‹ Mélanges philosophiques et littéraires, Volume 2Chapitre 5 sur 40 · JUGEMENS SUR CES DIFFERENTS POEMES · texte numérisé non relu

JUGEMENS SUR CES DIFFERENTS POEMES

M. de Saintange, élu membre de l'Institut, après tant d'années de vœux et de sollicitations, avoit bien raison de ne regarder cette qualité nouvelle que comme

un titre à inscrire sur sa tombe. Elle ne devoitguère servir en effet qu'à orner son épitaphe. OnJa lit aussi sur le frontispice du volume dont je vais rendre compte; mais ce volume n'a, je crois, paru que depuis la mort de l'auteur; or, le frontispice d'un livre posthume diffère bien peu d'une inscription funéraire. Ovide, que son exil , considéré par lui comme une mort véritable, avoit empêché de corriger et de mettre lui-même au jour ses Métamorphoses , disoit :

Non sunt hœc édita ab ipso , Sed quasi de dominijunere rapta sut.

« Ces vers n'ont pas été publiés par le poète lui-même ; « ils ont, pour ainsi dire, été sauvés de son bûcher. » La touchante réflexion d'Ovide s'applique avec une triste justesse au dernier ouvrage de son interprète : il n'y a point ici de pour ainsi dire, et le mot fanas, funérailles, n'est pas une figure.

Traducteur plus ou moins heureux des Métamorphoses, des Fastes et de XArt <t aimer, M. de Saintange ne souhaitoit de vivre encore quelque temps que pour compléter, par \è Remède â amour, la traduction des poèmes de son auteur chéri. Il sembloit dire avec Virgile:

Extremum hune, Arethusa, mihi concède laborem.

« O ma Muse! encore ce dernier poeme. v » Et sa muse l'a exaucé, puisqu'il a pu laisser, avant de mourir, une traduction du Remède d'amour. Jusqu'ici rien de plus touchant. Mais je vais , je le sens , changer un peules dispositions mélancoliques où mes lecteurs se

trouvent vraisemblablement d'après ce début , en leur apprenant de quelle manière M: de Saintange s'y est pris pour s'acquitter de son dernier vœu. Ce n'est point sa muse qu'il a invoquée pour cela; c'est la muse d'un autre. Voici le fait t il existe une traduction en vers de-P^rl (S aimer et du Remède d'amour, imprimée pour la première fois en 1751 , k Paris, sous le titre d'Amsterdam, Cette traduction, sans être rare, est assez peu connue : Fauteur l'est moins encore , puisque son nom a échappé à toutes les recherches dubibliographe à qui nous devons le Dictionnaire des Anonymes. L'ouvrage, tombé manuscrit entre les mains de je ne sais quel pirate littéraire, fut publié par lui avec de nombreuses corrections de sa façon. Le fils de l'auteur, digne héritier, dit-on, des talents de son père dans les lettres , fut indigné de ce que l'éditeur , en s'appropriant, sinon la gloire, du moins le produit de l'ouvrage d'autrui^ avoit encore eu la témérité de l'altérer ; et il exigea de lui que tous les passages changés fussent rétablis dans un errata placé en tête du volume. Cet errata de sept pages prouve que souvent l'éditeur avoit violé les lois du goût bien plus ouvertement encore que les droits de la propriété. Par exemple , à ce vers littéral et élégant à la fois :

Je suis PAutomédon , le Tiphys de l'amour,

il avoit platement substitué celui-ci :

Je suis Àutomédon et Tiphys en amour.

Soixante ans après cette aventure, M. de Saintange,' craignant apparemment d'arriver au terme de sa vie

ayant d'avoir atteinl celui de ses travaux , et se croyant d'ailleurs k couvert, par la prescription, de toute réclamation de la part des héritiers directs et collatéraux de l'ancien traducteur, commença par mettre fortement son ouvrage à contribution dans sa traduction de X Art d'aimer, publiée en 1807- Toutefois, il crut devoir en faire ainsi mention dans sa préface : « Cette « imitation n'e9t pas sans mérite; la versification en « est foible et diffuse, mais facile et naturelle, et la « rime y est presque toujours riche. On y rencontre « des vers si heureusement rendus, qu'il est impos- « sible de les rendre d'une autre façon, quand on veut « traduire avec exactitude. Dans ce cas , j'ai mieux « aimé les prendre sans scrupule, que d'user mon « cerveau a chercher une manière différente qui, sans « doute , n'eût pas été aussi bonne. » Il avoit donc rencontré bien souvent de ces vers-là; car il en prit un nombre qu'on peut , sans exagération , évaluer au huitième de l'ouvrage : c'étoit, en effet, agir sans scrupule, et ménager beaucoup son cerveau. L'observation n'en fut pas faite alors, au moins publiquement, soit que trop peu de personnes connussent l'ancienne traduction , soit qu'on craignît de trop affliger lé plus souffrant et le plus susceptible des poètes : j'ose dire que je gardai le silence par ce dernier motif. Mais aujourd'hui rien n'engage plus* à 9e taire sur ce point ; j'apprendai donc au public que M. de Saintange, après avoir emprunté à l'auteur anonyme une grande partie AeV Art d'aimer, lui déroba presque en totalité celle du Remède d'amour, et que, si, la première fois, il trouva convenable de faire un aveu adouci des obliga-

lions qu'il lui avoit , la seconde fois il jugea prudent de garder un silence absolu sur le larcin qu'il lui avoit fait.

