‹ Melanges poetiques et litteraires. --Chapitre 6 sur 139 · LETTRE-PRÉFACE XI · texte numérisé non relu

LETTRE-PRÉFACE XI

plutôt que vers les fictions romanesques ! C'est sa7is doute la tournure spéciale de votre esprit qui vous a poussé du côté de cette mer si périlleuse du théâtre, car on ne choisit pas set voie en ces sortes de choses : elle s'impose. Les auteurs dramatiques sont bien plus rares que les romanciers; même en France, cette patrie des dramaturges, on compte dix DoMdet et l'on ne trouve qu'un Sardou. Le théâtre n'est guère notre fait à nous, Canadiens, élevés loin des coulisses et du monde des comédiens et partant privés d'un élément presque indispensable au succès. Aussi, peu des nôtres se sont risqués de ce côté, et, parmi ceux qui ont tenté V aventure, plusieurs ne sont arrivés qu'à des chutes lamentables.

Il y a une différence notable antre le drame et le roman. Celui-ci procède, pour ainsi dire, à la façon du conte, de l'histoire de tous les jours, d'une narration qui promène le lecteur vers un but lointain^ à travers les incidents midtipliés à plaisir, pour le laisser, en fin de compte, sur une impression agréable : le mariage du héros, ou sur une impression pénible : le trépas de l'iiéroïne.

Toute autre est la marche du drame. Dès le lever du rideau, il exige une action palpitante jetée sous les yeux du spectateur, avec un dénouement rapproché le plus près possible du temps de l'exposition. Il faut donc apporter à la scène une force de concentration d'esprit que le roman n'exige pas, et un agencement de scènes qui appelle la catastrophe finale. Votre courage vous a porté vers cette région ardue de l'art, et votre talent s'y est déployé à l'aise.

Il me fait particulièrement plaisir de constater votre succès, parce que vous, homme politique, vous faites partie de notre petite confraternité littéraire, assez peu prisée dans le monde où Von s'enrichit et aussi, çà et là, dans celui oit l'on gouverne. Si l'on sait apprécier les services que rend la phtme, on ne fait preitve que d'une mince estime pour ceux qiti la tiennent. Ils ont tout de même leur importance. La pensée ne primet-elle pas la matière! et ceux qui remuent des idées, qui les

XII T.ETTRE-PRÉFACK

disséminent à quelque degré que ce soit, ne sont-ils pas en droit de réclamer un rang dans la société? Ce sont les œuvres de l'esprit qui, en définitive, demeurent lejjlus longtemps. La gloire, ce soleil des ^norts, comine a dit quelqu'un, luira, probablement plus longtemps sur l'œuvre des Garneau, des Ferland, des Oaspé, des Chauveau, que sur les noms de leurs contemporains de la politique, et j'ose croire, — peut-être par un effet exagéré de ma partialité d'homme de lettres, — que Marchand écrivain vivra plus longtemps dans la mémoire des Canadiens que Marchand, homme politique.

^.-S). S)e Celles.

SCFKE 1. - Contran : Oui, mon cher Ludovic, le l.onbeur conjugal Ksi un bonheur parfait, mais... fori oii<rinal.

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UN BONHEUR EN ATTIRE UN AUTRE

Comédie en uin acte.

Personnages :

Contran, nouveau marié.

Ludovic, son ami, avocat, célibataire.

Hélène, épouse de Contran, Cémence, amie d'Hélène.

Madeleine.

Le théâtre représente un salon chez Contran.

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