XL VIII
Quand on suit une mauvaise route, plus on marche vite plus on s'ég-a e; et le moyen de revenir sur ses pas, q land on a parcouru un espace^immense ? Léi)»nsement des forces ne le permet pas; la v Jidé s'y oppose sans qu'on s'en aperçoive; lent te eut des principes réçand surto t ce qui environne un pre stige qui défigure les i b.ers. On ne ! es voit plus comme us sont, mais rumine 1 con iendrait qu'ils fussent. Au lieu de é former ye< notions sur les êtres, il sem le qu'on prenne à tâche de modeler les êtres su ses notions. Entre tous les philosophes il n'y en a point en qui cette fureur domine pb's é i de -n ment que dans les méthodistes, Aussitôt qu'un métho-
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diste a mis dans son système l'homme à la tôte des q adrupè les, il ne l'aperçoit plus dans la nature que comme un animal à quatre pieds. C st en vain que la raison sublime dont il est doué se récrie contre la f énomination 6*animal, et que son organisation contredit celle de q«cdrupède; c'est Bn vain que la nature a tourné ses regards vers le ciel, la prévention syst3matique lui courbe le corps vers la terre. La raison n'est, suivant elle, qu'un instinct plus parfait; elle croit sérieusement que ce II est que par défaut d'habitude
Sue l'homme jjerd l'usage de ses jambes quand s'avise de transformer ses mains en deux pieds.
Mais c'est une chose trop singulière que la dialectique de quelques méthodistes pour n'en pas donner un échantillon. « L'homme, dit Linnseus, Faunà Sueckd^ prœfat, n'est ni une pierre ni une plante ; c'est donc un animal. Il n'a pas un seul pied, ce n'est donc pas un ver. Ce n'e-t pas un insecte, puisqu'il n'a point d'antenne-. Il n'a point de nageoires, ce n'est donc pas un poisson. Ce n'est pas un oiseau, puisqu'il n'a point de plumes. Qu'est-ce donc que l'homme? Il a la bouche du quadrupède. Il a quatre pieds ; les deux de devant lui servent à l'attouchement, les deux de derrière au marcher. C'est donc un quadrupède. » — « ïl est vrai, continue le méthodiste, que, en conséquence de mes principes d'histoire naturelle, je n'.d jamais su distinguer l'homme du s nge ; car li y a certains singes qui ont moins de poils que certains hommes; ces singes marchent sur deux pieds, et ils se servent de leurs pieds et de leurs mains comme les homnres. D'ailleurs, la parole n'est
DE L'mTEftTOFTATION
point pour moi un earactère distinctif;. je n'admets, selon ma méthode, que des caractères qui dépendent du noml)re, d# la gure, ée la proportion et de la situation. » — « Donc, votre méthode est mauvaise, » dit la logique. — « Do II c, 1 h 0 m m e st un animal à quatre pieds, » dit le naturaliste.
Pa^ir ébranler une hypothèse, il ne faut 4|uelquefois que la p ussirr aussi loin qu'elle peut lier. Nous ail on faire l'essai de ce moyen ï^iir celle du oc eur d'FCrlang, dont l'ouvrage, rempli d idées singulières et neuves, donnera hien de la torture à nos philosophe-. Son objet est le plus grand que l'inteïligen'ce hu aine puisse se proposer; c'est le système univer>-el de la nature. L'auteur commence par exposer rapidement les st^-joitimebts e ceux qui l'ont précédé et l'insuffisance de leurs principes pour le développement ênéraldes phéuoi.iènes. Les uns n'ont demantlé que Yéteitdne le mouvement . D'autres ont cru devoir ajouter à l'étendue Vim^é' wétrahfl/M, la mohiiité i&t ïp<e' t^, L'ob ervation des corps célestes, ou plus généralement la pbysique des grands corps , a démontré la mèeessiité d'une force par laquelle toutes les pa! ties tendissent ou pesassent les unes vers les autres selon mie certaine loi; et l'oa a admis \atf.r<ict'07i en ra,ison simple de. la masse et en raison réciproque du carré le la distance. Les opérations les plus simples de la chimie, ou la physique élémentaire des petits e< rps a fait re ourir à des attractions qui suivent d'autres lois; et riiii[)08sibilité d'expliquer la formation d'une plante oud'an animal, avec les attractions, l'inertie, la mobilité, rimpénétrabiiité, k mouvement» la