Il est assez bizarre que, s'étant fait une sorte de point d'honneur dé compléter la traduction des poèmes d'Ovide, il ait cru remplir cet engagement pris avec lui-même, en copiant les vers d'un autre. Au reste, cela ressemble beaucoup à la manie qu'ont eue quelques gens fort riches , de voler des bagatelles, pour le seul plaisir de voler. M. de Saintange , quoique déjà très inférieur à lui-même, pouvoit aisément terrasser l'ancien traducteur, sans le dépouiller. Quoi qu'il en soit, ses Métamorphoses demeurent un fort bel ouvrage; et l'on sera long-temps, je crois , avant de découvrir le traducteur à qui il les a prises.

Le Remède d? amour! I)'après ce titre, on pourrait croire que le même poète dont la muse ingénieuse et libertine avoit enseigné à la jeunesse romaine l'art d'aimer, de plaire, et surtout de jouir, revenu des folles erreurs de sa jeunesse , et effrayé des progrès de sa doctrine voluptueuse, conçut et exécuta sérieusement le projet de composer un remède , un antidote contre le doux poison de ses préceptes. Ovide lui-même craignit que le titre de son nouveau poëme n'en donnât cette fausse idée ; et il n'eut rien de plus pressé que de la prévenir ou de l'écarter. Il feint que l'Amour s'y trompe le premier , et il se hâte de Le désabuser; ce début vif, animé et spirituel, mérite d'être cité :

Cupidon avoit lu le titre de mon livre ;

Eh quoi ! dit-il , la guerre ! Ovide me la livre !

— Qui? Moi ! contre F Amour m' apprêter au combat!

Dieu chéri ! moi qui fus tant de fois ton soldat!

Suis je un fils de Tydée? Ai-je , en blessant ta mère ,

Insulté , par mes ris , à sa douleur amére ?

De vulgaires amants , d'un feu mal allumé

Ont connu les tiédeurs : moi ; j'ai toujours aimé ;

Et , si tu yeux encor, ce jour, cette heure même ,

Savoir ce que je fais, je te dirai que j'aime.

Que dis-je? J'enseignai les leçons de ton art :

L'amour n'est plus un jeu que régie le hasard.

Ne crains pas que jamais ton poète t'outrage :

Je ne viens point ici détruire mon ouvrage.

Quel est donc l'objet. du poëme? C'est tout simplement d'empêcher ceux que l'amour rend trop malheureux, de s'abandonner à leur désespoir jusqu'à prendre le parti de se poignarder ou de se pendre. Ovide ne veut pas autre chose : il indique à ces victimes dune passion funeste plusieurs moyens d'y faire diversion, tels que les travaux et les plaisirs de la campagne, la chasse , les voyages , etc. ; mais , de tous ces remèdes , le plus efficace à son gré , celui dont il préconise le plus hautement la vertu, et dont il recommande le plus fortement l'usage, c'est l'abus du plaisir jusqu'à la satiété, ou tout au moins la pluralité des maîtresses. Ce n'est pas une médecine bien sévère que celle qui défend la diète et prescrit les excès; Ovide se vante quand il dit : '

Mes préceptes sont durs, j'en Conviens avec vous.

Darajatemur esse. En tout, le Remède d amour est une production singulière et originale. Des critiques l'ont préféré à XArt d'aimer : M. de Saintange n'est

pas de cette opinion; j'ose ne la point partager non plus. Dans le Remède d'amour, comme dans tous les ouvrages d'Ovide, il y a beaucoup d'esprit , et souvent trop; le luxe des idées reproduites sous plusieurs formes , et des comparaisons entassées les unes sur les autres , y est quelquefois porté jusqu'à la plus fatigante profusion. Un autre abus qui s'y fait sentir, c'est celui des épisodes et des allusions mythologiques. Ce défaut, qui est un peu celui des élégiaques latins, et surtout de Properce , est peut-être plus excusable dans l'auteur des Métamorphoses , que dans aucun autre. Ces brillantes fictions qu'il avoit eu l'art de rassembler et d'unir entre elles dans un chef-d'œuvre , dévoient remplir son imagination , se mêler à toutes ses pensées, et Se placer , pour ainsi dire , d'elles-mêmes sous sa plume, quel que fût le sujet de ses vens. D'ailleurs, sa faute même semble donner un nouveau lustre à son talent, et une nouvelle matière à notre admiration : la prodigieuse facilité de son génie et de son style n'éclate jamais plus vivement que lorsqu'on le voit reproduire jusqu'à trois et quatre fois en différents poèmes , avec une singulière variété de détails, d'images, de tours et d'expressions , des aventures dont il sembloit, dans ses Métamorphoses, avoir épuisé le récit jusqu'aux plus minutieuses circonstances.

