‹ Mélanges philosophiques et littéraires, Volume 2Chapitre 15 sur 40 · VERSIFICATEUR · texte numérisé non relu

VERSIFICATEUR

Il est deux sortes d'imagination : Tune , maîtresse absolue du temps, de l'espace et de la matière, se transporte a son gré dans les lieux et dans les siècles éloignés , prend indifféremment son vol vers le passé ou l'avenir , qui lui deviennent présents l'un et l'autre, ressuscite les personnages qui ne sont plus, donne une existence anticipée à ceux qui ne sont pas encore, et enfin étend son pouvoir jusqu'à communiquer la vie et le mouvement, la pensée et la parole, aux êtres inanimés, insensibles et muets ; l'autre , exerçant de moins puissantes facultés dans une sphère beaucoup plus circonscrite, reçoit et réfléchit avec une égale vivacité l'impression des objets réels qui l'environnent , reproduit, en les adoucissant, leurs traits, leurs formes et leurs couleurs, les dispose dans un ordre plus heureux qui fasse naître à la fois la diversité des parties et l'harmonie de l'ensemble, les place sous le point devue qui doit, en repoussant les défauts dans l'ombre, exposer les agréments dans tout leur jour ; en un mot ,

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offre à nos regards charmes la peinture fidèle et pourtant embellie des phénomènes ordinaires de la nature et des scènes habituelles de la société. L'imagination créatrice me paroit avoir été refusée à Gresset; du moins ne lavoit-il pas à ce degré * qui fait sortir un l^oète de la foule, et le place parmi les génies inventeurs ; mais il possédoit , dans une mesure peu commune, l'imagination que j'appeUerois imitatrice, celle qui, se formant une image vive et cette des objets qui Font frappée i la retrace avec une yérité qui renouvelle dans tous les esprits les sensations que les objets mêmes y ont excitées , et avec un talent d'exécution qui prête à l'image des charmes que la réalité n'a jamais eus.

J'ai eu occasion de le dire autre part : Gresset , plus que tout autre poète , semble avoir été assujetti à l'influence des lieux et des circonstances. On a dit du caméléon qu'il prenoit la couleur deâ choses sur lesquelles il étoit pose : fabuleuse ou vraie , cette observation est tout-à-fait applicable à l'esprit de Gresset. Un examen rapide de ses principaux ouvrages prouvera que la nature des sujets, des personnages et des couleurs, tient exactement à celle des localités et des situations différentes dans lesquelles le poète les a composés; Successivement écolier, novice et professeur chez les Jésuites , Gresset compose d'abord Vert- Vert y le Carême impromptu , le Lutrin vivant, la Chartreuse , les Ombres, etc. ; productions qui toutes retraçant le collège, l'église, la conçwnunauté ou le cloître, annoncent déjà une imagination que les objets environnants tiennent, pour ainsi dire, en état d'ob-

session, et qui ne fait aucun effort pour s'élancer par delà cette espèce d'horizon. L'auteur de la Chartreuse, habitant jusque-la du sale et docte quartier que dominoit son astrologique hermitage du collège de Louis-fe-GAnd, est transféré à Tours pour y pro* fesser les humanités, puis à La Flèche, pour y ex* pier le crime d'avoir ri des sœurs de la Visitation. Alors , les beaux rivages de la Loire et du Cher, ceux même du Loir qui borde les murs de sa prison, lui inspirent l'amour des champs; et les champs deviennent l'unique sujet de ses tableaux : plus de fiel dans ses vers, plus de ces longs chapelets d'épigrammes , de ces interminables galeries de portraits satiriques qui le vengeoient de l'ennui d'un séjour sombre et empesté; toutes ses pensées, toutes ses images soofc riantes et douces : il célèbre la poésie champêtre et le siècle pastoral. On ne peut aimer la nature sans aimer davantage Virgile, son peintre le plus admirable; il essaie donc de reproduire les Bucoliques ; mais , comme ici son goût et son génie ne sont point d'accord, cette imitation , foible et infidèle, ne respire presque jamais le sentiment des beautés de l'original : moins l'influence des lieux a été favorable cette fois h son talent, plus elle a prouvé peut-être le pouvoir qu'elle exerçoit sur son esprit. Déserteur des jésuites et transfuge des champs, Gresset devient tout à coup homme du monde et habitant de la capitale. Les cercles les plus brillants se disputent' ses instants et ses vers. Une société célèbre alors s'en empare : admis dans les réunions du cabinet vert de l'hôtel de Forcalquier, le voilà placé k la source des mots fins, %

