‹ Melanges poetiques et litteraires. --Chapitre 129 sur 139 · NOS GROS CHAGRINS ET NOS PETITES MISERES · texte numérisé non relu

NOS GROS CHAGRINS ET NOS PETITES MISERES

presque une révolte de l'intelligence et du cœur contre la nature, nous succombons inévitablement.

Rien par conséquent de i^lus stérile que les regrets du passé.

Rien de plus inutile que les appréhensions vagues et tristes de l'avenir.

Il faut se rappeler le passé, afin d'y puiser l'expérience ; et, munis de cette expérience, nous devons attendre l'avenir de pied ferme, sans trop rai)i)réhender, surtout sans y rechercher un surcroît de contrariétés qui peut-être n'arriveront jamais.

Règle générale, les infortunes que nous subissons étaient imprévues, tandis que celles dont nous avons attendu l'avènement avec anxiété ne nous atteignent pas.

Ne vaut-il pas mieux alors laisser venir les événements sans trop les craindre, nous accommoder un petit bonheur dans le présent avec les matériaux que le bon Dieu nous fournit, et nous en rapporter à sa providence et aux efforts de notre intelligente activité pour les chances de l'avenir.?

Cette habitude des chagrins anticipés a pour inconvénient de nous les infliger tantôt en vain, tantôt en double.

Si le malheur que nous appréhendons, que nous pleurons même d'avance, échappait à nos sinistres prévisions, nous aurions tout simplement ]:)erdu notre temps et nos larmes. C"!'est une perte sèche, sauf les larmes, bien entendu.

Si, au contraire, cette infortune arrive, nous en aurons subi une double atteinte.

C'est du surcroît.

Et pourtant, une grosse moitié de nos peines les plu.s amères proviennent de ces réminiscences des misères subies et de cette recherche inquiète, insensée, des tribulations futures.

Celles-ci arrivent assez tôt, si toutefois elles doivent venir ; n'allons pas courir à leur rencontre.

Celles-là ne tendent (ju'à s'enfoncer de plus en plus dans la nuit de l'oubli ; laissons-les aller ; ne les retenons pas.

En un m.ot, n'évoquons le passé que pour améliorer le présent et sauver l'avenir.

C'est le secret du bonheur.

Une classe de malheureux, très répandue et très intéressante, c'est celle des viciimes du sort, autrement dite des malchanceux.

Nous les rencontrons à tous les coins de rues, à toutes les portes, débitant le récit détaillé de leurs déceptions multiples.

Ayant tout demandé à la chance, ils s'en ijrennent au hasard pour leurs désappointements journaliers.

Leur temps se i)asse en vaines lamentations, pendant que tout un monde industrieux s'agite autour d'eux.

Le succès d'autrui les étonne et k-s irrite.

Jamais vous ne leur ferez comprendre que le hasard est un très mauvais pourvoyeur, et que la chance ne prodigue ses faveurs qu'à ceux qui lui font un peu violence.

''Aide-toi, le ciel t'aidera," dit un vieux jjroverbe.

Et ce vieux proverbe a raison.

Le travail est la condition première de tous les succès, de toutes les satisfactions humaines.

Dieu nous l'a imposé comme expiation de la faute originelle ; inais il nous a donné, en même temps, l'intelligence pour l'utiliser.

Il faut que, sur cette mer orageuse de la vie, chacun contribue pour sa part journalière à la manœuvre, s'il veut participer aux immunités de l'équipage.

Personne ne se soustrait impunément à cette loi imi)érieuse du travail quotidien.

" Dieu seul et ses anges, dit un philosophe, ont le droit d'être spectateurs."

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