LETTRE-PREFACE IX
Le secret de votre bonne humeur^ le secret de votre longévité ■politique {vous êtes, je crois, le seul demeurant de lo chambre de 1S67), il me semble V avoir trouvé. Lorsque M. Thiers, durant son passage à la présidence de la Bépubliqve, ne pouvait s'' entendre avec V Assemblée nationale, il la menaçait de démissionner pour retourner, selon son expression, " à ses chères études.'" Vous aussi parfois vous subissiez cette puissante attirance des lettres dont ne peuvent se défendre leurs adeptes. C'est pour cela que les revers de la politique vous laissaient indifférent et que vous repreniez, le cœur léger, le chemin de votre bonne petite ville de Saint-Jean d'Iberville.
Je vous vois rentrant dans votre étude de notaire, — votre bureau aussi de journaliste, — qu'un rayon de lumière de la muse vient illuminer et transformer en retraite de poète. Combien vous êtes heureux de vous retrouver au milieu de vos auteurs aimés ! Vous êtes bien ici amicus inter amicos. Vous les revisitez Vun après Vautre, vous voudriez les revoir tous à la fois, écouter les voix de ces morts qui parlent. Vous vous demandez comynent vous avez pu les délaisser. Je me le demande aussi. Et pour qui f Hélas ! pour un monde où {je piarle d'une manière générale) Von doit souvent redouter autant certains amis intéressés à vous tromper que tels adversaires acharnés à vous reprocher des crimes imaginaires.
C'est ici qu'ont vu le jour ces comédies si facilement versifiées, d'une facture si élégante, remplies de traits bien observés, abondantes en vers marqués au bon coin, qui demandent à se graver dans la mémoire. C'est ici qu'une main artiste s'est essayée à dessiner, d'un crayon vivement onanié, ces pièces charmantes, scènes de mœurs canadiennes reproduites au naturel. Ces comédies et ces drames feront assurément les délices des gens de goût. Un souffle élevé traverse toutes ces pages, qui témoignait d'une conception bienveillante de notre société et de ses travers, raillés avec une verve doucement ironique. On y chercherait en vain ces coups de fouet cinglantf^ qui tombent im/pitoyahles; aussi ne visiez-vous pas