des saillies spirituelles , des épigrammes et des anecdotes piquantes. Toujours fidèle à cette habitude de décrire ce qu'il a sous les yeux, et de retracer ses impressions du moment et du lieu, il entreprend le tableau des aimables noirceurs et des charmantes scélératesses qui troublent et amusent la bonne compagnie. Les traits de caractère, de situation et de dialogue se placent à l'envi dans le cadre qu'il a choisi ; et plus d'un Cléon vient officieusement lui offrir les couleurs dont il doit peindre le Méchant. Enfin , la dévotion l'enlève au théâtre, au grand monde, à Paris, et il se retire dans sa ville natale. Son esprit alors se rétrécit avec la sphère qu'il habite ; son imagination , uniquement frappée des travers provinciaux , ne voit plus que cela dans l'univers, et ne sait plus décrire autre chose : son talent même, n'ayant plus pour objet ces vices ou ces ridicules qu'embellissent la grâce et l'éclat des manières , contracte quelque chose des formes inélégantes et des couleurs un peu . grossières de ses modèles. C'est avec cette vue raccourcie et ces moyens dégénérés qu'il compose deux longs poèmes , l'un sur l'insipide manie d'un vieux médecin qui ne vit que de gazettes, et l'autre sur la mesquinerie d'un riche abbé commendataire qui tient un enfant par procureur, afin d'en être quitte à meilleur marché. Voltaire aussi vécut loin de la capitale, et beaucoup plus loin , beaucoup plus long-temps surtout que Gresset : mais, quelque part qu'il fût, il avoit sans cesse les yeux attachés sur Paris ; il écrivent toujours sur les hommes ou pour les hommes qui Fhabit oient. Une seule fois il eut la malencontreuse

idée d'abaisser son génie à peindre les rivalités, les dissensions et les ridicules de la bourgeoisie de Genève ; et son génie l'abandonna tout-à-fait dans l'exécution de ce projet* Sans parler des fureurs indignes de lui auxquelles il se livra dans son poème contre J.-J. Rousseau, les amours de Rdbert Govelle, et Pallard, et Dolot, et Brognon, et Flournois, parurent des événements et des héros d'une extrême insipidité*

Les opinions , les principes de Gresset n'étoient pas moins soumis que son imagination et son talent à l'empire des liaisons et des circonstances* Fort dédégoûté du noviciat des Jésuites, et lié d'amitié avec quelques pères , tels que Brumoy et Bougeant, qui auraient peut-être bien voulu n'être encore que novices comme lui, pour avoir la liberté de ne se pas faire profès, il témoigna, dans tous ses premiers écrits, l'aversion la plus décidée pour la bigoterie , le rigorisme et les momeries monacales* Un critique estimable en a fait la remarque avant moi; à celle époque,, les écrivains sceptiques et même incrédules étoient sa lecture favorite. Décrivant la petite bibliothèque dont sa Chartreuse étoit décorée, Je vois, dit-il,

Je vois Saint-Réal et Montagne Entre Sénéque et Lucien ; Saint-Evremont les accompagne \

et plus loin , il parle des Lettres Persanes en homme qui les avoit souvent entre les mains. Voilà, il faut l'avouer, un étrange choix de livres pour un jeune religieux : c'étoit avoir, en auteurs esprits forts , à peu

près tout ce que l'époque fournissoit. Gresset, lancé dans le monde quelques années après, lorsque l'esprit philosophique commençoit à y dominer, se façonna sans peine à des idées qui n'étoient pas entièrement nouvelles pour lui, Alzire, en l'honneur de qui il fit de jolis vers*, ne lui parut pas trop philosophe; et lui-même alors consigna, dans plusieurs pièces, des principes de philosophie politique et religieuse dont Voltaire n'a pas surpassé l'audace. Qu'on lise, si Ton en doute , l'épître XVH« sur l'Égalité, et celle qui a pour titre F Abbaye. On retrouve dans celle-ci tout ce qu'on a jamais dit de plus amer, de plus véhément et de plus injurieux contre les cénobites, leur inutilité, leur opulence scandaleuse, leurs débauches plus scandaleuses encore, l'imbécillité de ceux qui, après avoir confié femmes et filles à la chasteté des moines, léguoiènt, en mourant, des trésors à leur pauvreté, etc. , etc. , etc. Le poète termine sa longue invective par ce souhait prophétique que nous avons vu s'accomplir :

Pour l'honneur de l'humanité , Malgré cet empire durable De» erreurs que l'antiquité Marque de son sceau vénérable , J'ose croire qu'un temps Tiendra ' Où tant de richesses oisives

Que le monachisme enterra.

