‹ Mélanges philosophiques et littéraires, Volume 2Chapitre 20 sur 40 · CAPUCIN ET POETE. SA V1B EXTRAORDINAIRE ET SA PIN DEPLORABLE · texte numérisé non relu

CAPUCIN ET POETE. SA V1B EXTRAORDINAIRE ET SA PIN DEPLORABLE

- ANAiitsS de sa QUÈTB DIT BLÉ. — pl* concourt pour le prix

f JSER> ELQRAtJX. — RARTMV LAMWtS A CE SE JE T.

♦ Ois sait qpe Voltaire reçut du généra! des capucins, ^, Roms v lç patent de frère spirituel et père tempçrql Az$ capucins. Cette promotion porta bonheur à .l'ardre, séraphique, JJ n^voit encore, que je sache, fourni aucun poète au Parnasse François ; peu avant la révolution, il yit s'élever dans son sein un religieux 4c 1& réforme 4e Voltaire, c'estrà-dtre un capucin qui sacrifioi^au muses et aux grâces, Il se nowmoit le P, Venanc$,,>et habitait le Languedoc. On eût dit qu'en tnprçtpan^ de l'esprit, il violoit le plus saint de ses yorm? ; ^es supérieurs > jaloux d'un mérite qui sembloit effacer l'éclat de leurs dignités r l'en punirent par des mortifications et des exils; ils lui donnoient les corvées les plus dures, ils Fenvoyoient dans les capucinières les plus triste» -«fr4es plus sauvages. Si les bons pères avoient eu une maison à Tomes en Sarmatie, on ne peut douter qu'à l'exemple d'Auguste, ils n'eussent relégué dans cette terre barbare le capucin

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vraiment indigne qui osoit marcher su? les. trapçs dç ce païen d'Ovide* Au qombre çfc ses persécuteurs étoit ce vil Chabot, qui a figuré si affreusement dans les crimes révolutionnaires. Venance trouva des protecteurs : oçt s'adressa , pour lpi faire obtenir sa sécularisation, au cardinal de Berais, qui devpit naturellement prendre intérêt à un jeutie religieux persécçté pour des vers 9 lui que la poésie galante avoit fait écarter des plus chétift bénéfices, avant qu'elle le fît parvenir au ministère et au cardinalat. La révolution arriva : le P. Venance, redevenu Dougados, en embrassâtes principes avec toute l'ardeur d'un captif qui yoit brider sfs fçrs et démolir sa prison. Une princesse polonoise voulut l'eipweqer dans son pays en qualité dç secrétaire, aux appointements^ de mille écus. Il la suivit jusqu'à Nice, où, il k quitta pour rentrer en France. Successivement profes3eur d'éloquence à Per pignon , et adjudant-génial à l'armée des Pyrénées- Orientales, U fut arrêté en \ 793 , amené à Paris devant le tribunal révolutionnaire, et conduit à l'échafôud, pour avoir, dit-on, plaidé la cause de l'humanité, et sauvé quelques députés proscrits , du parti qu'on nommoit Girondin : il avoit alors trente ans. On prétçiKJ qu'il fut surtout victime de la haine envieuse que Chaboi, qoju{rissoit contre lui, à cause de ses anciens succès en poésie : ainsi il est peut-être vrai que ce malheureux; jeune ^pmme paya de sa tête le crime devoir autrefois Messe l'orgueil d'w «^pucin,, par quelques jolis vçrs, vantés dans qijelques $pçjétés et loijés, dajis qtjeU ques journaux.

L4 pièce la plus célèbre et la plus considérable <fci

capucin-poète est intitulée la Quête du blé: elle est en prose et en vers, à la manière du Voyageât Chapelle et de Bachaumont.

Cest dans l'automne de 1 786, après la moisson, que le P. Venance fît celte quête dont il a décrit les incidents :

Chaque individu séraphique, Docile aux vœux que nous faisons , S'en va, percha sur sa "bourrique , Quêter' du grain et des affronts.

