‹ Mélanges poétiques et discoursChapitre 12 sur 65 · DELPHINE GAY · texte numérisé non relu

DELPHINE GAY

El tes cheveux cendrés jusques à ta ceinture Roulaient leurs ondes d'or ;

Ton visage était pâle, une sombre pensée De ton front incliné lentement s'effaçait, Et dans ta froide main ta main entrelacée

Sur tes genoux glissait.

Au bord de tes yeux bleus tremblaient deux larmes pures; La pervenche à ses fleurs ainsi voit s'étancher Deux perles de la nuit que des feuilles obscures Empêchent de sécher !

Sur tes lèvres collé, ton doigt disait : Silence ! Car Tenfant de ta sœur dormait dans son berceau, El ton pied suspendu le berçait en cadence Sous son mobile arceau.

La mort avait jeté son ombre passagère Sur cette jeune couche ; et dans ton œil troublé, Dans ton sein virginal tout le cœur d'une mère D'avance avait parlé.

Et tu pleurais de joie, et tu tremblais de crainte, Et quand un seul soupir trahissait le réveil , Tu chantais au berceau l'amoureuse complainte Qui le force au sommeil !

Ah ! qu'un autre te voie, enfant de Tharnionie, Trouvant que sur les cœurs un empire est trop pe\i, Lancer d'un seul regard l'amour et le génie, La lumière et le feu !

Qu'il t'écoute chanter comme un autre respire, Comme le vent murmure en s' exhalant des bois, Harpe ! écho de nos cœurs ! et dont chaque vent tire Une seconde voix !

Pour moi, quand la mémoire évoque ton image. Je te vois l'œil éteint par la veille et les pleurs. Sans couronne et sans lyre, et penchant ton visage Sur un lit de douleurs !

Je t'entends murmurer ces simples mots de l'nme Que la douleur enseigne à ce qui sait sentir !

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