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DES PRINCIPES RELIGIEUX ET MONARCHIQUES

SUR i-E gÉme des lettres et des arts.

Que la Religion soit indispensable au maintien, à la prospérité des Etats, c'est moins que jamais une question. Ceux qui ont le bonheur d'être pénétrés de la vérité de ses dogmes, et ceux qui sont assez à plaindre pour ne la considérer que comme un établissement humain, tous sont convaincus qu'il n'est pas de société possible sans ces croyances salutaires , qui sont le complément de la morale et le supplément de la législation , qui rendent la richesse plus compatissante et la misère plus résignée , qui consolent la vertu opprimée, intimident le vice triomphant, et sauvent le crime du désespoir , en le réconciliant avec lui-même. Attaquer une institution d'où découlent tant de bienfaits ]>ublics et particuliers , seroit l'action d'un pervers; ce seroit aussi celle d'un lâche. Le temps n'est plus des audacieux et brillants scandales de l'impiété. On n'a plus, depuis long-temps, à combattre une religion puissante , forte de la foi des peuples , forte de son alliance avec le pouvoir, forte du nombre, du

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crédit et des richesses de ses propi'es ministres. Il étoil naturel que , chez des François, la mode de l'insulter et de la tourner en ridicule passât, du moment qu'elle seroit persécutée, dépouillée, ahattue. Cette générosité de notre nation suffiroit seule pour expliquer le mépris , le dégoût , avec lequel sont accueillis universellement ces petits indévots , colporteurs d'impiétés surannées , qui se croient hardis , parce qu'ils sont impudens, et qui se disent de libres penseurs, quand ils ne sont que les échos serviles de Voltaire, de Voltaire qui les désavoueroit en rougissant , et se croiroit trop puni du crime de ses doctrines , en voyant les ridicules adeptes qu'elles ont faits.

Ce n'est donc point aujourd'hui qu'il est nécessaire de recommander le respect du à la Religion, et conséquemmentk ses ministres. Un autre objet m'occupe, un autre désir me presse , c'est de dire à quel point les idées religieuses sont favorables au génie , et combien il importe aux écrivains , pour l'éclat et la durée de leur gloire , de puiser souvent aux sources divines. Si j'osois détourner à un emploi profane le sens d'un axiome sacré, je dirois au littérateur, je dirois au poète, je dirois à l'artiste même, comme on dit au Chrétien : « Il n'y a que la foi qui sauve. »

La Religion ( je la considère , ici , dans son sens abstrait et indéterminé ), la Religion , placée au sommet de l'édifice social, pour en protéger et en affermir toutes les parties , ne pouvoit manquer d'avoir une grande influence sur la destinée des Lettres et des Arts, qui n'en ont peut-être pas une moins réelle sur le sort des Etats. Ainsi voyons-nous que, chez tous les

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peuples et dans tous les siècles , elle a inspiré le génie de la poésie , de la musique el de la chorégraphie , de la peinlure, de la slaluaire et de Tarchilecture. JMais, toute sensuelle chez les anciens , elle n'éloit qu'une sorte de culte rendu à la beauté physique, ou , ce qui étoil pis encore, une monstrueuse apothéose des passions et des vices de l'humanité. Telle qu'elle étoit cependant, elle imprimoit une majesté surnaturelle au Jupiter d'Homère et a celui de Phidias. Tant il est vrai que l'idée, même fausse, de la Divinité exalte les facultés de l'homme^ et lui fait voir dans les cieux le type d'une perfection que la terre seul n'offriroit point à ses regards !

Chez les Chrétiens, la Religion, tout intellectuelle, toute morale, a eu pour objet la perfection des âmes, qu'elle attendrit , qu'elle échauffe , qu'elle épure , qu'elle agrandit. Non seulement elle a ennobli toutes les anciennes vertus , en les marquant d'un sceau divin ; mais elle en a révélé de nouvelles , que la philosophie païenne avoit ignorées. N'est-ce pas le christianisme qui, détruisant en ngus l'égoïsme, l'orgueil et l'amour de la vengeance, passions grossières et terrestres , y substitue cette généreuse abnégation qui trouve ses plus douces jouissances dans les plus durs sacrifices , cetle glorieuse humilité qui fonde la vraie grandeur sur l'abaissement même , et ce magnanime pardon des injures , qui triomphe d'un ennemi en lui tendant les bras : vertus surhumaines, par qui le plus simple des serviteurs de Dieu devient le plus héroïque des mortels ? N'est-ce pas lui encore qui donne à l'homme cette pureté et cette sublimité morales qui

