SUR L HISTOIRE DE LA. PHILOSOPHIE
la sévérité de leurs opinions premières. Les études qu'exigèrent ensuite sa profession, le portèrent vers l'étude dessciences physiquesau moment où Tesprit d'expérience et d'observation était dans sa première ferveur , et où la répugnance pour les subtilités scholastiques était devenue une passion furieuse dans le monde scientifique. Dans un âge plus mûr , il fut admis dans la société des esprits forts et des politiques ambitieux. Pendant le reste de sa vie, ce fut souvent un homme studieux, et toujours un homme du monde, ne jouissant d'aucun plaisir tranquille, et dégoûté des spéculations abstraites , résultat inévitable de la fréquentation du monde et de Thabitude des affaires : mais ses rapports politiques , qui étaient en tout conformes à ses opinions , en firent un avocat zélé de la liberté en matière politique et religieuse; et il employa successif vement son zèle et son activité à développer quelques-uns de ces principes généraux qui sont la sauve-garde des grands intérêts de la société. Tous ses écrits ( et même son essai ) , furent dus au hasard et conçus dans l'unique intention de combattre les ennemis de la raison et de la liberté qui vivaient à son époque. Sa première lettre sur la tolérance, qui est peutêtre le plus original de ses écrits , fut composée en Hollande , dans une retraite qu'il fut obligé
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de cacher à la tyrannie qui le poursuivait sur une terre étrangère, et fut publiée en Angleterre dans Tannée de la révolution, pour venger l'acte des non-confornoistesdont il déplorait l'imperfection (i). Son Traité du gouvernement est divisé en trois parties composées de plusieurs chapitres, offrant un caractère et un mérite différens. Il commence par réfuter sir Robert Filmer , dont les opinions ont depuis Iong*temps perdu tout intérêt ; réfutation qui maintenant doit être considérée comme un exemple de cette fatale destinée attachée à la condition des philosophes , et l'obligea à engager une lutte avec ces ignobles détracteurs
(0 Nous avons besoin, dît-il, de remèdes plus efficaces que ceux dont on a &ît usage contre nos maux : il n*tst aucune déclaration d^indulgence , aucun arrdt du parlement pareils à ceux qui jusquli présent ont été mis en pratique ou projetés parmi nous, qui puisse nous convenir. Nous avons besoin d^une liberté égale pour tous et impartiale. Maintenant, quoiqu'on ait beaucoup parlé de toutes ces choses , je doute qu'elles aient été bien comprises ; je suis sûr que toutes n'ont pas été mises en pratique, soit par ceux qui nous gouvernent , envers le peuple en général , ou par chacun des partis qui divise le peuple, envers les autres. Que ne nous reste-t-il pas à (aire aujourd'hui povr adopter ces admirables principes; et avec quelle absurde confiance les ennemis de la liberté religieuse en appellent à l'autorité de M. Locke pour proroger ces restrictions de conscience qu^il déplora si amèrement!
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qui acquièrent une importance inotnentanéd en soutenant des erreurs dangereuses.
Les mêmes absurdités ont en effet été reproduites à différentes époques^ mais elles ne Tout jainais été et ne le seront jamais de la même manière que Filmer les exposa. Il est probable que M. Locke embrassa les opinions politiques qu'il développa, sans y avoir beancoup réfléchi, et par cela seul qu'elles formaient la doctrine qui, à cette époque, prévalait dans les écoles de l'Europe, et parce qu^elles justifiaient assez bi<sn la résistance à un gouvernement tyrannique. Il les adopta telles qu'elles étaient généralement admises, sans se donner la peine de se les approprier en les modifiant. L'opinion que Tobéissance est due au magistrat se fonde sur ceque, dans le principe, le peuple a délégué la puissance au gouvernement, et est au moins aussi ancienne que les écrits de saint Thomas d'Aquiq (i)* Au commencement du 17* siècle, celte opinion fut regardée comme la doctrine commune des théologiens, des juristes , et des philosophes»
(i) Non cujuslîbet ratio facit le^em, sed muhitudinis aut principis vîcem multUudînis ^rentis. — Prima pars , uc. part, sunu Theolog. Th^m. A^mnai, QuœsU 90 , j^. 3.
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qui eiamioèrent alors les nouveaux foudemeos de Tautorité politique (i).
Alors , ce principe prévalait si généralement, que Hobbes le prit pour base de son système d'esclavage universel. Le droit divin du gouvernement royal fut un principe très -peu connu, jusqu'à ce quHl fut introduit dans les écrits des facultés théologiques d'Angleterre,
(i) Opînionem jam fâctam communem omnium schetasticoram. — Anl. de l)om. De Repue, Ecclcsias. Uè, pj\ C, a.
Aotonio de Domînîs , archevêque deSpalato en Dalmatîe , ayant puis^ l^esprit d'indépendance du Père Paul , inclkiaii vers le protestantisme, ou au moins voulait qu^oa fît récipro* quement quelques concessions susceptibles de réunir les ëflises de Pouest. Pendant l'ambassade remarquable de sir Henry Wolton à Venise , il eut l'intention d'aller en Angleterre où il avait été nommé curé de Windsor. Trouvant peutêtre les protestans plus inflexibles qu'il ne s'y était attendu , il retourna à Rome , probablement dans Tespoir d'obtenir plus de succès dans ce pays, liais quoiqu'il ait publiquement ab)uré ses erreurs, il fut bientôt, à la suUede quelques propos libres tenus dans la conversation , enfermé dans un donjon où il mourut. Ses écrits sont oubliés; mais le genre humain lui est redevable pour l'admirable histoire du Concile de Trente écrite par le Père Paul, dont il apporta les manuscrits à Londres.
