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furent l'objet (i). D'un autre calé , la méthode historique adoptée par Locke porta ses fruits y c'est-à-dire qu'elle le rendit prudent et ma* deste; elle lui apprit à se défier des conclusions précipitées et trop hardies, le disposa à adopter en toiUe occasion un scepticâsme bien* veillant; et il y puisa le rare courage de faire l'aveu naïf de son ignorance. Ce coniraste est une des raisons qui nous portent à douter qne Locke soit redevable à Hobbes de ses principes , et certainement quelque parfaite que soit la coïncidence qui existe entre les opinions de ces deux métaphysiciens, c'est en
' (l) « Si je ne me trompe pas, le caraclèrc dlslîndif clc » Lucrèce Qe veux dire de son esprit et de son coeur) , est » une sorte de noble orgueil et une confiance absolue dans » ses opinions. Non seulement il a la plus haute confiance » dans sa propre raison y il acquiert une grande autorité » sur le commun de ses lecteurs , mais encore sur son 1» patron Memmius. De Lucrèce jusqu^à nous j je ne vois 9 personne qui se rapproche autant de lui que noire poète » et notre philosophe de Malmesbury. » — Ury Jen , Préf. to second Mise, wich contains translations from Lucretius.
Quoique Dryden , en appelant Hobbes poète , ait fait preuve de bonté, il faut avouer que les traductions de Hliade et de l'Odyssée sont peut-être les seuls ouvrages en vers, un peu longs , qu^un homme ait osé entreprendre à l'âge de 86 ans.
J C)8 GONSI n£Xl ATIOWS
tout cas une faible preuve que Tua d'eux ait emprunté ses opinions k Tautre. Si les préinis8e$ sont différentes et s'ils sont arrivés aux mêmes conclusions en suivant des chemins
divers , un^ pareille coïncidence est loin de passer pour une évidence. Locke et Hobbe$ s'accordent principalement sur les points où s'accordaient tous les penseurs de leur époque excepté les Cartésiens, lis diffèrent sur des questions de la plus haute importance, telles que Torigine des connaissances , la puissance d'abstraction /la nature de la volonté; et sur çtB derniers sujets, à travers toutes ses erreurs, Locke montre la plus forte répugnance pour la doctrine de Hobbes. Ainsi, non-seulement \\n différent dans leurs prémisses et dans beaucoup de leurs conclusions, mais encore dans leur manière de philosopher. Locke n'a aucun de ces préjugés qui puisse pousser à adopte^ les principes des ennemis dç la liberté et de la religion. Avec tous ses défauts , son style fst celui d^un homme qui pense par lui-même et ordînairejpaent un style original n'est poinf le véhicule d'idées empruntées.
Nous nous sommes beaucoup plus étendu que nous ne l'aurions voulu sur Fessai de Locke et sur Içs réflexions que cet ouvrage nous a suggérées. Peu de livres ont, plus que
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celui-ci, contribué à reclifier les préjugés » à sapper les erreurs reçues, à répandre le goût d'une logique sévère, à exciter Tamour des études et à contenir notre imagination dans les strictes bornes assignées par la nature à Tintelligence bumaîne. Il est aussi important pour la majeure partie des connaissances de réformer les méthodes que de découvrir des vérités nouvelles , quoique l'utilité des premières ne soit ni aussi généralement sentie, ni aussi susceptible d'étrè judicieusement ap-' préciée par les observateurs superficiels. Dans le monde intellectuel et moral où il est à peine permis d'admettre qu'il existe quelque chose que Ton puisse appeler découverte , la réforme des méthodes est certainement le plus grand service qu'on puisse rendre à la science. Sous ce rapport) le mérite de Locke est incontestable, ses écrits ont répandu dans le monde civilisé l'amour de la liberté civile, introduit dans les controverses religieuses l'esprit de charité et de tolérance, ont porté k rejeter tout ce qui est obscur, bizarre ou hypothétique ; ils nous ont habitué k réduire à leur juste valeur les disputes de mots, à abandoi>* ner les problèmes qui ne sont susceptibles d'aucune solution ; à se méfier de tout ce qui ne peut être clairement exprimée; à réduire la théorie à la simple expression des faits, et à
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préférer les sciences qui contribuent le plus directement au bonheur de Thumanité. Si Bacon traça le premier les règles à suivre pour le perfectionnement des sciences, Locke a beaucoup contribué à les faire strictement observer par le genre humain. Il a beaucoup fait quoiqu^en usant souvent de remèdes cachés et d'une action presquMnsensible pour la guérîson de ces désordres intellectuels qui s'opposaient à l'adoption de la méthode de Bacon ; et ainsi il s'efforça de répandre les méthodes saines et rigoureuses qui sont la plus grande de toutes les améliorations, et la voie par laquelle on peut réaliser les autres. Locke a laissé à la postérité l'utile exemple d'un réformateur prudent et d'un philosophe aussi tolérant que libéral ^ qui sut goûter le sentiment du bon et rompre en visière avec des préjugés formidables et enracinés. A la vérité tous ces bienfaits se trouvent en partie balances par quelques doctrines politiques peu susceptibles d'application et par le scepticisme de quelques-uns de ses disciples; inconvénient auquel est exposée toiite école philosophique qui ne borne pas strictement sa théorie à l'expression pure et simple de l'expérience. Si Locke fit peu de découvertes, Socrate n'en fit aucune; cependant l'un et Tautre firent plus ]>our les progrès de l'esiprit humain et Vavan-
SUR l'histoire de la philosophie, aoi cément des sciences^ que les auteurs des découvertes les plus brillaates. Locke sera toujours regardé comme l'une des plus grandes gloires de la nation anglaise , et la postérité la plus reculée lui adressera le même langage que les poètes.
