affligea beaucoup tous ceux » qui aspiraient au rétablissement de la vraie vi philosophie, et qui savaient, que pendant » plusieurs années, Bacon avait eu ce projet. » Nous voyons dans plusieurs endroits de ses » lettres qu'il ne désapprouvait pas la mér » thode de Bacon. x> Descartes visita Londres en i63t , et i633; il écrivit de Hollande, lieu de sa retraite, au père Mersenne son<:orrespondant à Paris, qu'il désirait voir, une histoire a des apparences des corps célestes , faite » d'après la méthode de Bacon , dépourvue » de raisonnemens et d'hypothèses. » Dans une autre lettre, écrite à-peu-près à la même époque, il dit : « Quant aux expériences, j'ai' » peu de choses à ajouter à ce que Bacon a j» dit. » Bacon est encore cité dans d'autres endroits, mais nous en avons dit assez. Tho* mas n'est pas plus exact en ce qui touche Ga-
(1) Le engage de Baillet est encore une preuve de la cé\ébritd dont ï(âcon jouit en France de 1626 à 169I.
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lilée. Il est certain que dans le voyage que Descartes fit en Italie ^ il ne yisita pas cet homme illustre ; la lettre de Descartes que Ton regardait comme une preuve qu'il lisait les ouvrages de Galilée, aune époque avancée^ ne contient que quelques discussions qui se rapportent aux découvertes mécaniques et aux inventions d'optique qu'il prétend avoir faites sans connaître Galilée. Si Thomas avait lu cette lettre^ il n'aurait pas manqué de rapporter un fait aussi remarquarble que le peu de respect avec lequel il parle de l'illustre Toscan, dont Descartes ignorait le mérite, ou affectait de l'i gnorer^ touten ayant lu plusieurs de ses écrits. Cette ignorance ou cette tiffectation, ne seront pas moins regardées comme une jalousie ou comme un désir de cacher son plagiat, source •' ordinaire de toute injustice entre hommes de lettres. Mais ni le caractère ni le génie de Descartes ne rendent cette supposition pro* bable. Cependant, nous voyons dans tous ses écrits, qu'il redoute l'animosité de l'Église; nous y voyons Hutention arrêtée de sacrifier tout ce qui pourrait entraver l'accomplissement de sa réforme philosophique; et la vo« lonté d'adoucir, par toutes sortes de concessions sur d'autres points, ceux qui pouvaient protéger ou troubler le calme de ses travaux. Delà vient que nous le voyons hardi réforma-»
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leur en philosophie, être le plas soumis des catholiques ;«clelà sa partialité pour Saint Thomas d'Aquin qu'il appelle son guide et son auteur favori. Il suit de là également , que dans sa correspondance avec un ecclé* siastique catholique , il a pu être quelquesfois injuste envers un grand philosophe qui avait attiré les regards de Tinqubition , alors eEBrayée du danger des découvertes modernes. Lorsque Descartes entendit parler de Femprisonnement de Galilée , il résolut de jeter ses manuscrits au feu. Nous ne voulons pas dire qu'un homme de probité comme Des« cartes n^était pas sincère lorsqu'il tenait ce langage d'ardente piété dont ses lettres sont remplies,' mais nous pensons que la passion exclusive qui le poussait à opérer une réforme philosophique , contribua ainsi que ses sentimens religieux, à l'éloigner insensiblement des hommes et des choses^ qui avaient des rapports trop étroits avec des questions susceptibles de mettre en danger sa liberté philosophique, qu'il n'aurait pas voulu échanger ainsi qu'il nous le dit lui-même^ contre tout ce que les rois auraient pu lui offrir.
Descartes était, ainsi que Hobbes, au nombre des philosophes qui ne lisaient pas; ils évitaient les livres de crainte qu'ils ne fussent