On ne peut lire les écrits d'Ovide sans chérir son aimable caractère. Les femmes de son temps peuvent avoir eu à se plaindre de ses infidélités ; celles du nôtre peuvept lui reprocher de traiter l'amour avec une légèreté coupable : mais toutes seroient forcées de reconnoître le galant homme, l'homme estimable, à

ces deux vers qu'on ne saurait trop répéter aux amants éconduits ou menacés de l'être :

Sed modo dilectam sceau est odis se pue liant; Ex'dus ingcniis convenu isUferis.

Mais ne va pas plus loin : c'est on crime odieux De kaïr un objet long-temps cher a nos yeux.

Une des choses qui honorent le plus sa belle ame , c'est d'avoir été l'ami et le panégyriste de tous ceux qui, en même temps que lui, couroient avec gloire la carrière poétique : quelques uns d'entre eux , dont les ouvrages ont disparu , ne nous sont connus que par les témoignages de son admiration. Singularité digne de remarque et d'estime à la fois, ce sont ses rivaux dans l'élégie qui ont le plus fréquemment obtenu son hommage. Avec quelle adresse ingénieuse il amène leur éloge ! avec quelle réserve pleine de grâce il s'associe lui-même à leur gloire , dans ces vers du Remède d'amour?

Je tous relègue aussi, favoris du Parnasse!

De nos feux mal éteints tous réveillez la trace. Je crains l'impression de vos écrits galants ; Et moi-même à regret je proscris mes talents.

Sans aimer, qui peut lire et Properce et Catulle ? Qui peut être insensible aux soupirs de Tibulle ? Gallus chante l'amour qui nota ses doux airs; Et même on dit aussi qu'il respire en mes vers.

Son élégie sur la Mort de Tibulle est le monument le plus touchant de cet attachement généreux et tendre qu'il avoit pour ses plus redoutables émules. Cette pièce, chef- d'oeuvre de poésie et de sentiment, est la

preuve qu'Ovide met toit, dans le langage de l'amitié, une sensibilité beaucoup plus vraie , beaucoup plus profonde que dans celui de l'amour. On seroit tenté d'en conclure que l'amour n'étoit que l'amusement de ses sens et de son esprit, tandis que l'amitié seule avoit place dans son ame : cette manière d'être n'étoit pas rare chez les anciens, et il seroit facile de l'expliquer par leurs mœurs. L'héroïde de Sapho à Phaon doit être exceptée de l'espèce de règle que je viens d'établir au désavantage des poésies erotiques d'Ovide. L'amour trahi n'a jamais formé de plaintes plus déchirantes; les souvenirs de l'amour heureux n'ont jamais été retracés en traits plus enflammés : c'est bien ce qu'Horace appelle commissi calores JE oilœ Jidibus puellœ. Il est seulement dommage que Sapho, pour toucher son infidèle, fasse tant valoir le sacrifice d'un certain amour dont Phaon devoit être plus révolté que jaloux.

A la traduction de l'héroïde de Sapho et de l'élégie sur la Mort de Tibulle, M. deSaintange a joint celle de six élégies choisies parmi celles qui portent le nom de Tristes. On a reproché durement à Ovide la fatigante monotonie, les lamentations dont elles sont remplies. Le reproche est fondé; mais une circonstance essentielle l'atténue beaucoup. Les Tristes et les Pontiqaes ne sont pas de ces compositions plaintives dans lesquelles un poète déplore des infortunes étrangères ou imaginées ; et par conséquent elles ne doivent pas être jugées tout-k-fait diaprés les mêmes règles. Ovide étoit réellement malheureux ; il adressoit dès plaintes véritables , non pas au public , mais à sa femme , à sa fille, à ses amis. Ces plaintes sont en vers; mais les

♦ers étoient la langue naturelle d'Ovide : nous savons de lui qu'il n'a voit , pour ainsi dire , jamais pu en parler une autre :

Quidquid Uirfabam scribere , vertus erat.

N'avons-nous pas un peu mauvaise grâce à trouver que, pour nos plaisirs , il n'a point assez varié l'expression des regrets amers et douloureux qu'il déposent? dans le sein des personnes qui lui étoient chères? L'affreuse réalité de sa situation n'est pas un motif pour que nous trouvions un intérêt soutenu dans des plaintes que leur uniforme continuité rend fastidieuse; mais c'en est un peut-être pour que notre goût hésite à porter un jugement trop rigoureux sur des choses qui n'étoient pas faites pour lui être soumises. Il est pourtant une de ses élégies qui a trouvé grâce devant les censeurs les plus sévères ; c'est celle qui peint cette nuit funeste où Ovide s'arracha des bras de ses amis et de son épouse, pour quitter Rome au jour naissant, et prendre le chemin de l'affreuse Scytbie. Le Franc de Pompignan en a fak une imitation dont on a gardé quelque souvenir : M. de Saint ange, beaucoup plus fidèle, n'a de comparaison à soutenir qu'avec l'auteur original, et il s'en tire assez honorablement. En général, on sent, dans la traduction de ces divers morceaux , une extrême habitude de la versification ; mais souvent le poète abuse, sans grâce et sans excuse , de cette^ facilité plutôt acquise que naturelle; à des vers de maître, il s'en mêle d'inconcevablement mauvais : on diroit que Fauteur en étoit venu à ce point de conii. 3

fiance et de satisfaction envers lui-même , que tous ses vers, depuis les moins bons jusqu'aux meilleurs , n'avoient aucune différence k ses yeux , et ne lui présensentoient plus que l'uniformité delà perfection.