O decus Angliacœ certè y o lux altéra gentis !
Gray. De Pline. CogùaruL
Le traité sur le droit de la guerre et de la paix j TEssai sur Tentendement humain , l'Esprit des Lois et les Recherches sur les causes de la richesse des nations^ sont les ouvrages qui ont le plus directement influé sur l'opinion générale de PEurôpe pendant ces deux derniers siècles. Ils sont aussi les productions les plus remarquables qui aient eu lieu dans les sciences auxquelles ils se rapportent ; et, chose digne d'attention, c'est que tous les défauts de ses grands ouvragés se ressemblent. On ne peut pas dire, rigoureusement parlant, que les idées générales d'aucun de ses ouvrages soient originales, quoique sous ce rapport Locke et Smith surpassent leurs illustres rivaux.
Leur principale soin est de déterminer les lois quisedéduisentinunédiatementderexpérience ou qui sont directement applicables; mais Tun et Tautre appliquèrent leurs principes métaphysiques avec une inconcevable négli-
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genoe. Aucun d'eux ne s'asservit à la méthode scientifique 9 qui consiste à commencer par les idées^ les plus simples et à s'élever graduellement aux conclusions les plus compliquées.
Néanmoins la marche suivie par Locke ofire peut-être moins de défauts qufx^lle des antres. Tous s'abandonnent ' à des digihessions qui, quoique souvent excellentes èxi elles-mêmes, détournent l'attention et rompent la chaîne des raisonnemens. Aucun d'eux n'est heureux dans le choix de ses termes techniques ni exact dans l'usage qu'il en fait , et dans aucun , nous n'avons trouvé cette précision rigoureuse qui est la première qualité du langage philosophique. Grotius et Montesquieu imitèrent Tacite. Le premier avec plus de gravité^ le second avec plus de vivacité; mais tous deux s'efforcèrent d'abandonner la diction simple de la science pour viser à ce pi* quant laconisme que le gi*and historien porta à rexcès« Locke et Smith ^ au contraire , adoptèrent un style aisé, clair et juste, mais quelquefois lâche et verbeux. Locke a plus de concision et Smith plus d'élégance; tous deux sont exempts de pédantisme, mais entachés d'ambiguités et de répétitions. Tous ces défauts contribuèrent peut-être k rendre ces grands ouvrages plus utiles en les mettant à la portée de la majorité des lecteurs^ et en adaptant les
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principes qu'ils oontenaient aux opinions reçues dans U société.
Avant de passer à Fexamen de Leibnita, nous ne pouvons nous refuser au plaisir d'insérer ici ( quoique ce soit nous écarter de Tordre établi ), deux lettres , Tune de sir Isaac lïewton , et l'autre de Locke , qui toutes deux furent publiées pour la première fois dans le discours de M. Stewart , et qui prouvent i la fois la douceur et l'humilité de l'un de ces deux grands philosophes, et le généreux par* don de l'autre.
ce Sir Isaac Newton lui-même , ami intime » de Locke, semble^ à en juger d'après une » lettre de sa main , que j'ai lue ^ avoir été à 9 cet égard du même avis que l'auteur des Ca- » ractèresî telles avaient été du moins ses pre- 9 mières impressions; mais plus tard, avec » une candeur et une humilité dignes de son » beau caractère y il demanda excuse à Locke >« de Tinjustice qu'il lui avait faite, j» « Je vous j» demande pardon (ce sont les expressions » d'une de ses lettres ) , d'avoir dit que vous » aviez sapé toute morale dans sa base en émet- » tant un principe que vous aviez avancé dans » votre premier livre des Idées , et sur le dé- « veloppemeut duquel vous annonciez devoir
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» TOUS étendre dans un autre livre, ce qui » m'avait engagé à vous prendre pour un Hobj> biste. » <i Dans la même lettre , Newton fait )) allusion à certains soupçons mal fondés qu'il » avait conçus contre la conduite ^e Locke » dans leur commerce intime, et il ajoute avec » une simplicité ingénue et presque enfan- » tine : Tavaisété, lui dit-il , tellement affecté }) de vos procédés^ que quand quelqu'un vint » me rapporter que vous étiez fort malade et 9 que vous aviez peu de temps à vivre , j'allai » jusqu'à répondre qu'il faudrait mieux que » vous fussiez mort. Pardon nez- moi, je vous 9 prie, ce défaut de charité. » « La lettre est » signée , votre très*humble et très*infortuné » serviteur, Isaac Newton, i»
«c Le brouillon de la réponse de M. Locke à » cette lettre d'excuse, m'a été obligeamment to communiqué par un ami il y a quelques » années. Cette réponse est écrite avec la ma- » gnanimité d'un philosophe et avec la bien- » veiilance de bon ton d'un homme du monde.
» Elle respire partout la vénération la plus » tendre et la plus franche pour les bonnes et )) les grandes qualités de l'excellent homme à » qui elle est adressée , et prouve à la fois la » conscience que Locke avait de son innocence » et la supériorité avec laquelle son esprit sa-
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» vait se préserver de l'irritation des petites » passions. Je ne connais rien de lui qui fasse » plus d'honneur à sa modération et à son • caractère , et je la place ici avec d'autant plus » de plaisir, qu'elle se lie avec tous les argu- » mens' que l'amour de la vérité exigeait de » moi eu défense de cette partie de son sys- » tème, qui; aux yeux des moralistes^ avait » le plus besoin d'explication et d'apologie*