Quelque temps après Suarèz soutint le même principe de délégation populaire , comme étant l'opinion commune de
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après l'avènement des Stuarte à la couronne.
Le but de Fouvrage de M. Locke ne le conduisit point à approfondir plus qu'on ne lavait fait avant lui , ces principes universellement reçus, et l'état du pays n'offrait aucune circonstance à celte époque qui pût suggérer à son esprit la nécessité d'en préciser l'application : « Son ]» objet, comme il le dit lui-même, était d'af- » fermir le trône de notre grand restaurateur, » de Guillaume , notre roi actuel ; de faire pré< » valoir ses titres, qui consistaient dans le
tous les juristes et de tous les théologiens du temps de S. Thomas d'Aquin : Dicenduiii ergo est potestatem conden* di leges ex solâ rei nalurâ in nulle singulari honjine existere, in homînum collectîone. Haec conclusîo est commuais et certa sumîtur ex D. Thomâ. Quatenus sensit principem habere potestatem condendl leges, quam în illum transtulit communitas. — Suarez de leg Ub. III y c a.
Dans la partie suivante du même chapitre, il va plus loin , et r^te en peu de mots le système absurde de Filmer, qui assigne un pouvoir absolu et un droit divin aux Rois comme ayant hérité d^Âdam Tautorité souveraine. Il observe dans le quatrième chapitre , que bien que les hommes soient dans Pobligation morale dVtablir un gouvernement civil , ils sont néanmoins libres d^en choisir la forme. Quoique ce savant Jésuite soit d^opinion que la monarchie est la plus belle forme de gouvernement , il ajoute cependant : Lege naturse non cogunlur homines habere hanc potestatem in uno, vel in pluribus, vel in coUectione omnium ; ergo hœc dctermioatio necessaria fieri débet arbitrio huroano. li^- ^H^ c. 4»
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» coasénteméBl du peuple, sans lequel il ny » a aucun gouvernement légitime , et de faire )) Toir qu^aussi il Tétatiplus pleinement et plus » positivement qu'aucun prince de la chré- % tienté, et de justifiera laface du monde le » peuple anglais, dont Tamour de ses droits » naturels, ainsi que la ferme Volonté de les )} conserver saUva la nation alors qu'elle était » a la veille de l'esclavage et de la ruine. r> Maisr il importait à son but d*ètre exact jusques dans les plus petits détails. Cette partie de son ouvrage est surtout remarquable par la mesure qui y règne, et surtout jrar les preuves qu'il y donne de la précision de son esprit. En appelant Guillaume uii restaurateur, il a clairement indiqué la cause principale de notre révolution, et démontré quM ne le considérait point comme un innovateur^ mais comme celui qur avait protégé et rétabli les anciennes institutions et les libertés du royaume. En énumérantles faits qui justifient la résistance de la part du peuple j il se renferme aussi prudemment que dans U Bill des droits , dans la considération des maux endurés sous le régné précédent; et lorsqu'il distingue la dissolution du gouvernement de celle de la société, on voit manifestement qu'il a pour objet de se jouer de ces idées .qui auraient transformé la révolution en une source d'anarchie au lieu
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iVeii faire un principe d'ordre et de tranquillité. Mais dans une question relative aux taxations, se trouvant conduit à agiter des questions métaphysiques, subtiles et équivoques dans une matière purement pratique, son unique but fut de donner une base immuable à cet ancien principe, qui consiste à rendre le gouvernement dépendant des représentations populaires pour ' les demandes pécuniaires, principe établi par la constitution anglaise , qui s'afifermit dans la suite des siècles, se perfectionna, et triompha à la révolution des menées de la maison des Stuarts.
S'il s'est trompé dans ses principes, avouons au moins que, dans cette partie de son ouvrage, ses conclusions sont à la fois justes, généreuses et prudentes. Quoique taxé de légèreté et de précipitation , une fois arrivé à ses principes abstraits, il en examine avec calme et maturité les résultats pratiques. Ceux qui considèrent son plan de réforme parlementaire comme différent de sa théorie du gouvernement, verront aussi dans cette contradiction , soit réelle , soit apparente , une nouvelle preuve de cet esprit qui l'exposa plutôt au reproche de faible raisonneur qu'à celui de politique dangereux.
Dans ces ouvrages néanmoins, la nature du
sujet était telle , qu^elle força en quelque sorte beaucoup d'hommes de sens à les examiner, surtout par rapport à leurs conséquences, quoiqu'il y ait de mémorables et tristes exemples . d'hommes qui en agirent autrement.
L'objet métaphysique de l'Essai sur l'entendement humain , fait connaître la tendance naturelie du génie de Pauteur d'une manière plus prononcée que ses écrit»,, qui sont liés aux besoins et aux intérêts des hommes; et où Ton espérait trouver quelques préceptes sages et utiles de la part des plus fougueux spéculateur». Les admirateurs raisonnables de Locke auraient pardonné à M. Stewart s'il avait dit d'une manière plus positive que le premier livre de cet ouvrage est inférieur aux autres. Nous avons suffisamment prouvé qu'il était ainsi considéré par Tauteur lui-même , qui^ dans Tabrégé de l'Essai qu*il publia dans la revue de Leclerc, l'omit en entier comme n'ayant été composé que pour combattre les préjugés de quelques philosophes contre le»
idées les plus importantes de son livre (i).
Il faut avouer que les expressions d'idées
(i) «Tai tâche d'abord de prouver que notre esprit est au commencement ce qu^on appelle une tabula rasa^ c^est-àdire y sans idëes et san» connaissances^ Mais ce nVttît que