POESIK LATINE. 35

- - ^ JU VENAL.

CAUSES DU DISCRÉDIT OU l' ERUDITION EST TOMBEE EN FRANCE. •— JUT&NAL COMPARÉ A «ORACE ET à PERSE.—: EXAMEN l>E L* EDITION AVEC COMMENTAIRES DONNÉE PAR M. ACHAINTRE.

On 9e plaint du discrédit et de l'espèce de désuétude où l'érudition est tombée en France depuis plus d'un siècle. On cite avec regret, avec amertume , ce temps où, sans parler du grand nombre d'hommes qui cultivoiént spécialement les lettres , tous cèut qui avoient reçu l'éducation des collèges , restaient familiarisés avec la langue des Romains et celle dès Grecs ; relisoierit , retenoient , et pouvoient citer ati besoin le texte même de leurs auteurs classiques; en tm mot, possédoient, comme d'obligation et sans pouvoir en tirer ayaqtage, un savoir qui seroit aujourd'hui de rérudition pour ceux qui s'en font un honneur et tm état. Ces plaintes et) ces regrets, qiie je veux croire très sincères et toujours exprimés par des personnes bien à l'abri du reproche qu'elles font à leur siècle , portent- sur un fait vrai, incontestable; mais l'aigreur qu'on y met quelquefois , ne me semblé pas si bien fondée. Je pense qu'en ceci, comme en beaucoup d'autres questions plus graves enccfre, on impute aux

hommes ce qui provient uniquement de la nature même des choses et des circonstances. Si de nos jours l'érudition est un mérite plus rare qu'autrefois, il n'en faut pas accuser la paresse et la frivolité actuelle de nos esprits ; il faut s'en prendre à l'état même des travaux que l'érudition a pour objet, et surtout, à l'état dé notre littérature nationale.

Le thamp de l'érudition étoit nécessairement borné : il fut d'abord défriché , retourné en tout sens par des milliers de mains diligentes. Conférer les manuscrits, rapprocher les diverses leçons pour choisir entre elles, restituer par des conjectures les passages corrompus ou mutilés , suppléer la ponctuation presque toujours omise , distinguer les interlocuteurs dans les ouvrages dialogues, écarter du texte les gloses que l'ignorance des copistes y avoit laissé glisser, ou les interpolations que Içup mauvais goût s'étoit quelquefois permises , telle fut, pendant long-temps, l'unique occupation des savants dans toute l'Europe. A 1 épuration des textes succéda ce qu'on nommoit leur illustration ., c'est-à-dire tout le cortège des scolies, des commentaires et des interprétations dans la langue même des auteurs; enfin, arriva le règne des traductions, si bien préparé par toutes les lûcubrations précédentes. Qulest-il résulté de cette marche naturelle des travaux de l'érudition? C'est que les érudits d'aujourd'hui ne peuvent plus être et ne sont plus en effet que des gens qui savent ce que' les érudits des siècles "passés ont fait; et il y a sans doute de quoi, sinon exercer beaucoup leur jugement, du moins charger considérablement leur mémoire. S'ils veulent produire quelque

chose à leur tour, il faut qu'ils tentent, &on sans risque , de commenter bu de traduire plus heureusement un classique difficile , déjà "commenté et traduit dix fois ; et, si cette audace leur manque, qu'ils se rabattent sur quelque philologue obscur ou quelque poète sans nom , dédaigné par des devanciers dont le tort nlétcdt pas d'avoir un goût trop dédaigneux. On avoueria qu'une mine si épuisée ne doit pas exciter la convoitise d'un grand nombre de travailleurs, et qu'ils sont bien assez aujourd'hui pour le peu de filons indigens qu'il leur reste encore à fouiller. Les trésors- littéraires de l'antiquité peuvent, à quelques égards, être comparés aux richesses naturelles et commerciales du Nouveau -Monde. La conquête des uns et des autres date à peu près de la même époque : les uns et les autres furent- exploités d'abord avec unfe ardeur égale ; mais le temps des découvertes et des grandes fortunes une fois passé, -on redevint fidèle au sol de la patrie, et l'on se reposa sur quelques hommes dévoués du soin d'y importer les productions d'un autre univers. C'est ainsi que les travaux de Térudition furent abandonnés par le plus grand nombre pour les compositions littéraires. * '

