‹ Mélanges philosophiques de Sir James MackintoshChapitre 23 sur 25 · SUR L*HI5T0IRE DE LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

SUR L*HI5T0IRE DE LA PHILOSOPHIE

étrangement oublieux de Thonneur que réflète sur leur pays ce monuiment du génie et du courage de la nation anglaise. Cette question fut autrement envisagée par les hommes les plus sages qui nous précédèrent dans le chemin de la vie. a Kous pensons^ dit M. Burke, » que rétablissemeot des colonies anglaises y y» d'après les principes de la liberté , est ce qui I» doit faire respecter ce royaume des siècles )» futurs. Mais aussi nous regardons les vie- » toîres et les conquêtes de nos belliqueux an- » cétres, et celles de notre époque, comme de » barbares et vulgaires exceptions^ dans les- » quelles plusieurs nations que nous respec- )> tons et que nous estimons , nous ont sur- » passés. C'est là la gloire particulière et appar- » tenant en propre à TAngleterre. Nous couh ^dérons comme les vrais et les seuls vrais i) Anglais, ceux qui jouissent du même fond to de liberté que nous^ quel que soit le côté de » rOcéan qu'ils habitent. Ceux qui s'en écar- )) tent^ en quelque lieu qu'ils soient, sont cor- )) rompus, couverts d'opprobre ^ et déchus de » tout rang et de toute estime. Ceux-là seuls }) sont les vrais rebelles à la belle constitution » et à la juste suprématie de l'Angleterre (i). »

(i) Adressé aux Colonies Anglaises de l'Amërique du nord* V. Burke 14? » édition in-4^

a54 CONSIDÉRATIONS

Ces paroles furent adressées au peuple Américain en janvier 1777, époque de guerre civile, par un ami zélé de la suprématie anglaise, c'est-à-dire peu après la déclaration de l'indépendance de l'Amérique. Les deux Etats anglais de Tun et de Tautre côté de l'Atlantique, sont actuellement exposés à ces alternatives de paix et de guerre, auxquelles les intérêts et les passions populaires exposent tous les pays indépendans; mais les animosités populaires altèrent encore davantage leurs rapports, et leur persistance dépend, jusqu'à un certain point, de leur tempérament et de leurs sentimens les uns envers les autres.

La gloire de l'Angleterre est d'avoir fondé la liberté dans un grand empire. Ce qui lui appartient , ce sont les grandes institutions morales de Yhabeas corpus, du jugement par jury, de la représentation nationale et de la liberté de la presse. Ces institutions précédèrent ses colonies américaines , et c'est à elles qu'elles doivent d'être devenues des nations puissantes. Plus elles s'étendront et se multiplieront, et plus le nom de la nation qui a fait au monde des présens si estimables, de* viendra remarquable. Les lois anglaises, basées sur les principes de la liberté, forment encore la substance du code d'Amérique. Dans chaque

SUR L^HISTOtRE DB LA PHILOSOPHIE. 2^5

cout* de justice^ depuis Saint-Laurent jusqu'au Mississipi, on cite nos auteurs, nos lois^ les décisions les plus récentes de nos juges. La loi, aussi bien que la liberté anglaise^ sont les fondemens sur lesquels la législation américaine est assise. L'autorité de notre jurisprudence survivra au pouvoir de notre gouvernement , pendant plusieurs siècles , de même que les lois romaines commandèrent le respect de l'Europe f après la destruction de Tempire romain.

Notre langue appartient autant à l'Amérique qu'à l'Angleterre. Lorsque l'Amérique s'élève, avec elle^g^andit la gloire des écrivains distingués d'Angleterre. Par elle, les admirateurs de Milton et de Shakespeare se sont multipliés; et nous lui devons de voir s'étendre au loin la célébrité de tout Anglais de génie. Dèslors, il est ra iso n n able d'espérer que ces rapports de naissance, de liberté, de lois, de langage et de littérature, doivent, avec le temps, l'emporter sur des préjugés vulgaires , ignobles et ruineux. Les ancêtres des Américains furent aussi bien les compatriotes de Bacon et de Newton, de Hampden et de Sidney, que les nôtres. Us sont appelés à partager la gloire que nous ont léguée nos communs ayeux. Ni la liberté de l'Angleterre, ni son génie, ni le noble langage que

91 §6 covsiDÊa. SUR l'hist. d1& la philosophie.

ee génie a consacré y ne méritent leur mépris. Tous ces honneurs leur appartiennent^ s'ils tiennent à les conserver. L'ii "toire d'Angleterre est leur histoire^ jusqu'/u moment où on adopta des mesures contre leur liberté. Il importe que nous entretenions ou que nous fassions revivre entr'eui et nous les sentimens de parenté. Ils peuvent se réclamer de nos nobles aïeux y de même que nous pouvons regarder en Êice lenrs illustrés descendans, à moins que de funestes préjugés né les portent à rejeter ces honneurs qu'ils ont légitimement acquis. Qu'ils sachent d'ailleurs que nou^ envions la grandeur qui ressort de nos institu* tions, et doit perpétuer notre mémoire (i).

(i) Des circonstances indépendantes de notre votonté nous' obligent à finir ici cet article. Il est probable que nous tVouverons l'occasion àt présenter à nos lecteurs les observations que nous a suggérées cette partie du* discours de M. Stewart, qui se rapj^orte aux Philosophes Anglais et Ecossais du dix-huitième siècle, depuis Berkeley jusqu'à Brown (*).

(^) L*aut«Qr ii*aitinaif réalisé ce proj eUÇiVole du Trad,)

Page 1