‹ Mélanges philosophiquesChapitre 8 sur 28 · DU RÔLE DE LÀ GRËGE, ETC · texte numérisé non relu

DU RÔLE DE LÀ GRËGE, ETC

courir pour appeler rhomme, dans ces plaines ravissantes, à la culture des arts, à la politesse des mœurs, au développement de la pensée, et à la connaissance de Dieu et de la nature. Des montagnes du Nord et des sables brûlants du Midi, s'élançaient tour à tour deux races sauvages et rivales qui, dans leurs débordements rapides, balayaient, tous les siècles, cette arène ouverte et sans défense. Ces races inépuisables s'en venaient s'amollir par détachements dans ce jardin délicieux ; mais, barbare en arrivant, chaque tribu conquérante commençait par détruire, et bientôt chassée par une autre, elle n'avait point le temps de passer de la mollesse qui adoucit les âmes à la civilisation qui les élève. Il était dans la destinée des plaines de l'Asie d'éveiller dans le cœur de l'homme l'instinct de la civilisation ; mais il fallait au développement de cet instinct une sécurité qu'elles n'offraient point. Des contrées moins ouvertes que ce grand chemin des barbares furent les premières écoles de l'humanité naissante. Et toutefois, ni le désert de sable qui sépare l'Egypte de la Syrie, ni les hautes tours de la superbe Tyr,ni le rempart du Taurus, qui enveloppe l'Asie Mineure comme une muraille; n'étaient des sauvegardes suffisantes contre les sauvages agitations du centre de l'Asie. Tôt ou tard, ces trois Ijarrières devaient tomber devant la puissance d'un de ces empires que la main des barbares élevait et renversait incessamment sur les bords de TEuphrate. Il fallait aux semences de la civilisation un asile encore plus sûr; il leur fallait l'abri plus éloigné des rochers de la Grèce, et la protection des mers éternellement agitées qui l'entourent.' Séparée de l'Asie par l'Hellespont et la longue avenue de la Thrace, couverte au nord par cette haute chaîne de montagnes qui la sépare, ainsi que l'Italie, des

ee PHILOSOPHIE DE L*HISTOIRE.

plàioes ouvertes de FËurope septeAtrioiiale, enviroonée de tous les autres côtés par les fiots, la Grèce à toutes ces fortifications extérieures joint l'avantage d*ëtre ccmstruiteau-dedans comme un château du moyen âge» Ui|e muraille y succède à une muraille, une porte à une porte ; c'est un labyrinthe inextricable qui garde tXMjours une issue etun asile pour ses défenseurs après chaque défaite, un piège et un péril pour ses ennemis après chaque victoire. Sur cette terre, éclairée par un beau soleil, baignée par des mers pittoresques, parée jusqu'à la profusion des sauvages ornements d'une vé* gétalion vigoureuse, la Providence avait jeté, pour l'élever au profit de l'humanité, une race d'hommes moù moins admirablement organisés; race active, brave, d'une imagination audacieuse et poétique, amie de l'eau et des montagnes, et, par conséquent, de l'indépendance et des hasards; propre à tout, à la philosophie comme

aux afiaires,aux arts comme à la vertu, aux travaux de la guerre comme à ceux de la paix ; race de génie qu'aucune autre n'a égalée, et dont nous laissons indignement périr sous nos yeux les déplorables restas. Si jamais peuple fut prédestiné par le ciel pour un destin ^)écial et mérita le nom de peuple de Dieu, ce fut celui-là. U le fut pendant dix siècles, puisque pendant dix siècles il marcha à la tête de l'humanité, lui frayant une route immortelle; il le fut par*dessus tous ceux qui avaient été choisis auparavant et qui l'ont été après, puisque ce fut par lui et chez lui que prit définitivement racine au milieu de l'humanité cet arbre de la civilisation qui doit, à la longue, couvrir la terre de son feuillage. Quelles journées que celles de Marathon, de Salamine et de Platée dans l'histoire de l'espèce humaine ! Jusqu'alors la civilisation naissante avait toujours succonïbé sous la

