‹ Mélanges philosophiquesChapitre 12 sur 29 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

Le Dieu des chrétiens est un père qui fait grand cas de ses pommes et fort peu de ses ènfants.

Otez la crainte de l'enfer à un clirétien, et vous lui ôterez sa croyance.

Une religion vraie intéressant tous les hommes, dans tous les temps et dans tous les lieux, a dû être éternelle, universelle et évidente; aucune n'a ces trois caractères. Toutes sont donc trois fois démontrées fausses.

Les faits dont quelques hommes seulement peoivent être témoins sont insuffisants pour démontrer une religion qui doit être également crue par tout le monde.

Les faits dont on appuie les religions sont anciens et merveilleux, c'est-à-dire les plus suspects qu'il est possible, pour prouver la ehose la plus incroyable.

Prouver l'Évangile par un miracle, c'est prouver une absurdité par une chose contre nature.

Mais que Dieu fera-t-il à ceux qui n'ont pas entendu parler de son fils? Punira-t-il des sourds de n'avoir pas entendu?

Que fera-t-il à ceux qui, ayant entendu parler de sa religion, B'ont pu la concevoir ? Punira-t-il des pygmées de n'avoir pas su marcher à pas de géant?

iiSt ADDITION

Pourquoi les miracles de Jésus-Christ sontils vrais, et ceux d'Esculape, d'Apollonius de TMane et de Mahomet sont-ils faux?

Mais, tous les Juifs qui étaient à Jérusalem ont apparemment été convertis à la vue des miracles de Jésus-Christ? Aucunement. Loin de croire en lui, ils l'ont crucifié. Il faut convenir que ces Juifs sont des hommes comme il n'y en a point : partout, on a vu les peuples entraînés ar un seul faux miracle, et Jésus- Christ n'a pu rien faire du peuple juif avec une infinité de miracles vrais.

C'est ce miracle-là d'incrédulité des Juifo qu'il faut faire valoir, et non celui de sa résurrection*

Il est aussi sûr que deux et deux font quatre que César a existé; il est aussi sûr que Jésus-Christ a existé que César. Donc, il est aussi sûr que Jésus-Christ est ressuscité que lui ou césar a existé. Quelle logique ! L'existence de Jésus-Christ et de César n'est pas un miracle.

On lit dans la Vie de M. de Turenne que le fiBu ayant pris dans une maison, la présence du Saint-Sacrement arrêta soudain l'incendie. D'accord. Mais on lit aussi dans l'histoire qu'un moine ayant empoisonné une hostie consacrée, un empereur d'Allemagne ne l'eut pas plutôt avalée, qu'il en mourut.

Il y avait là autre chose que les apparences du pain et du vin, ou il faut dire que le poi-

son s'était incorporé au corps et au sang de Jésus-Christ.

\ Ce corps se moisit, ce sang s'aigrit. Ce Dieu est dévoré par les mites sur son autel. Peuple aveugle, Egyptien imbécile, ouvre donc les yeuxï

j XXXI

La religion de Jésus-Christ, annoncée par des ignorants, a fait les premiers chrétiens. La même religion, prôchée par des savants et des docteurs, ne fait aujourd'hui que des incrédules.

On objecte que la soumission à une autorité législative dispense de raisonner. Mais où est la religion, sur la surface de la terre, sans une pareille autorité?

C'est l'éducation de l'enfance qui empêche un mahométan de se faire baptiser; c'est i'éducation de l'enfance qui empêche un chrétien de se faire circoncire; c'est la raison de l'homme fait qui méprise également le baptême et la circoncision.

Il est dit dans saint Luc que Dieu le père est plus grand que Dieu le nls : pnter major me est. Cependant, au mépris d'un passage aussi formel, l'Eglise prononce arjatliême au fidèle scrujuleux qui s'en tient littéralement aux mots du testament de son père.

Si l'autorité a pu disposer à son gré du sens de ce passage, comme il n'y en a pas un dans toutes les Ecritures qui soit plus précis, il n'y en a pas un qu'on puisse se flatter de

bien entendre, et dont l'Eglise ne fasse dani l'avenir tout ce qu'il lui plaira.

Tu es PetruSf et super hanc pMram œdificabo ecclesiam meam. Est-ce là le langage d'un Dieu ou une bigarrure digne du seigneur des Accords?

în dolore paries (Gènes.). « Tu engendreras dans la douleur, » dit Dieu à la femijie prévaricatrice. Et (lue lui ont fait les femelles des animaux, qui engendrent aussi dans la douleur?

S'il faut entendre à la lettre pater major me est, Jésus-Christ n'est pas Dieu. S'il faut entendre à la lettre hoc est corpus meum, il se donnait k ses apôtres de ses propres mains/ ce qui est aussi absurde que de dire que saint Denis baisa sa tête après qu'on la lui eut icoupée.

Il est dit qu'il se retira sur le mont des Oli* viers, et qu'il pria. Et qui pria-t-il? Il se pria lui-même.

Ce Dieu, qui fait mourir Dieu pour apaiser Dieu, est un mot excellent du baron de la Houtan. Il résulte moins d'évidence de cent volumes in-folio , écrits pou? ou contre le christianisme, que du ridicuia de ces deux lignes.

Dire que l'homme est un composé de force et de faiblesse, de lumière et d'aveuglement, de petitesse et de grandeur, ce n'est pas lui £aire son procès, c'est le définir»

AUX PENSÉES PHILOSOPHIQUES il5

L'homme est comme Dieu ou la nature l'a fait, et Dieu ou la nature ne fait rien de mal.

' Ce que nous appelons le péché originel, Ninon de Lenclos rappelait le péché original,

C'est une impudence sans exemple que de citer la conformité des évangélistes, tandis qu'il y a dans les uns des faits très-importants dont il n'est pas dit un mot dans les autres.

Platon considérait la Divinité sous trois aspects : la bonté, la sagesse et la puissance. Il faut se fermer les yeux pour ne jDas voir là la Trinité des chrétiens. Il y avait près de trois mille ans que le philosophe d'Athènes appelait Logos ce que nous appelons le Verbe.

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