U2 CHANT DU SACRE
Y soient pesés du même poids !
Que s'élevaut en ma présence, Les cris de l'opprimé, les pleurs de l'innocence M'apportent les besoins du dernier des mortels ! Que l'orphelin lrem!)lant, que la veuve qui pleure Piès de mon trône admis, l'embrassent à toute heure
Comme les marches des autels !
Aux couquérans livre la gloire !
Qu'aux cœurs de mes sujets ma paisible mémoire
Ne soit qu'un tendre souvenir !
Que mes fastes heureux n'aient qu'une seule pn^'c, Que la borne posée à mon noble héritage
Passe immobile à l'avenir !
De ma race auguste Patrone, Toi qui, pour les Français effeuillant ta couronne,
A leurs drapeaux prêtas tes lis, Étoile du bonheur, sois l'astre de la France, Et couscrve à jamais ta bénigne influence
Aux premiei's soldats de ton fds !
VEILLE DES ARMES. 2o3
La [jreinière lueur de la naissante aurore, Au travers des vitraux où le jour se colore, Comme l'aube obscurcit les étoiles des nuits, lait pâlir de la uefles feux évanouis.
Et la double clarté qui se combat dans l'ombre Se mêle, en s'avançant, sous la voûte moins sombre. A ce jour progressif, de ces dômes sacrés L'œil suit dans le lointain les contours éclairés, Et de la basilique embrassant l'étendue, Découvre à ses arceaux la foule suspendue ; Les tribunes, longeant les courbes des piliers, Croisent dans tous les sens leurs immenses sentiers ; Sous leur poids orageux le cintre ébranlé gronde ; lin long torrent de peuple à grands flots les inonde, En déborde, et couvrant les arcs, les monumens, Des dômes découpés les hauts entablemens, Aux voûtes de la nef se suspend en arcades. S'enlace connue un lierre aux fûts des colonnades, Du parvis à la frise et d'arceaux en arceaux ,
2u4 CHA>sT DU SACRE.
Se déroule en guirlande ou se groupe en faisceaux , Et du j)ilier gothique embrassant le feuillage, Tremble comuie l'acanthe au souffle de l'orage. De ses noirs fondemens jusqu'au sommet des tours, Un peuple tout entier tapissant ses contours, Pressé comme les flots de l'antique poussière, Semble avoir du vieux temple animé chaque pierre.
L'airain guerrier résonne ; et les enfans de Mars Se rangent en silence autour des étendards : Là, ceux dont le regard que le calcul éclaire Dans les champs des combats est l'aigle du tonnerre, Et qui, d'une étincelle échappée à leurs mains, Font voler à son but la foudre des humains ; Là, ces géans coiffés de sauvages crinières Dont le poil fauve et noir tombe sur leurs paupières ; Ces centaures brillans, messagers des combats, Qui traînent à grand bruit leurs sabres sur leurs pas ; Et ceux qui font rouler sur le fer d'une lance Ces légers éîcndards où la mort se balance ;
VEILLE DES ARMES. îtoj
El ceux dont, au soleil, les casques éclalans Font ondoyer encor des panaches flojlans ; Et ceux qui, revêtus de leurs brillantes mailles, N'offrent qu'un mur d'airain sur leur front de batailles, Et dont le pied, pressant les flancs d'un noir coursier, Résonne sur le sol comme un faisceau d'acier ! DroEox, V.vLiîf , MAunouRG, dirigent leurs courages! Enfans des deux drapeaux , braves de tous les âges, Ces preux autour du Roi n'ont qu'un cœur et qu'un rang; L'Espagne a confondu les couleurs dans leur sang.
Là, ce jeune guerrier, ce débris de deux guerres Dont le laurier s'unit au cyprès de deux frères ; Ce sang, dont la Vendée a vu couler les flols. N'épuisa point en lui la source des héros ' .
Mais, sur ce dais où l'or en longs plis se déroule. Quel pnpulniie instinct porte l'œil de In for.le ?
;i) la Rfulicj.iquelpin.
Qo6 CHANT DU SACRE.
Ah ! c'est le sang royal qui parle aux cœurs français ! . . .
A l'ombre de ces lis entourés de cyprès,
Dont la tige sur elle avec amour s'incline,
Toilà l'ange exilé ! la royale Orpheline !
Son front, que des bourreaux le fer a respecté,
Garde de la douleur la noble majesté !
On sent à son aspect que, digne de sa mère,
Le ciel lui fit une ame égale à sa misère !
A ces pompes du trône on la ramène en vain ,
Son cœur désenchanté les goûte avec dédain.
Et peut-être au moment où son œil les contemple,
Son ame, s' envolant dans les cacloîs du Temple,
Rêve aux jours de l'enfance où, sous ces murs affreux
Que la main des bourreaux obscurcissait pour eux,
Un rayon du soleil, au travers d'une giille,
Était la seule pompe, hélas ! de sa famille ! . . .
La veuve de Berri, des couleurs du cercueil, Couvre son front mêlé d'espérance et de deuil ; Ses longs cheveux épars, se dénouant d'eux-même, Semblent en retombant pleurer \n\ diadème ; Son regard, effleurant le faste de ces lieux,