Cependant les écrivains et les gens du monde, à les prendre seulement à l'époque peu reculée du siècle de Louis XIV, n'àvoient point assez, pour nourrir leur esprit ou occuper leurs loisirs, des ouvrages excellents , maïs peu nombreux , peu volumineux surtout > qu'enfantoit successivement notre littérature, et de quelques chefs-d'œuvre qu'avoient précédemment donnés k l'Europe les seules littératures étrangères

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qui fassent alors un peu cultivées parmi nous, celles de l'Espagne et de l'Italie. Il étoit donc de toute né* cessite que les classiques grecs et latins continuassent à /être j ep France comme ailleurs, la lecture favorite £t les délices habituelles de tous les hommes cultivés. Quels modernes d'un assez grand mérite et en assez grand nombre jmroient pu les rendre long-temps infidèles à Homère et à Virgile, à Pindare et à Horace, à Xcjnophoi) et $ Titè-Live, etc. ? Mais, depuis un siècle, {put a bien changé pour nous. Dans cette période notre littérature s'est accrue , s'est développée d'une manière prodigieuse. Quelle masse de volumes qu'il faut lire, relire et méditer; est formée par les seuls ouvrages de flfontesquieu, de Voltaire, de Jean-Jacques J\ous$eau et de Buffon 1 Combien enspite de poètes et de prosateurs dans tous les gepres viennent, sur divers plans , se grouper autour de ces quatre écrivains fameux ! La vie la plus longue et la moins dissipée suffiront à peine à qui voudrait seulement par* çp)irir toutes les productions du dernier siècle, qui n'gnt pas entièrement mérité d'être bannies de nos bibliothèques, de notre histoire littéraire et de notre souvenir. La littérature (et j'entends ici par ce mot le percle des connoissances que doit réunir tout hpmme l^vré à la culture des letlres) a étendu sa sphère bien au-dqlà de> t>QFnes qu'elle a voit du temps de Louis XIV; les objets d'imagination et de goût la composoient presque tout entière. Aujourd'hui elle embrasse les spéculations de !a métaphysique et certaines branches 4e philosophie, qui netoient rien moins que familières aux plus beaux génies du dix -septième siècle. De

plus , elle comprend jusqu'à certain point la théorie des sciences exactes et des arts appelés libéraux , qui alors ne comptaient qu'un bien petit nombre d'adeptes* Enfin, l'acquisition des langues étrangères est venue augmenter cette somme d'obligations : l'espagnol, trop peu riche en ouvrages dignes de franchir les Pyrénées , a été promptement négligé ; mais l'anglois a pris sa place; et cet idiome difficile, au moins en poésie, devenu une des connoissances nécessaires du véritable homme «de lettres, lui a ouvert une littérature forte et abondante, qui , ai augmentant beaucoup ses jouissances , occupe aussi beaucoup d'espace dans sa vie et dans sa mémoire. L'une et l'autre sont bien bornées ; il aurok fallu pouvoir les étendre à mesure que quelque science nouvelle venoit y solliciter une place : la chose étant impossible, d'anciens objets d'instruction ont été retranchés , et d'autres réduits , pour ainsi dire, à un moindre volume. Chez quelques uns l'érudition n'a été que soumise à des lois somptu aires; plusieurs l'ont entièrement bannie : ces derniers seuls me paraissent véritablement répréhensibles.

J'aurois pu développer, et surtout motiver bien davantage cette série d'assertions que je crois incontestables ; mais j'en ai dit assez pour ceux qui sont dignes de prendre quelque intérêt k la question : je ne redoute pas les conséquences qu'ils tireront de mes raisonnements ; ils verront biep que je n'ai pas voulu faire le procès h l'érudition , mais simplement expliquer par quel enchaînement de faits elle a cessé d'être la principale occupation de nos esprits , sans qu'on dût pour cela nous taxer de légèreté et d'insuffisance.

La connoissance approfondie des auteurs de l'antiquité est restée en possession du nom respectable d'érudition ; mais , pour le nombre et la variété infinie des objets , ce seroit bien aussi de l'érudition que la science positive et complète de tout ce qui constitue la littérature moderne : si plus de gens la possédoient, et qu'en même temps moins de gens affectassent de la posséder, on n'enlendroit pas /on ne liroit pas tous leçjours tant d'erreurs de fait, de citation et de jugement , qui n'ont pas même l'honneur d'être de première main , et ne sont le plus souvent que l'impertinente répétition d'erreurs déjà très anciennes.

