‹ Mélanges philosophiquesChapitre 13 sur 29 · XL VI · texte numérisé non relu

XL VI

Les personnes divines sont^ ou trois accidents ou trois substances. Point de milieu. Si ce sont trois accidents, nous sommes athées ou déistes. Si ce sont trois substances, nous sommes païens.

Dieu le père juge les hommes dignes de sa vengeance éternelle ; Dieu le ûls les juge dignes de sa miséricorde infinie; le Saint-Esprit reste neutre. Comment accorder ce verbiage catholique avec l'unité de la volonté divine ?

Il y a longtemps qu'on a demandé aux théologiens d'accorder ie dogme des peines éternelles avec la miséricorofe infinie de Dieu, et ils en sont encore là.

Et pourquoi punir un coupable quand il n'y a plus aucun bien à tirer de son châtiment?

Si l'on punit pour soi seul, on est bien cruel et bien méchant.

11 n'y a point de bon père qui voulût ressembler à notre père céleste.

LU

Quelle proportion entre TofiFenseur et l'offensé? Quelle proportion entre l'offense et le châtiment? Amas de bêtises et d'atrocités! LUI

Et de quoi se courrouce-t-il si fort, ce Dieu? Et ne dirait- on pas que je puisse quelque chose pour ou contre sa gloire, pour ou contre son repos, pour ou contre son bonheur?

On veut que Dieu fasse brûler le méchant^ «ui ne peut rien contre lui, dans un feu qui durera sans fin, et on permettrait à peine à un père de donner une mort passagère à un fils qui compromettrait sa vie, son honneur et sa fortune!

0 chrétiens! vous avez donc deux idées différentes de la bonté et de la méchanceté, de la vérité et du mensonge. Vous êtes donc les plus absurdes des dogmatistes ou les plus outrés des pyrrhoniens.

Tout le mal dont on est capable n'est pas tout le mal possible : or, il n'y a que celui qui pourrait commettre tout le mal possible qui pourrait mériter aussi un châtiment étemel.

four faire de Dieu un être infiniment vindicatif, vous transformez an ver de terre en un être infiniment puissant.

Lvn

A entendre un théologien exagérer l'action d'un homme que Dieu fit paillard, et qui a couché avec sa voisine, que Dieu fit complaisante et jolie, ne dirait-on pas que le feu ait été mis aux quatre coins de l'univers? Eh! mon ami, écoute Marc-Aurèle, et tu verras que tu courrouces ton Dieu par le frottement illicite et voluptueux de deux intestins.

Ce que ces atroces chrétiens ont traduit par étemel ne signifie en hébreu que duraftle, C est de l'ignorance d'un hébraïsme et de l'humeur féroce d'un interprète que vient le dogme de l'éternité des peines.

Pascal a dit : « Si votre religion est fausse, vous ne risquez rien à la croire vraie ; si elle est vraie, vous risquez tout àla croire fausse. » Un iman en peut dire tout autant que Pascal.

Que Jésus-Christ, qui est Dieu, ait été tenté par le diable, c'est un conte digne des Mille et une nuits,

Je voudrais bien qu'un chrétien, qu'un Janséniste surtout, me fît sentir le cm bono de l'incarnation. Encore ne faudrait-il pas enfler à l'iiifini le nombre des damnés, si Ton veut tirer quelque parti de ce dogme.

Une jeune fille vivait fort retirée; un jour, elle reçut la visite d'un jeune homme qui portait un oiseau; elle devint grosse, et Ton de-

mande qui est-ce qui a fait l'enfant? Belle demande ! c'est Toiseau.

Mais pourquoi le cygne de Léda et les petites flammes de Castor et Pollux nous fontils rire, et que nous ne rions pas de la colombe et des langues de feu de l'Evangile?

U y avait dans les premiers siècles soixante évangiles presque également crus. On en a rejeté cinquante-six pour raison de puérilités et d'ineptie. Ne reste-t-il rien de cela dans ceux qu'on a conservés?

Dieu donne une première loi aux hommes; il abolit ensuite cette loi. Cette conduite n'estelle pas un peu d'un législateur qui s^est trompé, et qui le reconnaît avec le temçs. Estce qu'il est d'un être parfait de se raviser?

LXVÎ

Il y a autant d'espèces ue foi qu'il y a de tefigions au monde.

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