DEUXIÈME PARTIE
nouvelle, ainsi — l'orage domestique bientôt fini — la Bonté, ravivée par les regrets qu'il provoque, illumine le foyer de rayons plus chauds.
Chaque membre de cette famille suit ainsi sa voie ; et, quand les époux ont subi la commune loi, les enfants, à leur tour fondant un foyer, y continuent les exemples paternels. Le temps suit son cours. Ceux-ci payent également leur tribut à la Parque et vont retrouver leurs ancêtres au Ciel, où les familles se reconstituent. Alors, on peut inscrire sur le marbre de chacun des disparus cette épitaphe, le plus beau panégyrique que puisse souhaiter un mortel : Il fut bon fils, bon époux, bon père ! Elle fut bonne fille, bonne épouse, bonne mère !
Grâce au Ciel, le nombre de ces foyers n'est pas encore restreint ! Heureuses les nations qui les possèdent innombrables ! Tels on voit les ruisseaux filtrant des collines serpenter dans les campagnes, pour y porter la fraîcheur et la fécondité ; ces ruisseaux, mêlant leur cristal, former les rivières capricieuses ; ces rivières, les fleuves, qui charrient sur leurs eaux mouvantes les produits de l'industrie et de la terre jusqu'à l'Océan ; celuici prêter à son tour ses flots grondants pour répandre à travers le monde la richesse et la prospérité, ainsi, les chefs de ces familles, sortant de leurs foyers, se dispersent dans la société, chacun selon son état, pour la vivifier de leurs vertus et de leur activité ; ils y forment des collectivités : agriculture, négoce, industrie, finance, professions libérales et autres, d'où, sous une sage discipline tempérée par la Bonté, se répandent dans la patrie les fruits du travail, de la science et des arts. Et ces collectivités composent à leur tour un ensemble harmonieux : empire, royaume ou république, que les assauts de la démagogie ne pourront jamais détruire.
Le paupérisme et les autres misères inévitables trouvent, en ce fortuné pays, chacun" leur adoucissement dans la magnifique efflorescence d'œuvres que la Bonté fait surgir de toutes parts.
Les familles y sont prospères et fécondes, et cette fécondité parfois est si grande que le trop-plein déborde vers les contrées les plus lointaines, pour y porter l'activité de la mère patrie
et, par là, lui procurer un accroissement de richesse, de prestige et d'honneur.
Si quelque puissance voisine, en proie à la discorde et vouée à la décadence par les querelles des factions, cherche à l'attaquer, poussée par l'envie et la cupidité ou le désir de faire une diversion, afin de donner un exutoire à ses divisions intestines, les citoyens de l'Etat prospère savent se lever ensemble comme des lions, pour défendre leurs foyers menacés et mourir, au besoin, pour la patrie. Mais, la victoire emportée, ils savent aussi, retournant à leur bonté première, pardonner à l'envahisseur.
C'en est assez, pensons-nous, pour montrer les résultats inappréciables que la pratique de la Bonté procure aux nations comme aux familles.
S'il est vrai que la recherche personnelle ne disparaît jamais entièrement du cœur humain, peut-être serons-nous plus persuasif en développant les conséquences inestimables qui découlent de l'observance de la Bonté, pour le bonheur de l'homme ici-bas et dans l'éternité.
Remarquons, en passant, que cette recherche n'est pas un mal, à condition, toutefois, qu'elle ne soit pas exclusive. Si le proverbe dit : Charité bien ordonnée commence par soi-même, le précepte divin ordonne aussi d'aimer le prochain comme soi-même.
Ce point, les bienfaits personnels résultant de la pratique de la Bonté voulons-nous dire, nous a paru tellement important que nous avons cru devoir lui consacrer entièrement la troisième partie de cette étude.