QUESTIONS
H n y a qu'une manière possible d'être hiomogène, il y a une infinité de ma ières différentes possibles d'être hétérogène. U me pa*
64 BE L'iNTERPRÉTi^TION
raît aussi impossible que tous les êtres de la nature aient été produits avec une matière parfaitement homogène qu'il le serait de les représenter avec une seule et même couleur. Je crois même entrevoir que la diversité des phénomènes ne peut être le résultat d'une hétérogénéité quelconque. J'appellerai donc élémenU les différentes matières hétérogènes nécessaires pour la production générale des phénomènes de la nature, et j'appellerai la nature le résultat général actuel ou les résultats généraux successifs de la combinaison des éléments. Les éléments doivent avoir des différences essentielles, sans quoi tout aurait pu naître de l'homogénéité, puisque tout y pourrait retourner. Il est, il a été ou il sera une combinaison naturelle ou une combinaison artificielle, dans laquelle un élément est, a été ou sera porté à sa plus grande division possible. La molécule d'un élément, dans cet état de division dernière, est indivisible d'ime indivisibilité absolue, puisqu'une division ultérieure de cette molécule étant hors des iois de la nature et au delà .les forces de l'art n'est plus qu'intelligible, i^'état de division dernière, possible dans la nature ou par l'art, n'étant pas le même, selon toute apparence, pour des matières essentiellcnent hétérogènes, il s'ensuit qu'il y a des molécules essentiellement différentes en masse, et toutefois absolument indivisibles en elles-mêmes. Combien y a-t-il de matières essentiellement hétérogènes ou élémentaires ? Nous l'ignorons. Quelles sont les différences essentielles des matières que nous regardons comme absolument hétérogènes ou élémentaires? Nous rignorons. Jusqu'où la division d'une matière élémentaire est-elle portée, soit dans les productions de l'art, soit dans les ouvrages de la nature? Nous l'ignorons, etc., etc., etc. J'ai
Joint les combinaisons de l'art à celles de la nature, parce que, entre une infinité de faits que nous ignorons et que nous ne saurons jamais, il en est un qui nous est encore car ché, savoir si la division d'une matière élémentaire n'a point été, n'est point ou ne sera pas portée plus loin dans quelque opération de l'art qu'elle ne l'a été, ne l'est et ne le sera dans aucune combinaison de la nature abandonnée à elle-même. Et l'on va voir, par la première des questions suivantes, pourquoi j'ai fait entrer dans quelques- unes de mes propositions les notions du passé, du présent et de l'avenir, et pourquoi j'ai inséré l'idée de succession dans la définition que j'ai donnée de la nature.
Si les phénomènes ne sont pas enchaînéa les uns aux autres, il n'y a point de philosophie. Les phénomènes seraient tous enchaînés, que l'état de chacun d'eux pourrait être sans permanence. Mais si l'état des êtres est dans une vicissitude perpétuelle; si la naturo est encore à l'ouvrage, malgré la chaîne qui lie les phénomènes, il n'y a point de philo-! Sophie. Toute notre science naturelle devient aussi transitoire que les mots. Ce que nous
f)renons pour l'histoire de la nature n'est que 'histoire très-incomplète d'un instant. Je demande donc si les métaux ont toujours été et seront toujours tels qu'ils sont; si les plantes ont toujours été et seront toujours telles qu'elles sont; si les animaux ont toujours été et seront toujours tels qu'ils sont? etc. Après avoir médité profondément sur certains phénomènes, un doute qu'on vous pardonnerait peut-être, ô sceptiques ! ce n'est pas que le monde ait été créé, mais qu'il soit tel qu'il a été et qu'il sera.