Quoi que j'aie pu dire , je suis fermement convaincu que l'étude des langues et des bons auteurs de l'antiquité est la base nécessaire de toute véritable instruction littéraire ; que cette étude ne peut être entièrement suppléçe par aucune autre ; que , sans elle , le plus heureux génie, dans ses plus heureuses inspirations , risquera toujours d'enfreindre les lois de ce goût pur et sévère, dont les chefs- d'oeuvre grecs et latins seront éternellement la règle et le p modèle ; que les Boileau, les Racine et les Fénéloh eux-mêmes n'ont pas outré l'expression de la reconnoissafnce , lorsqu'ils ont déclaré qu'ils dévoient aux anciens la plus grande partie de leur mérite; et qu'enfin, pour marcher sur les pas de ces illustres modernes, il est indispensable de tenir la même route qu'eux , et de prendre , comme eux,' pour guides, les grands écrivains de la Grèce et de Rome. Aussi est-ce faire un présent aux lettres françoises elles - mêmes , que de publier une édition d'un classique quelconque, meilleure que toutes celles

qui l'ont précédée , et enrichie de tout ce qui peut , non seulement nous manifester le véritable sens de l'auteur, mais encore nous, faire saisir les plus délicates , les plus secrètes beautés de son style. Il est superflu de dire qu'une traduction, si élégamment fidèle qu'on la veuille supposer, n'offrira jamais les mêmes avantages que l'original, rendu plus pur et plus facile par les travaux d'une sage érudition : l'ppi* nion contraire, mise en avant par quelques littérateurs parvenus qui oîit bien leurs motifs pour cela , ne méritait pas l'honneur que le nouvel éditeur de Juvénal lui a fait de la combattre dans son Avis au lecteur. Il a raison , selon moi , de déplorer cette fureur de traduire qui semble s'être emparée de tous les littérateurs de notre âge : Impradens ista quœlibet vertendi cu-

piditas, quâ nanc omîtes, apad nos flagrant. Il

est certain que cette manie , devenue presque universelle, a des inconvénients de plus d'un getire : mais, parmi les reproches que lui adresse M. Achaintre, il en est un dont l'ingénuité me paroît désobligeante pour les anciens même dont il prend en main la cause. Je vais traduire le passage qui donne lieu à cette observation : « Dans les traductions , Homère ne m'offre « qu'un ennuyeux journal, auquel je préférerais cera vainement l'histoire de Dictys de Crète ; Virgile , . « qu*un héros pieux , mais insipide et toujours pleua rant, sur qui les héros de l'Arioste et du Tasse l'em- « portent de beaucoup; la grotte de Merlin et les en- « chantements de Mélusine m'amusent bien plus que « la puérile fureur d'Achille , et le ridicule amour de a Didon. Enfin, dans les traductions ,• Horace me

« semble un diseur de riens; Ovide, on conteur de « balivernes; Lucain, un homme qui embouche la « trompette (buccinator); Perse, un faiseur d'énig- « mes; Sénèque, un déclamateur, etc.» N'en déplaise à M. Achaintre, ce n'est point la faute des traductions si les descriptions de combats , très multipliées d^ps Y Iliade i finissent par causer un peu d'ennui, et si le héros de V Enéide 9 toujours en pleurs et eu oraison, n'est pas aussi brillant que Renaud ou Tancrède, Roland ou Roger. Ce n'est pas non p lus la feule des traductions , si Ovide abuse trop de sa facilité et de son esprit, si Lucain a quelquefois de l'enflure et de l'exagération , si Perse est presque toujours obscur, et si , enfin , Sénèque le tragique donne souvent dans la déclamation. Ces défauts, qui on J choqué M. Achaintre . dans les traductions, existent dans les originaux même. On pourrait lui dire comme Philinte à Alceste :

Ne sont-ce plus défauts dans un objet si doux? Ne les voyez- vous pas? ou les excusez-vous?

Mais respectons, jusque dans ses écarts, un zèle à qui nous devons des travaux si utiles et si désintéressés.

v Les érudits du seizième siècle ont plus d'une fois donné a l'Europe savante le petit scandale de différer entre eux d'opinion sur le mérite des écrivains de Tantiquité, à tel point que le même auteur étoit élevé au premier rang par les uns, et rejeté à la dernière place par les autres. Les auteurs de satires ont principalement donné lieu à ces étranges dissentiments : la dignité de prince des satiriques a été conférée tour

à tour à Horace , à Perse et à Juvénal. Jules Scaliger et Casaubon , l'un détracteur outré , l'autre panégyriste non moins excessif de Perse , s'accordoient à trouver dans les écrits de Juvénal beaucoup plus d'urbanité et un sel beaucoup plus piquant que dans ceux d'Horace; et cela tenoit, disoient ils , à ce que Juvénal étoit érudit, et avoit aiguisé son esprit par l'habitude des déclamations. La preuve est encore plifs singulière que la proposition ; mais c'est ainsi que nous jugeons tous : ees fameux critiques étoient. eux - mêmes très érudits et passablement déçlamaleurs • à ee double litre, ils croyoient avoir aussi sans doute de la grâce et du piquant dans l'esprit : voilà de quoi expliquer naturellement cette prévention si aveugle en faveur de Juvénal , au préjudjce d'Horace, qui se gârdoit bien de faire étalage d'érudition , et se préservoit surtout de la manie de déclamer. Ce même Casaubon ne donnoit peut-être à Perse la palme du genre satirique , que parce qu'il avoit employé de nombreuses veilles à composer six cents pages sur les sept cents vers de ce poète bizarrement obscur. D'autres, zélés restaurateurs de la morale stoïcienne, lui ont accordé la prééminence sur ses deux rivaux a cause de son attachement aqx dogmes du Poétique ; eji , par suite de ce même esprit de secte, ils ont iflis au -dessous de Juyénal même, dont les principes se trou voient assez conformes $ux leurs, Horace qui ne juroit d'après la paroje d'auçqn paaître , et dopt la philosophie éclectique penchoit beaucoup moins vers le rigide Zenon , que vers- l'accommodant Aristippe ou le voluptueux ÇJpicure.

