EXEMPLES
1. Premières conjectures, — Il est un corps que l'on aijpelle mole; ce corps singulier s'engendre dans la femme; et, selon quelquesuns, sans le concours de l'homme. De quelque manière que le mystère de la génération s'accomplisse, il est certain que les deux sexes y coopèrent. La mole ne serait-elle point un assemblage, ou de tous les éléments: qui émanent de la femme dans la production de l'homme, ou de tous les éléments qui émanent de l'homme dans se- différentes approches de la femme? Ces éléments, qui sont tranquilles dans l'homme, répandus et retenus dans certaines femmes d*un tempérament ardent, d'une irï»agination forte, ne pourraient-ils pas s'y échauffer, s*y exalter et y prendre de l'activité? Ces éléments, qui sont tranquilles dans la femme, ne pourraient-ils pas y être mis en action, soit par une présence sèche et stérile et des mouvements inféconds et purement voluptueux de l'homme, soit par la violence et contrainte des désirs provoqués de la femme; sortir de leurs réservoirs, se porter dans la matrice, s'y arrêter et s'y combiner d*eux mêmes? La mole ne serait-elle point le résultat de cette combinaison solitaire, ou des éléments émanés de la femme ou des éléments fournis par
l'homme? Mais si la mole est le résultat d'une combinaison telle que je la suppose, cette combinaison aura ses lois aussi invariables que celles de la génération. La moie aura donc une organisation constante? Prenons le scalpel, ouvrons des moles, et voyons, peutêtre même découvrirons-nous des moles distinguées par quelques vestiges relatifs à la différence des sexes. Voilà ce qu'on peut açpeler l'art de procéder de ce qu'on ne connaît point à ce qu on connaît moins encore. C'est cette habitude de déraison que possèdent dans un degré sufr)renant ceux qui ont acquis ou qui tiennent de la nature le génie de la physique expérimentale; c'est à ces sortes de rêves qu'on doit plusieurs découvertes; voilà l'espèce de divmation qu'il faut apprendre aux élèves, si toutefois cela s'apprend.
2. Mais si l'on vient à découvrir, avec le temps, que la mole ne s'engendre jamais dans la femme sans la coopération de l'homme, voici quelques conjectures nouvelles, beaucoup plus vraisemblables que les précédentes, qu'on pourra former sur ce corps extraordinaire. Ce tissu de vaisseaux sanguins, qu'on appelle le placenta, est, comme on sait, une calotte sphérique, une espèce de champignon qui adhère par sa partie convexe à la matrice pendant tout le temps de la grossesse, auquel le cordon om ilical sert comme de tige, qui se détache de la matrice dans les douleurs de l'enfantement, et dont la surface est égale quand une femme est saine et que son accouchement est heureux. Les êtres n'étant jamais, ni dans leur génération, ni dans leur conformation, ni dans leur usage, que ce que les résistances, les lois du mouvement et Tordre universel les déterminent à être, s'il arrivait que cette calotte sphérique,
26 DE L'TNTERPRÉTATIOrê
qui ne paraît tenir à la matrice que par application et contact, s en détachât peu à peu par ses bords dès le commencement de la grossesse en sorte que les progrès de la séparation suivissent exactement ceux de Taccroisseriient du volume, j'ai pensé que ses bords, libres de toute attache, iraient toujours eit s'approchantet en affectant la forme spht^rique; que le cordon ombilical, tiré par deux forces contraires, l'une des boF-ds séparés et convexes de la calotte qui tendrait à le raccourcir, et l'autre du poids du fœtus qui tendrait à l'allonger, serait beaucoup plus court que dans les cas ordinaires; qu'il viendrait un moment où ces bords coïncideraient, s*uniraient entièrement et formeraient une espèce d'œuf, au centre duquel on trouverait un fœtus bizarre dans son organisation, comme il l'a été dans sa production, oblitéré, contraint, étouffé, et que cet œuf se nourrirait jusqu'à ce que sa pesanteur achevât de détacher la petite partie de la surface qui resterait adhérente, qu'il tombât isolé dans la matrice, et qu'il en fût expulsé par une sorte de ponte, comme l'œuf de la poule, avec lequel il a quelque analogie, du moins par sa forme. Si ces coïjjectures se vérifiaient Sans une mole, et qu'il fût cependant démontré que cette mole s'est engendrée dans la femme sans aucune approche de l'homme, il s'ensuivrait évidemment que le fœtus est tout formé dans la femme, et que l'action de l'homme ne concourt qu'au développement.
