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DEUXIÈME PARTIE

dérober à la vindicte publique. On en voit la manifestation dans ces forfaits qui stupéfient le monde par le rang de leurs auteurs, le machiavélisme de l'exécution, l'audace des criminels et leur habileté à se soustraire aux châtiments édictés par les lois.

Hélas ! en ce siècle surtout, combien d'hommes ignorent ou méprisent le grand levier de la religion ! Aussi, quel tableau présentent souvent la famille et la société composées de pareils éléments !

L'union conjugale est un joug insupportable dont le divorce, institution moderne, délivre aisément, pour voler à d'autres unions, aussi transitoires, ou plutôt à l'amour libre ; l'affection paternelle, une chimère, ayant comme correctif l'œuvre des enfants martyrs ; la piété filiale, à peine pratiquée par la jeunesse, le jouet du jeune homme comblé de bienfaits au foyer domestique. Et, monstrueuse ingratitude, la loi doit souvent imposer au fils l'obligation de sustenter les auteurs de ses jours dans leur vieillesse, trop longue au gré de l'enfant dénaturé !

Que peut être une société composée, en majorité, de semblables familles ? Le spectacle déplorable s'en étale sous les regards attristés du penseur, en ce siècle où l'on a remplacé la douce Bonté par le nom barbare d'altruisme, art d'aveugler la foule, d'exciter ses convoitises, de flatter ses bas instincts, pour s'en faire un marchepied et s'élever ainsi aux honneurs, aux dignités, à la fortune. Et bientôt, témoin la Terreur et la Commune, ces soi-disant conducteurs d'hommes, dominés par l'égoïsme et l'ambition, s'entre-dévorent pour se supplanter. Belle application de la noble devise : Liberté, égalité, fraternité ! Le Ciel nous préserve toujours du gouvernement des loups ! Devons-nous parler encore des guerres impies, où les hommes s'entre-déchirent avec une rage inconnue aux fauves les plus cruels? Non, jetons un voile sur ces tableaux lamentables et réjouissons nos yeux du spectacle consolant d'un foyer, d'une société que la Bonté gouverne comme une reine bienfaisante.

Si la famille où la bonté n'existe pas est un enfer anticipé, celle où cette vertu règne est l'image du Ciel.

Dans cet intérieur, tout est propre, rangé, confortable, sans luxe inutile, pour le rendre agréable aux êtres aimés. Le vice en est banni ; le travail, la pudeur et les autres vertus y sont en honneur. On y rentre toujours avec empressement après le travail accompli, parce qu'on y goûte des joies innocentes dans un amour partagé. Le père, roi de ce petit monde, le gouverne d'un sceptre doux et léger. Ignorant les excès mondains, l'époux rapporte fidèlement à sa compagne aimée le fruit de ses labeurs; il la soutient de son bras puissant dans l'âpre chemin de la vie et la couvre d'une tendresse que le cours des ans ne diminue point. L'épouse, en retour, le seconde, le console des soucis cuisants et relève, de ses tendres conseils, son courage qui chancelle parfois dans la lutte pour l'existence. Reine charmante de la maison, elle trouve mille moyens ingénieux pour l'embellir et la rendre ainsi plus attrayante à son époux, quand il y rentre fatigué du travail.

Les enfants, doux trait d'union entre l'épouse et l'époux, croissent en force, en grâce et en sagesse à l'ombre d'une affection attentive, comme de jeunes plantes sous le regard d'un jardinier expert et diligent. Ils rendent en piété filiale à leurs parents les soins, les sacrifices et les soucis qu'ils leur coûtent. Le temps même n'amoindrit pas leur respect pour les auteurs de leurs jours. Viennent les cheveux blancs, la vieillesse et ses infirmités, ce leur est un motif plus grand de redoubler d'attentions, de retarder leur trépas par leurs soins empressés et d'être industrieux pour leur voiler l'approche du tombeau.

Certes, la tribulation, inhérente à la terre, n'est pas épargnée à ce foyer ; mais, soit qu'elle atteigne les époux, soit qu'elle frappe les enfants, les uns souffrent autant de voir les autres souffrir et, par un redoublement de bonté pour l'affligé, de reconnaissance pour le consolateur, tous tirent de l'épreuve même l'occasion de faire briller leur bonté dans tout son éclat.

Jamais la discorde n'agite son brandon dans cet heureux séjour. Si, parfois, par suite de la diversité des caractères, un nuage l'obscurcit (rien n'est parfait ici-bas), semblable au soleil qui, la tempête passée, fait resplendir la nature d'une beauté

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