Cesseront de rester captives, Et qu'on reverra de ces biens Couler enfin les sources vives Sur les utiles citoyens.

Il y a loin sans doute de ce langage k celui que tenoit,

quelque» années ensuite, l'ouaille dévote 'du saint évê T que d^Amiens. Ce fut une disgrâce un peu mondaine qui opéra la conversion de Gresset. Répondant , en qualité de directeur de l'Académie, au discours de réception de d'Alembert , il inséra dans le sien une tirade fort épigrammatique contre les évêques qui ne résidoient pas. Les prélats de cour s'étant plaints, la tirade fut supprimée; et, lorsque Gresset alla, selon l'usage, présenter son discours à Versailles, le roi lui tourna le dos comme à un homme atteint et convaincu de philosophie. Le pieux évêque d'Amiens , la Mothe-d'Orléans , profitant habilement de la circonstance, fit voir à Gresset la religion qui lui ouvrait les bras pour le consoler d'avoir déplu au roi, et peut-être pour l'aider à réparer ce malheur. Gresset le crut, abjura lu théâtre, se livra aux sentiments et aux exercices de la plus stricte dévotion , et enfin obtint du successeur de Louis XV, un accueil et des faveurs qui durent lui faire oublier les rigueurs de ce prince. Je ne puis m'empêcher de faire mention , à ce sujet , d'un Eloge de Gresset que j'ai entre les mains , et dont l'auteur est le trop fameux Robespierre, Ce morceau, d T une littérature fort commune, est curieux eti ce qu'il respiré l'amour de la religion et de l'autorité établie. H y est fait un magnifique éloge des vertus apostoliques de l'évêque d'Amiens , et des vertus royales et paternelles de ce même Louis XVI que, sept ans après , le panégyriste envoyoità Péchafaud. Le parti que Gresset prit d'abjurer le théâtre et de détruire ses ouvrages profanes , y est célébré comme l'action d'un chrétien qui fait son de-

voir sans se mettre en peine des sarcasmes des indévots; et, enfin, il y a des déclamations fort édifiantes contre ce débordement de doctrines désolantes et audacieuses, qui a renversé toutes les digues que les moeurs et la religion avoient opposées à nos passions. Madame de Genlis a écrit que Gresset étoit supérieur à Voltaire dans la poésie fugitive. Jamais l'esprit de parti n'a dicté un jugement plus faux, plus inique. Qui jamais a eu plus d'esprit que Voltaire, a mieux possédé Fart de badiner avec grâce, d'être familier sans impertinence, flatteur sans bassesse, et galant sans fadeur , de glisser légèrement sur la surface des objets, en lançant quelquefois de ces traits qui en pénètrent toute la profondeur r de passer avec rapidité , mais pourtant sans brusquerie , d'une idée à une autre , de varier son style et son ton, suivant la convenance du sujet qu'il traite et la personne à qui il s'adresse , de saisir et de faire éclater des rapports ou des. contrastes inattendus entre les choses les moins susceptibles, en apparence, de rapprochement ou d'opposition; qui , en un mot, a jamais réuni au même degré la facilité brillante , l'aimable liberté , la gaieté vive et légère, la piquante variété, l'heureuse négligence et le mol abandon qui doivent caractériser la poésie fugitive? « C'est, de tous les genres, dit La * Harpe , celui où Voltaire a été le . plus original , « qu'il s'est le plus particulièrement approprié , dans « lequel il a eu un ton que personne ne lui avoit donné, « et que tout le monde à voulu prendre , enfin où il a « prédominé, de l'aveu même de l'envie, qui consent « quelquefois k vous reconnoître un mérite, pour pa-

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« roître moins injuste , quand elle vous refuse tous « les autres. »