Secondes conjectures, — Supposé que la terre ait un noyau solide de verre, ainsi qu'un de nos plus gT-ands philosophes le prétend, et que ce noyau soit revêtu de poussière, on
{)eut assurer que, en conséquence des lois de a force centrifuge, qui tend à appiocher les corps libres de l équateur, et à donner à la terre la forme d'un s[)héroïde aplati, les couches de cette poussière doivent être moins épaisses aux pôles que sous aueuii autre parallèle; que peiit-ôtie le noyau est k nu aux deux extrémités de l'axe, et que c'est k cette particularité qu'il faut attribuer la direc tion de l'aiguille aimantée et les aurores boréales, qui ne soat prot)af)lement que des courants de matière électrique.
ir V a grande apparence que le magnétisme et l'électricité dépendent des mômes causes: pourquoi ne sera < nt-ce pas des effets du mouvement de rotation du globe et de l'énergie des matières dont il est composé, combinée avec l'action de la lune? Le flux et le reflux, les courants, les vents, la lumière, le mouvement des particules libres du globe, peut-être môme celui de toute sa croûte entière sur son noyau, etc., opèrent d'une infinité de manièn s un frotte i lent continuel; l'effet des causes qui agissent sensiblement et sans cesse forme, à la suite des siècles, un produit considérable; le lioyau du globe est une masse de verre, sa surface n'est couverte que de détriments de verre, de tables et de matières vitriâables; le verre est de toutes les substances celle qui donne le plus d'électricité par le frottement; pourquoi la masse totale de l'électricité terrestre ne serait-elle pas le résidtat de tous les frottements opérés, soit à la surface >{e la terre, soit k celle de son noyau? Mais de cette cause générale, il est à présumer qu'on déduira, par quelques tentatives, une cause part culière qui constituera entre deux grands phénomènes, le Yeux dire la position de l'aurore boréale et la direction de l'aiguille aimantée, une liaison
DE l'interprétation
semblable à celle dont on a constaté l'existence entre le magnétisme et l'électricité, en aimantant des aio-uilles sans aimant, et par le moyen seiii de l'électricité. On peut avouer ou contredire ces notions, parce qu'elles n'ont encore de réalité que dans mon entendement. C'est aux expériences à leur donner plus de solidité, et c'est au physicien à en imaginer qui séparent les phénomènes ou qui achèvent de les identifier.
Troisièmes conjectures, — La matière électrique répand dans les lieux où l'on électrise une odeur sulfureuse sensible; sur cette qualité, les chimistes n'étaient-ils pas autorisés à s'en emparer ? Pourquoi n'ont-ils pas essayé, par tous les moyens qu'ils ont en main, des fluides chargés de la plus grande quantité possii>le de matière électrique^ On ne sait seulement pas encore si l'eau électrisée dis-
que l'eau simple. Le feu de nos fourneaux augmente considérablement le poids de certaines matières, telles que le plomb calciné; si le feu de l'électricité, constamment appliqué sur ce métal en calcination, augmentait encore cet effet, n'en résulterait-il pas une nouvelle analogie entre le feu électrique et le feu commun? On a essayé si ce feu extraordijUaire ne porterait point quelque vertu dans les remèr'es, et ne rendrait point une substance plus efficace, un topique plus actif; mais n a-t-on pas abandonné trop tôt ces essais? Pourquoi l'électricité ne modifierait-elle pas la formation des cristaux et leurs propriétés? Combien de conjectures à former û'imagination et à confirmer ou détruire par Texpérience ? Voyez l'article suivant.
sout plus ou moins
sucre
DE LA NATOBB
Quatrièmes conjectures — La plupart des météores, les feux follets, les exhalaisons, les étoiles tombantes, les phosphores naturels et artificiels, les bois pourris et lumineux, ontils d'autres causes que l'électricité? Pourquoi ne fait-on pas sur ces phosphores les expériences nécessaires pour s'en assurer ? Pourquoi ne pense-t-on pas à reconraître si l'air, comme le verre, n'est pas un coi ps électrique par luimême, c'est-à-dire un corps qui n'a besoin que d'être frotté et battu pour s'électriser? Qui sait si l'air chargé de matière sulfureuse ne se trouverait pas plus ou moins électrique que l'air pur? Si l'on fait tourner avec une grande rapidité, dans l'air, une verge de métal qui lui oppose beaucoup de surface, on découvrira si l'air est électrique et ce que la verge en aura reçu d'électricité. Si pendant l'exçérience on brûle du soufre et d'autres matières, on reccD naîtra celles qui augmenteront et celles qui diminueront la qualité électrique de l'air. Peut-être l'air froid des
{)61es est-il plus susceptible d'électricité que 'air chaud de l'équateur; et comme la glace est électrique et que l'eau ne l'est point, qui sait si ce n'est pas à l'énorme quantité de ces glaces éternellei^, amassées vers les pôles, et peut-être mues sur le noyau de verre, plus découvert aux pôles qu'ailleurs, qu'il faut attribuer les phénomènes de la direction de l'aiguille et de l'apparition des aurores boréales, qui semble t dépendre également de l'électricité, comme nous l'avons insinué dans nos conjectures secondes? L'observation a rencontré un des ressorts les plus généraux et les plus puissants de la nature ; c'est à l'expérience à en découvrir les effets.