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paissaDce des barbares. Aux rives de l'Euphrate et du Tigre, en Syrie, en Egypte, sur les côtes fortunées de l'Asie Mineure, à toutes les époques et partout, elle avait été la plus faible. Dans ces trois journées d'étemelle mémoire, die eut le dessus pour la première fois ; pour la premi^e fois, le nombre échoua contre Tintelligence, et la force connut un frein. Après l'obscurité qui avait été la nourrice de son enfance, il fallait à la civilisation "^ l'indépendance pour arriver à la virilité ; elle la gagna dans la guerre médique, à l'aide des rochers et des flots de la Grèce. Fécondé par le sang de ces premiers défenseurs et désormais à l'abri du fer des barbares, le jeune arbre grandit rapidement et ranima de tous côtés ses rameaux effeuillés par l'orage/ Pendant qu'au dedans la . sève travaillait durant les vingt-sept années de la guerre du Péloponèse, les colonies insulaires et asiatiques, avant-postes de la métropole, irelevaient la tête et floris^ saient à Tombre de sa puissance respectée. D'antres croissaient pour la civilisation de l'Occident, et sur les côtes de la Sicile, et sur le rivage de cette Italie où sommeillait, encore au berceau, la future héritière de la Grèce, et où se i»*éparait de longue main ce nouveau foyer de lumière autour duquel devaient être appelées tant de nations barbares. Ainsi se développait de tous côtés et se fortifiait peu à peu la puissance dii peuple cfaoisL Enfin, quand son éducation fut assez avancée et qu41 eut acquis, dans la retraite des Dix mille et sous les enseignes d'Agésilas, la conscience de ses destinées. Dieu ramassa toutes ses forces dans la main d'Alexandre afin qu'il les accomplît. Après la guerre médique, l'expédition d'Alexandre est le plus grand événement dont l'histoire ait gardé le souvenir. La guerre médique avait sauvé la civilisation au berceau ; l'expédition d*Alexandre

fut le premier acte de sa jeunesse. Elle fut le début de cette longue lutte dé la civilisation contre la barbarie qui est le fond de l'histoire de l'humanité, parce qu'elle est le fond de sa destinée. Auparavant, la civilisation n'avait point osé entrer en lice ; trop heureuse d'avoir la vie sauve et de croître indépendante dans un coin caché du monde, elle laissait l'empire à sa rivale. Elle sortit enfin de sa retraite sous l'enseigne d'Alexandre; elle mit le pied dans l'arène qu'elle n'a plus abandonnée, et dès lors la possession de la terre fut disputée. Aussi cette expédition fut quelque chose de nouveau dans le monde. Elle n'eut point les caractères des invasions barbares qui l'avaient précédée. Au lieu de vaincre par la force, Alexandre vainquit par l'art; au lieu tie détruire, il fonda ; au lieu d'abrutir, il éclaira. Excepté quelques . collèges de prêtres qui cachaient comme un mystère le peu de science qu'ils avaient, Alexandre ne rencontra sur son chemin qu'une fastueuse barbarie : de l'or, point de vertus ; des satrapes et des esclaves, point d'hommes. Partout la supériorité de la race grecque éclata dans tout ce qui est du domaine de l'âme et de la pensée ; partout aussi les peuples s'élevèrent en subissant son joug. Ce fut moins une conquête qu'une mission; le général avait le génie d'un apôtre, et ses victoires avaient des lendemains où le disciple d'Aristote éclipsait le roi de Macédoine. Jusqu'alors, il n'y avait point de monde; il n'y avait que des nations isolées, ennemies ou inconnues les unes aux autres, avec des génies, des habitudes, des directions différentes. Gyrus, comme tous les barbares, n'avait faitqu'un empire; l'expédition d'Alexandre mit en contact, mêla et jeta dans un même système toutes les nations de l'Orient. Par elle, les idées dé toutes ' ces nations firent connaissance ; elles se comprirent, se

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