matière ou l'étendue, a conduit le philosophe Eaumaun à supposer encore d'autres ropriétés dans la nature. Mécontent des natures plastiques^ à qui l u fait exécuter loutes les merveilles de la nature sans matière et sans intelligence; des substances mteUigttutus sufialternes, qui ag:isst nt sur la matière d une manière iiiintelllgii)le; de la si7n:.l/a'>ér(é de la création et de ta fonnation des suhstduct^s^ qui, contenues les un s da is les autres, se développent, dans le temi)s, par la coniiiiuation d'un premier miracle; et de ïeMern ><nn,iMé de leur production , qui n'est qu'un eni^haînement de miracles réitérés à chaque iiistaiït de la durée; il a pe isé que tous ces systèmes, peu phllosoplnqnes, n'auraient point eu lieu sans la crainte mal f ndée d 'attribuer d'as modifications trè -connues h un êt e dont refcsence, nous ét^nt inconnue, peut être, par cette raison méni'e. et nialj^ré notre préjugé, très-corn pari ble avec C3S modifications Mais quel est c^t tre? quelles >ou\ ces modifications? Le dirai je? « S*^ns doute, répond l^e docteur Bnumann, l'être corporel est cet être; ces modifications sont le d&nr^ \ ai ersmn^ la mémoire et Vmtd iyt^nce ; » en un mot, toutes les qualités que nous reconnaissons dans les animaux, que les a ci en s comprenaient sous le nom û'âme sensitnre et que le d<!)Cteur Bailmann admet, proportion ^^ardée des formes et des masses, dans la particule la pUis petite de matière comme ans le plus gros animal. « S'il y avait, dii-il du péril à a< cor er aux molécules de la matière quelques dejjrrés d'intelligence, ce péril serait aussi grand à les supposer d.ans u éléphant ou dans un singe qu àles reconnaître dans un g^-ain de sable.* Ici le philosophe de l'Académie d'Krlang em-
eo4e les derniers ett'orts pour écarter de lui ut soupçon d'athéLsme; et ik est év^ent
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qu'il ne soutient son hypothèse avec quelque chaleur que parce qu'elle lui jjaraît satisfaire aux phénomènes les plus difficiles, sans que le matérialisme en soit une conséquence. Il faut lire son ouvrage pour apprendre à concilier les idées philosophiques les plus hardies avec le plus profond respect pour la religion. « Dieu a créé le monde, dit le docteur Baumann, et c'est à nous à trouver, Ci'il est possible, les lois par lesquelles il a voulu qu'il se conservât et les moyens qu'il a destinés à la reproduction des individus. » Nous avons le champ libre de ce côté, nous pouvons proposer nos idées, et voici les principales idées du docteur.
L'élément séminal, extrait d'une partie semblable à celle qu'il doit fermer dai/s l'animal sentant et pensant, aura quelque mémoire de sa situation première; de là la conservation des espèces et la ressemblance des parents.
Il peut arriver que le flui<le séminal surabonde ou manque de certains éléments, et que ces éléments ne puissent s'unir çar oubli, ou qu'il se fasse des réunions bizarres d'éléments surnuméraires ; de là, ou l'impossibilité de la génération ou toutes les générations monstrueuses possibles.
Certains éléments auront pris nécessairement une facilité prodigieuse à s'unir constamment de la même manière; de là, s'ils sont différents, une formation d'animaux microscopiques variée à l'infini; de là, s'ils sont semblables, les polypes, qu'on peut comparer à une grappe d'abeilles in tini ment petites, qui, n'ayant la mémoire vive que d ane seule situation, s'accrocheraient et demeureraient accrochées selon cette situation qui leur serait la plus familière.
Quand l'impression d'une situation présente balancera ou éteindra la mémoire d'ime si*
toiation passée, en sorte jqu'il y ait indifférence à toute situation, il y aura stérilité; de là la stérilité des mulets.
Qui empêchera des parties élémentaires^ intelligentes et sensibles, de s'écarter à Tinfini de l'ordre qui constitue l'espèce? De là ,une infinité d'espèces d'animaux sortis d'un premier animal, une infinité d'êtres émanée d'un premier être, un seul acte dans la nature.
Mais chaque élément perdra-t-i' , en s'accumulant et en se combinant, son petit degré de sentiment et de perception? a Nullement, dit le docteur Bauinaim. Ces qualités lui sont essentielles. » Qu'arnvera-t-ildonc?Le voici : de ces perceptions d éléments rassemblés et combines, il en résultera une perception unique, proportionnée a la masse e à la disposition j et ce système de perceptions, dans lequel chaque élénjtmt aura perdu la mémoire du soi et concourra à former la conscience du tout, sera l'âme de l animal. Omnes elementorum perceptiones coîis/nrare ; et in unam fortiorem et magis perfectam perceptionem coalescere videntur. aœc fortè ad unnmquamque ex aliis perceptionibus se habet in eadern rattone quâ corpus or gantsatum ad élément um. Elementum quodvis^ post suam cum aliis copulnfionemy cum suam perceptionem illarum perce f>tionifms confudit^ et SUI CONSCIENTIAM perdit Ut. primi elementorum status memoria nulla superest, et nostra nobis origo om* nino abdita manet (1).
-^t ici que nous sommes surpris que Fauteur, ou n'ait pas aperçu les terribles conséquences de son hypothèse, ou que, s'il a aperçu
(l) Voyej! à la position LU et à la page "V^ oe morceau; et, dans les pages antérieures et postérieures, des appMcations très-fines et très^vraisembiables des mèmee pria» dpes à d* autres phénomènes.