DE l'iNTERPBÉTATION
Cinquièmes emjeetures.— 1. Si une corde d'instrument est tendue^ et qu'un obstacle lég'er la diviye en deux parties inégales, de manière qu'il n*eni pêche point la communication des vibrations de lune des parties à l'autre, on sait que cet obstacle détermine la plus grande à se diviser en portions vibrantes, telles que les deux parties de la corde rendent un uniss(jn, et que les portions vibrantes de ia plus grande sont comprises chacune entre deuxpoiiits immobiles. La résonnance du corpb n'étant point la cause de la division de la p us grande, mais l'unisson des deux [)arties étant seuiervieat un effet de cette division, j'ai pensé que si on substituait àla corde d'instrument une Verge de métal, et qu'on la frappât violemment, il se formerait sur sa longueur des ventres et des nœuds ; qu*il en serait de même de tout corps élastique, soiiore ou non ; que ce problème qu'on croit particulier aux cordes vibrantes, a lieu d'tine manière plus ou moins forte dans toute percussion; qu'il tient aux lois générales de la communication du mouvement; qu'il y a dans les corps choqués des parties oscillantes infiniment petites et des nœuds ou points immobiles infiniment proches; que ces parties oscillantes et ces nœuds sont les causes du frémissement que nous éprouvons par la sensation du toucher dans les corps, après le choc, tantôt sans qu'il y ait de translation locale, tantôt après que la translation a cessé; que cette supposition est conforme à la nature du frémissement, qui n'est pas de toute la surface touchée à toute la surface de la partie sensible qui touche, mais d'une inûplté de points répandus sur la surface du
DE LA HATimE
corps touché, vibrant confusément entre une iiitinité de points immobiles; qu'apparemment, dans les corps continus élastiques, la force d'inertie, distribuée uniformément dans la masse, Uit en un point quelconque la fonction d'un petit obstacle relativement à un autre point; qu'en supposant la partie frappée d'une corde vibrante infiniment petite, et conséquemrrïeni les ventres infiniment petits et les nœuds iiitiniment près, on a, selon une dii ection, et pour ainsi dire sur une seule ligne, une image de ce qui s'exécute en tout sens dans un solide choqué par un autre; que, puisque la longueur de la partie interceptée de la corde vibrante étant donnée, il n'y a aucune cause qui puisse multiplier sur l'autre partie le nombre des points immobiles; que, puisque ce nombre est le même, quelle que soit la force du coup^ et que puisqu'il n'y a que la vitesse des oscillations qui varie, dans le choc des corps le frémissement sera plus ou moins violent; mais que le rapport en nombre des points vibrants aux points immobiles sera le même, et que la quantité de matière en repos dans ces corps sera constaijte, quelles que soient la force du choc, la densité du corps, la cohésion des parties. Le géomètre n'a donc plus qu'à étendre le calcul de ia corde vibrante au prisme j à la sphère, au cylindre, pour trouver la loi générale de ia distribution du mouvement dans un corus choqué, loi qu'on était bien éloigne de rechercher jusqu'à présent, puisou'on ne perisait pas même à l'existence du phénomène, et qu'on supposait, au i^-ontraire, la distribution du mouvement uniforme dans toute la masse, quoique, dans le choc, le frémissement indiquât, par la voie de la sensation, la réalité de points vibrants répandus entre des points immobiles; je dis
3'2 DE l'INTEBPRÉTATION
dans le choc, car il est vraisemblable que, dans les communications de mouvement où le choc n'a aucun lieu, un corps est lancé comme le serait la molécule la plus petite, et que le mouvement est uniformément de toute la masse à la fois a ussi le frémissement est-il nul dans tous ces cas, ce qui achève d'en distinguer le cas du choc.