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l'élèvenl au-dessus de la matière , et Taffi anchissent du honteux empire des sens ; cet élargissement du cœur, conmie dit Fénélon, du cœur qui , devenu trop vaste pour les intérêts étroits do la famille et du pays, embrasse tous les hommes dans un même amour, dans une même charité ; enfin , cette élévation et cette étendue de la pensée, qui, regardant le monde comme un point et les siècles comme un instant, ne se trouve à l'aise que dans les immensités de l'espace et de la durée? Ce sont ces facultés, ces propriétés nouvelles de l'ame et de rintelligence, qui , passant dans le génie, donnent aux arts du monde moderne un avantage incontesté sur les arts de l'ancien monde. J'en veux citer un seul exemple. Bossuet n'avoit peut-être pas plus que Démosthènes le génie de l'éloquence; mais qui oseroit dire que Bossuet, en parlant de Dieu et de l'homme, de ce monde et de l'autre vie, de la mort et de l'immortahté , n'est pas un orateur plus éloquent que Démosthènes, je ne dis pas seulement lorsqu'il dispute une couronne d'or à son rival Eschine , mais même quand il excite le zèle patriotique de ses concitoyens contre Philippe, prêt à les asservir? Ces deux grands hommes , comparés dans les sujets qu'ils traitent et dans les impressions qu'ils produisent, me paroissent différer de toute la différence qui existe entre l'Attique et l'univers , entre une olympiade et l'éternité.

En comparant le génie moderne , le génie chrétien avec lui-même , je vois encore éclater dans tous les arts cette supériorité des œuvres que la Religion a inspirées, sur celles dont les sujets ont été puisés à

des sources profanes. Le plus majesiueux monument de l'architecture est une église, et le chant le plus sublime qui ait frappé nos oreilles, est celui qui soupire les douleurs de la Yierge-mèrc auprès de la croix ; le chef-d'œuvre du pinceau est un miracle de l'Homme-dieu , et celui du ciseau l'image du législateur des Hébreux; la plus belle, la plus haute des palmes poétiques se partage entre deux épopées , dont Tune déplore la chute du premier homme, et l'autre célèbre la délivrance du saint tombeau; les plus magnifiques accords de notre lyre sont ceux où retentissent affoiblis les sons de la harpe du psalmiste; enfin , dans un art même que la Religion désapprouve, pour trouver l'ouvrage le plus parfait qu'il ait produit, il faut choisir entre un récit de la légende et un récit de la Bible, entre Polyeucte et AtJialie.

Je vous le répèîe, poètes, peintres, statuaires, écrivains, artistes de tous les genres, puisez vos sujets dans lt5i Religion. La Religion semble donner à tous les ouvrages qu'elle inspire, quelque chose de son immensité, de sou éternité même. Votre imagination brûle de s'élancer hors des bornes du monde où nous sommes captifs ; précipitez-vous donc dans les seules régions qui soient sans limites. Vous êtes jaloux de vivre dans la postérité; appuyez- vous donc sur ce qui ne doit jamais périr. Voyez quel a été le sort de ceux qui se sont servis de leur intelhgence pour nier le Dieu dont elle étoit un présent et une émanation. Qu'est-il resté des innombrables ouvrages d'Helvétius, de Diderot , d'Holbach, de La Mettrie, de Boulanger? Rien. Frappés d'une sécheresse mortelle au moment de

leur naissance, ils ont vécu moins d'un jour, et ils sont connne s'il n'avoient pas été. Le Ciel est juste : une littérature athée étoit dévolue au néant.

