‹ Mélanges philosophiquesChapitre 22 sur 29 · AU VOYAGE DE BOUG AIN VILLE J · texte numérisé non relu

AU VOYAGE DE BOUG AIN VILLE J

B. Une de ces calamités sur laquelle le voyageur n'a pas compté.

A. —lEt n'a pas dû compter. Je croyais que les puissances européennes n'envoyaient pour eommaidants, dans leurs possessions d'outremer, qi;e des âmes honnêtes , des hommes bienfaisants, des sujets remplis d'humanité et capatiles de compatir...

B. — Clest bien là ce qui les soucie.

A. — Il y a des choses singulières '^ns ce Voyage de Bougainville,

B. — Beaucoup.

A. — N'assure-t-il pas que les animaux sauvages s'approchent de l'homme, et que les oiseaux viennent se poser sur lui lorsqu'ils ignorent le danger de cette familiarité?

B. — D'autres l'avaient dit avant lui.

A. — Comment explique-t-il le séjour de certains animaux dans des îles séparées de tout continent par des intervalles de mer effrayants? Qu'est-ce qui a porté là le loup, le renard, le chien, le cerf, le serpent?

B. — Il n'explique rien, il atteste le fait.

A. — Et vous, comment l'expli^uez-vous?

B. — Qui sait l'histoire primitive de notre globe? Combien d'espaces de terre, maintenant isolés, étaient autrefois continus? Le seul phénomène sur lequel on pourrait former quelque conjecture, c'est la direction de la masse des eaux qui les a séparés.

A. — Comment cela?

B. — Par la forme générale des arrachements. Quelque jour, nous nous amuserons de cette recherche, si cela vous convient. Pour ce moment, voyez-vous cette île qu'on appelle des Lanciers? A l'inspection du lieu qu'elle occupe sur le globe, il n'est personne qui ne se demande qui est-ce qui a placé là des hommes? Quelle communication les liait autrefois avec le reste de leur espèce? Que deviennent-

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ils en se multipliant sur un espace qui n'a pas plus d'une lieue de diamètre ?

A. — Ils s'exterminent et se mangent ; et de là peut-être une première époque» très-aneienne et trè -naturelle, de l'anthropophagie, insulaire d'origine.

B. — ou la multiplication y est limitée par quelque loi superstitieuse : l'eiifant y est écrasé dans le sein de sa mère foulée sous les pieds d'une prêtresse.

A. — Ou l'homme égorgé expire sous le couteau d'un prêtre ; ou Ton a recours à la castration des mâles...

B. — A l'infibulation des femelles; et de là tant d'usages d'une cruauté nécessaire et bizarre, dont la cause s'est perdue dans la nuit des temps, et met les philosophes à la torture. Une observation assez constante, c'est que les institutions surnaturelles et divines se fortifient et s'éternisent en se transformant, à la longue, en lois civiles et nationales, et que les institutions civiles et nationales se consacrent et dégénèrent en préceptes surnaturels et divins.

A. — C'est une des palingéuésies les plus funestes.

B. — Un brin de plus qu'on ajoute au lien dont on nous serre.

A. — N'était-il pas au Paraguay au moment môme (fe l'expulsion des jésuites?

B. — Oui.

A. — Qu'en dit-il?

B. — Moins (|u*il n'en pourrait dire, mais assez pour nous apprendre que ces cruels Spartiates en jaauette noire en usaient avec leurs esclaves indiens comme les Lacédémoniens avec les Ilotes, les avaient condamnés à un travail assidu, s'abreuvaient de leur sueur, ne leur avaient laissé aucun droit de propriété, les tenaient sous l'abrutissement de la supersti*

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