2. Par le principe (ie la décomposition des forces, on peut toujours réduire a une seule force toutes celles qui ag-issent sur un corps ^ si la quantité et la direction de la force qui agit sur le corps sont données, et qu'on cherche à déterminer le mouvement qui en résulte, on trouve que le coî'ps va en avant, comme si la force passait par le centre de gravité, et qu'il tournât de plus autour du centre de gravité, comme si ce centre était fixe, et que la force agît autour de ce centre comme autour d'un point d'appui. Donc, si deux molécules s'attirent réciproquement, elles se disposeront, l'une par rapport à l'autre, selon les lois de leurs attractions, leurs figures, etc. Si ce svstème de deux molécules en attire une troisième dont il soit réciproquement attiré, ces trois molécules se disposeront, les unes par ra[)port aux autres, selon les lois de leurs attractions, leurs figures, etc., et ainsi de suite des autre» systèmes et des autres molécules. Elles formeront toutes un système A, dans lequel, soit qu'elles
touchent ou non, soit qu elles se meuvert ou soient en repos, eues résisteront à une force qui tendrait à troubler leur coordination, et tendront toujours, soit à se restituer dans leur premier ordre si la force perturbatrice vient à cesser, soit à se coordonner relativement aux lois de leurs attractions, à leurs figures, etc., et à l'action de la force perturbatrice si elle continue d'agir. Ce sys-
tèmc A est ce que j'appelle un corps élastique. En ce sens géncrHl et abstrait, le système planétaire, runivers n'eist qu'un corps élastique; le chaos es une impossibilité, car il est un ordre e>!^eiitiellement conséquent aux qualités primitives de la matière.
3. Si l'on considère le système A dans le vide, il sera indest uciiblé, imperturbable, éternel; si l'on en sui>pose les parties dispersées dans l'immensité de l'espace, comme les qualités, telles que l'attraction, se propagent à l'infini lorsque rien ue resserre la sphère de leur action, ces parties, dont les figures n'auront point varié et qui se i ont animées des mêmes forces, se coordonneront derechef comme elles étaient coordonnées, et reformeront, dans quelque point de l'espace et dans quelque instant de la durée, un corps élastique.
4. Il n'en sera pas ainsi si l'on suppose le système A dans l'univers; les effets ny sont pas moins nécessaires, mais une action des causes determinément telle y est quelquefois impossible, et le nombre de celles qui se combinent est toujours si grand dans le système général, ou corps élastique universel, qu'on ne sait ce qu'étaient originairement les systèmes ou corps élastiques particuliers ni ce qu'ils deviendront. Sans prétendre donc que l'attraction constitue dans le p ein la dureté et l'é asticité, telles que nous les y remarquons, n'est-il pas évident que cette propriété de la matière su dit seule pour les constituer dans le vide et donner lieu à la raréfaction, à la con(iensMtion et à tous les phénomènes qui en dépendent'} Pourquoi donc ne serait-elle pas la cause première de ces phénomènes dans notre système général, où une infinité de cau>es, qui la modifieraient, feraient varier à l'infini la quantité de
DIBKROT. %
S4 DE l'interprétation
ces jphénomènes dans les systèmes ou corps élastiques particuliers? Ainsi un corps élastique plie ne se rompra que quand la cause qui en rapproche les p-arties en un sens les aura teilement écartées dans e sens contraire, qu'elles n'auront plus d action sensible les unes sur L s autres par leurs attractions récinroques; un corps élastique choqué ne s'éclatera que quand plusieurs de ses molécules vii»ran es auront été portées, dans leur première oscillai ion, à une distance des mo* iécules imtnobiles entre lesquelles elles sont ré|)aiidues telles qu'elles n'auront plus d'action sensible les unes sur les autres par leur? attractions réciproques. Si la violence du choc était assez grande pour que les molécules vibranteis fussent toutes poîtées au delà de la sphère de leur attr iction sensible, la corps serait réduit dans ses éléments. Mais ^tre cette collision, la plus foi te qu'un corps puisse éprouver, et la collision qui n'occasionnerait que le frémissement lep us faible, il y en a une, ou réelle ou inte lig-ible, par laquelle tous les éléments du co]-ps séparés cesseraient de se toucher sans que leur système fût détruit et sans que leur coordination cessât. Nous abandoi nerons au lecteur Fapplication des mêmes principes à la cou-' densation, à la raréfaction, etc. Nous ferons seulement encore observer ici la différence de la communication du mouvement par le choc et de la communication du mouvement sans le choc. La translation d'un corps sans le choc étant uniformément <ie toutes se? parties à la fois, quelle que soit la quantité de mouvement communiquée par cette voie^ fût-elle infinie, le corps ne ^era point détruit;^^ il restera entier jusqu'à ce qu un choc, fal^ sant osciller quelques-unes de ses parties entie d'autres qui demeurent immobiles» iô
m LA NATGRB 39
ventre des premières oscillations ait une telle amplitude , que les parties oscillantes ne puissent plus revenir a leur place ni rentrer clans la coorcii nation SjVStématique.
