PENSEES EN VOYAGE
A M. DE MONTHEROT.
Ami ! plus qu'un ami, frère de sang et d'ame, Dont l'humide regard me suivit sur la lame, A travers tant de flots jetés derrière moi ; A travers tant de ciel et d'air , je pense à toi ;
io8 PENSÉES
Je pense à ces loisirs que nous usions ensemble
Au bord de nos ruisseaux sous le saule ou le tremble :
A nos pas suspendus, à nos doux entretiens,
Qu'entremêlaient souvent ou tes vers ou les miens :
Tes vers fils de Téclair, tes vers nés d'un sourire,
Que tu n'arraches pas palpitans de ta lyre,
Mais que de jour eu jour ta négligente main
Laisse, à tout vent d'esprit, tomber sur ton chemin,
Comme ces perles d'eau que pleure chaque aurore,
Dont toute la campagne au réveil se colore.
Qui formeraient un fleuve en se réunissant.
Mais qui tombent sans bruit sur ie pied du passant ;
Dont le soleil du jour repompe l'humble pluie.
Ou qu'aspire en parfums le veut qui les essuie !
Autres temps, autres soins ! à tout fruit sa saison.
Avant que ma pensée eût l'âge de raison ,
Quand j'étais l'humble enfant qui joue avec sa mère,
Qu'on charme ou qu'on effraie avec une chimère,
J'imitais les enfans mes égaux , dans leurs jeux ;
Je parlais leur langage et je faisais comme eux !
J'allais aux premiers mois où le bourgeon s'élève,
Où l'écorce du bois semble suer la sève,