Depuis long-temps les rangs paroissent irrévocablement fixés entre les satiriques latins : Horace est en possession du premier; le second appartient à Juvénal. Cet ordre, consacré par l'opinion de deux siècles de lumières et de goût , n'empêche pourtant pas que chaque nouveau commentateur ou traducteur de v^— chacun des trois satiriques , sans revendiquer formél-

l lement la prééminence pour lui , ne s'efforce de la lui procurer sur quelque point, ne fût-ce que sur la pureté de sa moralç ou de ses intentions. Ainsi, l'estimable traducteur de Juvénal , Dussauix , qui n'ose point déposséder ouvertement Horace de la première place , décore Juvénal de tant de qualités diverses , que cette place sembleront avoir été usurpée sur lui. Ainsi , M. Achaintre , un peu plus sage que Dussauix , en ce qu'il ne compromet pas sa bonne foi ou la gloire de son héros dans un dangereux parallèle , donne à ce même Juvénal des louanges absolues , qui, ne le plaçant en apparence au-dessus de personne, le placeroient véritablement au-dessus de tous , si elles étoient entièrement fondées. Il va jusqu'à vanter l'enjouepaent <Je son style [stylus jocosus). Juvénal enjoué : on ne l'auroit jamais cru. Dussauix lui a du moins épargne cette louange. Pour être conséquent , il falloit que M. Achaintre s'indignât contre ceux qui ont osé dire que Juvénal éjoit morose; et c'est justement ce qu'il a fait. Il n'y a, selon lui, que des Sybarites qui puissent lui feire ce reproche. Il ne permet pas même qu'on lui trouve un peu d'enflure et de goût pour l'hyperbole : c'est pousser loin l'intolérance. Il faut pourtant bien qu'il consente à nous voir partager sur

ce point l'opinion de Boileau , qui connoissoit aussi fort bien son Juvénal et ne Pesti&oit pas médiocrement.

Juvénal , élevé dans les cris de l'école , Poussa jusqu'à l'excès sa mordante hyperbole. Ses ouvrages, remplis d'affreuses vérités, Etincellent pourtant de sublimes beautés :

Soit que , sur un écrit arrivé de Caprée , Il brise de Séjarv la. statue adprée; Soit qu'il fasse au conseil courir les sénateurs , D'un tyran soupçonneux pâles adulateurs ; Ou que, poussant à bout la luxure latine, Aux porte -faix de Rome il vende Mèssaltne , Ses écrits pleins de feu partout brillent aux yeux.

C'est la écrire avec génie "un jugement dicté par la raison la pkrs saine et le goût le plus sûr. La juste appréciation du talent de Juvénal , la nature et l'origine de §es défauts, ainsi que de ses beautés, enfin les sujets de ses plus fameux ouvrages , tout cela est buriné en dix ou douze vers admirables dont la mémoire s'empare pour ne jamais s'en dessaisir.

Mais il est temps de dire en quoi consiste la nouvelle édition de Juvénal. JM. Achaintre a donné le texte reconnu, consacré , ce qu'on appelle lectio vulgàla; mais il l'a, soigneusement conféré avec trente-six manuscrits de la Bibliothèque du Roi; et ces manuscrits lui ont fourni des variantes dignes d'attention, qu'il a placées au bas des pages avec de courtes réflexions sur leur différent degré d'évidence ou de probabilité. Son travail le plus important est le Corn* mentaire perpétuel dont le texte* est accompagné; commentaire formé de tout ce que ses devanciers lui

ont offert de plus jiïdicieux, et de ce qu'il a dû y joindre lui-même paur rendre l'explication de son auteur complète. Le vice des meilleurs Commentaires , et notamment de ceux qui sont si connus sous le nom de Fariorum, est d'expliquer très longuement ce qui n'a nullement besoin d'être explique , et souvent de sauter à pieds joints par-dessus les passages difficiles. Celui de M. Àchaintre est tout-a-rfait à l'abri de ce reproché; aucune difficulté n'y est éludée, et toutes y sont éclaircies , autant du moins que les propres lumières de l'éditeur, aidées de celles des autres, ont pu parvenir à dissiper l'obscurité que l'usage ^es allusions répand trop souvent sur les écrits des satiriques anciens. Le précieux avantage dç ce Commentaire , très justement nommé perpétuel , est gup-tout homme plus familiarisé avec la langue des Romains qu'avec la connoissancef de leur histoire et de leurs, usages , pourra désormais lire le texte Je Juvélial d'un bout à l'autre, avec presque autant de facilité et de rapidité qu'en peut comporter une traduction , puisque chaque vers a , pour ainsi dire, sa-note, qui nous en donne en peu de mots le sens véritable ', çu nous met à même de choisir entre plusieurs sens plausibles. Le premie» volume, composé du texte, du Commentaire et des variantes, est terminé par six tables qui présentent le système complet des poids et mesures des Romains,, comparé avec notre système décimal.