5. Tout ce qui précède ne concerne propre* ment que les corps élastiques simples ou les systèmes de particules de même matière, de même figura, animées d'une même quantité et mues selon une môme loi d'attraction. Mais, si toutes ces qualités sont varia))les, il en résultera une infinité de corps élastiques mixtes. J'entends par un corps élastique mixte un système comp sé da deux ou plusieurs systèmes de matières différentes, de différentes figures, animées de différentes quantités, et peut-être même mues selon des lois différentes d'attraction, dont les particules sont coordonnées les unes entre les autres par une loi qui est commune k toutes, et qu on peut regai der comme le produit de leurs actions réciproques. Si l'on parvient, par quelques opérations, à simplifier le système composé, en en chassant toutes les particules d'une espèce de m^itière coordonnée, om à le composer davantage en y introduisant une matière nouvelle dont les particules se coordonnent entre celles du système et changent la loi commune à toutes, la dureté^ l'élasticité, la compressibilité, la rarescibilité et les aiitres affections qui. dépendent, dans le système composé, de la différente coordination des particules, augmenteront ou diminueront, etc Le plomb, qui n'a presque point de dureté ni d'élasticité, diminue encore en dureté et augmente en élasticité si on le met en fusion, ee: t-à-dire si on coordonne entre le système com posé des molécules qui le constituent plomb un autre système conaposé de molécules d'air, de feu, ete,,, qui le. constituent plomb fondu.
36 DE l'interprétation
6. Il serait très-aisé d'appliquer ces idées à une infinité d'autres phénomènes semblables et d'en composer un traité fort étendu. Le point le plus difficile à découvrir, ce serait par quel mécanisme les parties d'un système, 4uand elles se coordonnent entre les parties d'un autre système, le simplifient quelquefois en en chassant u système d'autres parties coordonnées, comme il arrive dans certaines opérations chimique s. Des attractions selon des lois différentes ne paraissent pas suffire pour ce phénomène, et il est dur d'admettre des qualités répulsives; voici comment on pourrait s'en passer : soit un système A, composé des système^ B et dont les molécules sont coordonnées les unes entre les autres selon quelque loi commune à toutes. Si l'on introduit dans le système composé A un autre système D, il ar ivera, de deux choses l'une, ou que les particules du système D se coordonneront entrp parties du système A sans qu'il y ait de choc, et, dans ce cas, le système A sera composé <ies systèmes B, C, D, ou que la coordination des particules du système D entre les particules du système A sera accompagnée de choc . Si le choc est tel que les particules choquées ne soient point portées, dans leur première oscillation, au delà de la sphère infiniment petite de leur attraction, il y aura, dans le premier moment, trouble ou multitude intiiiie de petites oscillations. Mais ce trouble cessera bientôt, les particules se coordonneront, et il résultera de leur coordination un système A composé des systèmes B, C, D. Si les parties du système B, ou celles du système C, ou les unes et les autres sont choquées dans le premier instant de la coordination, et portées au delà de la sphère de leur attraction par les parties du système P, elles seront séparées de la coordination
DK LA NATURE 37
systématique pour n'y plus revenir, et le système A sera un système composé des systèmes B et D, ou des systèmes C et D, ou ce sera un systèma simple des seules particules coordonnées du système D; et ces phénomènes s'exécuteront avec des circonstances qui ajouteront beaucoup à la vraisemblance de ces idées ou qm peut-être la détruiront entiè» rement. Au reste, j'y sais arrivé en partant du frémissement d'un corps élastique choqué, La séparation ne sera jamais spontanée où il y aura coordination, elle' pourra l'être où il n'y aura que composition La coordination est encore un principe d'uniformité, même dans un tout hétérogène.