Les principes monarchiques ne sont pas moins favorables au ij^énie que les principes religieux; et, je me hâte de le dire, c'est parce qu'ils sont en même temps favorables à la liberté. La liberté! qui pourroil ne pas l'aimer? Elle est une des plus nobles prérogatives de l'homme; elle est un don de la religion; elle est un présent de nos rois. Avant d'être dans nos lois, elle étoit dans nos mœurs. Oui, même sous un gouvernement absolu, le François étoit toujours libi*e ; il l'étoit par la fierté de son caractère ; il Tétoit par la bonté de ses princes : il n'a cessé de l'être que sous le règne prétendu de la liberté , et sous celui du soldat usurpateur que le faux libéralisme regrette.

Comment la royauté n'inspireroil-elle pas les enfants des Muses? elle rassemble lout ce qui peut loucher le cœur de l'homme et enflammer son imagination, l'antiquité des souvenirs, l'éclat éblouissant de la gloire, l'éclat plus doux et plus puissant des bienfaits. La royauté remonte au berceau du monde. Image de la puissance divine , émanation de l'aulorité paternelle, on la retrouve chez tous les peuples aux jours heureux de leur enfance. Plusieurs nations fameuses , Rome et la Grèce elles-mêmes , ont vécu glorieuses et fortunées sous son abri tutélaire, avant de livrer leurs deslinées aux chances orageuses du gouvernement républicain, La turbulence, la licence, le désordre toujours croissant du régime populaire, les ont précipitées sous ce joug du dcspo-

tisme , dont les excès ont à leur tour appelé sur elles le fléau de la conquête. Cet abîme de malheurs et d'humiliations, le retour de la royauté a pu seul le fermer. Ainsi , c'est toujours la royauté qui commence la félicité des peuples , et qui met un terme à leurs infortunes. Elle est le havre salutaire d'où l'on ne sort que pour affronter une mer pleine d'orages , et. où il faut rentrer pour se reposer à l'abri des tempêtes. J'ai entendu vanter le ressort, l'énergie que les agitations , les troubles mêmes du gouvernement populaire donnent aux esprits. Je ne nierai pas que l'exaltation produite par la lutte des partis , par les dangers surtout où elle jette la chose publique, n'ait quelquefois développé des talents vigoureux, et fait naître des ouvrages éloquemment passionnés. Mais qui pouri'oit nier aussi que le calme et la stabihté du gouvernement monarchique ne soient en général plus favorables au paisible commerce des 31 uses, au tranquille exercice des arts? Que ces républiques, si fières de leur farouche égalité , de leurs divisions sanglantes et de leurs lois inhumaines, nous citent des époques aussi glorieuses pour elles que les siècles d'Auguste, de François h% de Louis XIV, de Périclès même, citoyen d'un Etat démocratique, il est vrai, mais devenu, par son éloquence et par son génie, monarque de sa république, et roi de ses égaux! L'écrivain, le poète, l'artiste qui aime , qui appelle les dissensions pohliques , est un être qui manque aux conditions de sa propre nature, qui trahit son propre intérêt, qui désobéit à son instinct même, (^est l'alcyon qui invoque les

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tempêtes; c'est le rossignol qui demande le retour des hivers.

Il étoit tout fait pour nos cœurs affectueux et reconnoissants , ce pouvoir royal, si doux, si paternel. L'Europe entière vanloit à la fois la bonté de nos rois et notre amour pour eux. Quel peuple, en clfet, reçut de ses princes plus de bientails, et les en paya par plus de tendresse? C'est de nos rois que nous tenons tout, la patrie dont nous sommes fiers, les libertés dont nous jouissons, les lois qui nous protègent, les arts qui nous éclairent et nous honorent. Sensibles à la gloire comme la nation dont ils étoient les chefs, et ne pouvant séparer leur illustration de la nôtre, ils ont été les plus ardents protecteurs du génie ; et le génie a payé noblement sa dette envers eux, en charmant leurs loisirs, en illustrant leur règne, et en immortalisant leur mémoire, j'ai parlé des chefs-d'œuvre qu'a fait naîtie la religion. Oui pourroit dire combien d'autres merveilles ont été enfantées au milieu de nous par le seul désir de plaire à des princes qui savoient les inspirer, les apprécier et les récompens.er? Leur faveur étoit encore de la gloire : faut-il s'étonner si des François ont tant fait pour l'obtenir, et ont été si fiers de la mériter?

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