VIII LETTRE- PREFACE
2ylus 'perdu le souvenir de cette séance où V opposition, — affaire d'ennuyer le gouvernement, qui probablement le méritait bien, — avait décidé de prolonger indéfiniment le débat. C'était une nuit blanche en perspective. Après plusieurs de vos collègues, vous vous levez pour discourir, a.b ovo, sur n'importe quoi. A un certain moment, le speaker du temp>s, M. Blanchet. fatigué,épuisé, quitte le fauteuil et se fait remplacer par feu M. Houde, alors le doyen de la députation. Le changement a lieu à votre insu, pendant la lecture d'une citation. En vous retournant vers le président, la transformation vous frappe et avec une rare présence d'esprit, vous dites : " Je ne savais pas, Monsieur l'orateur, avoir parlé depuis si longtemps ; qua.ndfai pris la parole, vous étiez jeune homme à la barbe noire, et fai maintenant devant moi un vénérable vieillard à barbe blanche /..." JSt le père Houde, de méchante humeur ce soir-là, de répondre d'un ton grognon : " On vieillit vite en entendant de pareils débats."
Il 7i'y eut pas que des sujets de comédies au cours de cette vie parlementaire que je m'attarde à rappeler. La. politique a évolué là comme ptartout ailleurs avec son cortège de vicissitudes, nées des volontés ou caprices du pieuple qui rapidement élève les hommes au pinacle et les en fait descendre sans dire : gare ! Vous a.rez subi le.'s soubresauts de l'inconstance de l'électeur, et vous avez été mêlé comme acteur au dénouement de ce drame qu'on appelle chute, démission d'un ministère, et qui du même coup fait des heureux et des malheureux. Il me paraît à p)rop>os de noter que ces accidents, inséparables de la vie publique, vous laissaient assez indifférent : la bonne humeur, cette qualité indispensable à l'homme d'Etat, ne vous a jamais fait défaut. C'est ce qui vous a permis de faire de longs stages dans l'opposition, le sourire aux lèvres, la plaisanterie toujours jjrête et le bon mot toujours lancé à propos. Vos adversaires ont pu quelquefois vous accuser de manquer de logique, mais d'esprit, jamais.