Il y a de belles places après Voltaire dans la poésie légère ; et, sans contredit, Gresset occupe la plus distinguée. Il a beaucoup d'esprit; mais cet esprit n'est remarquable ni par l'étendue ni par la profondeur. Il se joue, avec infiniment de souplesse et de grâce, dans le cercle des idées communes ; mais la diversité des formes, et l'étonnant amas des expressions les plus ingénieuses, n'empêchent pas de sentir, jusque dans ses plus riches productions , un peu de monotonie et de stérilité. En général, les ouvrages de Gresset sont composés avec une grande économie de pensées , et une extrême prodigalité de mots. La satire des vains plaisirs du grand monde mis en opposition avec les jouissances réelles de la solitude, celle des mœurs brillantes et corrompues du siècle comparées aux mœurs simples et pures du bon vieux temps , celle des épais ridicules de la pédanterie et des impertinents travers de la fatuité, enfin l'éloge de la paresse, de l'indépendance et de la vie champêtre, voilà les lieux communs qui composent, presque en entier, la philosophie poétique de Gresset. C'est avec beaucoup d'art, et surtout de talent naturel , qu'il sait quelquefois enrichir Pindigence et rajeunir la vieillesse de ce fonds d'idées vulgaires et rebattues; l'heureuse nouveauté des tours, des figures et des locutions, inventés par lui , étend un vernis brillant sur des peintures tout usées, et en fait revivre les couleurs. Pourquoi faut-il qu'on ait à lui reprocher d'employer trop souvent les mêmes formes , et surtout d'en faire un usage ii. 16

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trop prolongé? Il procède habituellement par rénumération ; et l'abus de cette figure n'est , nulle part , poussé plus loin que dans la Chartreuse, la meilleure de ses épîtres, préférée même à Vert-Vert par J.-B. Rousseau. Le poète s'écrie :

Calme heureux! loisir solitaire!

Quand on jouît de ta douceur.

Quel antre n'a pas de quoi plaire?

Quelle caverne est étrangère ^ Lorsqu'on y trouve le bonheur , Lorsqu'on y vit sans spectateur, Dans le silenee littéraire , £001 de tout importun jaseur, Loin des froids discours du vulgaire, Et des hauts tons de la grandeur?

Et de là il part pour décrire (non pas durant cent cinquante vers , comme le prétend La Harpe , mais en quatre-vingts, ce qui est bien suffisant) tous les ridicules dont il faut se tenir loin pour vivre heureux ; et tous les membres de cette période, qui couvre trois grandes pages in-8°, commencent régulièrement par cet éternel loin de, dont la répétition finit par être importune. La même pièce abonde en exemples pareils* Ici ,

C'est cette montagne empestée OU la fou}e toujours crottée Des prestolets provinciaux Trotte sans cause et sans repos.

Là,

Ce sont les aimables demeures Où l'on coule de «douces heures.

Et chacun de ces deux où va se multipliant, jusqu'à

ce que soit entièrement épuisée l'énumération des choses ou des personnes qui rendent l'un de ces séjours détestables, et des passe-temps variés qui font de Fautre un lieu de délices. Toutefois, au milieu de celte uniformité et de la monotonie qui en résulte inévitablement, on ne sauroit trop admirer la facilité avec laquelle le poète déroulé ces longues 1 séries de circonstances ; l'inépuisable abondance d'expressions à Faide de laquelle il différencie la peinture de mille objets analogues toujours prêts à se confondre; cet heureux choix défigures, d'épithètes et d'oppositions, qui, comme autant de coups de pinceau , donnent des traits , de la couleur et de la physionomie aux ridicules les plus abstraits ; et principalement cet art d'enchaîner tant d'images distinctes , de les opposer , de les graduer selon l'effet qu'elles doivent produire ; en même temps , de balancer les parties de la période poétique, de ltes disposer de manière qu'elles s'entrelacent sans confusion et se développent sans effort; de soutenir toute la période elle-même, en variant les effets de l'harmonie; enfin, de satisfaire à la fois l'esprit et l'oreille par une savante distribution des accessoires de Tidée, des membres de la phrase et des sons du langage.

