SUR L HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE. I
un obstacle entr'eux et la nature. Le premier dit : J'étudie ici profondément sans liçre.
On sait que le dernier pensait, que s'û açaii lu autant que les autres, il aurait été aussi ignorant. Ils éteignaient que la lecture ne les empêchât de penser ^ et que leur esprit ne devînt esclave des opinions quHIs étudieraient. A cette époque, les penseurs indépend^ns étaient en grand nombre. Mais Bacon et Leibnitz conservèrent leur origina^ lité sans avoir recours à cette ignorance vo* lontaire. Et même il est plusieurs sujets sur lesquels il est impossible de dire quelque chose de nouveau , si on ignore ce qui a déjà été dit : aucun homme ne pourrait perfectionner les méthodes philosophiques^ ni apercevoir les lacunes des sciences, ni saisir les rapports qui existent entre les différentes .sciences, sans connaître les opinions ou les découvertes des temps passés; ce qui fut l'objet des travaux de Bacon.
Nous avons toujours pensé que Descartes avait saisi complètement la différence qu'il y a entre les actes du principe pensant et les phénomènes communémentappelés matériels; et que sur ce point; Locke était d*accord avec lui, quoique Tun et l'autre n'aient pas toujours résisté à la tentation de présenter leurs
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développeiKiens avec une telle chaleur que souvent ils semblent momentanément con-^ fondre Tesprit avec la matière; et à cet égard nous sommes heureux de nous trouver d accord avec M. Stewart. Peut-être cette raéme opinion a-t-elle eu quelqu*influence sur retendue des éloges qu'il croit devoir accorder aux antagonistes de ce qu*il appelle la théorie idéaliste. Ce n'est point ici le lieu de parler des disciples de M. Locke ; cependant il est de toute justice de séparer parfaitement leurs hypothèses physiologiques de leur théorie de l'esprit. Il convient d'examiner les lois généi raies de la pensée, qu'ils posent en principe, sans tenir aucun compte des changemens corporels avec lesquels ces philosophes ont voulu les lier. Dans tous les systèmes , on admet que quelques modifications organiques précèdent la pensée ; mais aucun homme n'en a pénétré la nature ; et quand bien même elle serait parfaitement connue^ il ne s'en suivrait pas que cette connaissance dût jeter la moindre lumière sur les fonctions intellectuelles. La physiologie peut être complète, et la philosophie de l'esprit rester dans une profonde obscurité. On pourrait soutenir l'opinion contraire; mais les partisans modernes de la philosophie de Locke devraient au moins les prendre en considération.