‹ Mélanges philosophiques et littéraires, Volume 2Chapitre 30 sur 40 · ENTRE LE MERVEILLEUX DE LA MYTHOLOGIE ET CELUI DE LA FEERIE · texte numérisé non relu

ENTRE LE MERVEILLEUX DE LA MYTHOLOGIE ET CELUI DE LA FEERIE

Les aventures de Psyché sont, comme on sait, un épisode du fameux roman d'Apulée , intitulé les Métamorphoses, ou VAne (F Or, et, suivant Photius, emprunté, ainsi que le Lucius ou Y A ne de Lucien , à un certain Lucius de Patras, dont l'ouvrage n'est pas venu jusqu'à nous , et qui lui-même, à ce qu'on présume, en avoit puisé le sujet dans ces fables milésiennes et sybaritiques dont les anciens faisoient leurs délices. L'histoire de Psyché ne faisant pas partie de l'ouvrage de Lucien , tout porte à croire que c'est Apulée qui a imaginé ce charmant épisode ; si Lucien l'eût trouvé dans les Métamorphoses de Lucius de Patïas, il ne l'eût sans doute pas dédaigné. Quel qu'en soit l'auteur, jamais l'antiquité, si féconde en aimables mensonges, n'a rien créé de plus touchant et de plus gracieux. Chez les modernes, tous les arts se sont emparés de cet heureux sujet; la poésie, la peinture, la musique et la danse , ont à l'envi consacré les infortunes et le triomphe de Psyché. Deux fois Raphaël

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les retraça dans une suite de tableaux , et ensuite de dessins où éclate son style noble et pur. La Fontaine les raconta dans un roman mêlé de vers et de prose , ouvrage plein de charme, où la grâce naïve et le mol abandon font excuser quelques longueurs , quelques reflexions froidement badines ou sérieuses , par lesquelles Acante, Ariste etGélaste, interrompent le récit de leur ami Polyphite. Molière, Corneille, Quinault et Lully, associèrent leurs génies si différents pour donner en spectacle à Louis XIV et à sa cour, les aventures merveilleuses que La Fontaine venoit de remettre en honneur; et Corneille, déjà auteur <KJgésilas et $ Attila, fut assez bien inspiré par le sujet pour composer des vers tendres et mélodieux que Fauteur d!Armide et d!Atys n'a peut-être pas égalés. Un siècle après, M. l'abbé Aubert, assez heureux disciple de La Fontaine, eut la malencontreuse pensée de vouloir corriger son maître, et, substituant aux aimables négligences du bonhomme l'apprêt d'une froide et ennuyeuse médiocrité ,

Fit sa Psyché qui resta chez Moutard. *

Enfin, de nos jours, la chorégraphie a transporté de nouveau la fable de Psyché sur le théâtre des enchantements , où sa véritable place est si bien marquée que, suivant Lamotte, ce sujet eût pu lui seul faire inventer l'opéra ; et récemment un des premiers peintres de notre école, M. Gérard, lui a dû le motif d'une de ses plus délicieuses compositions.

Si Molière et La Fontaine étoient les seuls parmi nous qui eussent traité le sujet de Psyché, quelques h. 24

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personnes pourroiept avoir encore besoin qu'on le leur expliquât; mais heureusement la littérature des ballets est à la portée et à l'usage de tout le monde : les pas de M. Gardel ont plus fait pour la réputation de^ Psyché que les vers de nos plus grands poètes. Laissant donc là le sujet en lui-même , je me bornerai à quelques observations accessoires. Je rappellerai d'abord que Fui gens, évéque de Carthage, et, depuis lui, quelques autres rêveurs, ont Voulu voir une allégorie morale dans la fable de Psyché. Chacun d'eux l'a expliquée h sa manière; et rien n'est plus ridicule que toutes ces explications : on peut les comparer à celles de la Lwiade par du Perron de Castéra, et de la Jérusalem délivrée par le Tasse lui-même , qui , Dieu merci , n'y songeoit pas lorsqu'il fit son poëme. 11 ne seroit pourtant pas impossible qu'Apulée, philosophe platonicien, eût voulu en effet cacher quelque sens moral sous les voiles de la fiction : le nom de Psyché qui veut dire âme, et les noms également allégoriques de quelques suivantes de Vénus , telles que V Habitude T Y Inquiétude et la Tristesse, Sembleroient indiquer ce dessein. Une chose plus certaine, c'est que la fable de Psyché tient juste le milieu entre le merveilleux des temps anciens et celui des temps modernes : d'un côlé , les dieux de la mythologie y figurent ; de l'autre , plusieurs êtres insensibles ou naturellement privés de raison , y paraissent, doués de ces facultés surnaturelles que l'on comprend sous le nom de féerie. C'est un roseau, c'est un tour qui parle et avertit Psyché des dangers qu'elle court; c'est une fourmi qui va appeler toutes ses compagnes pour rem-

Go-

plir, à la place de Psyché, une tâche que Venus lui a donnée, et qui consiste à diviser un énorme monceau de graines différentes en autant de tas qu'il y a d'espèces. Assurément cette fourmi , cette tour et ce roseau , sont fées y comité le Chat botté et la clé de la Barbe-Bleue : ce n'est pas tout , on jureroit que les auteurs des contes de ma ^mère l'Oie ont pris dans Apulée leur fameux début : // était une fois un roi et une reine. L'épisode de Psyché commence justement ainsi : Erantin quâdam civitate rex et regina.

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