Sixièmes conjectures, — Les productions de l'art seront communes, imparfaites et faibles tant qu'on ne se proposera pas une imitation plus rigoureuse de la nature. La nature est opiniâtre et lente dans ses opérations. S'agitil d'éloigner, de rapprocher, d'unir, de diviser, d'amollir, de condenser, de durcir, de liquéfier, de dissoudre, d'assimiler, elle s'avance à son but par les degrés les plus insensibles. L'art, au contraire, se hâte, se fatigue et se relâche. La nature emploie des siècles à préparer grossièrement les métaux; l'art se propose ae les perfectionner en un jour. La nature emploie aes siècles à former les pierres précieuses; l'art prétend les contrefaire en un moment. Quand on posséderait le véritable moyen, ce ne serait pas assez, il faudrait encore savoir l'appliquer. On est dans l'erreur si l'on s'imagine que, le produit de l'intensité de l'action multipliée par le temps de l'application étant le même, le résultat sera le même. Il n'y a qu'une applica-
DE l'interprétation
lion gradnée, lente et continue qui transforme. Toute autre applicatk)n n'est que destructive. Que ne tirerions-nous pas du mélange de « ertainej* substances, dont nous n'obtenons que des co n posés très-imparfaits, si nous procédions d'une manière analogue à celle delà nature? Mais on est toujouis pressé de jouir, on veut voir la ûn do ce qu'on a coinmencé. De là tant de tentatives infructueuses, tant de dépenses et de peines perdues, tant de travaux que la nature suggère et que l'art n'entreprendra jamais, purée que le succès en paraît éloigné. Qui est-ce qui est SOI ti des grottes d'Arcy sans être convaincu, par la vitesse avec laquelle les stalactites s'y forment et s'y réparent, que ces grottes se rempliront un jour et ne formeront plus qu'un solide hmmense? Où est le naturaliste qui, réfléchissant sur ce phénomène , n'ait pas conjecturé que, en déterminant des eaux à se filtrer peu à peu à travers des» terres et des rochers dont les stillations seraient reçues dans des cavernes spacieuses, on ne parvînt, avec le temps, à en former des carrières artificielles d albâtre, de marbre et d'autres pierres dont les qualités varieraieaat selon la nature des terres, des eaux et des rochers? Mais à quoi servent ces vues sans le courage, la patience, le travail, les dépenses, le temps, et surtout ce goût anti<ïue pour les grandes entre pi-ises dont il subsiste encore tant de monuments qui n'obtiennent de nous qu'une admiration froide et stérile?
xxxvin
Septièmes conjectures, — On a tenté tant de fois, sans succès, de convertir nos fers en un acier qui égalât celui d'Angleterre et d'Allemagne et qu'on pût employer à la fabrication
m SLA NATURE
d«s ouvrages délicats. J'ig-oore quels procédés on a suivis, mais il m a semblé qu'on eût été conduit à cette décx)u verte importante par Timitation et la periectiou d une manœuvre très-commune dans les ^/celiers des ouvriers en fer. On l'appell»*» tre>ape en ^nq^eU Pour tremper en paquet, prend de la suie la plus dure; on la pile, on la (i<^,laye avec de l'urine; on y ajoute de l'ail broyé, de la savate déchiquetée et du sel commun; on a une boîte de fer; on en couvre le fond d'un lit de ce mélangée; on place sur ce lit m\ lit de différentes pièces d'ouvrages en fer; sur ce iit, UB lit de mélang-e, et ainsi de suite, jusqu'à ce que la boite soit pleine; on la ferme de son couvercle ; on l'enduit exactement à l'extérieur d'un mélang-e de terre grasse bien battue, de bourre et de flente de cheval; on la place au centre d'un tas de charbon proportionné à son volume; on allume le cfiar* bon; on laisse all^.r le feu, on l'entretient seulement; on a un vaisseau plein d'eau firaîche; trois ou quatre heures après qu'on a mis la boîte au feu, on 1 en tire; on l'ouvre;] on fait tomber les pièces qu'elle renferme dams l'eau fraîche, qu ou remue à mesure que ïes pièces toml)ent Ces pièces sont trempées en paquet; et si l on en casse quelques-unes, on en trouvera «a surface convertie en un acier très-dur et d'un grain très-fin à une petite profond ^rur. Cette surface en prend un poli plus éclatant et en garde mieux les formes qu'on lui a données à la lime. N'est-il pas à présumer que, si l'on exposait, Uratum super siratwm^ h 1 action du feu et des matières employées dans la trem{>e en paquet du fer bien cnoisi, bien timvaillé, réduit en feuilles minces, telles que celles de la tôle, ou en 'Verges très menues, et précipité, au sortir du loraieau d'aciérage, dans un couraaad;
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d'eaux propres à cette opération, il se convertirait en acier, si surtout on confiait le soin des premières expériences à des hommes qui, accoutumés depuis longtemps à employer le fer, à connaître ses qualités et à remédier à ses défauts, ne manqueraient pas de simplifier les manœuvres et de trouver des matières plus propres à l'opération?