La malice étoit peut-être la qualité dominante de l'esprit de Gresset. Il doit ses plus heaux succès à des genres où elle est de mise et même de rigueur, tels que la comédie , l'épopée badine et le conte. L'épître, qui n'a pas de caractère propre, reçoit ordinairement l'empreinte du caractère ou de la situation de Fauteur. Or, la plupart des épîtres de Gresset sont éminemment

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malignes ; les traits épigrammatiques y sont mêlés aux sentiments doux dans une telle proportion, que quelques unes méritoient aussi bien le nom de satires que celui d'épîtres. Vivement frappé du ridicule , il le stigmatisoit, si je l'ose dire ainsi, avec une rare et surprenante causticité d expressions. On a beaucoup parlé de sa manière; mais personne, que je sache, n'a encore tenté de la définir. II ne seroit cependant pas -impossible de décrire quelques uns des procédés particuliers dont elle se (Compose. Un des artifices qui s'y font le plus remarquer est, selon moi, l'alliance des termes abstraits et de ceux qui expriment des objets physiques , comme dans ces quatre vers :

L'ignorance en petit manteau , La bigoterie en lunettes , La minauderie en cornettes, Et la réforme en grand chapeau.

Ailleurs il parle des ennuis en maroquin, et de X ennui par souscription. Il fait un emploi fort piquant de l'adjectif et de l'adverbe; ses épithètes particulièrement qualifient toujours les choses d'une manière très ingénieuse; il se plaît à donner aux objets tout matériels, des qualifications métaphysiques, empruntées du caractère ou de la façon d'être des personnes à l'usage de qui sont ces objets. Ainsi il appelle la rue Saint- Jacques une rue pédantes que; et, dans la même épkre, il redouble cette espèce # de taétonymie qui transporte sur la chose l'idée qui ne convient qu'à la personne, en disant le bruit des bancs opiniâtres y à propos des écoles de théologie. On pourroit encore analyser quelques autres secrets habituels de sa die-

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tion ; mais ce serait un soin moins profitable peut-être que fastidieux , à cause des longues explications qu'il nécessiterait. Tous les lecteurs attentifs de Gresset ont, depuis long-temps, senti et remarqué, dans ses ouvrages, des acceptions, des alliances et même des créations de mots qui lui sont propres, et dont le retour plus ou moins fréquent lui donne celte physionomie originale et vraiment individuelle qui le distingue de la troupe assez uniforme de nos poètes légers et fugitifs. C'est là ce qu'on est convenu d'appeler la manière de Gresset : cette manière n'est pas exempte d'une sorte d'affectation et de néologisme , sinon de mots , du moins de phrase ; et , ce qui est plus extraordinaire encore, elle emprunte quelque chose du vocabulaire et du ton de ce persiflage tant décrié par le poète lui-même. On la trouve plus ou moins marquée dans tous ceux de ses écrits qui n'appartiennent point au genre noble; elle existe dans tè Méchant, qui n'en est pas moins considéré avec raison comme tin chef-d'œuvre de style, et où, loin de nuire à l'illusion comique, elle ajoute un trait de plus a la vérité du costume, puisque le langage antithétique et brillant convient parfaitement à un homme tel que Cléon , et aux deux ou trois autres personnages qui se sont modelés sur lui. On peut remarquer honorablement , pour le goût du poète , que tout le rôle d'Ariste est écrit avec beaucoup plus 4e franchise et de simplicité. Le propre de tout ce qui est manière en poésie, est de se renforcer avec l'âge, est de dégénérer par l'exagération. Gresset, dans ses derniers ouvrages , a "beau vanter plus que jamais si naïveté

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agreste et son franc-parler gaulois; c'est en, style plein d'apprêt, de recherche et de bizarrerie qu'il fait briller satiriquement les phosphores du petit bel-esprit, bruire les bombes et } les petits volcans du ton exalté; enfin r pétiller et sautiller à la ronde des bouquets d'artifices, et les lampions resplendissants du ramage, du partage, du verbiage , du papillotage, de Ventortillage, et enfin du*persiflage moderne. On se souvient qu'en 1 774 , il vint débiter devant l'Académie une longue et chagrine diatribe contre tous les vices du langage à la mode. On peut croire .que, pour en mieux dégoûter le public, il avoit imaginé d'en donner une imitation exagérée : ce fut en jargon véritable qu'il fit la satire du jargon ; et si, dans l'imprimé, les caractères italiques ne distin* guoient pas les expressions ridicules citées par lui, elles se confondraient tout naturellement avec celles qu'il emploie pour son propre compte. Gresset, modèle séduisant et dangereux , avoit peut-être à se reprocher en partie la corruption de style et de goût dont il venoit faire des plaintes si amères : il étoit plus facile d'altérer sa manière en la copiant, et d'en changer les agréments en défauts, que de faire une excellente comédie de mœurs comme le Méchant, et un charmant badinage tel que Fer t- Fer f.

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