DE L*lNTERλRETATrON
les conséquences, il n'ait pas abandonné l'hypothèse. C'est maintenant qu'il faut appliqu-er notre méthode à l'examen de ses principes. Je lui demanderai donc si l'univers, ou la collection générale de toutes les molécules sensibles et pensantes forme un tout ou non. S'il me répond qu'elle ne forme point un tout, il ' ébranlera d'un seul mot 1 existence de Dieu en introduisant le desordre dans la nature, il détraira la base de la philosophie en rompant la chaîne qui lie tous les êtres. S'il convient que c'est un tout où les éléments ne sont pas moins ordonnés que les portions, ou réellement distinctes ou seulement iotelligibles, le sont dans un élément et les éléments dans un ai imal, il faudra qu'il avoue que, en conséquence de cette copulation universelle, ^ le monde, semblable à un grand animal, a une âme; que le momie pouvant être inânjL, cette âme du monde, je ne dis pas est, mais peut être un système mtini de perceptions et que le monde peut être Dieu. Qu'il proteste tant qu'il voudra (îontre ces conséquences, elles n'en seront pas moins vraies, et quelque lumière que ses sublimes idées puissent jeter dans les profondeurs de la nature, ces idées n'en st ronî pas moins effrayantes; il ne s'agissait que de les généraliser pour s'en apercevoir. L'acte de la généralisation est, pour les hypothèses du métaphysicien, ce que les observations et les expériences réitérées sont pour les conjectures du physicien. Les conjectures sont-elles justes? Plus on fait d'expériences, plus les conjectures se vérifient. Les hypotnèses sont-elles vraies? Plus on étend les consequence^s, plus elles embrassent de vérités, plus elles acquièrent d'évidence e»t dft force. Au contmire, si les conjectures et les hypothèses sont frôles et mal fondées, ou l'on découvre un fait ou l'on aboutit à ime
vérité contre' laquelle elles échouent. L'hy^
fothèse du docteur Bauinaan développera, si fon veut, le in^'stôi'e le plu- iixcorripreheasible de la nature, la formation des njiitnaux, au, p>'us généralement, celle i« tous te- eurps organisée; la colieciion universelle des phénomènes et rexiSterice de Dieu seront ses écueils. Mais^ f^uoique aous reietioris les idées àu docteur d'Erla tg, nous aurions bien mal conçu Tobscurité des ph uomènes qu'il s'était proposé (i'exp iquer, fa fécondité 1e son hypothèse, les con.-eQuencessuriarer.^ntes qu'an en peut tirer, le rneriie ues conjectures nou- Yelles sur un sujet dont se sont occupés les premiers hommes dans tous les siècles et la difficulté de combattre les sie nés avec succès, si nous ne Les regardions pas c mme le fruit d'une méditation profonde, une entreprise hardie sur le système universel de la nature et la tentative d'un grand philosophe.
Be P impulsion d*une sensation, — Si le docteur Baumann eût renfermé son système dans de justes bornes, et n'eût appliqué ses idées qiiu'à la formatioij des animaux sans les étendre- à la nature de Tâme, d'où je crois avoir démontré contre lui qu'on pouvait les porter jusqu'à l'existence de Dieu, il ne se serait point précipité dans l'espèce de matérialisme ta plus séduisante, en attribuant aux molécules organiques le désir, l'avers on, le sentiment et la pensée. 11 fallait se contenter #y supposer une sensibilité mille fois moinwire que celle que le Tout- Puissant a accoFxiée amx animaux les plus stupides et les plus voisins é% la matière morte. En conséquence de cette sensibilité sourde et de la différence des conôgurationSy il n'}» aurait eu pour une molô-
DE l'interprétation
cule organique quelconque, qu'une situation, la plus commode de toutes, qu'elle aurait sans cesse chercûée avec une inquiétude automate, comme il arrive aux animaux de s'agiter dans l? sommeil, lorsque l'usage de presque toutes leurs facultés est suspe du, lusqu'à ce qu'ils aient trouvé la disposition la plus convenable au repos. Ce seul principe eût satisfait d'une manière assez simple, et sans aucune conséquence dangereuse, aux hénomènes qu'il se proposait d'expliquer et ces merveilles sans nombre qui tiennent si stupéfaits tous nos observateurs d'insectes. Et il eût défini l'animal en général : un système de différentes molécalfs organiques^ qui, par f impulsion d'une sensation semblable à un toucher obtus et sourd^ que celui qui a créé la matière en général leur a donné, se sonf combinées jusqu'à ce que chacune ait rencontré la place la plus convenable à sa figure et à son repos.
LU
Des instruments et des mesures. — Nous avons observé ailleurs que, puisque les sens étaient la source de toutes nos cormaissances, il importait beaucoup de savoir jusqu'où nous pouvions compter sur leur témoignage; ajoutons ici que Texan en dessupplé l eniDsdenoa sens ou de» i struments n'est pas moins nécessaire. Nou elle application de l'expérience» autre source d'observations longues, pénibles et difficiles. Il y aurait un moyen d'abréger le travail, ce serait de fermer l'oreille à une sorte de scrupule de la philosophie rationnelle (car la philosophie rationnelle a ses scrupules), et de bien connaître dans toutes les quantités jusgu'où la précision des mesures est nécessaire. Combien d'industrie, de travail et de temps perdus à me -
surer qu'on eût bien mieux employés à découvrir !