Ce qu'on montre de physique expérimentale dans des leçons publiques suffit-il pour procurer cette espèce de délire philosophique? Je n'en crois rien. Nos faiseurs de cours d'expériences ressemblent un peu h celui qui penserait avoir donné un grand repas parce qu'il aurait eu beaucoup de monde à sa table. Il faudrait donc s'attacher principalement à irriter l'appétit, afin que plusieurs, emportés par le désir de le satisfaire, passassent de la condition de disciples à celle d amateurs, et de celle-ci à la profession de philosophes. Loin de tout homme public ces réserves si opposées aux progrès des sciences. Il faut révéler et la chose et le moyen . Que je trouve les premiers hommes qui découvrirent les nouveaux calculs grands dans leur invention! que je les trouve petits dans le mystère qu'ils en firent! Si Newton se fût hâté de parler, comme l'intérêt de sa gloire et de la vérité le demandait, Leibnitz ne partagerait pas avec lui le nom d'inventeur. L'Allemand unaginait l'instrument , tandis que l'Anglais se complaisait à étonner les savants par les applications surprenantes qu'il en faisait. En mathématiques, en physique, le plus sûr est d'entrer d'abord en possession en produisant ges titres au public. Au reste, quand je demande la révélation du moyen, j'entends de
OE LA NATGRE 41
celui par lequel on a réussi; on ne peut être trop succinct sur ceux qui n'ont point eu de succès.
Ce n*est pas assez de révéler, il faut encore que la révélation soit entière et claire. II est une sorte d'obscurité que l'on pourrait définir/'a^<?c/a^?>)A/ des grands maîtres. C'est un voile qu'ils se plaisent à tirer entre le peuple et la nature. Sans le respect qu'on doit aux noms célèbres, je dirais que telle est l'obscurité qui règne dans quelques ouvrages de Stalil (1) et dans les Princiof.^ mathématiques de Newton. Ces livres ne ae mandaient qu'à être entendus pour être estimés ce qu'ils valent, et il n'en eût pas coûté plus d'un mois à leurs auteurs pour les rendre clairs; ce mois eût épargné trois ans de travail et d'épuisement à mille bons esprits. Voilà donc à peu près trois mille ans le perdus pour autre chose. Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire. Si nous voulons que les pnilosopnes marchent en avant, approchons le peuple du point où en sont les philosophes. Diront-ils qu'il est des ouvrages qu'on ne met ra jamais à la portée du commun des esprits? S'ils le disent, ils montreront seulement qu'ils ignorent ce que peuvent la bonne métnode et la longue habitude.
S'il était permis à quelques auteurs d'être obscurs, dût-on m'accuser de faire ici mon apologie, j'oserais dire que c'est aux seuls métaphysiciens proprement dits. Les grandes abstractions ne comportent qu'une lueur
(i) Le Spécimen Beccherianum ; la Zimoteehnie; les 2V#» eenta. Voyez l'article Chimie, volume IV de i'EncycUh fédie.
DE l'interprétation
sombre. L'acte de ia g^éDe^^lisationt tend à dépouiller les concepts de .out ce qu'ils ont de sensible. A mesure que **et ;icte s'avance, les spectres corporels s'évacouissent: les notions se retirent peià à peu . iiuac ination vers l'entendement, et les idi.e) deviennent purement intellectuelles. Alop- le pinlosophe spéculatif ressemble à celui qjï regarde du àaut de ces montag-nes dont ^es soEnmets se perdent dans les nues : les obj'îts de ta plaîme ont disparu devant lui, il ne lui reste piiîs que le spectacle de ses oensées et que la. conscience de la hauteur h laquelle il s'est élevé et où il n'est [)eut-ôtre pas donné à tous del« suivre et de respirer.
XLÏ
La nature n'a-t-elle pas assez de son voile, sans le doubler encore de celui du mystère t N'est-ce, pas assez des diflîcultés de l'art? Ouvrez l'ouvrag^e de Franklin» feuilletez les Mvres des chimistes, et vous verrez combien Vart expérimental exi^e de vues, d'imagination, de sagaci é, de ressources; lisez-les attentivement, parce que, s'il est possible d'apprendre en combien de maniées une expérience se retourne, c'est là q\L3 vous i'aporendrez. Si, au défaut de génie, vous avez besoin d un moyen technique qui vous dirige, ayez sous les yeux une table des qniaiités qu'on a reconnues jusqu'à prés* nt dans la matière; voyez entre ces qualités celles qui peuvent convenir à la substance que vous voulez mettre en expérience, assurez- Yous qu'elles y sont; tâeliez ensuite d'en coanaître la quantité; cette quantité se mesurera presque loujours par un instrument où ^application uniforme d'une partie analogue à la substance pourra se faire sans interrup-
tion et sans reste, jusqu'à l'entière exhaustion de la qualité. Quant à l'existence, elle ne se constatera que par des moyens qui ne se suggèrent pas. Mais, si l'on n'apprend pofnt comment il faut chercher, c'est quelque chose du moins que de savoir ce qu'on cherche. Au reste, ceux qui seront forcés de s'avouer à eux-mêmes leur stéri ité, soit par une impossibilité bien éprouvée de rien découvrir, soit par une envie secrète qu'ils porteront aux découvertes des autres, le chagrin involontaire qu'ils en ressentiront et les petites manœuvres qu'ils mettraient volontiers en usage pour en partager l'honneur; ceux-là feront bien d'abandonner une science qu'ils cultivent sans avantage pour elle et sans gloire pour eux.
