CHAM DU SACRE
« Où l'homme peut jeter ce long cri de bonheur, « Sans qu'un soupir, faussant le cantique d'ivresse, « Vienne en secret mêler au\ concerts d'allégresse « L'accent d'une douleur !
« Mais béni soit mon temps ! le monde enfin respire ; « De trente ans de combats le bruit lointain expire ; «< La terre germe l'homme, et n'a plus soif de sang ! «< Sur deux mondes unis ([ui marchent en silence '< On n'entend que la voix de la reconnaissance " Qui monte et redescend.
c< Les rois ont recouvré leur divin héritage ; «< Les peuples, leur rendant un légitime hommage, « Ont placé dans leurs mains le sceptre de la loi ! « Elle brille à leurs yeux comme un céleste phare, « Et dans le temple en deuil leur piété répare « Les débris de la foi.
« L'homme voit sur les mers ses flottes mutuelles « A tous les vents du ciel ouvrir leurs libres ailes ; " La sueur de sou front ne germe que pour lui ;
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« Et partout dans la loi, sourde comme la pierre, « Le crime a son vengeur, la force sa barrière, « Le faible son appui »
« En génie, eu vertu, la terre encor féconde, «' Ouvre un champ sans limite à l'avenir du monde, «< Chaque jour à son siècle apporte son trésor ; « Les élémens soumis ont reconnu leur maître, " Et l'univers vieilli, rêve qu'il voit renaître «« Un dernier âge d'or. . . »>
Et toi qui, relevant les débris des couronnes, Viens du trône des rois embrasser les colonnes, Rêve des nations, qu'ont vu passer nos yeux, Que le Christ après lui fit descendre des cieux ! Liberté! dont la Grèce a salué l'aurore. Que d'un berceau de feu ce siècle vit éclore. Viens ! le front incliné sous le sceptre des rois, Poser le sceau du peuple au livre de nos lois ! Trop longtemps l'univers lassé de tes orages,
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Aux mains des factions vit flotter tes images ;
Trop longtemps l'imposture, usurpant ton beau nom.
De ses honteux excès fit rougir la raison !
L'univers cependant, effrayé de lui-même,
T'invoque et te maudit, t'adore et te blasphème ;
Et comme un nouveau culte aux humains inspiré,
Ne peut fixer encor ton symbole sacré !
Je ne sais quel instinct, plus sûr que l'espérance,
Présage aux nations ton règne qui s'avance !
L'opprimé, l'oppresseur, te rêvent à la fois ;
Un peuple enseveli ressuscite à ta voix ;
Le voile qui des lois couvrait le sanctuaire
Se déchire, et le jour de te^ yeux les éclaire;
Les partis triomphans, si prompts à t'oublier,
Se couvrent de ton nom comme d'un boucher ;
Chaque peuple à son tour te possède ou t'espère.
Et ton œil cherche en vain un tyran sur la terre!
Viens donc ! viens, il est temps, tardive Liberté ! Que ton nom incertain par le ciel adopté, Avec la vérité, la force etla jusiice, Du palais de nos Rois orne le frontispice î
VEILLE DES ARMES. ai;
Que Ion nom soit scellé dans les vieux fondemens
De ce temple où la foi veille sur leurà sermens ;
Et que l'huile en coulant sur leur saint diadème
Retombe sur Ion front et te sacre ti i-mème î
Règne ! mais souviens-toi que l'illustre exilé
Par qui, dans ces climats, ton deuil fut consolé,
Précurseur couronné que salua la France,
T'annonça dans nos maux comme une autre espérance ;
Et t'arracliantlui seul aux mains des factions,
Fit de tes fers brisés l'ancre des nations !
Que ton ombre, régnant sur un peuple en délire,
Et victime bientôt des fureurs qu'elle inspire,
Fit au monde étonné regretter les tyrans ;
Que tu fus enchaînée au char des conquérans ;
Que ton pied traîne encorles fers de la victoire
A ces anneaux dorés qu'avait rivés la gloire;
Et que, pour affirmer et consacrer tes droits,
Ton temple le plus sûr est le cœur des bons rois !
INOTES.