Une simple énuméralioh des matières du second volume fera comprendre quels trésors d'érudition il renferme : 1° Toutes les vies de Juvénal que l'éditeur a pu rassembler, et auxquelles il en a joint une de sa

façon , qui est le résultat du rapprochement et de la critique de toutes les autres; 2° les témoignages des anciens et des modernes en faveur de Juvénal ; 3° un catalogue descriptif de trente-six manuscrits collationnés par M. Àchaintre; 4° un catalogue de toutes les éditions et de toutes les traductions en toutes langues, qui ont été publiées depuis l'invention de l'imprimerie jusqu'à nos jours. Je prends la liberté d'indiquer à l'éditeur une traduction françoise dont il n'a sûrement pas eu connoissance ; c'est celle qu'a fait imprimer chez F. Didot, a très peu d'exemplaires, un homme d'esprit à qui nous devons Pimitation en vers du Seau enlevé ', imprimée par le même, en l'an VIII; 5° une notice raisonnée des glossateurs et commentateurs de Juvénal , tant anciens que nîodernes ; 6° le commentaire de Hadrien de Valois , augmenté par Charles de Valois son fils ; ouvrage qui dut être imprimé au commencement du dernier siècle, puisque Fontenelle y mit son approbation en qualité de censeur royal , mais qui étoit resté manuscrit jusqu'à ce moment; 7° l'ancien Commentaire ( Fêter es commentant) dont le savant Pierre Pithou donna la première édition à Paris, 1585, in-8°; 8° et enfin, un Index vocabulorum omnium quœ in Saliris Juvenalis leguntur. Il est certainement impossible de rassembler, dans l'édition d'un classique, plus de choses pour l'intelligence, pour l'instruction , pour la commodité , et même pour la simple curiosité du lecteur : M. Achaintre a voulu être le dernier par qui Juvénal fut commenté.

M. Àchaintre, dans son Commentaire, a eu souvent le très bon esprit d'éclaircir le Sens d'un proverbe

ou d'un idiotisme latin, à l'aide des équivalents que notre langue pouvoit lui fournir. C'est une excellente méthode; elle fait entrer dans la pensée de Fauteur beaucoup plus facilement que ne pourroit le faire l'explication la plus détaillée. Je me permettrai à ce sujet une bien légère observation, Juvénal , dans sa sixième satire, parle des porteurs d'eau de Rome, que l'on employoit dans les négociations amoureuses. Pour désigner clairement cette dernière fonction, M. Achaintre croit; ne pouvoir pas moins faire que de mettre trois langues à contribution, « Aquarii erant ministri a amoris, gallicè , des ministres d'amour, nôpvo &axovoç, « seu des Mercures galants. » Je remarque d'abord un peu de surabondance et de faste polyglotte daps cette accumulation du latin, du grec et du françois, pour exprimer une chose que le latin seul exprimoit suffisamment bien. Ensuite l'expression de Mercure galant est tout -à -fait fausse; elle ne désigne autre chose , en bon françois , que le journal dont Devisé fut le fondateur sous Louis XIV. Si elle avoit le sens que lui prête M. Achaintre, ce Devisé auroit donné à son journal un nom bien impertinent. C'est le mot de Mercure tout seul qui rend l'idée qu'a voulu exprimer le commentateur. Mais je soupçonne qu'il sait mieux le latin que le françois, et que les écrivains de Rome lui sont plus connus que les nôtres : il ne se seroit peut-être pas trompé sur le prénom de Phèdre, comme il s'est trompé sur le nom de baptême de La Fontaine, qu'il appelle Jean- Baptiste dans une de ses notes. Ce dont je le blâme un peu plus sérieusement, c'est d'avoir presque toujours parlé trop dé-

POESIE LATINE. 4fr

daigneuscment de notre Boileau et de l'avoir cons- ' tamment sacrifié à son cher Ju vénal. A propos d'an passage de la satire des nobles , il cite des vers de Boileau qui en sont une imitation élégante et fidèle k la fois; puis il ajoute : Non malè hœc ; sed quam inferiora s une Javenalis orationî! « Cela n'est pas mai ; « mais combien cela est inférieur aux vers de Juvénal! » Cela rt est pas mal est un peu leste , un peu cavalier en parlant de Boileau. M. Achaintre est un homme à être fort surpris , fort scandalisé , si on lui disoit qu'en tout, ce François, ce moderne Boileau est fort supérieur à Juvénal , tout latin , tout ancien qu'est celui-ci ; et cependant rien n'est plus certain.

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ÏÉ0 LITTERATURE* POESIE.

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