Venance étoit donc monté sur un âne. Il avoit k ses côtés un bonhomme nommé Bertrand. À cela près qu'il voyageoij h pied , Bertrand étoit le vrai Sancho- Pança de cet autre don Quichotte : il avoit quitté sa femme pour courir les aventures ; il en trouvoit quelquefois d'assez lamentables , et tous les gîtes n'étoient pas également bons. Le quêteur et son compagnon furent hébergés dans plus d'un château : le capucin mangeoit avec les maîtres; mais ici on lui faisoit un accueil aimable, et là une réception dédaigneuse; le bel esprit, le plaisant, le persifleur en titre des environs lui décochoit de plates épigrammes , aussi anciennes que l'ordre de Saint-François ; et, tout en mangeant, le malin quêteur ribit dans sa barbe de l'impertinente fatuité du personnage. Un curé fît'à notre capucin exactement la même réception que le rat retiré du monde aux députée de Ratopolis. On se ruoit en cuisine chez lui; et d'appétissantes vapeurs trahissoient les préparatifs d\m grand repas. Le quêteur frappe à la porte; on

n'ouvre pas : il redouble ; le curé et sa gouvernante délibèrent; enfin, le curé, .*

Trapu , ventru , joufflu , chapeau rond sur la tête , Se présente a ses yeux d'un air maussade et béto,

et le congédie en lui disant : Que le ciel vous assiste !

Si le P. Yenance savoit saisir avec justesse et peindre avec gaieté les ridicules qui s'offroient à lui, les agréments les plus fins, les grâces les plus déliées d'une jolie femme n'échappoient pas davantage à sa pénétration, et ne se reproduisoient pas avec moins de vérité sous son pinceau. Il n'est pas commun , même parmi les gens du monde les plus habiles à juger et à définir la beauté , de rendre l'impression qu'elle produit sur l'ame çt sur les sens , avec l'ingénieuse délicatesse qui respire dans plusieurs passages de la Quête.

Après cette piècç , le morceau le plus important est une élégie, intitulée V Ennui, qui, en 1778, concourut pour le prix des Jeux Floraux. On assure qu'elle auroit obtenu ce prix dont elle étoit digne, si l'on n'y eût. pas trouvées idées trop hardies pour un capucin. Il me semble que les juges dévoient connoître seulement du mérite de l'ouvrage , et nullement du caractère des idées relativement à la profession de l'auteur; il suffisent que ces idées ne fussent pas de nature à scandaliser le public et à exciter l'animadversion du gouvernement : le reste étoit une affaire de discipline conventuelle, qui n'avoit rien de commun avec les bienséances académiques. Les supérieurs du P. Vcj

' nanceauroient-ilseu assez de crédit auprès àesmàîtfes en la science gaie, pour les déterminer à causer cette humiliation au jeune franciscain , quj avoit enfreint son vœu d'humilité çn aspirant à la gloire littéraire, et qui surtout , en choisissant Y Ennui pour sujet de ses vers , sembloit avoir voulu exhaler et inspirer aux autres le dégoût de la vie monastique? Quoi qu'il en soit, l'élégie fit une grande sensation dans le monde ; quatre eu cinq académies de province Vém^ressèrerit d'inscrire sur leur liste le poète qu'une autre aeadé^ mie venoit de sacrifier a d'înjuétes considérations ; tous les beaux esprits du Languedoc, de la Provenbe, de la Gascogne et du Dauphiné s*évertuèrent pour décorer, comme ils disoient , le capuchon de saint François des myrtes de Cythère et des lauriers du Permesse; enfin, pour comble de gloire r la Gazette de France y que charitablement on avoit priée de déchirer l'ouvrage , en fît un éloge magnifique. Alors, il fut bruk plus que jamais du capucin qui àvoit de l'es^ prit et qui faisoit des vers; et , en vérité , tous les au-* très capucins durent être peu flattés du ton de surprise avec lequel on s'éntretenoit de ce phénomène. On peut croire que leur jalousie n'en fut pas diminuée : aussi est-ce de ce moment que datent .les. plus vives persécutions qu'ait éprouvées le P. Venance. 11 n'en devint lui-mêtae que plus ardent à lès mériter, c'eàt-à-dire à composer des vers. On porte à près de quatre cents le nombre* des pièces fugitives échappées à sa muse facile: beaucoup furent insérées , sans nom d'auteur, dans les recueils périodiques , où il est devenu impossible de les distinguer des autres pièces anonymes. Celles qu'on

a rassemblées sont presque toutes authentiques ; elles ont d'ailleurs le même caractère , peu de variété dans les idées et de poésie dans l'expression , mais une mélancolie douce et une négligence qui n'est pas sans charme.

280 UTTERÀTUBE.— POESIE.

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