‹ Mélanges poétiques et discoursChapitre 56 sur 65 · REPONSE · texte numérisé non relu

REPONSE

fois d'ouvrages originaux et excellens, et de l'assentiment public ! Plus heureux encore celui euvers qui un caractère aimable et une vie pleine d'honneur ont rendu toute jalousie et toute prévention impossible.

C'est ainsi que vous nous arrivez , Monsieur ; pour vous , l'estime et l'amitié ne sont pas moins vives que l'admiration ; et telle est la nature de vos écrits , qu'ils devaient nécessairement ex^iler tous ces senlimens.

Lorsque , dans un de ces instans de tristesse et de découragement qui s'emparent quelquefois des âmes les plus fortes , un promeneur solitaire entend par hasard résonner de loin une voix dont les chants doux et mélodieux expriment des senlimens qui répondent aux siens , il est comme saisi d'une sympathie bienfaisante ; il sent vibrer de nouveau ces fibres que l'abattement avait détendues ; et si cette voix qui peint ses souffrances, y mêle par degrés de l'espoir et des consolations , la vie renaît en quelque sorte en lui ; déjà il s'attache à l'ami inconnu qui la lui rend ; déjà il

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voudrait le serrer dans ses bras , l'entretenir avec effusion de tout ce qu'il lui doit.

Tel a clé, IMonsieur, l'effet que produisirent vos premières Médilalicms sur un grand nombre de ces êtres sensibles que tourmente réuigme de ce monde, et qui , dans cette profonde nr.it où la Providence a jugé à propos de laisser la raison humaine , sur notre origine , sur notre nature et sur notre deslinée , éprouvent sans cesse le besoin d'un guide, mais d'ini guide qui les arracbe à ce noir labyrinthe du doute, et les transporte vers l^es régions de lumière et de sjécurité.

Les tristes abstractions de la philosophie les laissent froids conur.e elles ; ils ne se rassurent point avec ces esprits légers qui, dans l'impossibilité de résoudre ce terrible problème, cherchent à s'en distraire par l'insouciance et l'oubli ; et ce grand poète de nos jours, à qui vous avez départi avec tan" de noblese ce qui lui est dû d'éloge et de blâme, et qui n'a voulu voir dans notre univers que le temple du Dieu du mal, ils repoussent avec effroi en lui l'auge du désespoir.

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En vous, Monsieur, dès votre apparition, ils ont salué d'un commun accord le chantre de l'Es pérance.

Aussi énergique que votre émule dans la peintui'e des maux de la vie, aussi pénétré de la vanité de nos plaisirs, de la rapidité avec laquelle ils s'écoulent, ce rayon consolateur qui n'a pu luire pour son esprit a éclairé le vôtre, et votre talent l'a fait briller aux yeux de vos semblables.

L'espérance est votre muse, l'espérance sœur de l'imagination. Ces deux fées, qui, presque seules ici-bas, nous soutiennent et nous animent, est-il étonnant qu'elles se soient disputé à qui animerait plus vivement pour vous la nature tout entière ; que votre génie, inspiré par elles, ait enfanté tant de créations gracieuses, sublimes, ou terribles; également grand, soit qu'au lomhcau lies Scipio.'is il pèse h cendre des /u'ros, soit qu'il entende résonner ces harpes d'or que Dieu luimême ccoiilc, ou qti'il nous montre le malheur comme un vaiilour pressant Vuniv: rs de sa serre cruelle I L'image de la volupté elle-même, tout

DE M. LE BARON CUMEK. 281 élonnée de se trouver au milieu de tant de grandes images, de tant de sérieuses pensées, n'y perd rien de son charme. Vous seriez prcstpie un séducteur, si la leçon ne venait chaque fois mettre un terme à l'enchantement, d'autant plus sévère qu'elle y fait un plus grand contraste.

En effet, soit que vous fassiez parler la douleur ou le plaisir, c'est toujours pour nous conduire à la sagesse. Toutes ces études que vous faites de vous-même, tous ces divers aspects sous lesquels vous envisagez l'homme et le monde, vous ramènent à la même vérité. Jamais l'emblème du miel placé aux bords du vase ne se réalisa mieux ; on vous Ut, attiré par l'éclat de la poésie la plus brillante, et l'on se trouve avoir fait un cours d'une profonde philosophie.

Peut-être tous vos lecteurs ne sont-ils pas demeurés convaincus, et sans doute vo':s ne vous étiez pas flatté de terminer des disputes qui durent depuis que les hommes r..isonnont. Ce n'est probablement pas dans la vie présente que no'.is arriverons à l'évidence sur celte Théodicée qui,

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