‹ Mélanges philosophiquesChapitre 24 sur 28 · DE L'ÉCLECTISME EN MORALE · texte numérisé non relu

DE L'ÉCLECTISME EN MORALE

laisser chaque chose à sa place; et, puisque le paysian, sans être philosophe, distingue le bien du mal, juge les dispositions du code, approuve ou désapprouve les préceptes de son curé, nous pensons qu'il porte en lui une règle d'appréciation morale qu'il ne doit ni au catéchisme, ni au code, ni à la philosophie; que cette règle, vulgairement appelée conscience^ puisqu'elle n'en dérive pas, les précède; puîsqu*elle rectifie leurs décisions, leur est supérieure ; et, puisqu'elle a sur eux le double avantage de la priorité et de l'autorité, pourrait bien rendre compte de leur origine, au lieu de leur devoir la sienne.

Et s'il en était ainsi, la conscience de l'homme ne serait pas raisonnable ou dépravée, selon qu'elle se conformerait aux préceptes du catéchisme, aux articles du code, aux maximes de la philosophie; mais le catéchisme serait raisonnable ou absurde, le code juste ou

injuste, la philosophie bonne ou mauvaise, selon que le catéchisme, le code et la philosophie interpréteraient fidèlement ou infidèlement la conscience*

Et de la sorte, les catéchismes, les codes, les systèmes de philosophie, ne seraient que des interprétations, des expressions, des traductions diverses de la conscience du genre humain. Et comme, d'une part, toute traduction suppose le texte et le reproduit plus ou moins, et que, de l'autre, aucune traduction ne peut atteindre à la complète exactitude, tous les catéchismes, tous les codes, tous les systèmes, représenteraient nécessairement la conscience, mais toujours plus ou moins altérée, plus ou moins incomplètement et infidèlement reproduite.

Tous les catéchismes, tous les codes,tous les systèmes, participeraient donc plus ou moins à la vérité, et tous plus ou moins à Terreur : à la vérité, par la nécessité

de leur origine ; à Terreur, à cause de la faiblesse humaine.

Par leurs côtés vrais, tous s'accorderaient : car en eux la vérité serait toujours l'expression fidèle d'une seule et même réalité, la conscience humaine. Ils ne se diviseraient donc et ne pourraient se diviser que par leurs côtés faux. La guerre des catéchismes, des codés et des systèmes, serait donc absurde, puisque l'erreur serait la cause et le prix du combat. Le bon sens, l'amour de la vérité, s'uniraient donc à la charité pour condamner l'intolérance.

L'homme raisonnable ne se déclarerait ni pour ni contre aucun catéchisme, aucun -code, aucun système: car il saurait que tous contiennent inévitablement quelque chose de vrai qu'iV ne voudrait point rejeter, et quelque chose de faux qu'il ne voudrait point adoiettre. Il se déclarerait pour la vérité partout où elle est, et contre l'erreur partout où elle se produit: en d'autres termes, il chercherait dans toute* opinion le côté de la conscience humaine qu'elle exprime, et les rallierait toutes au sens commun, leur point de départ nécessaire.

Placé au centre commun d'où se sont élancés nécessairement les auteurs de tous les catéchismes, de tous les codes, de tous les systèmes, c'est-à-dire dans la réahté de la conscience humaine, il y sentirait vivre, il y reconnaîtrait les germes éternels de toutes les doctrines morales sous quelques formes qu'elles aient paru, germes qui ne sont que les diverses facçs de cette réalité, une au fond, mais féconde en manifestations variées. Il verrait comment l'esprit de l'homme a reproduit successivement et sous mille formes différentes cette invariable réalité : la faisant toujours sentir dans la multiplicité de

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