‹ Mélanges philosophiquesChapitre 23 sur 28 · Globe f toine I, page · texte numérisé non relu

Globe f toine I, page

que tout dort dans le village^ le paysan qui n*a de sa vie philosophé regarde avec un œil de convoitise les fruits superbes qui pendent aux arbres de son opulent voisin, il a beau se rassurer par Tabsence de tout témoin, calculer le peu de tort que causerait son action, et, comparant la douce vie du riche aux fatigues du pauvre, et la détresse de l'un à l'aisance de l'autre, pressentir tout ce qu'a dit Rousseau sur l'inégalité des conditions et l'excellence (fe la loi agraire, toute cette conspiration de passions et de sophismes échoue en luij contre quelque chose d'incorruptible qui persiste à appeler l'action par son nom et à juger qu'il est mal de la faire. Qu'il résiste ou qu'il cède à la tentation, peu importe : s'il cède, il sait qu'il fait mal ; s'il résiste, qu'il fait bien ; dans le premier cas, sa conscience prendra parti pour le tribunal correctionnel, et dans le second, elle attendra du ciel la récompense que les hommes laissent à Dieu le soin de payer à la vertu.

A quelle école de philosophie ce pauvre homme a-t-il appris son devoir î et, s'il le sait, que cherchent les philosophes 7

Apparemment, à défaut des philosophes qu'il n'a pas lus, les sermons du curé et les dispositions du code lui auront révélé que le vol est un crime* Mais si le curé lui prêchait qu^il commet un péché en ne portant pas au presbytère le dixième de sa récolte, il n'en croirait rien; s'il lisait le code pénal, et qu'il y vit que vingt personnes peuvent causer ensemble sans outrager la justice, mais non pas vingt et une, il ne pourrait le comprendre. D'où vient la différence? Les autorités sont les mêmes : et tantôt la conscience acquiesce, tantôt elle résiste.

Nous avons pour la philosophie, le code pénal et les sermons, tout le respect possible ; mais nous tenons à

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