‹ Mélanges philosophiques et littérairesChapitre 33 sur 40 · BOURDALOUE · texte numérisé non relu

BOURDALOUE

JVOB DITSaSEVeif T ràR LB» LITTERATKURS. SOUVENT COMPARE A HAS8ILLON ,

coMi» démosthÈhes a CICÉRO

Dfe JUSTE DANS CE rARALLiLB.

COMI» DÉMOSThÈnES a CICÉRON, ou COmREILLE k RACINE. CE QU*IL T A

BouRDALOuE R été jugé assez diversement par les littérateurs. La Harpe , qui peut-être ne Tavoit pas lu quand il composa les premiers tomes de son Lycée, se contenta d'abord de lui consacrer environ une demipage dont le résumé étoit renfermé dans celte phrase : « C^étoit un excellent théologien, un savant caté- « chiste , plutôt qu'un puissant prédicateur, » Et tout de suite il passoit à Massillon , qui , selon lui , avoiû tout éclipsé. D'Alembert avoit été plus mesuré : car , dans l'éloge de Massillon même , il s'étoit abstenu de lui donner la prééminence sur Bourdaloue , dont la plus grande gloire , disoit-il , étoit que la supériorité de Massillon fût encore disputée. La Harpe ayant pris plus de goût par la suite pour les matières religieuses, relut ou plutôt lut Bourdaloue , et se repentit alors d'en avoir parlé si légèrement. Me voulant cependant pas rétracter sa première opinion , il fit une distinction qui ne manque pas de justesse. Confirmant tout ce qu'il avoit dit de Bourdaloue sous les rapports purement littéraires d'orateur et d'écrivain , il le considéra

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SOUS un autre point de vue , c'est-à-dire comme prédicateur chrétien inculquant k des chrétiens les auslères vérilés de la religion. En cette qualité, Bourdaloue n'a point d'égal à ses yeux : € Les deux mérites

■ qui lui sont particuliers , dit-il , sont l'instruction et

■ la conviction, portées chez lui seul à un tel degré, « qu'il ne me semble pas moins rare et moins difBcîte a de penser et de prouver comme Bourdaloue, que de a plaire et de toucher comme Massillon... On poura roit dire de lui , en risquant d'allier deux termes qui < semblent s'exclure, qu'il est sublitoe en profoDc deur, comme Bossuet en élévation. ■ Il termÎDeen disant qu'il ne seroit pas surpris que dans un pays comme rAngleien>e où la prédication est toute eo preuves, Bourdaloue parût le premier des prédicateurs. Cela m'a donné envie de connoîti'e l'opinion de Blair, k la fois critique fort judicieux et prédicateur très estimé : il ne mesembloit pas possible d'avoir sur ce point un avis plus considérable que le sien. Ce n'est point Bourdaloue, c'est Massillon qui lui paroît le premier des prédicateurs. Il le dit très formellement dans ce parallèle entre les deux orateurs : ■ On re- « connoît dans Bourdaloue plus de solidité et de force a de raisonnement, dans Massillon une manière plus

■ touchante et plus persuasive. Bourdaloue est en eflét a un puissant raisonneur ; il inculque sa doctrine avec

■ beaucoup de zèle, de piété et ferveur; mais son • style est verbeux, désagréablement rempli de dia- « tiqos des pères de l'Eglise, et il manque d'imagina- > ti^n. Massillon a plus de grâce, plus de sensibilité,

■ et, selon moi, plus de génie à tous égard». Il montre

ÉLOQUENCE PROFANE ET SACREE. St9

« une profonde connoissance du inonde et du cceur « humain ; il est pathétique et persuasif; et , tout cou- « sidéré , il est peut-être le plus éloquent prédicateur « que les temps aient produit. » Mais , tandis qu^un rhéteur et. un prédicateur anglois ne balance pas à placer Massillon au-dessus de Bourdaloue, voici qu^un rhéteur et un prédicateur françois intervertit cet ordre : c'est M. le cardinal Maury. Il n'établit pas de parallèle en forme entre les deux orateurs; il évite méme^ avec un soin presque affecté , de prononcer sur la supériorité de Fun ou de l'autre. Mais si le procédé de son jugement est circonspect, le fond n'en est pas équivoque. Dans son Discours sar T Éloquence de la Chaire y et plus encore dans ses Réflexions sur les nouveaux Sefmons de Bossuet, Bourdaloue est nettement préféré k Massillon. Le rapprochement de ces deux seules phrases suffira pour en convaincre : e Sans t celte élocution enchanteresse qui a toujours de nou- « veaux charmes pour les lecteurs sensibles, on ne

« liroit Massillon qu'une fois Bourdaloue est plus

« satisfaisant h la centième lecture qu'à la première : « plus on le lit, plus on l'admire. »

D'Alembert prétend qu'on a aussi souvent comparé Massillon à Bourdaloue, que Cicéron à Démosthènes, ou Racine k Corneille; et il dit fort sensément à ce sujet, que ces sortes de parallèles, source féconde d'antithèses , prouvent seulement qu'on a plus ou moins le talent d'en faire. Il y a cependant, sinon un parallèle , du moins im rapprochement qui s'offre à l'esjrit en dépit qu'on en ait. A beaucoup d'égards , Bouraaloue semble être à Massillon ce que Corneille est à

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Racine. Le même service que Corneille reoditau thâtre , Bourdaloue le rendit k la chaire , en la purgeant, suivant l'expression de Massillon même, de ce comique indécent ou de ces ornements bizarres et pompeux dont elle s'étoit jusque là parée. Massillon, comme Racine, dut à son devancier l'avantage de trouver la carrière débarrassée de tous les vestiges de l'ancienne barbarie, et de pouvoir y déployer en liberté les heureux dons que la nature lui avoit départis, sans avoir & lutter contre l'empire et les succès du mauvais goût. Mais, d'un autre côté, trouvant Bourdaloue dès long-temps en possession de la faveur publique, il fut, comme Racine , la victime des vieilles admirations, et expia le tort assez pai'donnable pourtant d'être venu api-ès son prédécesseur. On remarque, entre Bourdaloue et Massillon, à peu près le même partage de qualités qu'entre Corneille et Racine : l'auteur de Cinna et le prédicateur jésuite ont tous deux pour attributs disUnctifs la force du raisonnemoit et la fécondité dans l'invention des sujets et la disposition des ^lans; les avantages caractéristiques de l'auteur fi Androvtaqae et du prédicateur oratorien sont la connoissance du cœur humain , la sensibilhé , le palliélique et la grâce enchanteresse de la diction. Enûn, s'il est permis de pousser aussi loin qu'elle peut aller ctitte comparaison entre un geni'e sacré et un genre pro^e, Bourdaloue a obtenu ses plus grands succès dans la chaire, de même que Corneille produit ses pliu grands effets sur la scène; tandis que Massillon cl Kacine plaisent particulièrement dans le cabinet ou ils font les délices du lecteur solitaire.

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