Quand on a form^^ dans sa tête un de ce» systèmes qui demarident à être vérifiés par l'expérience, il ne faut ni s'y attacher opiniâtrément ni l'ab^^ndonner avec légèreté. On pense quelquefois de ses conjectures qu elles sont fausses quand on n'a pas pris les mesures con vénal )les pour les trouver vraies. L'opiniâtreté a môme ici moins d'inconvénient que l'excès opposé. A force de multiplier les essais, si l'on ne rencontre pas ce que l'on cherche, il peut arriver qu'on rencontre mieux. Jamais le temps qu'on emploie à interroger la nature n'est entièrement perdu. Il faut mesurer sa constance sur le degré de l'analo^âe. Les idées absolument bizarres ne méritent qu'un premier essai. Il faut accorder quelque chose de plus à celles qui ont de la vraisemMance, et ne renon er que quand on est épuisé à celles qui promettent une découverte importante. Il semble qu'on n'ait guère besoin de préceptes là-dessus.
DE l'interprétation
On s'attache naturellement aux reclierchefi k proportion de l'intérêt qu'on y prend.
Comme les systèmes dont il s'agit ne sont appuyés que sur des idées vagues, des soupçons légers, des analogies trompeuses, et môme, puisqu'il le faut dire, sur des chimères que l'esprit échauffé prend facilement pour des vues, il n en faut abandonner aucun sans auparavant l'av^ ir fait passer par l'épreuve de 1 inversion. En philosophie purement rationnelle, la vérité est assez souvent l'extrême opposé de l'erreur; de même, en
f philosophie expérimentale, ce ne sera pas 'expérience (juon aura tentée, ce sera son contraire qui produira le p énomène qu'on attendait. 11 faut regarder principalement aux deux points diamétralement opposés.
Ainsi, dans la seconde de no» rêveries, après avoir couvert l'équateur du globe électrique et découvert les pôles, il faudra couvrir les pôles et laisser l'équateur â découvert, et comme il importe de mettr^^ ie plus de ressemblance qu'il est possible entre le globe expérimental et le globe naturel qu'il représente, le choix de la matière dont on couvrira les pôles ne sera pas indifférent. Peutêtre faudrait-il y pratiquer des amas d'un fluide, ce qui n'a rien d'impossible dans l'exécution, et ce qui pourrait donner dans l'expérience quelque nouveau phénomène extraordinaire et différent de celui qu'on se propose d'imiter.
Les expériences doivent être répétées pour le détail des circonstances et pour la connais
sance des limites. Il faut les transporter à des objets différents, les compliquer, les combiner de toutes les manières possibles. Tant que les expériences sont éparses, isolées, sans liaison, irréductibles, il est démontré, par l'irréduction même, qu'il en reste encore à faire. Alors il fa it s'attacher uniquement à son objet et le tourmenter, pour ainsi dire, jusqu'à ce qu'on ait tellement enchaîné les phénomènes, que, un d'eux étant donné, ious les autres le soient; Travaillons d'abord à la réduction des effets, nous songerons après à la réduction des causes. Or, les effets ne se réduiront jamais qu'^ iorce de les multiplier. Le grand art, dans les moyens qu'on emploie pour exprimer d'une cause tout ce qu'elle peut donner, c'est de bien disv^erner ceux dont on est en droit d'attendre an phénomène nouveau de ceux qui ne prod!uiront qu'un phénomène travesti* S'occuper sans fin de ces métamorphoses, c'est se fatiguer beaucoup et ne point avancv^. Toute expérience qui n'étend pas la loi à queique cas nouveau, ou qui ne la restreint y>as par quelque exception, ne signifie rien. Le moyen le plus court de connaître la valeur de son essai, c'est d'en faire l'antécédent d'un eut hy même, et d'examiner le conséquent. La conséquence est^Ue exactement la même que celle que l'on a déjà tirée d'un autre essai ? on n'a rien découvert, on a tout au plus contlnné une découverte. Il y a peu de gros livres de physique expérimentale que cette rèule si simple ne réduisît à un petit nombre de pa^es, et il est un grand nombre de peiiis livres qu'elle réduirait à rien.